Caroline LAMARCHE (autrice) et Pascal LEMAÎTRE (illustrateur), Tetti, la sauterelle de Vincent, Pastel/École des Loisirs, 2021, 40 p., 12,70 €, ISBN : 978–2211307574
Elle est craquante, Tetti. Ses yeux mangent son visage, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timidité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émotions et les sensations se dessinent en complète transparence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recroqueville et se détend en un instant, tout de vert recouvert ! C’est que Tetti est une charmante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève existence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le sombre dessein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des victimes à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ». Continuer la lecture


Selon certaines croyances et traditions, tout humain est lié à un animal-totem (parfois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réalité visible, mais qu’il ne peut rencontrer que dans le monde invisible, celui des rêves, des voyages chamaniques et autres méditations de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trouvé le sien au détour d’un songe prémonitoire, flottant autour d’elle après son réveil et évoqué à son comparse Ludovic Flamant : elle illustrait un album intitulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, oniriquement puissant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho persistant a mené à une merveilleuse réalisation graphico-textuelle éponyme.
Le 6 août 1945 à 8h15, le bombardier B‑29 Enola Gay largue l’équivalent de 20 000 tonnes de TNT sur Hiroshima. Les conséquences de la bombe atomique à Hiroshima et, trois jours plus tard, à Nagasaki, furent terribles. Récit d’un coude-à-coude haletant mettant en présence les puissances internationales de l’époque, La bombe entraîne le lecteur dans les différentes étapes de la course à l’armement qui conduisit d’abord à l’essai Trinity puis à la destruction des deux villes.
La parution de Michel Audiard — Georges Simenon, des scénarios Le sang à la tête, Maigret tend un piège, Le président, souverainement commentés, introduits par Benoît Denis, signe un triple événement, tout à la fois éditorial, intellectuel et simenonien-audiardien. Préfacé par Jacques Audiard, postfacé par Bertrand Tavernier (qui dirige avec Thierry Frémaux la collection Institut Lumière/Actes Sud), ce volume magnifiquement présenté, illustré par une riche iconographie, nous convie à un voyage jusqu’ici peu abordé par les chercheurs et la critique : l’association Audiard-Simenon, la manière dont Audiard, fin connaisseur de l’œuvre de l’auteur de Maigret, s’est emparé de l’univers simenonien pour l’adapter, le scénariser ou le dialoguer. Directeur du Centre d’études Georges Simenon de l’Université de Liège, professeur de littérature, auteur d’essais marquants sur Sartre, la littérature belge, ayant dirigé avec Danielle Bajomée le volume Pierre Mertens. La littérature malgré tout, Benoît Denis livre un travail éditorial magistral, signe une introduction, des commentaires qui, par leur puissance de feu, forcent l’admiration.
La féminité est, plus que jamais, le creuset de la plupart des livres qui paraissent aujourd’hui…Une féminité transfuge, abusée, déclarée, revendiquée, guerrière… Les études de genre veulent rebattre les cartes des identités, les lignes d’horizon de notre humanité.
Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déclaration d’indépendance des jeunes enfants auxquels il s’adresse. Eux qui sont souvent comparés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le caractère), définis par ceux-ci, étiquetés malgré eux, se développent pourtant en tant qu’individus dotés d’une personnalité qui n’appartient et ne ressemble qu’à eux. Et c’est ce que nous rappelle cet album tout en couleurs.
L’enfant n’a pas été conçu non, ce n’était pas prévu, je n’ai jamais prévu beaucoup de choses. Prendre un sac, pour les courses, le nombre de culottes correspondant au nombre de journées plus deux, oui. Je n’ai pas conçu l’enfant. Avec l’enfant, il a tout fallu concevoir.
Le trajet d’Olivier Pé de la peinture vers la photographie a été déterminé par la perte d’un atelier qu’il occupait depuis vingt ans. Imaginez un artiste qui doit dès lors se remettre en complète question ; médium compris. Or il a 1500 photos dans son ordinateur qui l’attendent, essentiellement prises avec son smartphone. Il en extrait peu à peu 300, les imprime, les place au mur du salon et laisse un trimestre les déplacer au rythme d’une mélodie intérieure lente, dont ses doigts se font le silencieux chef d’orchestre, jusqu’à n’en retenir qu’une centaine. 
Un livre d’artiste est toujours une rencontre. Ce pourquoi il n’est pas seulement un objet manufacturé unique, mais aussi un rapport sensible entre au moins, à l’origine, deux mondes, si pas trois : ceux de l’auteur, de l’artiste plasticien, de l’éditeur… Donner une définition de ce qu’est un livre d’artiste n’est pas chose facile : Pierre-André Benoit – un poète, peintre, illustrateur, graveur, typographe, imprimeur, éditeur d’art (1921–1993) –
« Photographier, c’est écrire avec la lumière. »
« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimensions, supports de qualité identique, toujours de la peinture à l’huile. Pas de décor. Et un « travail d’un réalisme précis, mince et sans effets ». Voilà comment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quittant, trop maigres ou trop charnues, rétives ou généreuses, inconnues ou familières, maniérées ou naturelles. De son regard parfois gêné et intransigeant, Richard les a dévisagées, contemplées sans désir, observées (face à face ou sur papier glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la rivière » ; il a guetté leur apparition et a reconstitué cette impression tout en fugitivité et subjectivité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méthode.
Dans un ouvrage de format carré pour accueillir l’impression très soignée des œuvres en portraits, paysages, cercles et carrés de Charles Delhaes, Rose-Marie François en enregistre L’écho du regard, sous la forme de poèmes attentifs et sensibles, exposés vison-visu, à savoir un poème par œuvre et double page. Chaque toile du peintre lui a inspiré quelques vers agissant comme le départ et la destination, l’aller et le retour : de multiples va-et-vient, de joyeuses connivences et collaborations nous dit l’introduction du livre et qui font autant de ponts invisibles entre l’image et le texte, entre le texte et l’image, entre les deux auteurs.
Là où tout est blanc s’ancre au cœur de l’Antarctique, que l’auteure et illustratrice Giulia Vetri a déjà exploré dans un album éponyme pour la jeunesse (Antarctique – expéditions en terre inconnue, La Martinière Jeunesse, 2018) et, antérieurement, dans un projet-livre imagé muet (90° Sud, non publié) dont s’inspire le présent album réalisé à la fin de son cursus académique artistique à Urbino sous la supervision de l’artiste américain Steven Guarnaccia.