Archives de catégorie : Divers

Sapphô au présent

Sophie KLIMIS et Maya BÖSCH, Au rythme de Sap­phô. Se dire femme en désir, Rhuth­mos, coll. « Le libre jeu des plis », 2025, 182 p., 20 €, ISBN : 979–1095155393

klimis bosch au rythme de sapphoL’arc-en-ciel qui relie la poétesse grecque Sap­phô et l’ouvrage à qua­tre mains conçu par Sophie Klim­is et Maya Bösch s’appelle désir. Inau­gu­rant la nou­velle col­lec­tion « Le libre jeu des plis » des Édi­tions Rhuth­mos, Au rythme de Sap­phô. Se dire femme en désir déplie un dia­logue, un tres­sage de voix entre la philosophe, poétesse et dra­maturge Sophie Klim­is et la met­teure en scène, l’artiste Maya Bösch. Com­ment évo­quer aujourd’hui la magie d’Erôs, com­ment le penser dans ses puis­sances amoureuses et poli­tiques, à la croisée des éveils qu’il pro­duit sur le corps et sur l’esprit ? Con­tin­uer la lec­ture

Écriture et peinture, le paysage dans tous ses éclats

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA et Babis KANDILAPTIS, Paysages. L’arythmie du temps, Yel­low Now, coll. « Côté Arts », 2024, 128 p., 25 €, ISBN : 978–2‑873405076

savitzkaya paysages l'arythmie du tempsIl y a une ving­taine d’années déjà, l’auteur d’On n’y voit rien, l’écrivain et his­to­rien de l’art Daniel Arasse (1944–2003) notait avec un fatal­isme dés­abusé que la plu­part des petites chapelles ital­i­ennes qu’il affec­tion­nait avaient été restau­rées. Autre­fois, dis­ait-il, on pou­vait y pass­er des heures à regarder les motifs, les per­son­nages, les détails, les couleurs passées, et les inscrire dans un temps lente­ment écoulé. Depuis les restau­ra­tions, l’entrée était mon­nayée et régle­men­tée, le temps de vis­ite réduit à un quart d’heure. Le vis­i­teur voy­ait peut-être mieux les détails, mais il n’en avait plus le temps : on voy­ait mieux, mais on ne voy­ait rien. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’auteur produit, à tour de bras, une littérature splendidement utile et inutile

Un coup de cœur du Car­net

Antoine BOUTE, Siestes Pilotes, Back­land, 2025, 98 p., 17 €, ISBN : 9782959402753

boute siestes pilotesJ’ouvre Siestes pilotes et, d’emblée, deux évi­dences : 1) j’aime ce livre et, 2), j’aimerais que, là, à l’instant, Antoine Boute se matéri­alise devant moi et me lise des extraits de Siestes pilotes, réin­ven­tant, pour mes yeux, et surtout mes oreilles, son écrit, dans une lec­ture per­for­mance inou­bli­able et drôle.

Parce qu’Antoine Boute est un maitre. Un expert en écholalies et glos­so­lalies. Prenant grand soin de ne jamais nous per­dre. Prenant grand soin à nous tenir en haleine. C’est que, l’air de rien, la langue mon­strueuse et les façons de faire d’Antoine Boute tien­nent autant du jeu, de la blague, du plaisir qu’il y a à écrire, à laiss­er la langue et les jeux avec les mots dicter le réc­it, les his­toires mul­ti­ples à pleur­er de rire rap­portées dans le livre qu’à l’art du réc­it et de la racon­touze. Comme si la langue — et les jeux qu’elle per­met — créait elle-même, en per­son­ne, le texte que nous sommes en train de lire. Comme si la langue en était l’auteur ou l’autrice. Antoine Boute n’étant que l’instrument de la langue. Son bic ou son écran infor­ma­tique. La langue pas­sant à tra­vers le corps d’Antoine Boute pour enfin s’incarner. Pren­dre corps devant nous. Con­tin­uer la lec­ture

(271) Tu me veux du bien, je te veux du beau

Tim­o­téo SERGOÏ, N’oubile pas la baueté du déso­drde, Cac­tus inébran­lable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–115‑6

sergoi n oubile pas la baueté du désodrdreChoisir le dif­fus pour cœur d’écrit, c’est rafraichissant, revig­o­rant et telle­ment proche de penser en soi ; intérieure­ment et ontologique­ment. Bien sûr, il n’y a en général pas d’ordre à lire des apho­rismes, maximes, notes, poèmes. C’est sans doute pourquoi Tim­o­téo Ser­goï tient à les numérot­er et les lis­ter dans le plus grand désor­dre. Le pre­mier chapitre est inti­t­ulé CINQ et si (1) se trou­ve bien à sa place, (2) occupe au chapitre SIX le troisième para­graphe de la page 44, (3) en est le deux­ième à la page 25 du chapitre DEUX et ain­si de suite jusque (322), page 68, chapitre ZERO. Vous êtes un peu per­du ? C’est gag­né ! Con­tin­uer la lec­ture

La fête à JP !

COLLECTIF, TXT fête Ver­heggen, Lurlure, 2024, 123 p., ISBN : 9791095997634

TXT fete verheggenLa revue TXT est une his­toire de com­pagnon­nage. Fondée à Rennes par Chris­t­ian Pri­gent et Jean-Luc Stein­metz, TXT con­stitue sans nul doute une aven­ture sin­gulière dans le paysage lit­téraire fran­coph­o­ne. Dans le pro­longe­ment de Tel Quel fondée quelques années plus tôt par Sollers, TXT revendique son car­ac­tère d’avant-garde et un souci de réu­nir des indi­vid­u­al­ités mul­ti­ples. Impreg­née mal­gré elle par les reven­di­ca­tions poli­tiques de l’époque, TXT va priv­ilégi­er avant tout les inno­va­tions presque exclu­sive­ment dans le champ poé­tique. La pat­te de notre regret­té poète « nobelge » Jean-Pierre Ver­heggen appa­rait dès le pre­mier cahi­er paru à l’hiver 1969 aux côtés des fon­da­teurs et d’un cer­tain Allen Gins­berg. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la (grand-)mère est forte

COLLECTIF, (Grands-)mères en lumière. Huit autri­ces trans­met­tent l’histoire de leurs aînées afro-descen­dantes et maghrébines, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2024, 204 p., 15 E, ISBN : 978–2‑87505–507‑1

grands meres en lumiereL’Association Para­graFes vise à per­me­t­tre à toutes les femmes de se réap­pro­prier leur parole et leur par­cours de vie par le réc­it auto­bi­ographique et, par là-même à favoris­er la trans­mis­sion intergénéra­tionnelle. Ce recueil col­lec­tif, pub­lié sous la direc­tion de Manuela Var­ras­so, s’inscrit dans cette démarche et rassem­ble des hom­mages qui salu­ent l’héritage reçu des mères et grands-mères. Con­tin­uer la lec­ture

De l’absurde singulier à la grande bêtise systémique

Aurélie William LEVAUX, New Rur­al Wave, Atra­bile, 2024, 206 p., 21 €, ISBN : 978–2‑88923–144‑7

levaux new rural waveParu aux édi­tions Atra­bile, le dernier ouvrage de l’autrice-illustratrice Aurélie William Lev­aux s’appelle New Rur­al Wave et se situe, plus encore que ses précé­dents livres, au car­refour de l’illustration, de la bande dess­inée et du réc­it – celui-ci à la fois car­net de bord ou de ter­rain (anthro­pologique), jour­nal intime, déver­soir hurlant de toutes les incon­gruités et abom­i­na­tions vécues ou observées. Con­tin­uer la lec­ture

Ne jamais abdiquer

Nico­las KOZAKIS, Raoul VANEIGEM, Vivre, Yel­low Now et EMET, 2024, 224 p., 28 €, ISBN : 9782873405038

kozakis vaneigem vivrePlacé sous l’horizon d’une réin­ven­tion des pos­si­bil­ités d’exister, le livre Vivre se présente comme un dis­posi­tif com­posé des textes de Raoul Vaneigem et des images, des pho­togrammes de Nico­las Koza­kis. Somptueuse­ment présen­tée, cette machine poé­tique de résis­tance est extraite des films qu’ils ont réal­isés entre 2012 et 2022. En français, en anglais et en grec (l’ouvrage est co-édité par Yel­low Now et l’EMET, le Musée nation­al d’Art con­tem­po­rain d’Athènes), les textes dia­loguent avec des images en noir et blanc, paysages grecs, scènes de la vie quo­ti­di­enne, éten­dues mar­itimes, vis­ages mul­ti­ples du vivant… Dans un monde dom­iné par la logique pré­da­trice du Cap­i­tal, par l’asservissement des formes de vie humaines et non humaines, régi par une société du spec­ta­cle entrée dans son dernier acte, les films écrits et réal­isés par Raoul Vaneigem et Nico­las Kazankis s’élèvent comme un chant de par­ti­sans pari­ant pour l’avènement d’une nou­velle ère, pour une tec­tonique des con­sciences et des corps éman­cipés de l’emprise exer­cée par un panop­tique général­isé. Con­tin­uer la lec­ture

Quatuor des falaises

Alain DANTINNE, André DOMS, Jean-Louis RAMBOUR, Pierre TREFOIS, Sur La Rup­ture des falais­es de Pierre Bartholomée, L’herbe qui trem­ble, coll. « Trait d’union », 2024, 60 p., 12 €, ISBN : 978–2‑491462–83‑3

collectif sur la rupture des falaisesAutour de La Rup­ture des falais­es, une œuvre musi­cale du com­pos­i­teur et chef d’orchestre Pierre Bartholomée, créée en 2008, récem­ment enreg­istrée, une autre par­ti­tion, de dessins et de poèmes, reten­tit, tis­sant des har­moniques visuels et scrip­turaux. Les dessins de Pierre Tré­fois, les textes poé­tiques d’Alain Dan­tinne, d’André Doms et de Jean-Louis Ram­bour for­ment comme un quatuor qui traduit le champ sonore dans un espace autre. Des vagues de poèmes et de dessins mon­tent à l’assaut de la créa­tion de Pierre Bartholomée, laque­lle évoque la fig­ure de la mys­tique et poétesse Hadewi­jch d’Anvers. Nés de l’écoute de l’œuvre musi­cale, d’une source sonore, les dessins inti­t­ulés « Éro­sion-Rébel­lion » et les poèmes inscrivent leurs inter­ro­ga­tions esthé­tiques dans un geste activiste en phase avec le mou­ve­ment Extinc­tion-Rebel­lion. Con­tin­uer la lec­ture

Entre les mondes

Anna Safi­a­tou TOURE, Her­bier du départe­ment con­go­lais des Ser­res royales de Laeken, CFC, 2024, 64 p., 16 €, ISBN : 9782875721044

toure Herbier du département congolais des Serres royales de LaekenAu départ, un fait his­torique : les plantes ramenées du Con­go par les colons, pour agré­menter de leurs couleurs et leurs tex­tures les Ser­res royales de Laeken, n’ont pas survécu au cli­mat belge. Un siè­cle plus tard, une artiste fran­co-mali­enne s’empare du réc­it pour le tor­dre, en extraire la sève restée vivace – en dor­mance – sous l’écorce momi­fiée du réel. Con­tin­uer la lec­ture

Ne pas perdre la farce !

Pas­cale TOUSSAINT, Rions, il pleut. Lisons le belge, Sam­sa, 2024, 202 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–555‑7

toussaint rions il pleutRions, il pleut, con­stitue la deux­ième antholo­gie com­posée par l’autrice Pas­cale Tou­s­saint après celle qu’elle pub­li­ait en 2015 chez le même édi­teur (C’est trop beau ! trop !), déjà vouée à la lit­téra­ture belge. Cette fois, c’est un flo­rilège de cinquante-deux auteurs et autri­ces de notre Bel­gique fran­coph­o­ne qu’elle nous offre en n’ayant pas oublié d’y associ­er quelques écrivains de Flan­dres (Arno, Jan Baetens, Hugo Claus, Tom Lanoye…). Con­tin­uer la lec­ture

Des rognures d’ongles

Christophe KAUFFMAN, Babi­oles, Mur­mure des soirs, coll. « Brèves du soir », 2024, 104 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931235–27‑0

kauffman babiolesLa chronique est un art de la mesure libre, de la pondéra­tion, elle doit piquer notre œil, le met­tre en ten­sion, ébruiter les sons vagues qui nous entourent générale­ment et forcer la porte de ce qui nous entoure et à quoi nous prê­tons peu d’at­ten­tion, puisque la vitesse et même l’urgence per­ma­nente ont embal­lé le monde dans une course dans le vide cyberné­tique. La chronique souhaite faire enten­dre du monde, non sa vaste com­plex­ité, mais l’épaisseur de celle-ci à tra­vers un prélève­ment, une sorte de micro-instant saisi par l’écri­t­ure. Dès lors, le chroniqueur enver­rait aux lecteurs des son­des issus d’une sin­gulière per­cep­tion du jeu des appar­entes évi­dences. Con­tin­uer la lec­ture

Texere

Aliette GRIZ (autrice) et Élise PÉROI (illus­tra­trice), Domousse, Midis de la poésie, 2024, 20 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931054–13‑0

griz peroi domousse« Avant, avant, avant », il y a la con­fi­ance de Nouzha Ben­salah et un sub­side en édu­ca­tion per­ma­nente qui créent la pos­si­bil­ité de ren­con­tre de deux artistes, l’une fileuse de laine, l’autre de mots. Il y a un alors pro­jet à penser, des con­tours à définir, des envies à ren­con­tr­er. Petit à petit, les fils se nouent et le motif appa­raît : des tapis-mon­des, des poèmes-com­pag­nies, des bébés-graines. Tout un dis­posi­tif sus­ci­tant la manip­u­la­tion, l’appropriation, la récep­tion et la trans­mis­sion. C’est ain­si que, dans des crèch­es, de très jeunes enfants ont exploré un espace tex­tile-textuel nomade et ancré. « Domousse ». Con­tin­uer la lec­ture

Une histoire clandestine

Paul GERARD, Impasse de la Fidél­ité, CFC et Iselp, coll. « non-couché », 2024, 64 p., 16 €, ISBN : 9782875721051

gerard impasse de la fideliteImpasse de la Fidél­ité. Il ne faut pas faire dire au titre du livre de l’artiste Paul Gérard ce qu’il ne développe ni ne sous-tend – une réflex­ion sur le respect de la foi et de l’engagement con­ju­gal, ce serait fon­cer droit dans un cul-de-sac. Il faut le com­pren­dre pour ce qu’il énonce : le nom d’une voie sans issue brux­el­loise sise près de la cen­trale petite rue des Bouch­ers qui, bien qu’aujourd’hui surtout vis­itée pour la stat­ue de Jean­neke Pis et pour ses bistrots hou­blon­nés, fait par­tie inté­grante de l’histoire de la vie noc­turne homo­sex­uelle belge. On y trou­vait notam­ment dans les années 1930 des bars gays et les­bi­ens où l’on pou­vait s’asseoir à la vue de tous·tes et plus tard, des étab­lisse­ments davan­tage clan­des­tins quand la nuit homo­sex­uelle fut moins libre, dans les années 1960 notam­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Je lis, donc je suis

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric KURZ, Poste restante, Mur­mure des soirs, coll. “Brèves du soir”, 2024, 187 p., 16 €, ISBN : 978–2‑93123–525‑6

kurz poste restanteDès l’avant-propos, Frédéric Kurz assène un cre­do :

Je n’ai pas par­cou­ru le monde, ma présence en Afrique s’est lim­itée au Maroc, je n’ai jamais mis les pieds en Asie ni en Amérique du Sud. 
Mais je con­nais les aveu­gles men­di­ants de Buenos-Aires, j’ai (…) descen­du l’Amazone en radeau, dan­sé dans un bouge con­go­lais. J’ai pris l’air de la mon­tagne dans un sana­to­ri­um (…) j’ai par­cou­ru l’Inde et le Japon (…) J’étais avec les sur­vivants dans un monde postapoc­a­lyp­tique (…) J’ai enquêté, aimé, cou­ru, tué, cher­ché mes par­ents, trahi, survécu, aidé, soigné, que sais-je encore ?  Con­tin­uer la lec­ture

Envols brefs du bout du jardin

Jacques LACOMBLEZ, Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin, Avec vingt-qua­tre dessins de Jean-Claude Sil­ber­mann, Quadri, 2024, 32 p., 25 €

lacomblez sautes d'instantAlors qu’il vient de boucler en galerie brux­el­loise la présen­ta­tion de ses pein­tures et dessins récents, Jacques Lacomblez mar­que égale­ment de sa plume de poète les 100 ans du sur­réal­isme, lui qui, né en 1934 – et inscrit dans sa galax­ie depuis 1956 – peut en compter dix de moins. Si ses précé­dents recueils lais­saient libre cours au poème de forme libre, par­fois mar­qué par la brièveté, il donne à lire cette fois une pleine brassée d’aphorismes. Le titre en est presque un lui-même : Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin. Con­tin­uer la lec­ture