Olivier SPINEWINE (texte) et Lisa SIBILLAT (image), Comment encore marcher?, Lustre, 2023, 50 p., 20 €
En couverture, il y a d’abord cet homme, semblant chausser ses jambes auxquelles ses mains s’agrippent fermement ; elles ressemblent à des cuissardes se terminant en orteils, capables d’avaler sept lieues en une foulée. Une certaine perplexité marque son visage, pourtant sans trait. Et le titre de l’ouvrage de résonner : Comment encore marcher ? Puis, au fil du recueil, d’autres figures, elles aussi en silhouette, elles aussi en noir et blanc, questionnent le mouvement. Certaines s’étirent ou se recroquevillent, d’autres s’agitent dans une danse inconnue, quelques-unes se contorsionnent. Et beaucoup s’agrippent ou tiennent : des chevilles, des jambes, des chaussures-pieds (évoquant Le modèle rouge magrittien). L’équilibre se cherche, à tâtons, dans la chute et l’immobilisme. Ces êtres de lithographie, issus de l’imagination et du savoir-faire de Lisa Sibillat, touchent par leur empêchement, leur inconfort, leur gaucherie aussi parfois. Continuer la lecture
« Le roman comporte trois parties qui se répondent : d’abord deux fictions, l’autobiographie d’un végétal rosier marin, entrecoupée de commentaires d’une mammifère, une ratte. La troisième partie relève de la réalité la plus concrète ; il s’agit d’extraits du Journal intime, inédit à ce jour, de ma grand-mère, la romancière Marie-Thérèse Bodart […] » Tel est l’incipit de Rose étrange au Mont des Arts, dans la « note (nécessaire) de l’autrice ». Florence Richter l’annonce d’emblée : son récit explorera différents points de vue, chacun clairement annoncé à chaque début de chapitre. Si l’existence de la fleur et celle de la rongeuse se croisent, celle de Thérèse s’inscrit en petites notes choisies émanant d’un passé révolu. Car, au moment où se déroule l’histoire contée, l’humanité a disparu, depuis longtemps, en 2054 exactement, et la nature a repris ses droits sur la Terre en général et le Mont des Arts en particulier.
Il faut manger équilibré (cinq fruits et légumes par jour), faire du sport (au moins marcher ses dix mille pas quotidiens), mener une vie saine (sans excès), prendre soin de soi (physiquement et émotionnellement), être heureux (et toujours voir le bon côté des choses), voyager (c’est formateur), être performant (« toujours plus loin, plus fort, plus vite »), développer sa créativité (et son imagination, et son intuition, et…), sortir de sa zone de confort (et dépasser ses limites), innover (mais respecter les règles), être poli (et dire bonjour à la dame), etc. Et il faut sourire, aussi, d’après ce qu’on répète aux personnes qui n’activent pas leurs zygomatiques : « Allez, fais pas cette tête-là, souris un peu ! »
Pour le deuxième opus dans leur collection « Les carnets », les éditions CotCotCot, aussi dynamiques que fureteuses, ont ouvert leurs pages à un trio réjouissant : Almuneda Pano et Elisa Sartori (réunies dans le collectif 10ème Arte) aux palettes, et Lisette Lombé à l’encre. Ces artistes se rejoignent à bien des égards sur le plan de la création, notamment autour de trois aspects : elles réfléchissent le monde, se positionnent par rapport à lui (en plus de s’y inscrire), posent un regard personnel dessus. Ce triple mouvement se manifeste lorsqu’on les lit et/ou les écoute, que l’on s’intéresse à leurs multiples explorations. Dans cette collaboration, elles se sont mises À hauteur d’enfant avec un à‑propos encore une fois renouvelé.
Pop, c’est la gamine que sa sœur chambre. Ben oui, c’est quoi cette manie de s’asseoir sous le billard de La boule de Feu, ce café où trainent leurs parents tous les soirs, et d’observer « les jambes des gens, celles des tables, des chaises et du flipper aussi », chipoter avec les restes de chips tombés par terre, assister au spectacle des gens qui s’enivrent, se frôlent, remuent, titubent ? Et pourquoi cette petite lui colle aux basques quand elle désire s’éclater avec son copain du moment ou avec ses amies majorettes ? Et qu’est-ce qu’elle est pénible, aussi, lorsqu’elle lui rappelle les interdits et les punitions qui pleuvent alors qu’elle, Fani, aspire à un peu de vie et de légèreté. Mais, en même temps, elle l’adore, son encombrante sœurette ; elle la taquine et la rabroue, mais elle la défendrait contre n’importe qui, c’est sûr. 









