Archives annuelles : 2020

À fleurets mouchetés, les « souvenotes » d’Alechinsky

Un coup de cœur du Car­net

Pierre ALECHINSKY, Ambidex­tre, Gal­li­mard, 2019, 464 p., 102 illus­tra­tions, 39 €, ISBN : 978–2‑07–286842‑9

Mais quelles furent donc les fées magi­ci­ennes qui, avec amour des couleurs kaléi­do­scopiques, atten­tion mali­cieuse, et espiè­g­lerie des mots, se penchèrent sur le berceau de ce nou­veau-né, devenu au cours de la sec­onde moitié du 20e siè­cle l’un des plus grands artistes vivants, et qui, au 21e, l’est resté ? L’on décou­vre avec plaisir une mul­ti­tude de répons­es pos­si­bles, aus­si justes et tonifi­antes les unes que les autres, dans Ambidex­tre, le nou­v­el ouvrage – en toutes let­tres et illus­tra­tions – de Pierre Alechin­sky. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Révélation BD de l’ADAGP : appel à candidatures

Nous relayons l’ap­pel à can­di­da­tures pour le prix Révéla­tion BD de l’ADAGP. Les can­di­da­tures sont atten­dues pour le 6 juin 2020.

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Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Mur­mure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–59‑2

Il est des livres dont on aimerait à l’in­stant tutoy­er l’au­teur… Il appa­raît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récem­ment lorsque je décou­vris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Pro­fesseur à l’u­ni­ver­sité de Liège, Jean-Marc Defays est l’au­teur de nom­breux ouvrages et arti­cles dans le domaine des sci­ences du lan­gage, de la didac­tique du français langue étrangère et de la com­mu­ni­ca­tion inter­cul­turelle. Il se tourne aus­si depuis quelques années vers une réflex­ion et une écri­t­ure plus per­son­nelles, comme dans l’essai Babel et Franken­stein. Sin­gu­lar­ité et plu­ral­ité des langues, des groupes et des indi­vidus (2016), et le roman Rue des Trois lim­ites (2019). Con­tin­uer la lec­ture

Et il prit conscience de sa propre vacuité

Dominique ZACHARY, Les frémisse­ments du silence, Kiwi, 2020, 243 p., 18 €, ISBN : 2378830823 

Pro­duits phar­ma­ceu­tiques, prof­it, com­péti­tiv­ité, investisse­ments financiers, flux bour­siers, nou­veaux marchés, cour­riels, tweets, voilà le quo­ti­di­en d’Alex, 59 ans, chef d’entreprise. Habitué à diriger son monde, arro­gant, cynique, un brin méga­lo, il ne s’embarrasse pas d’écouter les autres ou de paraître sym­pa­thique. L’empathie ? Con­naît pas. C’est un rouleau com­presseur. On fait ce qu’il dit. Point. Et on ne le con­trarie pas. Con­tin­uer la lec­ture

La lecture à haute voix en confinement

Éprou­vé dans l’en­fance, le plaisir d’é­couter une lec­ture s’af­firme désor­mais aus­si comme une activ­ité prisée des adultes, à la faveur du suc­cès de per­for­mances ou de man­i­fes­ta­tions qui met­tent à l’hon­neur la lit­téra­ture dans sa dimen­sion orale. À l’heure du con­fine­ment, alors que se rassem­bler pour écouter une lec­ture n’est plus envis­age­able, le web offre plusieurs solu­tions alter­na­tives. Con­tin­uer la lec­ture

Récits du monde végétal

Chris­tine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Pré­face de Vin­ciane Despret, Arbre de Diane, coll. « La tortue de Zénon », 2020, 228 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–15‑0

Pour évo­quer le monde végé­tal que le savoir dom­i­nant de l’Occident a ignoré pen­dant des siè­cles, Chris­tine Van Ack­er a choisi de nouer deux reg­istres, ceux de la poésie et de la sci­ence jusqu’à brouiller leurs fron­tières, mon­trant l’artificialité des découpes entre champs de con­nais­sance. Livre-jardin, livre-forêt, ryth­mé par un essaim de cita­tions qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétr­er dans les mélodies du végé­tal. Par les sens et les ver­tus de l’écoute, en col­lant l’oreille au tronc des grands silen­cieux, en prê­tant atten­tion aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous pro­curent comme bien­faits mais pour eux-mêmes. Con­tin­uer la lec­ture

Délice et terreur

Un coup de cœur du Car­net

Jean RAY,Le car­rousel des malé­fices, post­face de Jacques Car­i­on et Joseph Duhamel, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 254 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–480‑6
Le car­net péd­a­gogique “Le fan­tas­tique, autour de Jean Ray” est télécharge­able gra­tu­ite­ment sur le site Espace Nord

Quand la rédac­tion du Car­net vous pro­pose de chroni­quer la sor­tie, dans la col­lec­tion Espace Nord, d’un recueil de Jean Ray, vous êtes partagé entre délice et ter­reur. Délice parce que per­spec­tive d’une lec­ture déli­cieuse, plaisir mul­ti­plié par les échos de lec­tures anci­ennes, nos­tal­gie d’une époque révolue où, étu­di­ant, je tour­nais, hal­lu­ciné, les pages de Malper­tu­is, déjà chez Espace Nord, ou celles des Cer­cles de l’épouvante et du Grand noc­turne, pages qui ne m’ont pas quit­té, dont j’ai fréquen­té régulière­ment les mys­tères, en témoigne l’état de mes bouquins. Délice aus­si parce que quand on est belge fran­coph­o­ne et qu’on aime la lit­téra­ture, on a l’âme caressée du côté de la bib­lio­thèque de savoir qu’une col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale fait du si bon tra­vail. Mais ter­reur, bien enten­du, parce qu’on se sent bien petit devant l’ampleur de la tâche. Con­tin­uer la lec­ture

Auteurs en classe se réinvente en confinement

En ces temps de pandémie, alors que l’accès aux écoles est stricte­ment lim­ité, l’enseignement est soumis à rude épreuve. Les profs réin­ven­tent au jour le jour les inter­ac­tions avec leurs élèves et la trans­mis­sion de savoirs. Très prisée des écoles, l’opération Auteurs en classe a elle aus­si dû s’adapter au nou­veau con­texte. Con­tin­uer la lec­ture

Aux frontières du réel

Thibaud PETIT, Jack, Mur­mure des Soirs, 2020, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–61‑5

« On peut sur­vivre de mille et un passés mais on meurt dès qu’on a per­du son seul avenir. » Ce con­stat cristallise les élans scrip­turaux du nar­ra­teur de Jack. Cet homme, frag­ilisé, dans la trentaine, emmé­nage dans un apparte­ment (aus­si étriqué que ses moyens et peu pim­pant que son allure) suite à une rup­ture sen­ti­men­tale non métabolisée. Bien sûr, il y a déjà eu le tri des sou­venirs, l’installation dans un quarti­er agréable, les encour­age­ments des proches, la for­mu­la­tion pos­i­tive de réso­lu­tions. Mais tout s’est enchaîné très vite, trop même. À présent, il y a surtout cet espace de céli­bat, ce min­i­mal­isme imposé, cette nou­velle page d’existence à écrire. Alors pourquoi ne pas se pren­dre au mot et l’écrire, ce roman jamais abouti, tel « un mec ayant besoin d’outils pour aller mieux » ? « Il m’offrait la pos­si­bil­ité d’adopter un autre regard sur mon his­toire et de faire de ce fardeau que je traî­nais de la matière à tra­vailler et à espér­er. En quelque sorte, il me pous­sait à regarder vers l’avant et à arrêter de croire que le passé m’emprisonnait, au risque d’en mourir. » Con­tin­uer la lec­ture

L’Adeb a un nouveau directeur

Benoît Dubois © Aurore Del­soir

L’Adeb (Asso­ci­a­tion des édi­teurs belges) a un nou­veau directeur depuis le 1er avril :  Benoît Dubois suc­cède à Bernard Gérard. Con­tin­uer la lec­ture

À la poursuite de l’enfant-diamant

Alain LALLEMAND, L’homme qui dépe­u­plait les collines, Lat­tès, 2020, 347 p., 20,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7096–6614‑5

L’aventure est grande, dense, jules-verni­enne : c’est un roman d’exploration où l’on course le dia­mant, le coltan, l’uranium, l’enfance, la fil­i­a­tion, l’amour. Il y a dans L’homme qui dépe­u­plait les collines un luxe d’humanité dont on se doute que la réal­ité est beau­coup plus dure sur place, au Con­go, Sud-Kivu, en pleine jun­gle rongée par l’avidité des uns et la survie des autres. Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Marcel Moreau

Mar­cel More­au

Nous apprenons le décès de l’écrivain Mar­cel More­au, né à Bous­su (Bori­nage) le 14 avril 1933. Il laisse une oeu­vre ample, sin­gulière, inclass­able.


Lire aus­si : la fiche de Mar­cel More­au sur Objec­tif plumes


Le Car­net et les Instants lui a con­sacré un por­trait, signé par Véronique Bergen, dans son n° 202 (avril 2019), un arti­cle que nous repub­lions en inté­gral­ité. Con­tin­uer la lec­ture

L’insoutenable inconscience des jeunes

Eva KAVIAN, La vie devant nous, Mijade., 2020, 148 p., 7 €, ISBN : 978–2874231216

Avec La vie devant nous, Eva Kavian nous livre un réc­it poly­phonique d’une bande de copains. L’histoire se déroule en une soirée où rien ne se passera comme prévu, où l’on peut même dire que tout va bas­culer.

Chaque chapitre fait part d’un mono­logue d’un per­son­nage qui par­le en « je » et le plus sou­vent en « tu ». Il s’adresse à un autre héros de la bande et c’est petit à petit que le lecteur tisse les fils de l’histoire et com­prend qui est qui et le type de lien entre le per­son­nage et les autres. Con­tin­uer la lec­ture

Un nuancier de l’âme

Véronique WAUTIER, Alle­gret­to qui­eto, Arbre à paroles, 2020, 190 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–691‑7

Si les mots ne libèrent que l’ombre
Où tou­jours je dépose mes pas
J’aurai marché sur un leurre bavard. 

Douceur et douleur, flo­rai­son et fenai­son, ténu­ité et ténac­ité : ain­si s’articule le jardin de Véronique Wau­ti­er. Il faudrait presque imag­in­er ce jardin comme un coquil­lage bivalve, se ten­ant tout entier dans la main et con­tenant l’espérance. Il faudrait aus­si l’imaginer aus­si vaste que le silence qui était, pour Véronique Wau­ti­er, tan­tôt un séca­teur et toutes les douleurs dedans, tan­tôt une res­pi­ra­tion qui débor­de, non, qui bor­de plutôt. Con­tin­uer la lec­ture

Fleurs de funérailles : accompagner les défunts en poésie

Devenu poète nation­al au début de l’an­née, Carl Norac s’est inter­rogé sur ce que peu­vent les poètes en cette péri­ode de pandémie. Frap­pé par les images de con­vois funéraires sans cortèges, d’in­hu­ma­tions où les proches du défunt ne sont pas admis ou à bonne dis­tance, il a souhaité offrir à chaque défunt, mort du COVID19 ou non, et à sa famille, un texte d’adieu poé­tique. L’ac­tion a été bap­tisée “Fleurs de funérailles / De gekroonde uit­vaart”. Con­tin­uer la lec­ture

Clair comme de l’eau de roches, salé comme l’air des brumes

Carl NORAC, Arno CÉLÉRIER, Poèmes de roches et de brumes, Le port a jau­ni, 2018, 28 p., 9 €, ISBN : 978–2919511419

Clair comme de l’eau de roches,
salé comme l’air des brumes,
un poème se lève avec toi
sur la ligne de l’horizon.

L’entrée de Carl Norac dans sa nou­velle fonc­tion de poète nation­al a eu lieu en ce début d’année. Si cette mis­sion le ramène à notre plat pays, il faut cepen­dant rap­pel­er qu’avant d’être notre ambas­sadeur poé­tique, Carl Norac est avant tout un grand voyageur. Des qua­tre coins du monde, il a tou­jours ramené des car­nets pleins de mots, à des­ti­na­tion de tous, enfants comme adultes. Son ouvrage Poèmes de roches et de brumes ne se réfère pas à un lieu pré­cis mais invite ses lecteurs à voy­ager entre ciel et mer, à sur­v­ol­er les cail­loux, à se met­tre à leur place. Con­tin­uer la lec­ture