Archives par étiquette : Michel Zumkir

Une affaire de femmes

Un coup de cœur du Carnet

Nicole MALINCONI, Hôpi­tal silence suivi de L’attente, post­face de Jean-Marie Klinken­berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 224 p., 9 €, ISBN : 9782875681485

malinconiNicole Mal­in­coni n’avait pas envis­agé d’écrire un jour. Mais lorsque l’écriture s’est imposée à elle, à l’âge de trente-huit ans, plus jamais il n’a pu en être autrement. Et dans un geste admirable, pro­gram­ma­tique, que l’on pour­rait dire défini­tif s’il n’était inau­gur­al, dans Hôpi­tal silence, elle a déposé sa poé­tique à venir. Elle a com­mencé à l’écrire quand elle a per­du son emploi, le tra­vail le plus impor­tant de sa vie jusqu’alors, le poste d’assistante sociale qu’elle occu­pait, depuis 1979, à la Mater­nité provin­ciale de Namur, au ser­vice du doc­teur Peers, un médecin human­iste tout entier dévoué à la cause des femmes. Con­tin­uer la lec­ture →

De qu(o)i Patricia est-elle le (pré)nom ?

Geneviève DAMAS, Patri­cia, Gal­li­mard, 2017, 136 p., 12 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072731792

damas patriciaPatri­cia est : le titre du troisième roman de Geneviève Damas, après le juste­ment primé Si tu pass­es la riv­ière (Luce Wilquin, 2011) et His­toire d’un bon­heur (Arléa, 2014). Son pre­mier aux édi­tions Gal­li­mard.

Patri­cia est : un roman poly­phonique, choral, avec en son cen­tre, une femme :

Madame Cou­turi­er, parisi­enne, bib­lio­thé­caire, amante d’un homme mar­ié, vivant seule. Ou plutôt : ayant vécu seule jusqu’à. La ren­con­tre, dans un drôle d’endroit, romanesque au pos­si­ble :

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Une leçon de Marguerite Yourcenar sur le drame grec revisité

Mar­guerite YOURCENAR, Car­net de notes d’Élec­tre, texte établi et présen­té par Achmy Hal­ley, illus­tra­tions orig­i­nales d’Alecos Fas­sianos, édi­tions Fata Mor­gana, 2017, 48 p., 10 €, ISBN : 978–2‑85194–988‑2

yourcenar carnet de notes d electre

Les fig­ures des légen­des grec­ques n’ont cessé, à tra­vers les siè­cles, de nour­rir la créa­tion occi­den­tale et de nous aider à con­cevoir et à rêver le monde. Sou­venons-nous, entre autres, com­bi­en nous avons été bouleversé.e.s par l’Antigone et l’Œdipe sur la route d’Henry Bauchau. Con­tin­uer la lec­ture →

C’est l’amour et l’humanité qu’on assassine

Un coup de coeur du Carnet

Georges EEKHOUD, Escal-Vig­or, Tusi­ta­la, coll. “Insom­nies”, 2017, 188 p., 13 €, ISBN : 979–10-92159–11‑0

eekhoudComme ils s’aimaient ces deux-là ! Tel qu’on s’aime dans les légen­des et par­fois dans la vraie vie : dans le bon­heur, l’adversité et jusqu’à ce que mort s’ensuive. On aurait tant voulu que la folie et la haine des hommes et des femmes n’entraînent pas leur mise à terre et à mort. Mais Georges Eekhoud (1854–1927), ce bril­lant écrivain fla­mand de langue française, n’a pas tran­sigé avec son pro­jet romanesque, poé­tique et poli­tique, n’a pas tourné en bluette la lutte con­tre les préjugés sec­taires qu’il a entamée après le procès d’Oscar Wilde. À son époque (et encore aujourd’hui dans cer­tains pays, et par­fois (près de) chez nous) on pou­vait se retrou­ver en geôle ou lynché par des hordes en furie quand on vivait hors la loi sex­uelle com­mune. Aus­si Escal-Vig­or ne pou­vait finir moins trag­ique­ment. Dans ce roman, plus que deux hommes, c’est l’amour et l’humanité qu’on assas­sine. La vio­lence de la scène finale n’a d’égal que le sub­lime de l’écriture pour la racon­ter. Con­tin­uer la lec­ture →

Une correspondance de travail et d’amitié

Mar­guerite YOURCENAR, En 1939, l’Amérique com­mence à Bor­deaux. Let­tres à Emmanuel Boudot-Lam­otte (1938–1980), Édi­tion d’Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Gal­li­mard, 2016, 302 p., 21€/ePub : 14.99 €, ISBN : 9782070139781

yourcenar-lettresMar­guerite Yource­nar était une épis­tolière pro­lixe. L’époque, ses nom­breux voy­ages, sa vie d’exilée sur son île états-uni­enne étaient prop­ices à la cor­re­spon­dance. Nom­bre de ses let­tres ont déjà paru en vol­ume[1], il en paraît encore et prob­a­ble­ment qu’il en paraî­tra davan­tage quand ses archives, tenues secrètes jusqu’en 2037, selon sa volon­té de fer, seront enfin dévoilées. Volon­té de fer : Yource­nar blindait sa cor­re­spon­dance comme son œuvre. Ses let­tres à Emmanuel Boudot-Lam­otte « n’ont pas été déposées par l’écrivaine dans les archives de la bib­lio­thèque Houghton avec les cor­re­spon­dances des­tinées d’emblée à la postérité », comme le rap­pel­lent Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, dans l’avant-propos. D’ordinaire, Yource­nar dou­blait sa cor­re­spon­dance sur papi­er car­bone ; dans ce cas, il sem­blerait que non. Les let­tres orig­i­nales ont été décou­vertes par le neveu d’Emmanuel Boudot-Lam­otte alors qu’il met­tait de l’ordre dans la suc­ces­sion de son oncle. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on sent le sang qui monte dans les familles à collet monté

Un coup de coeur du Carnet

Geneviève BERGÉ, Les Chignons, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017

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Un jour, on devrait se met­tre, à quelques-uns, quelques-unes, autour d’une table. Débat­tre ferme. Dress­er la liste de nos OVNIS. Objets Ver­baux Non (ou très peu) Iden­ti­fiés. En faire une espèce d’an­tholo­gie. Pour sûr, per­son­nelle­ment, l’un des pre­miers livres que je poserais sur la table serait ce Les Chignons, de Geneviève Bergé, qu’E­space Nord – voilà une bonne nou­velle ! – réédite, ces jours-ci, agré­men­té d’une excel­lente post­face de Michel Zumkir. Con­tin­uer la lec­ture →

Top 2016 (7)

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La rétro­spec­tive 2016 : les meilleurs livres de l’an­née selon nos chroniqueurs.

Aujourd’hui :  le top 5 de Michel Zumkir. 

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Made in Normandie

William ALDER, Simenon et Mai­gret en Nor­mandie. Per­spec­tives his­toriques et sociales, Press­es uni­ver­si­taires de Liège, Série « Lit­téra­tures », 186 p., 26,5 €   ISBN : 9782875620989

alderGeorges Simenon est générale­ment lié, par ses lecteurs les moins aver­tis, à Paris, Liège et plus rarement à Man­hat­tan. À la gri­saille sou­vent. Si on le lit plus atten­tive­ment, on remar­quera que sa géo­gra­phie est indu­bitable­ment plus vaste et diver­si­fiée. Elle peut même se tein­ter de couleurs chaudes, comme Paul Daelewyn l’a bien remar­qué : la Côte d’Azur était un lieu de vil­lé­gia­ture et d’inspiration pour l’écrivain. William Alder, pro­fesseur asso­cié à l’Open Uni­ver­si­ty (Roy­aume-Uni), auteur de Mai­gret, Simenon and France, mon­tre dans un essai (très) uni­ver­si­taire que la Nor­mandie occupe une place priv­ilégiée par­mi les lieux simenon­iens. Trois enquêtes de Mai­gret (Au ren­dez-vous de Terre-Neu­vas, Le port des brumes, Mai­gret et la vielle dame) s’y déroulent exclu­sive­ment, une qua­trième (Pietr-le-Let­ton) en grande par­tie. Plusieurs des his­toires pop­u­laires de ses débuts (qu’il sig­nait sous pseu­do­nyme) et des romans dits « durs », ain­si que quelques con­tes et nou­velles y déploient égale­ment leur nar­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature con­tre-nature (tout con­tre), L’arbre de Diane Edi­tions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exem­ple, de la dif­férence entre les hommes et les femmes, cette fameuse dif­féren­ci­a­tion sex­uelle qui serait le dernier rem­part con­tre la con­fu­sion iden­ti­taire, l’ultime argu­ment pour défendre la famille tra­di­tion­nelle. Que n’a‑t-il pas fal­lu enten­dre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleu­vres n’a‑t-il pas fal­lu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juli­ette Gré­co quand elle chante « La nature com­plique jamais inutile­ment / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égal­i­taire que la société humaine ; dans le règne ani­mal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Con­tin­uer la lec­ture →

Marguerite Yourcenar et Piranèse, des vies à l’œuvre

Hen­ri­ette LEVILLAIN, Yource­nar, carte d’identité, Paris, Fayard, 2016, 18€/ePub : 12.99 €
Mar­guerite YOURCENAR, Le cerveau noir de Piranèse, Pagine d’Arte, coll. « Mots&images », 2016, 18€

levillainAvant même sa mort en 1987, Mar­guerite Yource­nar sus­ci­tait déjà une vive curiosité comme auteure et comme per­son­ne, elle qui souhaitait pour­tant fon­dre la sec­onde dans la pre­mière, qui ne vivait que pour la lit­téra­ture, organ­i­sait sa vie pour écrire encore et tou­jours ; pour écrire surtout. Avec le temps, elle a con­tin­ué à nous inter­roger : qui était vrai­ment cette femme qui vécut sa vie de façon si sin­gulière, en dehors et autour du monde, con­stru­isit une œuvre faisant fi des modes de son temps, avait une haute estime dans les pou­voirs de la lit­téra­ture pour com­pren­dre l’Histoire, le Monde et l’Être humain ? Con­tin­uer la lec­ture →

Les vies nouvelles de Simon Leys

Un coup de coeur du Carnet

Philippe PAQUET, Simon Leys, Nav­i­ga­teur entre les mon­des, Paris, Gal­li­mard, 2016, 672 p., 25€/ePub : 17.99€

paquetEn 1992, dans son dis­cours de récep­tion à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, où il allait occu­per le fau­teuil de Georges Simenon, Simon Leys rap­pelait que « Samuel John­son esti­mait que l’on ne peut entre­pren­dre de racon­ter la vie d’un homme si l’on n’a pas mangé et bu en sa com­pag­nie. ». La biogra­phie  que lui con­sacre Philippe Paquet en est une belle preuve. La con­vivi­al­ité – et la com­plic­ité de Han­fang, l’épouse de l’écrivain – lui a per­mis d’entamer ses recherch­es sans en avoir l’air, sans prévenir l’intéressé. Con­tin­uer la lec­ture →

Oscar et les oiseaux

Françoise HOUDART, Retour à Domme, Luce Wilquin, 2016, 176 p., 17 €/ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑88253–519‑1

519blogSur la cou­ver­ture de Retour à Domme, le dix-sep­tième roman de Françoise Houdart, un rouge-gorge, à même la terre. Sans vie. Comme celui de l’enfance d’Oscar, fra­cassé con­tre la baie vit­rée de la véran­da, dans le jardin de sa grand-mère adorée. Comme la palombe bousil­lée par son pare-brise, trente étés plus tard, sur une route de tra­verse du Périg­ord. Où, à ce qu’il pen­sait, il roulait sans des­ti­na­tion. Jusqu’au moment du choc, de la perte de con­nais­sance et du réveil dans un lieu incon­nu. Françoise Houdart, en roman­cière chevron­née, va jouer avec les fils invis­i­bles qui ont con­duit Oscar à son in-su, les ren­dre sen­si­bles, les couper, les mêler et les démêler, en tiss­er d’autres entre le passé, le présent et l’avenir, entre les lieux aus­si : un jardin en Bel­gique, un hameau de la val­lée de la Dor­dogne – La Renardière – où ne vivent plus que Jean­loup et Emil­ia, un cou­ple de retraités attachants, une mai­son de curé, le Belvédère de Domme où avait été prise la pho­to de Mamie, la grand-mère d’Oscar, avec sa broche en forme d’oiseau ser­tie d’un rubis. De qui l’avait-elle reçue ? Où est-elle aujourd’hui ? Oscar va men­er l’enquête, par­tir à la ren­con­tre des amours secrètes de sa grand-mère, à la recherche de l’oiseau qu’elle avait épinglé à son cor­sage. Cette enquête, qu’il va men­er avec Jean­loup et Emil­ia, Alex, le fils du cousin Mar­cel et Jacquou, guide touris­tique qui en sait autant sur les êtres que sur la région est aus­si (avant tout ?) une quête per­son­nelle, la méta­mor­phose d’un soli­taire mani­aque immari­able en un être accom­pli et généreux. Con­tin­uer la lec­ture →

A la crête des mots

Un coup de cœur du Carnet


Rossano ROSI, Han­s­ka, Les impres­sions nou­velles, 2016, 238 p., 18 €/ePub : 10.99 €

rosiIl est un temps que les moins de vingt ans ne peu­vent pas con­naître. Un temps où presque chaque jeune homme fai­sait son ser­vice mil­i­taire. Rossano Rosi, dans Han­s­ka, se sou­vient de cette époque-là. En 1986, Scurag­gio, fils d’immigrés ital­iens est appelé sous les dra­peaux. Il racon­te le béret qu’il faut porter, le départ pour la caserne, les chaus­sures à cir­er (avec un bas panty, c’est plus effi­cace), les ordres du supérieur hiérar­chique, et l’ennui, le ter­ri­ble ennui à en bâiller. Il s’interroge aus­si. Si lui fait une guerre pour de faux, quelle fut celle de son père, la vraie, dans les années fas­cistes de l’Italie ? De quels camps sont les hommes qu’il a peut-être abat­tus et que con­tient le cahi­er toilé qu’il gar­dait pré­cieuse­ment ? Con­tin­uer la lec­ture →

Vertige de l’amour

Françoise PIRART, Ver­tig­ineuse, Avin, Luce Wilquin, 2016, 174 p.

pirart vertigineuseSi vous ne croyez pas/plus à l’amour, si vous n’avez pas/plus foi dans le genre romanesque, ne lisez pas ce roman d’amour. Mais si vous avez tou­jours, au fond de vous et à la sur­face de la peau, la flamme pour les brûlures du cœur et de la fic­tion, Ver­tig­ineuse est pour vous. Vous y trou­verez les ingré­di­ents qui embrasent Mar­got et lui font vers­er des larmes : une ren­con­tre entre deux êtres que tout sépare mais que la loi uni­verselle de l’attraction aimante, des retrou­vailles sur un quai de gare (plutôt deux fois qu’une), des ébats en forêt, en camion­nette et en cham­bre, des pas avec et pas sans toi, des non-dits, des trahisons… D’autres choses encore, qui dépassent le genre et font la sin­gu­lar­ité du livre : une forme d’engagement artis­tique et poli­tique sur l’univers car­céral, des débats (par­fois con­venus) sur la peine de mort mais qui trou­vent leur force dans la con­fronta­tion avec la vie. Con­tin­uer la lec­ture →

Les noces d’Eros et de Polis


Jacques DUBOIS (dir.), Sexe et pou­voir dans la prose française con­tem­po­raine, Press­es uni­ver­si­taires de Liège, coll. « Sit­u­a­tions », 224 p., 24,30 €

cfdJacques Dubois, pro­fesseur émérite à l’Université de Liège, homme de cul­ture et de lit­téra­ture, a réu­ni autour de lui une belle équipe de chercheur.e.s pour tra­vers­er, de Mar­cel Proust à Emmanuel Car­rère, la lit­téra­ture française des vingtième et (déjà) vingt-et-unième siè­cles autour d’un dou­ble thème, par­ti­c­ulière­ment fécond : l’érotique et le poli­tique. Deux ter­mes qu’on préfér­era à ceux du titre, Sexe et pou­voir, car si ceux-ci sont plus racoleurs (pornographiques), ils s’avèrent moins rich­es d’ouvertures, de dialec­tiques, de jeux, de pos­si­bil­ités romanesques (donc cri­tiques). Con­tin­uer la lec­ture →

topIls ont lu et ils ont appré­cié… Jusqu’à jan­vi­er, décou­vrez chaque jour le “Top 2015” d’un chroniqueur du Car­net. Une occa­sion de (re)découvrir de manière ludique les temps forts de l’an­née lit­téraire belge — et peut-être aus­si de trou­ver l’in­spi­ra­tion pour vos cadeaux de fin d’an­née. 

 

Aujourd’hui : la sélection de Michel Zumkir

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