Alain DANTINNE, André DOMS, Jean-Louis RAMBOUR, Pierre TREFOIS, Sur La Rupture des falaises de Pierre Bartholomée, L’herbe qui tremble, coll. « Trait d’union », 2024, 60 p., 12 €, ISBN : 978–2‑491462–83‑3
Autour de La Rupture des falaises, une œuvre musicale du compositeur et chef d’orchestre Pierre Bartholomée, créée en 2008, récemment enregistrée, une autre partition, de dessins et de poèmes, retentit, tissant des harmoniques visuels et scripturaux. Les dessins de Pierre Tréfois, les textes poétiques d’Alain Dantinne, d’André Doms et de Jean-Louis Rambour forment comme un quatuor qui traduit le champ sonore dans un espace autre. Des vagues de poèmes et de dessins montent à l’assaut de la création de Pierre Bartholomée, laquelle évoque la figure de la mystique et poétesse Hadewijch d’Anvers. Nés de l’écoute de l’œuvre musicale, d’une source sonore, les dessins intitulés « Érosion-Rébellion » et les poèmes inscrivent leurs interrogations esthétiques dans un geste activiste en phase avec le mouvement Extinction-Rebellion. Continuer la lecture






Alors qu’il vient de boucler en galerie bruxelloise la présentation de ses peintures et dessins récents, Jacques Lacomblez marque également de sa plume de poète les 100 ans du surréalisme, lui qui, né en 1934 – et inscrit dans sa galaxie depuis 1956 – peut en compter dix de moins. Si ses précédents recueils laissaient libre cours au poème de forme libre, parfois marqué par la brièveté, il donne à lire cette fois une pleine brassée d’aphorismes. Le titre en est presque un lui-même : Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin.
Les aphorismes de Blaise Lesire, dit le Marquis de l’Orée, dans ce premier livre Opuscule navrant, au titre d’une délicate ironie, se fondent sur une seule certitude, celle de l’incertitude, et, comme il le dit de façon apparemment tragique, de « l’insanité du bonheur ».
Les surréalistes belges auraient-ils tous le même visage ? Des bonnes joues, souvent la lippe, et très présente, la tête, massive et montée sur un corps qui compte moins. Des modèles pour photomatons. De grosses lunettes cerclées qui leur font ce regard d’enfant du malaise, pas perçant pour un sou. Des têtes de premiers de classe devenus fonctionnaires ternes, assis appointés. En costard cravate même en vacances ; surtout en vacances. Même chevelus, on les dirait chauves. Et en matière de sourire énigmatique, ils en remontreraient à Mona Lisa.
Dernier volume de la série de correspondances D’Hadrien à Zénon, « Zénon, sombre Zénon » couvre les années 1968–1970 qui voient la parution de L’Œuvre au noir quand éclate Mai 68. Nombre de lettres éclairent le regard rétrospectif que Marguerite Yourcenar pose sur son œuvre, délivrent des analyses précieuses de son esthétique, de sa poétique romanesque. D’autres rendent compte des conflits avec le monde de l’édition, avec Plon, ou laissent entrevoir les prémisses d’un vaste projet autobiographique en germe qui deviendra Le labyrinthe du monde. Parmi les innombrables destinataires, des éditeurs, des auteurs, des critiques, des lecteurs, Claude Gallimard, Bruno Roy, Gabriel Marcel, Béatrix Beck, Patrick de Rosbo, Jean Guéhenno, Marcel Arland, Georges Sion, Carlo Bronne, Marcel Thiry…, auprès desquels elle approfondit des points nodaux de sa pensée de l’art, apporte des précisions quant à la manière d’interpréter ses œuvres.
Parmi les genres littéraires ayant l’habitude de se retourner et de pirouetter sur eux-mêmes, de s’auto-commenter, se définir jusqu’à la non-définition, de se dé-positionner et re-positionner dans le royaume de la littérature, l’aphorisme est un des rois. Roi ? Malandrin ? Les aphoristes, s’ils valorisent leur genre, le portent davantage au pinacle des voyous, des dissidents, des mal élevés, des cousins péteurs plutôt qu’au panthéon littéraire. J’écris cela un peu dizzy après le tourbillon que provoquent Les phrases du silence. Aphorismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves.
En plaçant d’emblée en exergue de son texte les citations de deux Georges, Perros et Bataille, Vincent Poth donne le ton de son nouveau recueil,
En couverture, il y a d’abord cet homme, semblant chausser ses jambes auxquelles ses mains s’agrippent fermement ; elles ressemblent à des cuissardes se terminant en orteils, capables d’avaler sept lieues en une foulée. Une certaine perplexité marque son visage, pourtant sans trait. Et le titre de l’ouvrage de résonner : Comment encore marcher ? Puis, au fil du recueil, d’autres figures, elles aussi en silhouette, elles aussi en noir et blanc, questionnent le mouvement. Certaines s’étirent ou se recroquevillent, d’autres s’agitent dans une danse inconnue, quelques-unes se contorsionnent. Et beaucoup s’agrippent ou tiennent : des chevilles, des jambes, des chaussures-pieds (évoquant Le modèle rouge magrittien). L’équilibre se cherche, à tâtons, dans la chute et l’immobilisme. Ces êtres de lithographie, issus de l’imagination et du savoir-faire de Lisa Sibillat, touchent par leur empêchement, leur inconfort, leur gaucherie aussi parfois. 
