Rose-Marie FRANÇOIS et Charles DELHAES, L’écho du regard, Tétras lyre, 2020, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–53‑3
Dans un ouvrage de format carré pour accueillir l’impression très soignée des œuvres en portraits, paysages, cercles et carrés de Charles Delhaes, Rose-Marie François en enregistre L’écho du regard, sous la forme de poèmes attentifs et sensibles, exposés vison-visu, à savoir un poème par œuvre et double page. Chaque toile du peintre lui a inspiré quelques vers agissant comme le départ et la destination, l’aller et le retour : de multiples va-et-vient, de joyeuses connivences et collaborations nous dit l’introduction du livre et qui font autant de ponts invisibles entre l’image et le texte, entre le texte et l’image, entre les deux auteurs. Continuer la lecture

Y aurait-il au fond une syntaxe du silence ? Un ensemble de règles qui permettraient de comprendre pourquoi, chez le poète, le silence n’est pas synonyme d’absence mais bien plutôt de dialogue, de présence au monde. C’est en quelque sorte l’interrogation que le poète Serge Núñez Tolin décline depuis la publication de plusieurs de ses recueils tels que L’interminable évidence de se taire (2006) ou L’ardent silence (2010). Avec L’exercice du silence, il poursuit donc cette recherche, cette remise en question de la « nécessité de parler », de ce silence qui « noue la respiration à l’air qui le traverse ».
« La culture de la poésie n’est jamais plus désirable qu’aux époques pendant lesquelles, par suite d’un excès d’égoïsme et de calcul, l’accumulation des matériaux de la vie extérieure dépasse le pouvoir que nous avons de les assimiler aux lois intérieures de la nature humaine »
il reste du vert cette montagne sans bruit une carte postale glacée
Les récentes recherches en matière de communication végétale ont confirmé ce que beaucoup pressentaient. Les arbres dialoguent entre eux et avec l’environnement. Ces nouvelles conclusions scientifiques n’ont sans doute pas échappé à l’ingénieur Pierre Warrant dont on sait, depuis la publication de ses deux précédents recueils –
Le poème hubinien se développe autour d’un sans lieu qui n’est peut-être, pour citer Fernand Verhesen évoquant son expérience de la traduction, « que le rien central dans le silence duquel tout se crée et autour duquel le poète répond à un appel. Cet inviolable espace intérieur, avec sa lisière de mots (…)»
Créé en 1913, le personnage de Barnabooth, voyageur libre et délicat, nous entraîne à travers l’Europe du début du 20e siècle. Sous la plume précieuse de Valery Larbaud, les villes du vieux continent se succèdent, se déplient, de Moscou à Londres, de Paris à Berlin. Occasion pour Barnabooth de dessiner une cartographie intime et personnelle que le lecteur devine au fil des fragments compilés du journal et des poèmes. L’un de ceux-ci éclaire particulièrement le contexte sentimental dans lequel s’effectue cette traversée,
« L’art n’est pas une fenêtre en trompe‑l’œil ouverte sur les paradis perdus ou à venir. L’art n’a pas de drapeau ni d’église, il n’est ni d’en haut ni d’en bas, ni de gauche ni de droite, et il n’a pas de juste milieu. L’art n’est pas une friandise, mais une méditation sur la vie. Une méditation joyeuse ou pathétique, ludique, lyrique ou drolatique. L’art est difficile, insoumis », écrit ce poète peu connu. La réédition d’Anamnèse et de deux recueils écrits entre 1960 et 1963, aujourd’hui introuvables : Dire pagaille et L’oplomachin, est particulièrement bienvenue. Un cahier de documents picturaux figure aussi dans cette édition. Si Vandycke est ignoré en tant que poète, il n’est pas inconnu comme peintre et dessinateur. Line Hubert lui avait en effet consacré une monographie : Rien qu’un peu de peinture véritable et véridique (Éditions Arts et Voyages, 1977).
Parmi les plaisirs de la littérature, il y a celui de la découverte. Celle de dénicher par exemple un auteur dont on se sent proche immédiatement, au premier coup d’œil, et la surprise de repérer un éditeur que l’on ne connaissait pas encore la veille. Double plaisir donc ici avec ces Sonnets de la révolte ordinaire de Laurent Robert parus chez l’éditeur lyonnais Aethalidès. Une maquette sobre, élégante, un papier de qualité, une typographie aérée et le titre d’une collection – Freaks — qui donne le ton, à la fois insolite et provocateur !
Jean Luc Werpin verse dans le haïku comme un enfant plonge dans une meule de foin. Il s’y enfonce à se perdre et l’air hirsute, il en ressort plein d’épis et de fétus accrochés aux vêtements, de poussières et de pollens sur le visage comme autant d’étoiles dans les yeux. Une à une, il extrait ses ardentes et hasardeuses prises des mailles de ses habits pour les rassembler aujourd’hui, tel un herbier disparate, dans un recueil nommé Menues monnaies.
Pour lui, le poète se doit de créer de la transcendance, lit-on en fin de volume à propos de Pascal Feyaerts. À elle seule, cette phrase soulève de nombreuses questions, dont de vocabulaire. Aussi parce que le titre du présent recueil est Aspérités. Apposer aspérités et transcendance est paradoxal. Or, on lit un peu plus haut : Il y a chez moi une esthétique du questionnement et de l’ouverture et je vois souvent les choses par le prisme de l’oxymore. Ainsi, l’auteur ne souhaite rien d’autre que lier des réalités très séparées.
Après
Dans ce premier volume d’une trilogie annoncée, le temps s’immobilise, reprend, ralentit, redémarre, nous offrant des épisodes contemplatifs dans lesquels, par petites touches, Victoire de Changy illustre, avec douceur, sa maternité. Elle nous plonge dans l’avant et l’après naissance de Nour, son fils, et nous permet de suivre cet enfantement, de le vivre, avec elle, en elle, intimement et intensément.
De but en blanc, le dernier opus en date de Jean-Marie Corbusier, publié au Taillis Pré, laisse entrevoir un grand lecteur de la poésie d’André du Bouchet. De fait, celui-ci est explicitement cité à la page 78 du recueil, après Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy dans les pages précédentes. Sans doute issue de cette constellation poétique (rappelons que la revue L’éphémère a notamment lié Yves Bonnefoy et André du Bouchet à la fin des années 1960), la voix de Jean-Marie Corbusier se distingue toutefois par une poétique de la neutralité, très sensible. Entre l’aube et l’ombre, la parole de Corbusier tente de capter et de formuler les éclaircies : celles-ci semblent émaner d’un « feu pâle sa flamme tremblée ».
À l’Est, on maîtrise le grain de riz sur lequel dessiner le feuillu bambou avec minutie, ou encore l’œuf de jade où se croisent en détails les branches d’un arbre aussi minuscule que miraculeux. À l’Ouest, ce sont les intailles (en creux) et les camées (en reliefs) qui figurent de merveilleuses miniatures, entre gravures et sculptures ; souvent des portraits de la taille de petits médaillons. Cet art orfévré est très ancien : Les Romains, notamment, ont produit de remarquables camées en tirant parti des superpositions de tons de l’agate, de l’onyx, de la sardoine, etc., raconte Larousse.
Poète de la simplicité, Philippe Leuckx est l’auteur de plus de cinquante recueils. Cependant, celui-ci sort du lot car il n’est pas le fruit de l’inspiration du quotidien, dont il s’est fait chantre. Les Poèmes du chagrin sont l’enfant d’un deuil, celui de Gaby, sa compagne pendant quatre décennies. Quatre photos, dont un portrait d’enfant sur la couverture, permettent de mettre un visage sur l’aimée.