Mathieu CORMAN, Salud Camarada !, Postface de Paul Aron, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685490
Republiant des ouvrages marquants de la littérature belge, récents ou plus anciens, exhumant des pépites, des livres devenus introuvables, Espace Nord entreprend un fabuleux travail éditorial qui s’illustre, ici, par la parution d’un roman décisif sur la guerre d’Espagne. Non pas un livre écrit sur le rivage, à l’écart du fracas des bombes et de l’enthousiasme des promesses révolutionnaires, mais rédigé au cœur du conflit, à l’ombre des tranchées, quand sifflent les balles et les râles des mourants. Comme le souligne Paul Aron dans sa très belle postface, Mathieu Corman est non seulement un « témoin oculaire du bombardement de Guernica » par l’armée fasciste de Franco, mais un acteur engagé du côté des républicains. Continuer la lecture
Prenez quatre jeunes auteurs prêts à tout pour percer. Installez-les confortablement dans l’aile d’un beau château. Donnez-leur trente jours pour mettre la dernière main à leur nouveau projet littéraire. Promettez à un seul d’entre eux la publication et les feux de la rampe. Attendez. Observez.
Voici venir le soleil. Balades avec mon fils est présenté comme la suite de Je pousse donc je suis. Balades avec ma fille, qui était un hommage à la promenade urbaine. Dans cet opus, nous sommes amenés à lire un recueil de fragments qui relèvent davantage d’un hommage à la rencontre.
Dans certains États américains, des couples peuvent adopter des enfants et s’en séparer un peu plus tard. Ces derniers sont alors vendus à moindre prix à une autre famille et les associations qui se chargent de la transaction utilisent de véritables méthodes de marketing (catalogue, spots vidéo, défilés d’enfants, speed dating…), qui engendrent une compétition inévitable entre les candidats à l’adoption. Marie Colot s’est inspirée d’un documentaire sur ce phénomène appelé re-homing pour planter le décor de son histoire. Le ton est donné. Un ton âcre et interpellant.
Au long de Vers Sarajevo, Joël Schuermans nous entraîne dans une étonnante « errance ferroviaire », ainsi qu’il a sous-titré son livre.
Anne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de rivières ». Elle vit en Belgique depuis 2008 (Bruxelles d’abord, le Condroz ensuite). Un si profond silence est son premier livre. Un lieu de mots d’où elle nous parle de comment sa vie s’est figée quand elle a perdu sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de comment le silence s’est installé dans son corps. Elle avait deux ans.
Sans doute est-ce une caractéristique majeure et heureuse du roman policier actuel que de donner tout autant de place à la vie intime des enquêteurs en charge d’élucider un crime qu’à la résolution de l’énigme criminelle elle-même. En marge de l’enquête, d’autres enjeux personnels existent, qui interagissent avec celle-ci tout en formant un récit parallèle. La fille sur le banc s’inscrit pleinement dans cette veine narrative en nous intégrant dans l’équipe policière chargée de l’affaire sous la direction de Steve, un taiseux tout entier voué à sa mission qui le mobilise de jour comme de nuit, au point qu’il en oublie sa famille, ou néglige de dormir ou de manger. Sa volonté de comprendre les ressorts du crime et de dépasser les apparences crée en lui un mouvement mental sans repos auquel Bernadette De Rache nous associe tout en suivant tour à tour les autres membres de l’équipe : Marie l’impétueuse, qui fonctionne à l’instinct, Angelo, le magicien qui délie les secrets des ordinateurs et portables. 
“Les écrivains passent souvent pour des obsédés sexuels, à tort ou à raison, mais moi je n’écris rien… Je ne fais rien… je ne suis rien… Parfois je me demande si mon faux burn out n’est pas en train de muter comme un virus asiatique.” Tels sont les propos désenchantés de Nathan Rivière, « héros » de L’heure des olives, dernier roman de Claude Donnay.
Odile Baltar a remporté la première édition du prix San-Antonio. Arrête ton cirque !, le manuscrit qu’elle a soumis au jury à cette occasion, est désormais un roman – le premier de l’autrice – publié dans la collection de référence « Fleuve noir ».
Assurément Olivia n’aurait pu être écrit en notre temps pétri de cynisme, pas plus qu’il ne semble dater des années trente, époque qui l’a pourtant vu naître (il a paru en 1936 chez Gallimard) tant il est empreint – ainsi que le montre l’écrivain Emmanuel Régniez dans sa postface – de l’esthétique romantique. Madeline Ley, autrice à la courte carrière littéraire (une décennie) le nourrit des agréments de ce mouvement littéraire tout en assumant subtilement que toute cette histoire n’est que littérature.
Voilà vingt-sept ans que Sylvie est partie vivre en Australie avec son mari. Vingt-sept ans sans donner de nouvelles à sa famille ni en prendre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de solitude, à attendre que ses enfants soient indépendants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pensait épouser. Vingt-sept ans après avoir laissé sa famille derrière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrouver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis toujours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour souvenir qu’une image figée sur une photographie.
« Jusqu’au moment où il a dit : je vois un jeune homme. Là j’ai songé aux cieux crevant en éclairs de Rimbaud parce que c’était vraiment ça, ça crevait en éclairs à l’intérieur de moi, alors j’ai pressé l’homme : quoi d’autre ? Le type a plissé ses petits yeux […] avant de répondre : quelqu’un de proche mais avec le Diable à ses côtés, vous voyez comme l’Amoureux regarde le Diable ?, et il a pointé la face cornue et rieuse, la porte de la luxure s’ouvre. C’est le danger. Drôle de porte, j’ai pensé, j’aimerais bien qu’une porte comme ça existe. » Ce Diable, en fait, il pourrait bien s’incarner en Sofiane Zenouda.
Parmi les derniers-nés de la collection iF, quelle bonne surprise que de découvrir, aux côtés des deux incontournables de la littérature belge que sont désormais
La progression de la fonte des glaces du Grand Nord est désormais connue de tous. Des régions entières, autrefois inaccessibles, livrent peu à peu leurs secrets et suscitent toutes sortes de convoitises. Jeremie Brugidou a imaginé ce qu’il pourrait en advenir dans un futur proche.
Oui, qui vraiment étions-nous ? se demande Caroline Lamarche dans son dernier récit, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impressions Nouvelles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.