Archives par étiquette : Samia Hammami

Un pas, puis l’autre

Olivi­er SPINEWINE (texte) et Lisa SIBILLAT (image), Com­ment encore marcher?, Lus­tre, 2023, 50 p., 20 €

spinewine comment encore marcherEn cou­ver­ture, il y a d’abord cet homme, sem­blant chauss­er ses jambes aux­quelles ses mains s’agrippent fer­me­ment ; elles ressem­blent à des cuis­sardes se ter­mi­nant en orteils, capa­bles d’avaler sept lieues en une foulée. Une cer­taine per­plex­ité mar­que son vis­age, pour­tant sans trait. Et le titre de l’ouvrage de réson­ner : Com­ment encore marcher ? Puis, au fil du recueil, d’autres fig­ures, elles aus­si en sil­hou­ette, elles aus­si en noir et blanc, ques­tion­nent le mou­ve­ment. Cer­taines s’étirent ou se recro­quevil­lent, d’autres s’agitent dans une danse incon­nue, quelques-unes se con­tor­sion­nent. Et beau­coup s’agrippent ou tien­nent : des chevilles, des jambes, des chaus­sures-pieds (évo­quant Le mod­èle rouge magrit­tien). L’équilibre se cherche, à tâtons, dans la chute et l’immobilisme. Ces êtres de lith­o­gra­phie, issus de l’imagination et du savoir-faire de Lisa Sibil­lat, touchent par leur empêche­ment, leur incon­fort, leur gaucherie aus­si par­fois. Con­tin­uer la lec­ture

Thérèse, Rose, Ratte

Flo­rence RICHTER, Rose étrange au Mont des Arts, Sam­sa, 2023, 114 p., 18 €, ISBN : 9782875934642

richter rose etrange au mont des arts« Le roman com­porte trois par­ties qui se répon­dent : d’abord deux fic­tions, l’autobiographie d’un végé­tal rosier marin, entre­coupée de com­men­taires d’une mam­mifère, une rat­te. La troisième par­tie relève de la réal­ité la plus con­crète ; il s’agit d’extraits du Jour­nal intime, inédit à ce jour, de ma grand-mère, la roman­cière Marie-Thérèse Bodart […] » Tel est l’incipit de Rose étrange au Mont des Arts, dans la « note (néces­saire) de l’autrice ». Flo­rence Richter l’annonce d’emblée : son réc­it explor­era dif­férents points de vue, cha­cun claire­ment annon­cé à chaque début de chapitre. Si l’existence de la fleur et celle de la rongeuse se croisent, celle de Thérèse s’inscrit en petites notes choisies émanant d’un passé révolu. Car, au moment où se déroule l’histoire con­tée, l’humanité a dis­paru, depuis longtemps, en 2054 exacte­ment, et la nature a repris ses droits sur la Terre en général et le Mont des Arts en par­ti­c­uli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Cheeeese !

Un coup de cœur du Car­net

Sarah GRÉSELLE, Le sourire d’Yvon Quok­ka, Ver­sant Sud, 2023, 32 p., 15,50 €, ISBN : 9782930938738

greselle le sourire d'yvon quokkaIl faut manger équili­bré (cinq fruits et légumes par jour), faire du sport (au moins marcher ses dix mille pas quo­ti­di­ens), men­er une vie saine (sans excès), pren­dre soin de soi (physique­ment et émo­tion­nelle­ment), être heureux (et tou­jours voir le bon côté des choses), voy­ager (c’est for­ma­teur), être per­for­mant (« tou­jours plus loin, plus fort, plus vite »), dévelop­per sa créa­tiv­ité (et son imag­i­na­tion, et son intu­ition, et…), sor­tir de sa zone de con­fort (et dépass­er ses lim­ites), innover (mais respecter les règles), être poli (et dire bon­jour à la dame), etc. Et il faut sourire, aus­si, d’après ce qu’on répète aux per­son­nes qui n’activent pas leurs zygo­ma­tiques : « Allez, fais pas cette tête-là, souris un peu ! » Con­tin­uer la lec­ture

« Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe, il y a quelque chose qui s’efface »

Un coup de cœur du Car­net

Lisette LOMBÉ (texte) et 10EME ARTE (image), À hau­teur d’enfant, Cot­Cot­Cot, 2023, 44 p., 22 €, ISBN : 9782930941493

lombé 10eme arte a hauteur d'enfantsPour le deux­ième opus dans leur col­lec­tion « Les car­nets », les édi­tions Cot­Cot­Cot, aus­si dynamiques que fure­teuses, ont ouvert leurs pages à un trio réjouis­sant : Almune­da Pano et Elisa Sar­tori (réu­nies dans le col­lec­tif 10ème Arte) aux palettes, et Lisette Lom­bé à l’encre. Ces artistes se rejoignent à bien des égards sur le plan de la créa­tion, notam­ment autour de trois aspects : elles réfléchissent le monde, se posi­tion­nent par rap­port à lui (en plus de s’y inscrire), posent un regard per­son­nel dessus. Ce triple mou­ve­ment se man­i­feste lorsqu’on les lit et/ou les écoute, que l’on s’intéresse à leurs mul­ti­ples explo­rations. Dans cette col­lab­o­ra­tion, elles se sont mis­es À hau­teur d’enfant avec un à‑propos encore une fois renou­velé. Con­tin­uer la lec­ture

Pop and Cie

Sophie MUSEUR, Pop, Onlit, 2023, 250 p., 18,99 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782875601735

museur popPop, c’est la gamine que sa sœur cham­bre. Ben oui, c’est quoi cette manie de s’asseoir sous le bil­lard de La boule de Feu, ce café où trainent leurs par­ents tous les soirs, et d’observer « les jambes des gens, celles des tables, des chais­es et du flip­per aus­si », chipot­er avec les restes de chips tombés par terre, assis­ter au spec­ta­cle des gens qui s’enivrent, se frô­lent, remuent, titubent ? Et pourquoi cette petite lui colle aux basques quand elle désire s’éclater avec son copain du moment ou avec ses amies majorettes ? Et qu’est-ce qu’elle est pénible, aus­si, lorsqu’elle lui rap­pelle les inter­dits et les puni­tions qui pleu­vent alors qu’elle, Fani, aspire à un peu de vie et de légèreté. Mais, en même temps, elle l’adore, son encom­brante sœurette ; elle la taquine et la rabroue, mais elle la défendrait con­tre n’importe qui, c’est sûr. Con­tin­uer la lec­ture

Doudou un jour, Doudou toujours

Alexan­dre DE MOTÉ (texte) et Joëlle PASSERON (ill.), Sacha et la timid­ité du Tigrou, Glé­nat Jeunesse, coll. « Les incon­tourn­ables », 2023, 48 p., 22,50 €, ISBN : 9782344057087

de moté sacha la timidité du tigrouSacha, c’est le fils de deux grands sportifs, Manu (water-polo, karaté et yoga) et Michel (water-polo). Lui, il est plutôt « artiste, danseur, un peu pein­tre, un peu foufou ». D’un naturel intro­ver­ti, le Tigrou préfère rester avec son doudou, le Grand Jojo. En fait, les autres lui font peur… Quand ils s’amusent tous ensem­ble dans la plaine de jeux, sur des tobog­gans, des bal­ançoires et d’autres mobiles, que la joie irradie de leur vis­age et qu’ils courent der­rière une balle ou un de leurs cama­rades, Sacha se réfugie sous une tente, mal à l’aise, l’esprit cha­grin. Si Manu tente de le brusquer légère­ment ou de le câlin­er, le petit tigre sort les griffes : lui, tout ce qu’il veut, c’est s’extirper de ce lieu de haute social­i­sa­tion et s’amuser avec son lapin en peluche. Con­tin­uer la lec­ture

« Entendons-nous bien, rien de ce que je raconte n’est métaphorique »

Deb­o­ra LEVYH, La ver­sion, Allia, 2023, 128 p., 12 €, ISBN : 9791030417395

levyh la version« Très franche­ment, je ne crois pas qu’on puisse par­ler d’un monde dans la langue d’un autre monde. Je ne veux pas dire que ce ne serait pas souhaitable, sim­ple­ment que ce n’est peut-être pas pos­si­ble. À moins de recourir à des arti­fices. » Par cet incip­it, le nar­ra­teur donne le ton : il s’agira d’envisager une réal­ité avec des out­ils cer­taine­ment insuff­isants, ou du moins pas exacte­ment adéquats. Et le défi se révèle iden­tique dans ces lignes : évo­quer le livre de Deb­o­ra Levyh, un texte dense, opaque, exploratoire, dans un français effi­cace et essen­tial­iste, ou com­ment ten­ter de faire entr­er une sphère dans un trou car­ré… Con­tin­uer la lec­ture

Amours interdites

Brigitte MOREAU, Le dia­ble se moque bien des his­toires d’amour, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 200 p., 20 €, ISBN : 9782875990761

moreau le diable se moque bien des histoires d'amourD’un côté, il y a les Supérieurs ; de l’autre, les Inférieurs. Bien enten­du, les deux ne se fréquentent pas, ne se mélan­gent pas, ne se croisent presque pas. Au sein de la pre­mière caste existe une hiérar­chie se bas­ant sur le Pédi­grée des indi­vidus, se définis­sant lui-même par la somme de leurs quo­tients intel­lectuel, beauté, pro­fes­sion­nel, richesse et avenir. Cette valeur pré­cisé­ment mesurée, qui peut vari­er selon les aléas de la vie, per­met d’unir, sur une base rationnelle et objec­tive, les meilleurs élé­ments entre eux. Ain­si, lors d’une céré­monie dili­gen­tée par des hommes de loi, les pères, ayant préal­able­ment amassé une dot, négo­cient le mariage de leurs filles, tan­dis que ces dernières atten­dent patiem­ment dans une salle que leur sort soit scel­lé. Con­tin­uer la lec­ture

Olive et Odilon, Zélie et Bélonias and cie

Noémie FAVART, Olive et Zélie, Ver­sant Sud Jeunesse, 2023, 64 p., 16,50 €, ISBN : 9782930938677

favart olive et zelieVous êtes-vous déjà demandé « […] ce qui est rouge avec deux pois et une plume et qui est emmêlé comme un saucis­son » ? Ou pourquoi les vieilles tantes qui cocot­tent ne par­tent jamais en voy­age sans leur poivri­er ? Ou encore si un prénom détient bel et bien le pou­voir de ralen­tir une ath­lète lors d’une course ? Si ces ques­tions vous tarau­dent, alors ouvrez immé­di­ate­ment le nou­v­el album, tou­jours aus­si gai et col­oré, de Noémie Favart : dans Olive et Zélie, vous trou­verez les répons­es à ces énigmes ain­si que d’autres his­toires cocass­es ! Con­tin­uer la lec­ture

« Ainsi va le monde autour de nous »

Jacques CHARLIER, Mot à mot, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–132‑6

charlier mot a motLe mou­ve­ment du monde « tou­jours à notre insu / mal­gré notre refus », la lour­deur d’une salle d’attente avec « cette porte idiote / qui ne s’ouvre pas », les voy­ages oniriques « prob­a­ble­ment des restes de vies / qui vien­nent d’ailleurs », l’attitude d’un saint-thomas ent­hou­si­as­mé chaque matin devant sa fenêtre, l’évolution intime du lan­gage et les réa­juste­ments néces­saires face au réel, le refus des regrets com­plaisants alors que « chaque vague, chaque souf­fle du vent est unique », les fuites assumées qui per­me­t­tent d’échapper ou d’éviter, la petite musique intérieure de nos corps « dans le calme de la nuit », l’étrangeté de l’autre que l’on pense pour­tant con­naître, le déclin de la beauté « avec le temps, ça se gâte », la peau comme « seul vête­ment que mal­gré tout on habille », une res­pi­ra­tion pro­fonde en cadeau fugi­tif, le monde « qui est ain­si fait » et déjà dit, les bris d’amour et les « mots à mots », les larmes de pluie régénéra­tri­ces et le vent « qui lente­ment soulèv[e] les robes du temps », l’heure juste des départs et l’altération inéluctable de tout, le solide lien invis­i­ble entre les choses « à la base, intime­ment liées… / dès le départ… / irrémé­di­a­ble­ment », la ques­tion des faux vrais-sem­blants et les vrais faux-sem­blants, le laid ras­sur­ant et le beau éner­vant… Ce sont quelques aspects de l’existence, pen­sés et illus­trés par Jacques Char­li­er dans Mot à mot. Con­tin­uer la lec­ture

« Juste une illusion… »

Véronique BIEFNOT, Cer­taines ombres rêvent, M.E.O., 2023, 164 p., 17 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0377‑4

biefnot certaines ombres rêventL’impatience et la révolte de l’une s’opposent à la com­préhen­sion et à la résig­na­tion de l’autre. Tan­dis que la pre­mière cherche, la sec­onde accueille. Un revête­ment de poils, de plumes et d’écailles d’un côté, une peau humaine ten­due ou fripée de l’autre. Paroles, émo­tions, pul­sions ver­sus réflex­ions, sen­ti­ments, con­trôle. Le Yin de terre et d’eau, le Yang de feu et d’air. Élie et Joe­ly, deux âmes sœurs dont le lien abolit impérieuse­ment les dis­tances, les apparences, les incar­na­tions, sont les voix à enten­dre dans le dernier roman de Véronique Biefnot, Cer­taines ombres rêvent. Con­tin­uer la lec­ture

« U Can’t Touch This »

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is ALVAREZ, Rela­tion, Arbre à paroles, coll. « iF », 2023, 20 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–735‑8

alvarez relationQua­si-corol­laire de tout début vu que « pour absol­u­ment tout dans la vie, marcher, respir­er, boire du vin ou se faire pipi dessus, il y [a] une pre­mière et une dernière fois », elle peut enlis­er, empoiss­er, embourber, comme oxygén­er, alléger, stim­uler. Elle rebat en tout cas imman­quable­ment les cartes, qui façon­neront d’autres châteaux à l’architecture espag­nole ou végéteront en tas informe sur une table crasseuse. La fin d’une rela­tion, et plus par­ti­c­ulière­ment d’une rela­tion amoureuse, c’est notre lot à (presque) tous, un jour ou l’autre. Si l’expérience s’envisage comme banale­ment com­mune avec une dis­tance poéti­co-cynique, moins fréquents sont ceux qui la ressen­tent comme telle à l’instant T et à tous les autres qui suiv­ront et s’accumuleront le temps de… Quelle que soit sa con­fig­u­ra­tion sin­gulière, elle déplace tou­jours nos lignes intérieures. Con­tin­uer la lec­ture

Désormais sans Paul

Nadine EGHELS, Avec Paul, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 185 p., 19 €, ISBN : 9782363083289

eghels avec paul

« Sept heures du matin donc. Le 10 octo­bre. Le jour se lève. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Et Paul ne l’éteint pas. Le réveil sonne. Je mau­grée. Pourquoi ne l’éteint-il pas ? » Ce jour défini­tif d’automne de 2018, dans leur lit plus petit que la moyenne pour « sen­tir l’autre, dans la pro­fondeur des limbes », Nadine Eghels ouvre les paupières sur un monde dif­férent, celui où son amour n’est plus. Le som­meil l’a englouti. 17, Samu, hôpi­tal, répar­er les vivants et laiss­er par­tir les morts ; telle est la fin de sa vie avec Paul Andreu et le début de son réc­it Avec Paul. Con­tin­uer la lec­ture

C’est un arbre, une forêt

Sara GRÉSELLE, Sil­va, Esper­luète, coll. « Cahiers », 2023, 20 p., 11,90 €, ISBN : 9782359841688

greselle silvaEn latin, Sil­va désigne le bois, le bosquet et, au fig­uré, une grande quan­tité, une matière abon­dante. Dans la langue de Sara Gréselle, le con­cret et l’imagé fusion­nent, et Sil­va évoque ain­si à la fois la femme-arbre et la femme-forêt. En ter­mes édi­to­ri­aux, Sil­va se con­cen­tre en une pla­que­tte, mince et allongée : 20 pages, seule­ment, à la sève épaisse et col­lante qui cir­cule irré­sistible­ment, irrigue pro­fondé­ment. Sil­va, plurielle­ment sin­gulière et sin­gulière­ment plurielle.

Dans ce texte puis­sant, Gréselle s’arrête sur une expéri­ence intime, qu’une femme sur qua­tre con­naî­trait, ce qui d’ailleurs « […] ne chang[e] rien à la soli­tude de l’expérience ». Un jour de Vénus pas très loin­tain donc, « une de [s]es branche a été arrachées. Non, ce n’est pas ça : une de [s]es branche est tombée. Ça n’a pas fait le bruit qu[’elle] avai[t] imag­iné ». Les mots posés soulig­nent la déli­catesse du moment et trahissent un mou­ve­ment qui ne souf­fre aucun retour en arrière : une fois que la branche, qui partage le flux vivant, les ter­mi­naisons nerveuses et la pul­sa­tion intérieure, se détache, elle retourne à la terre, qui accueille en silence. Il faut ensuite cautéris­er l’écorce blessée, accepter le temps de la cica­tri­sa­tion et « faire con­fi­ance aux racines, au réveil du print­emps, le temps que revi­enne, un jour, le chant des oiseaux ». Car le cycle, immuable, suiv­ra son cours. Con­tin­uer la lec­ture

G, comme Gloria et Géniale

Un coup de cœur du Car­net

Almu­de­na PANO, Glo­ria, Rue de l’Échiquier, 2023, 224 p., 24,90 €, ISBN : 978–2‑37425–385‑5

pano gloriaG tra­vaille comme assis­tante sociale dans un cen­tre pour mineurs. D’apparence coquette et sportive, fana de self­ies, elle dénote avec l’image qu’on se forge d’une pro­fes­sion­nelle du domaine, qu’on voudrait les cheveux gras, le sourire éteint et les épaules ployées par la lour­deur des vécus aux­quels elle se frotte. Et pour­tant G se démène corps et âme pour ses pro­tégés, s’investit dans leur exis­tence cabossée, oublie ses plans per­son­nels, hap­pée qu’elle est par sa mis­sion d’aide à autrui. À cause de son salaire de mis­ère, elle se voit con­trainte d’habiter chez ses par­ents, mod­estes et aimants, et d’écouter les ser­mons de ses amies inquiètes de sa sit­u­a­tion, sans pour autant se résoudre à cess­er sa quête sisyphéenne : « Je sais que mon tra­vail c’est comme un panse­ment sur une jambe de bois. Mais je ne peux pas regarder ces enfants, qui ont des prob­lèmes que tu ne saurais même pas imag­in­er, et rester là sans rien faire. » G, amie d’Elisa Sar­tori (généreuse com­parse de l’autrice), a fourni à Almu­de­na Pano la matière pre­mière de l’album lors d’une inter­view en 2017 ; après, le pro­jet a mûri et s’est réori­en­té, en rai­son d’impulsions édi­to­ri­ales et d’ébranlements intimes. Con­tin­uer la lec­ture

Il était une (double) fois

Un coup de cœur du Car­net

Myr­i­am MALLIÉ, Le cer­cueil de verre, Esper­luète, 2023, 80 p., 18 €, ISBN : 9782359841671

mallié le cercueil de verreBlanche-Neige, Cen­drillon, La Belle au bois dor­mant, Le Petit Chap­er­on rouge, La Petite Gardeuse d’oies, Le Vail­lant Petite Tailleur, Le Joueur de flûte de Hamelin, Hansel et Gre­tel, Le Loup et les Sept Chevreaux, Les Musi­ciens de Brême… Com­bi­en de con­tes et légen­des des frères Grimm se sont fau­filés dans nos ten­dres oreilles et peu­plent notre incon­scient depuis lors ? Il en est de moins con­nus, et tout aus­si fan­tas­tiques, qu’il est ent­hou­si­as­mant de (re)découvrir grâce aux con­teurs, ces chaînons d’une longue tra­di­tion spir­ituelle qui pal­pi­tent de « cette sen­si­bil­ité par­ti­c­ulière à cette sorte de force vibra­toire que les grandes images de notre imag­i­naire con­tin­u­ent d’exercer sur nos esprits et nos corps, à tra­vers le temps et l’espace ». C’est le cas du Cer­cueil de verre, dont Myr­i­am Mallié offre une pas­sion­nante lec­ture dans son livre éponyme pub­lié aux pré­cieuses et minu­tieuses édi­tions Esper­luète. Con­tin­uer la lec­ture