Archives par étiquette : première œuvre

Magma solaire et nuits stambouliotes

Natol BISQ, Plein soleil, Le sabot, coll. « Du seum », 2022, 536 p., 17 €, ISBN : 9782492352072

bisq plein soleilDémesure nar­ra­tive, lumière d’un soleil noir, cal­ciné qui embrase l’écriture, les reg­istres styl­is­tiques, trame ambitieuse où se mêlent thriller de fac­ture ciné­matographique, mise en abyme de la lit­téra­ture et galerie de per­son­nages en proie au ver­tige exis­ten­tiel… Plein soleil, pre­mier roman ambitieux d’un jeune auteur féru de pseu­do­nymes (dont celui de Natol Bisq), nous entraîne dans un dédale d’actions, de quêtes qui inter­roge le principe de réal­ité.

Lancée sur les routes de l’Europe et d’Asie afin de retrou­ver un écrivain avec qui elle entend régler ses comptes, Léa fait l’expérience de mon­des souter­rains, par­al­lèles dans un cli­mat qui mêle Matrix et road movie à l’heure du virtuel. Éminem­ment sen­sorielle, l’écriture dresse une mul­ti­tude de scènes d’opéra dont les per­son­nages et le lecteur se doivent de rassem­bler les pièces du puz­zle. La boîte de Pan­dore que nous ouvre Natol Bisq libère la folie d’un monde où règne Lacis, une organ­i­sa­tion cyber­crim­inelle établie en Ital­ie, berceau de toutes les mafias. Les dédou­ble­ments, les dérives hal­lu­cinées de la fic­tion s’inscrivent dans une esthé­tique lynchi­enne qui dévoile l’envers du décor, les manœu­vres com­plo­tistes, le trem­ble­ment du vrai et du faux, les sous-sols de la con­science, la pro­duc­tion de vari­antes de clones. Con­tin­uer la lec­ture

Chant d’amour au prince charmant

Dominique PENEZ, Ode à l’amant imag­i­naire, Bleu d’encre, 2021, 42 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930725–43‑7

penez ode a l amant imaginaireAvec ses poèmes lancés vers les nuages, Dominique Penez livre chez Bleu d’encre son rêve le plus authen­tique et orig­inel, inas­sou­vi, insai­siss­able.

Dites-moi
            que c’est pos­si­ble

La poésie est un espace d’enchantement où cha­cun peut pren­dre ses désirs pour des réal­ités ; telle est l’œuvre mer­veilleuse du livre qui matéri­alise cela. Ain­si, l’autrice s’en donne à cœur et corps joie, aug­men­tant son lyrisme par degrés réso­lus, curieuse de ten­dre, non, assoif­fée de touch­er à l’infini, grim­pant en courant les bar­reaux d’une échelle sans fin, qui ne repose sur rien, ni aux pieds ni au som­met, sinon sur l’air ; à la fois l’oxygène et la mélodie du sep­tième ciel. L’Ode à l’amant imag­i­naire est cet immor­tel chant d’amour au prince char­mant. Con­tin­uer la lec­ture

Récupérer ses vaches

Nico­las HANOT, Les vach­es de mon­sieur Bur­bur, Edi­tions du Sablon, 2022, 304 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782931112250

hanot les vaches de monsieur burburC’est un pro­jet de haute tenue que celui des édi­tions du Sablon. Quand Olivi­er Weyrich s’est lancé dans l’aventure, pour repub­li­er des ouvrages men­acés de dis­pari­tion et pro­pos­er de nou­veaux titres qui lui sem­blaient cohérents, il pre­nait le genre de risques qu’on aime voir pren­dre aujourd’hui, à une époque où l’on con­sacre la toute-puis­sance de l’écran et de la vitesse : faire de livres pour lier les gens. Les édi­tions du Sablon ont cette ambi­tion : met­tre en avant des plumes belges orig­i­nales et faire voy­ager les lecteurs en Europe à tra­vers des textes forts. Après Sem­poux, Deutsch, Basile et Wijck­aert notam­ment, les édi­tions du Sablon pub­lient un pre­mier roman haut en couleurs : Les vach­es de mon­sieur Bur­bur, de Nico­las Han­ot. Con­tin­uer la lec­ture

Le cœur grenadin

Pierre ANDRÉ, Elle s’appelait Lucía, Gras­set, coll. « Le courage », 2022, 174 p., 17 €, ISBN : 978–2‑246–82797‑9

andré elle s appelait lucia« Tout a déjà été dit, mais pas par moi » : tel aurait pu être le leit­mo­tiv de Pierre André lorsqu’il écrivait son pre­mier roman, Elle s’appelait Lucía. Le livre, qui parait aujourd’hui dans l’élégante col­lec­tion « Le courage » (dirigée par Charles Dantzig) des édi­tions Gras­set, racon­te une his­toire éter­nelle – celle d’un ravisse­ment amoureux. Con­tin­uer la lec­ture

Lignes de fuite

Denis PEPIC, Déchi­tec­tures, Bous­tro­graphe et Le Comp­toir, coll. « Bous­tro­gra­phies », 2021, 10 €, ISBN : 978–2‑931175–02-06

pepic dechitecturesJ’accuse récep­tion
des langues désertes
non pas enfouies
mais bien cocass­es
facile à bec­queter
comme un pivert
dans le dos d’un arbre
dont le tronc
dans le sens du châle
se porte comme un gant 

Pre­mier recueil du poète Denis Pepic, pre­mier vol­ume de la nou­velle col­lec­tion « Bous­tro­gra­phies » co-édité par Le Bous­tro­graphe et Le Comp­toir, l’épatant recueil Déchi­tec­tures a la saveur des pre­mières fois. Il ne s’agit pour­tant pas du pre­mier texte de Denis Pepic : nous avons déjà pu le décou­vrir dans la revue plas­tique et poé­tique Bous­tro, mais égale­ment au tra­vers de son impli­ca­tion dans le Groupe Chro­ma­tique (2008–2015) qui réu­nis­sait des jeunes poètes lié­geois dont, entre autres, Lucien Dru­art et Thibaut Creppe. Con­tin­uer la lec­ture

S’excuser de vivre

Geof­froy KLOMPKES, Lim­ite petit bain, Lilys, 2022, 20,50 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390560227

klompkes limite petit bainVin­cent est un quadra mal dans sa peau. Divor­cé de Camille, il ne voit que peu sa fille Alice et, hormis un tra­vail qui ne le pas­sionne guère, il se trou­ve peu de choses qui sus­ci­tent sa joie. D’ailleurs la joie est sans doute un sen­ti­ment dan­gereux car il ne dure pas et qu’il expose au regard des autres, ce que Vin­cent red­oute le plus. Il vit dans une sorte d’espace, clos, à l’écoute de ses rêves qu’il décor­tique avec soin. Et il fait l’inventaire de ses pen­sées qu’il nous livre sur les modes d’emploi Ikea, sur la fer­me­ture des mag­a­sins français sur le temps de midi, sur la nour­ri­t­ure servie dans la restau­ra­tion rapi­de, sur les toi­lettes et les salles de bains des hôtels, sur la presque nudité des baigneurs sur les plages, sur les réu­nions d’anciens. Autant de sujets pas­sion­nants, pourvu que l’on prenne la peine d’observer ses con­tem­po­rains avec un rien de décalage. Con­tin­uer la lec­ture

Et le miroir se brisa…

Olivi­er HECQUET, Les mots des morts, Ker, 2022, 142 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87586–315‑7

Les mots des morts a décroché le prix Polar de la Foire du livre de Brux­elles (ex-prix Fin­tro), une dis­tinc­tion accordée sur man­u­scrit à un pre­mier roman. Une ini­tia­tive heureuse, qui offre l’assurance d’une pub­li­ca­tion chez Ker, un édi­teur de qual­ité. Ker ? On lui doit la belle col­lec­tion Bel­giques, des recueils de nou­velles qui ont révélé une graphiste déca­pante, Eva Myze­qari, à la baguette de la présente cou­ver­ture. Un bel objet, donc, et un bon titre. On plonge ! Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du père… et de toute la famille

Un coup de cœur du Car­net

Luc LEENS, Le père que tu n’auras pas, Quad­ra­ture, 2022, 129 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931080–20‑7

leens le pere que tu n'auras pasPère absent, père décédé, père légitime, père naturel, père incon­nu, « père » comme titre religieux, père mal­trai­tant, père aimant, père dont on s’éloigne… fig­ures pater­nelles… patri­ar­cat aus­si. Et puis les femmes ! Les épous­es, les mères, les grands-mères, les filles, les amours pas­sion­nées, con­trar­iées, secrètes ou affichées. Et leurs suites… Parce que si cha­cune des douze nou­velles a un rap­port plus ou moins évi­dent avec la thé­ma­tique pater­nelle annon­cée dans le titre, c’est tou­jours le lien qui est au cen­tre de l’histoire. Les liens du sang, avec un père retrou­vé ou décou­vert, avec une grand-mère ren­con­trée ou une mère révélée sous un jour nou­veau. Les rap­ports amoureux, de jeunesse, éphémères mais à l’empreinte indélé­bile, dans la tête et plus si affinités ; ou au long cours, « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Les rela­tions ami­cales capa­bles de chang­er une vie ou d’adoucir la douleur. Toutes ces con­nex­ions entre hommes, entre femmes, entre hommes et femmes, qui déter­mi­nent la place de cha­cun dans la société, et par­ticipent à son iden­tité, tou­jours fruit d’un par­cours unique et per­son­nel. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir-Un-Indien

San­dra DE VIVIES, Vivaces, La place, 2021, 96 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602918–0‑3

de vivies vivacesEn novem­bre 2021, San­dra de Vivies pub­li­ait son pre­mier livre : une col­lecte de réc­its dits pho­to­sen­si­bles réu­nis sous le titre de Vivaces. L’ouvrage est paru aux édi­tions La place, une jeune mai­son d’édition brux­el­loise puisqu’elle présente deux titres à son cat­a­logue : Vivaces, bien enten­du, et Où est ma mai­son de Haleh Chinikar. Les édi­tions La place annon­cent qu’elles « accom­pa­g­nent l’exploration, le doute, les textes qui en por­tent les traces de même que les formes frontal­ières ou hybrides : réc­it texte-image, prose poé­tique, français mât­iné d’une autre langue, etc. » Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes comme ça

Marie-Jo VANRIET, beige fra­cas, Dan­chot-Pin­chart, 2022, 52 p., 14 €, ISBN : 978–2‑96027–962‑7

vanriet beige fracasMarie-Jo Van­ri­et fait avec beige fra­cas son entrée en poésie. Un titre à l’image d’un recueil en nuances fines, con­tra­dic­tions douces et petites défla­gra­tions, dont on sort empli d’images nou­velles et d’émotions sur­prenantes.

Lorsque nous avons cher­ché à en savoir plus sur Marie-Jo Van­ri­et, décou­verte avec beige fra­cas, nous nous sommes naturelle­ment tourné vers la notice biographique du petit livre à la cou­ver­ture blanche. Celle-ci nous apprend que l’autrice, née à Brux­elles en 1983, est notam­ment scé­nar­iste, plas­ti­ci­enne et nou­vel­liste. Con­tin­uer la lec­ture

Chapelet de crimes au monastère

Benoit GOFFIN, Mess­es amères, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2022, 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874896811

goffin messes ameresVoici une enquête poli­cière qui vous offre une vis­ite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrou­vé sans vie. Le médecin attitré du cou­vent qui vient con­stater le décès émet des doutes quant aux caus­es de la mort, mais l’insistance du prieur le per­suade d’en rester là. Lorsque de nou­veaux faits sanglants survi­en­nent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrou­vent hos­pi­tal­isés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde boule­verse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les con­ver­sa­tions sont réduites au min­i­mum, les offices ouverts au pub­lic sont les seuls moments de con­tact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se déli­er face au com­mis­saire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la jus­tice des hommes là où pré­vaut celle de Dieu. Con­tin­uer la lec­ture

Exquise maîtrise

Un coup de cœur du Car­net

Char­lotte BOURLARD, L’apparence du vivant, Inculte, 2022, 132 p., 13,90€ / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782360841431

bourlard l apparence du vivant« Je pieute au dernier étage, sous les toits. Eux dor­ment au rez-de-chaussée. Ils ont fait for­tune dans les pom­pes funèbres. On se partage un funérar­i­um désaf­fec­té. On vit en tête à tête avec mon­sieur Mar­tin qui nous sur­veille, couché dans leur grand lit. Son corps ne bouge plus, ça fait des années. On con­tin­ue à lui par­ler. Un peu comme s’il était mort, sauf qu’on peut le touch­er. »

« Je », c’est une femme, sans âge pré­cis (début de la trentaine), dont peu de traits physiques sont révélés (une cer­taine force physique, des cheveux tein­tés auburn, une cica­trice mangeant sa joue droite – sou­venir d’une brûlure). Il faut grat­ter le ter­reau fer­tile de l’indifférence et de la bru­tal­ité pour déter­rer les racines de son car­ac­tère. Tel le lis­eron, au fil des années, la nar­ra­trice s’est déployée par sa seule volon­té, avec la ténac­ité d’une mau­vaise herbe à l’apparente inof­fen­siv­ité. Si l’on creuse un peu, pour­tant, on pour­rait notam­ment s’interroger sur sa pas­sion : pho­togra­phi­er « des vieux nus aux yeux ouverts ». C’est d’ailleurs par l’entremise d’une annonce passée dans un jour­nal local qu’elle les a ren­con­trés, eux. Con­tin­uer la lec­ture

« Qui aimera le diable ? Qui chantera sa chanson ? »

Luc DEVREESE, La mémoire du sable, Weyrich, 2021, 152 p., 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782874896750

devreese la memoire du sableLa vie de Julius est plutôt morose depuis qu’il a per­du son tra­vail… ou peut-être l’a‑t-elle tou­jours été ? Cet éter­nel céli­bataire est très soli­taire. Il voit par­fois sa vieille sœur Mar­cel­la qui vit dans une petite mai­son de l’ancien béguinage de Mont-Saint-Amand. À l’époque, il allait aus­si par­fois ren­dre vis­ite à Lieve, une pros­ti­tuée du quarti­er de la gare. Poussé par un élan inhab­ituel – comme s’il était temps qu’il aille à con­tre-sens de sa vie – il entre chez un anti­quaire et en ressort avec une stat­uette représen­tant le dieu Pan, le sexe dressé. Il ne sait expli­quer pourquoi il est attiré par cet objet. Il veut mon­tr­er la stat­uette à Mar­cel­la. La vieille femme qui perd la vue sourit joyeuse­ment en touchant le mem­bre de la stat­uette. Julius sent que quelque chose a changé dans sa vie depuis qu’il a acquis cette stat­uette, comme si sa mélan­col­ie voulait dis­paraître. Il veut revoir Lieve, mais il apprend qu’elle ne tra­vaille plus dans le café où il allait la retrou­ver. Con­tin­uer la lec­ture

La Route de Los Angeles

Daph­né TAMAGE, À la recherche d’Alfred Hayes, Mau­rice Nadeau, 2022, 208 p., 19 €, ISBN : 9782862313191

tamage a la recherche d alfred hayesApolline, Apo pour les intimes, n’a, depuis la fin de ses études de ciné­ma, qu’une seule obses­sion : devenir une autrice célèbre !

Mais, est-ce bien de cela, unique­ment de cela, qu’il est ques­tion dans À la recherche d’Alfred Hayes, le pre­mier roman de Daph­né Tam­age ?

C’est à une quête mul­ti­ple ou à de mul­ti­ples quêtes que nous assis­tons à la lec­ture de ces 196 pages. Con­tin­uer la lec­ture

Contre vents et marées

Do LEVY DEWIND, Amar­res, Sablon, 2021, 15 €, ISBN : 9782931112199

dewind amarresIl est marin pêcheur, c’est ce qu’il voulait faire depuis tout petit. La vio­lence des flots, les tem­pêtes, la lutte pour maîtris­er l’immaîtrisable, il en a besoin.

Elle, douce, légère et solaire, passe son temps à l’attendre et se demande sou­vent s’il revien­dra lorsqu’il l’abandonne au petit matin.

Lui, c’est Hel­mut, un prénom alle­mand qui ne plai­sait pas à son insti­tutrice. Enfant, déjà, il avait dû se bat­tre. Le com­bat vain qu’il menait alors ne se jouait pas con­tre la mer. À l’époque, c’était con­tre le père alcoolique qu’il fal­lait lut­ter. Du haut de ses huit ans, Hel­mut ne savait jamais ni où ni quand le coup allait tomber, ni même s’il en réchap­perait. Con­tin­uer la lec­ture

L’OceanSkyLine de la fiction

Un coup de cœur du Car­net

Lau­ra TINARD, J’ai per­du mon roman, Seuil, coll. « Fic­tion & Cie », 2022, 320 p., 19,5 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑02–149402‑0

tinard j ai perdu mon romanLe pre­mier roman de Lau­ra Tinard met en scène Pamela, une jeune artiste évolu­ant dans le milieu alter­na­ti­vo-hipe-arti brux­el­lois.

Au moment où l’histoire com­mence, Pam passe son temps à organ­is­er des fes­ti­vals de per­for­mances au Sana – le squat le plus inter­na­tionale­ment cool de BXL – et vient tout juste d’abandonner ses études en arts plas­tiques pour se plonger corps et âme dans l’écriture d’un roman. Con­tin­uer la lec­ture