Archives par étiquette : corps

À mes amies et amis de cœur…

Un coup de cœur du Car­net

Michaël LAMBERT, Mon corps d’avant, Arbre à paroles, coll. « iF », 2024, 80 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–747‑1

lambert mon corps d'avantPoète, romanci­er, nou­vel­liste, auteur de théâtre, ani­ma­teur d’ateliers d’écriture, pro­mo­teur sur de livres inspi­rants aux­quels il con­sacre une par­tie de son blog, slam­meur (sous le pseu­do­nyme de « L’homme chou­ette »), auteur de scé­nar­ios de bande dess­inée… Michaël Lam­bert se partage entre les mul­ti­ples manières de racon­ter des his­toires. « L’aventure humaine est un enchevêtrement de réc­its », clame-t-il à l’entame de son site. Con­tin­uer la lec­ture

Célébration de la chair

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie GASSEL, Éros androg­y­ne et autres textes, Pré­face de Pierre Bourgeade, Tail­lis Pré, 2024, 180 p., 19 €, ISBN : 9782874502200

gassel eros androgyne et autres textesOuvrir les pages étince­lantes, ver­tig­ineuses d’Éros androg­y­ne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre lit­téraire sans équiv­a­lent de Nathalie Gas­sel, sen­tir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses mus­cles et le corps jouis­sant. Mag­nifique­ment pré­facée par Pierre Bourgeade, la réédi­tion d’Éros androg­y­ne s’accompagne de textes inédits qui explorent les ter­ri­toires du désir, les ren­con­tres des corps, la mys­tique de l’écriture et du sexe. Con­tin­uer la lec­ture

Cosmopoétique de la disparition

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE, Cher instant je te vois, Verdier, 2024, 96 p., 20 €, ISBN : 978–2‑37856–198‑7

lamarche cher instant je te voisAprès le roman (La fin des abeilles) et le roman graphique (Dix ans), c’est aujourd’hui à tra­vers la poésie que Car­o­line Lamarche pour­suit sa mise en mots des corps de femmes devenus proies. Le corps-proie est celui mangé par le temps ou la mal­adie, un corps tou­jours situé en regard des autres, migrants oiseaux ani­maux, ces amis entravés eux aus­si par les servi­tudes d’une société délétère et que les vers libres de l’autrice por­tent dans l’espace, sur la crête tran­chante d’un réc­it d’amour et de mort. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie de la sensation originaire

Pierre-Yves SOUCY, De si près, l’ici du corps, Let­tre volée, 2023, 72 p., 15 €, ISBN : 9782873176181

Soucy De si près l'ici du corpsS’ouvrant sur une cita­tion du poète et pein­tre chi­nois Mang Ke — « Non nous n’avons rien dit / Rien que le lan­gage de la chair » —, laque­lle cita­tion brille comme un por­tique éclairant la « Stim­mung » du recueil, De si près, l’ici du corps déroule une par­ti­tion poé­tique en qua­tre par­ties. L’expérience poé­tique que Pierre-Yves Soucy éla­bore au fil d’une œuvre d’une haute tenue s’enracine dans le trou­ble d’un sen­si­ble qui éveille la chair à ses pos­si­bles, à sa ren­con­tre avec l’autre comme avec ses pro­pres ver­tiges. L’horizon sous lequel se tient la pen­sée poé­tique de Pierre-Yves Soucy a pour des­sein l’exploration d’une sen­sa­tion orig­i­naire, du chi­asme mer­leau-pon­tyen du sen­ti et du sen­tant que l’auteur pro­longe dans le creuse­ment d’une ren­con­tre en intéri­or­ité entre la chair des mots et l’espace muet des corps. Son apti­tude à capter les épipha­nies rares d’un touch­er qui brise la « soli­tude des chairs », d’un désir qui ren­con­tre l’énigme de l’autre et la sienne pro­pre extrait du vivre des moments où les chairs frôlées ou nouées com­mu­nient dans la ten­sion du vivre. Con­tin­uer la lec­ture

Une langue à avoir les poils

Un coup de cœur du Car­net

Con­stance CHLORE, L’air res­pi­rait comme un ani­mal, Unic­ité, coll. « Le vrai lieu », 2022, 18 p., 12 €, ISBN : 978–2‑37355–635‑3

chlore l air respirait comme un animalCeux qui ont été mis à nu
char­ment les flammes
nées des vas­es brisés.
 

Spéléolo­gie du char­nel et du désir, émer­gence de la glaise de l’intimité où les corps s’ébrouent, ce recueil de Con­stance Chlore saisit comme autant de signes les traces immé­mo­ri­ales de l’animalité la plus archaïque et les trans­fig­ure en sons, en phonèmes, en poèmes. Au verbe, la poétesse lui insuf­fle, dans L’air res­pi­rait comme un ani­mal, un rythme élé­men­taire, naturel et sen­suel au départ de la thé­ma­tique de l’animalité, à laque­lle se joint celle de la « lutte entre le corps et l’esprit ». Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche des déesses grecques enrobées

Guil­laume DRUEZ, Nous, les gross­es, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2020, 78 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–00‑1

druez nous les grossesBlanche, 46 ans, souf­fre de boulim­ie. Certain·e·s sont accros au sexe, à la cig­a­rette, à l’alcool… Elle, c’est le sucre. En totale fran­chise, Blanche nous racon­te ses déboires avec les régimes, ce fichu cal­cul de l’IMC (indice de masse cor­porelle), ses con­seils pour une pesée réussie, cette hor­ri­ble éti­quette d’ « obésité mod­érée » – qui, com­parée à l’ « obésité mor­bide » est encore accept­able… Être grosse, c’est aus­si avoir son lot de regards, de réflex­ions à demi-mot, de remar­ques hyp­ocrites, méchantes ou psy­chol­o­gisantes : « Oh, elle doit cer­taine­ment com­penser un manque, une perte… ». Mais n’a‑t-on pas le droit d’être gros·se, un point c’est tout ? Con­tin­uer la lec­ture

L’amour selon Libens

Chris­t­ian LIBENS, Sève de femmes, Weyrich, 2020, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874895883

La pein­ture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wie­len, en cou­ver­ture du recueil de nou­velles de Chris­t­ian Libens, Sève de femmes, ain­si que son titre, pour­raient le ranger dans la caté­gorie des erot­i­ca. Ce qu’il est mais pour par­tie seule­ment. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, pub­lié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux ver­sions remaniées et défini­tives. Con­tin­uer la lec­ture

Christine Aventin : déjouer les enfermements

Un coup de cœur du Carnet

Chris­tine AVENTIN, Breil­lat des yeux le ven­tre, post­face de Christophe Meurée, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2018, 160 p., 8,50 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–406‑6

Couron­né par le prix quin­quen­nal de l’essai de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles en 2017 pour sa pre­mière édi­tion au Som­nam­bule équiv­oque et aujour­d’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord, Breil­lat des yeux le ven­tre est conçu comme un corps textuel inouï au tra­vers duquel se con­quièrent un sujet poli­tique et un nou­veau plan d’écriture. Revenant sur sa tra­jec­toire lit­téraire — le coup d’envoi du Cœur en poche, la dépos­ses­sion de l’œuvre, de soi, le rapt de l’œuvre par le père —, Chris­tine Aventin tisse une machine lit­téraire autour d’un feu cen­tral, d’un attracteur molécu­laire, Cather­ine Breil­lat. Dans un jeu de miroirs, d’interfécondation (au sens où Proust l’évoque dans Sodome et Gom­or­rhe), les films, les écrits de Breil­lat se retrou­vent réen­gen­drés dans le mou­ve­ment même où ils révè­lent à Chris­tine Aventin l’expérience d’une soror­ité. Breil­lat-Aventin en écho d’Antigone et d’une Ismène antigo­nisée… Con­tin­uer la lec­ture

Vaneigem se met à table

Raoul VANEIGEM, Pro­pos de table. Dia­logue entre la vie et le corps, Cherche midi, 2018, 350 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782749155739

Il y a quelque chose de naturelle­ment récon­for­t­ant et d’absolument pas vain à lire, encore et tou­jours, Raoul Vaneigem. Au terme de son livre, Pro­pos de table, dernier paru dans une bib­li­ogra­phie qui compte près d’une quar­an­taine d’ouvrages depuis 1967, il incite son lecteur, d’une manière délibérée et vibrante, à pour­suiv­re ce que lui-même a entre­pris chaque jour : un dia­logue entre la vie et le corps. Vaneigem, qui a passé le cap de ce qu’on appelle aujourd’hui le qua­trième âge, ter­mine par un para­graphe (l’ouvrage en compte quelque sept cents de longueurs divers­es, qui font tan­tôt trois lignes, tan­tôt une page) d’un opti­misme sans défail­lance. « Le corps, écrit-il, est un édi­fice ter­restre – une cathé­drale minérale, végé­tale, ani­male et humaine – qui com­mence à peine à se bâtir. » Déc­la­ra­tion non pas de foi, pour l’agnostique et le pour­fend­eur des reli­gions qu’il reste (« Dépass­er Dieu c’est réalis­er l’humain »), mais bien de volon­té : face à une société qui place tou­jours plus haut le strug­gle for life, où la marchan­di­s­a­tion atteint toutes les struc­tures du corps social et men­tal, pour mieux en min­er les résis­tances et en saper les rébel­lions, il faut, nous rap­pelle l’auteur du Livre des plaisirs (Espace Nord, 2014), rugir par un « Sou­viens-toi de vivre » libéra­teur et puis­sant, dont tous les pos­si­bles restent à explor­er. Con­tin­uer la lec­ture

L’espoir d’un corps nomade

Car­o­line COPPÉ, Nom­mons le mot nomade, Brux­elles, Élé­ments de lan­gage, « O.L.N.I. », 2016, 14€

Engoncé dans les triv­i­al­ités et les habi­tudes, il ne reste au corps que peu d’espace pour respir­er. La con­séquence, un corps qui tend à se mur­er dans le silence, à s’épargner, à s’exposer dans le retrait. Avec ce qua­trième recueil, Car­o­line Cop­pé pour­suit en quelque sorte l’échange entamé dans son précé­dent ouvrage, Langue morte suiv­ie du flou, pub­lié en 2009 à L’Arbre à paroles. Un échange frag­men­té entre Elle et Lui où les cour­tes saynètes à haute teneur méta­physique s’enchaînent, découpées comme le syn­op­sis d’un scé­nario. De prime abord, ce découpage dis­parate peut désarçon­ner. Mais c’est que cette dyshar­monie voulue fait par­tie inté­grante du pro­pos. Très rapi­de­ment, le lecteur retrou­ve son chemin en isolant les obses­sions qui balisent le dia­logue scan­dé qu’il est par quelques pas­sages en italique réson­nant telles des didas­calies intimes. Au final, une archi­tec­ture com­plexe pour ce recueil au titre allitératif qui trou­ve naturelle­ment sa place dans cette caté­gorie des O.L.N.I (Objets Lit­téraires Non Iden­ti­fiés) imag­iné par Nico­las Chieusse, ini­ti­a­teur du comp­toir édi­to­r­i­al Élé­ments de lan­gage. Con­tin­uer la lec­ture