Archives par étiquette : Texte et image

La vie en vert

Car­o­line LAMARCHE (autrice) et Pas­cal LEMAÎTRE (illus­tra­teur), Tet­ti, la sauterelle de Vin­cent, Pastel/École des Loisirs, 2021, 40 p., 12,70 €, ISBN : 978–2211307574

lamarche lemaitre tetti la sauterelle de vincentElle est craquante, Tet­ti. Ses yeux man­gent son vis­age, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timid­ité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émo­tions et les sen­sa­tions se dessi­nent en com­plète trans­parence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recro­queville et se détend en un instant, tout de vert recou­vert ! C’est que Tet­ti est une char­mante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève exis­tence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le som­bre des­sein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des vic­times à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ». Con­tin­uer la lec­ture

Petit manuel pour procrastiner sa fugue

Un coup de cœur du Car­net

Char­ly DELWART et Ronan BADEL, Les aven­tures de moi-même. Jour­nal de ma fugue, Flam­mar­i­on Jeunesse, 2021, 144 p., 11,50 € / ePub : 8,49 €, ISBN : 9782080205957

delwart badel les aventures de moi meme journal de ma fugueC’est décidé : Gas­pard, (presque) dix ans, va fuguer. Parce qu’il a le temps, parce qu’il a l’âge, pour pren­dre son indépen­dance, pour voir le monde tout seul comme un grand, car oui, il est grand, main­tenant. Ah, et aus­si parce que ses par­ents et lui ne sont pas, mais alors pas du tout d’accord : ils ont décidé de l’inscrire dans un autre col­lège que celui où iront ses deux meilleurs copains. Une seule solu­tion : quit­ter la mai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui aurait pu ne pas être

Un coup de cœur du Car­net

ZABUS et HIPPOLYTE, Incroy­able !, Dar­gaud, 2020, 200 p., 21 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782205079654

zabus et hippolyte incroyableComme tous les petits garçons belges du même âge, Jean-Loup, 11 ans, vit une vie ryth­mée par son quo­ti­di­en à l’école. Comme tous les garçons de son âge ? Pas si sûr… Car s’il est curieux (et curieux de tout), il est égale­ment curieux dans le sens… « bizarre ». C’est que Jean-Loup compte sans cesse : 60 points pour éviter les lignes blanch­es du pas­sage clouté, mais davan­tage pour une tra­ver­sée les yeux fer­més et sans respir­er. S’il manque son coup, il fau­dra recom­mencer. 200 points pour ne pas avoir pen­sé à maman à qui il vient de penser pour­tant. Et recom­mencer. Et se tapot­er le bout du nez. Le quo­ti­di­en de Jean-Loup est jalon­né de rit­uels et de pen­sées envahissantes, fameux TOCs qui l’empêchent de vivre comme les autres et qui le con­duisent à se réfugi­er dans l’imaginaire. Con­tin­uer la lec­ture

La chaleur de l’Ours

Un coup de cœur du Car­net

Ludovic FLAMANT (auteur) et Sara GRÉSELLE (illus­tra­trice), Bastien, ours de la nuit, Ver­sant Sud jeunesse, 2021, 48 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑930938–27‑1

flamand greselle bastien ours de la nuitSelon cer­taines croy­ances et tra­di­tions, tout humain est lié à un ani­mal-totem (par­fois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réal­ité vis­i­ble, mais qu’il ne peut ren­con­tr­er que dans le monde invis­i­ble, celui des rêves, des voy­ages chamaniques et autres médi­ta­tions de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trou­vé le sien au détour d’un songe pré­moni­toire, flot­tant autour d’elle après son réveil et évo­qué à son com­parse Ludovic Fla­mant : elle illus­trait un album inti­t­ulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, onirique­ment puis­sant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho per­sis­tant a mené à une mer­veilleuse réal­i­sa­tion graph­ico-textuelle éponyme. Con­tin­uer la lec­ture

Avant 8h15

Un coup de cœur du Car­net

Didi­er ALCANTE, Louis-François BOLLÉE et Denis RODIER, La bombe, Glé­nat, 2020, 472 p., 39 € / ePub : 17..9 €, ISBN : 978–2344020630

alcante la bombeLe 6 août 1945 à 8h15, le bom­bardier B‑29 Eno­la Gay largue l’équivalent de 20 000 tonnes de TNT sur Hiroshi­ma. Les con­séquences de la bombe atom­ique à Hiroshi­ma et, trois jours plus tard, à Nagasa­ki, furent ter­ri­bles. Réc­it d’un coude-à-coude hale­tant met­tant en présence les puis­sances inter­na­tionales de l’époque, La bombe entraîne le lecteur dans les dif­férentes étapes de la course à l’armement qui con­duisit d’abord à l’essai Trin­i­ty puis à la destruc­tion des deux villes. Con­tin­uer la lec­ture

Audiard-Simenon

Un coup de cœur du Car­net

Michel Audi­ard — Georges Simenon, Scé­nar­ios présen­tés et édités par Benoît Denis, Insti­tut Lumière et Actes Sud, 2020, 926 p., 35 €, ISBN : 9782330141035

michel audiard georges simenon scénariosLa paru­tion de Michel Audi­ard — Georges Simenon, des scé­nar­ios Le sang à la tête, Mai­gret tend un piège, Le prési­dent, sou­veraine­ment com­men­tés, intro­duits par Benoît Denis, signe un triple événe­ment, tout à la fois édi­to­r­i­al, intel­lectuel et simenon­ien-audi­ar­di­en. Pré­facé par Jacques Audi­ard, post­facé par Bertrand Tav­ernier  (qui dirige avec Thier­ry Fré­maux la col­lec­tion Insti­tut Lumière/Actes Sud), ce vol­ume mag­nifique­ment présen­té, illus­tré par une riche icono­gra­phie, nous con­vie à un voy­age jusqu’ici peu abor­dé par les chercheurs et la cri­tique : l’association Audi­ard-Simenon, la manière dont Audi­ard, fin con­nais­seur de l’œuvre de l’auteur de Mai­gret, s’est emparé de l’univers simenon­ien pour l’adapter, le scé­naris­er ou le dia­loguer. Directeur du Cen­tre d’études Georges Simenon de l’Université de Liège, pro­fesseur de lit­téra­ture, auteur d’essais mar­quants sur Sartre, la lit­téra­ture belge, ayant dirigé avec Danielle Bajomée le vol­ume Pierre Mertens. La lit­téra­ture mal­gré tout, Benoît Denis livre un tra­vail édi­to­r­i­al magis­tral, signe une intro­duc­tion, des com­men­taires qui, par leur puis­sance de feu, for­cent l’admiration. Con­tin­uer la lec­ture

La plus haute tour

Anne-Marie DERÈSE, La Belle me hante, Pré­face d’Anne-Michèle Hamesse, Illus­tra­tions de Michel Cli­quet, Coudri­er, 2020, 111 p., 18 €, ISBN : 978–2‑3905–2010‑8

derese la belle me hanteLa féminité est, plus que jamais, le creuset de la plu­part des livres qui parais­sent aujourd’hui…Une féminité transfuge, abusée, déclarée, revendiquée, guer­rière… Les études de genre veu­lent rebat­tre les cartes  des iden­tités, les lignes d’hori­zon de notre human­ité.

La poésie enchérit chaque jour là aus­si, dans ces zones de trou­ble et de quête. Aux édi­tions Le Coudri­er, c’est une des matières pre­mières des  autri­ces et auteurs mai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Être soi, joyeusement

Un coup de cœur du Car­net

Anne HERBAUTS, Ni l’un ni l’autre, Cast­er­man, 2020, 32 p., 15,90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782203207578

Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déc­la­ra­tion d’indépendance des jeunes enfants aux­quels il s’adresse. Eux qui sont sou­vent com­parés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le car­ac­tère), défi­nis par ceux-ci, éti­quetés mal­gré eux, se dévelop­pent pour­tant en tant qu’individus dotés d’une per­son­nal­ité qui n’appartient et ne ressem­ble qu’à eux. Et c’est ce que nous rap­pelle cet album tout en couleurs. Con­tin­uer la lec­ture

Le parent, l’étiolement

Claire PONCEAU, L’enfant, l’étoilement, Pho­togra­phies France Dubois, Élé­ments de lan­gage, 2020, 149 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930710–20‑4

ponceau l enfant l etoilementL’enfant n’a pas été conçu non, ce n’était pas prévu, je n’ai jamais prévu beau­coup de choses. Pren­dre un sac, pour les cours­es, le nom­bre de culottes cor­re­spon­dant au nom­bre de journées plus deux, oui. Je n’ai pas conçu l’enfant. Avec l’enfant, il a tout fal­lu con­cevoir.

Le prénom et le sexe de cet enfant vien­dront plus tard. Quand l’enfant n’est pas voulu, il est pos­si­ble de pro­téger ses sen­ti­ments en s’imposant une dis­tance par rap­port au sujet ; alors traité plutôt comme objet. D’un point de vue lit­téraire, la plume per­met d’en par­ler à la troisième per­son­ne, cela aide. Cepen­dant, la prox­im­ité et le trou­ble sont si grands qu’ils remet­tent tout en cause gram­mat­i­cale, lex­i­cale, syn­tax­ique. Con­tin­uer la lec­ture

Pé aime

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er , Poé­tique de l’amant, Bozon2x, 2020, 116 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931067–05‑5

olivier pe poetique de l'amantLe tra­jet d’Olivi­er Pé de la pein­ture vers la pho­togra­phie a été déter­miné par la perte d’un ate­lier qu’il occu­pait depuis vingt ans. Imag­inez un artiste qui doit dès lors se remet­tre en com­plète ques­tion ; médi­um com­pris. Or il a 1500 pho­tos dans son ordi­na­teur qui l’attendent, essen­tielle­ment pris­es avec son smart­phone. Il en extrait peu à peu 300, les imprime, les place au mur du salon et laisse un trimestre les déplac­er au rythme d’une mélodie intérieure lente, dont ses doigts se font le silen­cieux chef d’orchestre, jusqu’à n’en retenir qu’une cen­taine. Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes en trois temps

Mar­tine ROUHART, Dans le refuge de la lumière, Bleu d’encre, 2020, 54 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–32‑1

rouhart dans le refuge de la lumiere

Pre­mier dessin après trois poèmes : une femme s’éloigne dans la cam­pagne et l’herbe écrit des mots de loin en proche, depuis l’horizon jusqu’à l’avant-plan. Je marche / en écrivant des phras­es / qui se com­posent / se décom­posent / comme la cal­ligra­phie / des oiseaux / dans le bleu.

Deux­ième dessin après vingt-trois poèmes : un arbre s’effiloche dans la page et le vent invente des mots depuis le tronc jusques au sol. Elles chantent lente­ment / assoupies / comme des pen­sées / les feuilles dorées / étin­celles d’un soleil attardé. Con­tin­uer la lec­ture

La foi, la poésie

Colette NYS-MAZURE, Let­tre d’Atonie, Encre orig­i­nale de Robert Lobet, Jacques Bré­mond, coll. « Les petites let­tres », 2020, ISBN : 978–2‑915519–95‑2

Colette NYS-MAZURE,Anne LE MAISTRE, Chaque aurore te restera pre­mière, Ate­lier des noy­ers, 2020, ISBN : 978–2‑490185–43‑6

nys mazure chaque aurore te restera premiereUn livre d’artiste est tou­jours une ren­con­tre. Ce pourquoi il n’est pas seule­ment un objet man­u­fac­turé unique, mais aus­si un rap­port sen­si­ble entre au moins, à l’origine, deux mon­des, si pas trois : ceux de l’auteur, de l’artiste plas­ti­cien, de l’éditeur… Don­ner une déf­i­ni­tion de ce qu’est un livre d’artiste n’est pas chose facile : Pierre-André Benoit – un poète, pein­tre, illus­tra­teur, graveur, typographe, imprimeur, édi­teur d’art (1921–1993) – soute­nait que le livre d’artiste peut revêtir de mul­ti­ples formes et qu’il s’ag­it « d’un livre, voire dans cer­tains cas un livre-objet, édité/créé à peu d’ex­em­plaires, voire à tirage unique, très sou­vent réal­isé de manière arti­sanale et générale­ment dif­fusé hors des cir­cuits clas­siques de dis­tri­b­u­tion, même sou­vent par l’au­teur lui-même (…) Il est le résul­tat de la ren­con­tre entre la pen­sée orig­i­nale d’un artiste et son imag­i­na­tion au niveau des formes, de la présen­ta­tion, des pos­si­bil­ités d’im­pres­sion ou de repro­duc­tion, du papi­er, des matières… Ce livre présente en effet des savoir-faire et des pro­duc­tions extrême­ment dif­férentesCon­tin­uer la lec­ture

Un amour fantasmé

Chan­tal DELTENRE, Où part l’amour, avec des pho­tos de l’autrice, Mael­strÖm, 2020, 278 p., 15 €, ISBN : 9782875053671

deltenre ou part l amour« Pho­togra­phi­er, c’est écrire avec la lumière. »

« Un paysage aimé ne vous quitte jamais. Même à des kilo­mètres et des années de dis­tance, un paysage, c’est d’une fidél­ité inébran­lable. »

Par petites touch­es fines et sen­si­bles, Chan­tal Del­tenre, écrivain, eth­no­logue, ama­teur pas­sion­né de pho­togra­phie – ses clichés évo­ca­teurs jalon­nent son dernier livre – nous rend proche, presque chère, son héroïne. Con­tin­uer la lec­ture

Nues

Un coup de cœur du Car­net

Jacques RICHARD, Nues, ONLIT, coll. « ONLIT Mini », 2020, 80 p., 8 €, ISBN : 9782875601261

richard nues« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimen­sions, sup­ports de qual­ité iden­tique, tou­jours de la pein­ture à l’huile. Pas de décor. Et un « tra­vail d’un réal­isme pré­cis, mince et sans effets ». Voilà com­ment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quit­tant, trop mai­gres ou trop char­nues, rétives ou généreuses, incon­nues ou famil­ières, maniérées ou naturelles. De son regard par­fois gêné et intran­sigeant, Richard les a dévis­agées, con­tem­plées sans désir, observées (face à face ou sur papi­er glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la riv­ière » ; il a guet­té leur appari­tion et a recon­sti­tué cette impres­sion tout en fugi­tiv­ité et sub­jec­tiv­ité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méth­ode. Con­tin­uer la lec­ture

Plume et pinceau à l’unisson

Rose-Marie FRANÇOIS et Charles DELHAES, L’écho du regard, Tétras lyre, 2020, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–53‑3

francois delhaes l echo du regardDans un ouvrage de for­mat car­ré pour accueil­lir l’impression très soignée des œuvres en por­traits, paysages, cer­cles et car­rés de Charles Del­haes, Rose-Marie François en enreg­istre L’écho du regard, sous la forme de poèmes atten­tifs et sen­si­bles, exposés vison-visu, à savoir un poème par œuvre et dou­ble page. Chaque toile du pein­tre lui a inspiré quelques vers agis­sant comme le départ et la des­ti­na­tion, l’aller et le retour : de mul­ti­ples va-et-vient, de joyeuses con­nivences et col­lab­o­ra­tions nous dit l’introduction du livre et qui font autant de ponts invis­i­bles entre l’image et le texte, entre le texte et l’image, entre les deux auteurs. Con­tin­uer la lec­ture

Immersion poétique dans une aire polaire

Giu­lia VETRI, Là où tout est blanc, Grandes per­son­nes, 2020, 44 p., 20 €, ISBN : 9782361936112

vetri la ou tout est blancLà où tout est blanc s’an­cre au cœur de l’Antarc­tique, que l’au­teure et illus­tra­trice Giu­lia Vetri a déjà exploré dans un album éponyme pour la jeunesse (Antarc­tique – expédi­tions en terre incon­nue, La Mar­tinière Jeunesse, 2018) et, antérieure­ment, dans un pro­jet-livre imagé muet (90° Sud, non pub­lié) dont s’in­spire le présent album réal­isé à la fin de son cur­sus académique artis­tique à Urbino sous la super­vi­sion de l’artiste améri­cain Steven Guar­nac­cia.   Con­tin­uer la lec­ture