La rentrée littéraire 2022 : une revue de presse (2)

revue de presse - illustration

Pho­to Pix­abay

Effer­ves­cence édi­to­ri­ale, course aux prix…, la ren­trée lit­téraire d’automne est tra­di­tion­nelle­ment une péri­ode d’intense activ­ité dans le monde du livre fran­coph­o­ne. La pléthore d’ouvrages disponibles expose les plus frag­iles d’entre eux à un pas­sage aus­si éphémère qu’anonyme sur les tables des libraires. Au jeu de la vis­i­bil­ité et de la con­sécra­tion, la presse joue naturelle­ment un rôle de médi­a­tion et de con­seil auprès des lec­tri­ces et lecteurs.

Le 10 sep­tem­bre, la revue de presse du Car­net et les Instants pro­po­sait un bilan de l’accueil médi­a­tique et cri­tique des autri­ces et auteurs belges de la ren­trée pub­liés dans des maisons d’édition français­es. Les maisons d’édition belges lan­cent leur ren­trée quelques semaines plus tard que leurs homo­logues hexag­o­nales ; les pre­miers livres arrivent sur les tables des librairies en sep­tem­bre seule­ment. Cette deux­ième livrai­son de notre revue de presse de la ren­trée 2022 leur est con­sacrée.

Des fictions remarquées

Le roman se taille sou­vent la part du lion dans les pages lit­téraires des jour­naux. La ren­trée, tail­lée pour la fic­tion romanesque comme en témoignent notam­ment les grands prix d’automne, accentue sou­vent le phénomène. Si l’observation se con­firme glob­ale­ment côté belge, on note toute­fois que l’appétence médi­a­tique pour la fic­tion s’accompagne d’une ouver­ture bien­v­enue vers la nou­velle.

sels meme pas mort

Évo­ca­tion romancée et inven­tive de l’artiste Stéphane Man­del­baum, Même pas mort ! de Véronique Sels, paru aux édi­tions Genèse, a reçu 3 étoiles dans Le Soir. Cédric Petit évoque un livre « joyeux, tru­cu­lent ». Pour Marie-Claire, Aurélia Dejond désigne le livre comme l’un des « cinq coups de cœur » de la ren­trée. La jour­nal­iste salue « un réc­it inter­pel­lant qui tra­verse trois con­ti­nents et un siè­cle d’histoire, dans un style qui sou­tient la ten­sion nar­ra­tive sans jamais s’essouffler ».

fievet une colonne pour le paradis

Par­ti­c­ulière­ment remar­qué en cette ren­trée est le roman his­torique de Philippe Fiévet, Une colonne pour le par­adis, paru aux édi­tions M.E.O. Il a béné­fi­cié d’une dou­ble page dans Paris Match Bel­gique, mag­a­zine où il offi­cie par ailleurs comme jour­nal­iste. Chris­t­ian Marc­hand, qui signe l’article, s’est prin­ci­pale­ment intéressé à la genèse de ce « péplum mys­tique ». Pour Brux­elles Cul­ture, André Cerasi note que « Philippe Fiévet revient sur une péri­ode trou­ble de notre passé et se penche sur un pan de l’his­toire de notre civil­i­sa­tion en proie à un désor­dre qui coïn­cide avec le déclin d’un empire ». Dans La Libre, Jacques Franck accorde 2 étoiles au roman et com­mente : « L’auteur déploie dans son réc­it une imag­i­na­tion débor­dante autant qu’une solide doc­u­men­ta­tion ».

balfroid ces étoiles dans la nuit

2 étoiles aus­si, mais dans Le Soir, pour Ces étoiles dans la nuit, le roman de Jean-Pierre Bal­froid paru chez le même édi­teur qu’Une colonne pour le par­adis. Pierre Mau­ry salue un roman « Certes basé sur un point de départ ambigu. Mais qui ren­verse, avec espoir, toutes les bar­rières entre les orig­ines et les généra­tions ». Gérard Adam, l’éditeur de Philippe Fiévet et Jean-Pierre Bal­froid, pub­lie quant à lui cette année Le maitre du Mont Xîn, roman qui a sus­cité l’enthousiasme de Willy Lefèvre pour le blog Les plaisirs de Marc Page : « Heureuse écri­t­ure que celle de Gérard Adam. Car embar­quer le lecteur dans plus de six cents pages d’une aven­ture de pro­fondeur philosophique demande une tech­nique d’approche pour l’apprivoiser et sus­citer une curiosité gran­dis­sante ».

dratwa passé inaperçu

Passé inaperçu de Luc Drat­wa, paru aux édi­tions Lamiroy, a fait l’objet d’un papi­er louangeur dans La DH, sous la plume de Jean-Marc Gheraille : « Luc Drat­wa sait ménag­er le sus­pense. À décou­vrir ». The Brus­sels Mag­a­zine con­firme : Luc Drat­wa « manie les mots tout comme l’image. Pré­ci­sion et justesse sont de mise. »

En lit­téra­ture poli­cière, les deux dernières paru­tions de la col­lec­tion « Noir cor­beau » des édi­tions Weyrich ont récolté des com­men­taires favor­ables. Le nou­veau polar de Line Alexan­dre, La prophétie des nains, a retenu l’attention de la rédac­tion de La Meuse, qui salue « un bon thriller bien de chez nous ! ». Le blog Les chroniques de Goliath s’est intéressé au Trou du dia­ble du tan­dem Dumont-Dupuis : “Un roman avec une intrigue en forme de sac de nœuds par­faite­ment maîtrisée”.

lison vous etiez ma maison vf

Plusieurs con­tes et (recueils de) nou­velles de cette ren­trée ont eux aus­si été mis à l’honneur en cette ren­trée. Ain­si trou­ve-t-on dans L’Avenir une présen­ta­tion ent­hou­si­aste de Vous étiez ma mai­son, le con­te de Vio­laine Lison illus­tré par Manon Gig­noux, paru aux édi­tions Esper­luète, un livre qui « sus­cite plein d’émotions fortes », où « la nature est mag­nifiée ». Sous la plume de Joseph Bod­son, l’Association royale des écrivains et artistes de Wal­lonie (AREAW) a appré­cié le « style d’une mer­veilleuse lim­pid­ité » et un livre qui abor­de « sans avoir l’air d’y touch­er, quelques-uns des thèmes essen­tiels de notre vie, et de la poésie, qui s’en veut l’une des expres­sions majeures ».

Qua­tre nou­veaux recueils de nou­velles sont venus enrichir la col­lec­tion « Bel­giques » des édi­tions Ker. Cha­cun a fait l’ob­jet d’une chronique dans Le Soir. Le quo­ti­di­en a tout d’abord présen­té le Bel­giques de Gré­goire Polet, con­join­te­ment avec son Petit éloge de la Bel­gique paru chez Gal­li­mard : “C’est surtout plein de vie, de ten­dresse, d’amour pour ces anonymes qui défi­lent ou pour les fan­tômes de Ver­haeren, Max Elskamp, Thomas Braun, Léopold II, Patinir, Zweig et Dür­er encore… Des instan­ta­nés qui réson­nent comme d’immenses tableaux”. Dans un arti­cle plus tardif, Jean-Claude Vantroyen évoque les trois autres nou­veaux vol­umes de la col­lec­tion, accor­dant 3 étoiles à celui de Myr­i­am Leroy, et 2 à ceux de Rose-Marie François et Marc Quaghe­beur. De la pre­mière, le cri­tique écrit : “Myr­i­am Leroy […] est fidèle à sa répu­ta­tion : elle dit les choses qu’on cache sou­vent, elle rend vis­i­bles les sujets qui fâchent ou qui sont con­sid­érés comme non-lit­téraires”. Du recueil de Rose-Marie-François, il retient “la nos­tal­gie d’une Bel­gique per­due, des sou­venirs de l’enfance, de l’école, de l’exode de l’an 40, de l’apprentissage des langues”. À pro­pos du livre de Marc Quaghe­beur, enfin, Jean-Claude Vantroyen avance que “c’est la vie cul­turelle qui avive ses pas­sions belges”. Ce dernier recueil est l’ob­jet d’un ample papi­er de Philippe Remy-Wilkin pour le blog Les belles phras­es. Le cri­tique vante un recueil « si riche et si bien écrit ! D’une den­sité poé­tique. […] réus­sis­sant la gageure de con­juguer dans un même mou­ve­ment l’intime et le grand large ». Pour l’AREAW, Joseph Bod­son met en exer­gue « [u]n cortège var­ié, éblouis­sant de mille pail­lettes, avec ses coins som­bres, la tristesse, l’incompréhension, et ses plages de lumière ».

alleman même les pierres

Même les pier­res, le recueil de nou­velles de Tris­tan Alle­man paru chez Tra­verse, a retenu l’attention de Willy Lefèvre pour Les plaisirs de Marc Page : « Dans une danse éper­due, l’écrivain vibre, plonge, nage et homme-pois­son, aban­don­né à son sort sur son bois flot­tant… ».

dellisse parler avec les dieux

Pour son recueil de pros­es cour­tes Par­ler avec les dieux (Élé­ments de lan­gage), l’académicien nou­velle­ment reçu Luc Del­lisse a quant à lui par­ticipé à l’émission télévisée de la RTBF Sous cou­ver­ture, où il a aus­si été ques­tion de son livre précé­dent, Une vie d’éclairs.

kro madame irma

Madame Irma, les chroniques humoris­tiques, à mi-chemin entre le bil­let et la bande dess­inée, signées Kro (édi­tions Lamiroy), ont séduit le blog LU Cie & Co : “Si elles sont fines, les per­les de Madame Irma sont aus­si référencées que noires. […] On sourit aux pre­mières pages, la banane s’élar­git aux suiv­antes. On rit et on est cuit.”

Des sujets d’aujourd’hui

costermans l'impensé de l'ivg

Les jeunes édi­tions Cour­tes­Lignes ont pub­lié en cette ren­trée L’impensé de l’IVG, dans lequel Dominique Coster­mans a recueil­li la parole de plusieurs femmes ayant vécu un avorte­ment. Sujet éminem­ment actuel, alors que le droit à l’IVG est remis en cause dans plusieurs pays où il sem­blait acquis, il est traité dans ce livre sous un angle rarement util­isé. Des qual­ités qui expliquent pour par­tie la cou­ver­ture médi­a­tique à la fois large et var­iée don­née à l’ouvrage. L’Avenir, qui pub­lie une inter­view de l’autrice, salue « un regard doux sur un sujet tabou ». Pour le blog Lire est un plaisir, Bernard Del­cord écrit que « ces témoignages, parce qu’ils sont de chair et de sang, remet­tent, si l’on peut dire, l’église au milieu du vil­lage ». Dans Mous­tique, Cather­ine Ernens se base sur le livre pour un arti­cle sur l’IVG aujourd’hui en Bel­gique et con­clut : « L’essentiel est aujourd’hui de sor­tir du silence et d’écouter les femmes, toutes les femmes. Car comme le résume Dominique ­Coster­mans,ce n’est pas la honte qui crée le silence. C’est le silence qui crée la honte. C’est parce qu’il y a une sorte d’interdit d’en par­ler qu’on en a honte. Du coup, c’est un cer­cle vicieux’ ». Enfin, le livre a logique­ment retenu l’attention des Grenades, le média fémin­iste de la RTBF, qui abor­de L’impensé de l’IVG par une inter­view de son autrice.

loodts schmit plan coop

Avec Plan COOP. Semer les graines d’un pro­jet col­lec­tif et en partager les fruits (Ker), Nico­las Lood­ts et Thomas Schmit racon­tent le fonc­tion­nement d’une coopéra­tive maraichère et dis­pensent de pré­cieux con­seils pour celles et ceux qui voudraient démar­rer un tel pro­jet. Le sujet a retenu l’attention du Ligueur : « En fait, si cet ouvrage a attiré notre atten­tion, c’est qu’en fin de chaque chapitre, il place toute la réflex­ion d’un pro­jet coopératif à hau­teur de famille ».

van acker le peuple d'ici bas

Cas unique dans ce tour d’horizon, Le peu­ple d’ici-bas. Chris­tine Bris­set, une femme ordi­naire de Chris­tine Van Ack­er (Esper­luète) a reçu plus d’échos dans les médias français que belges. Chris­tine Bris­set était « angevine d’adoption » : une réal­ité qui n’a pas échap­pé au quo­ti­di­en région­al Le cour­ri­er de l’Ouest, lequel évoque à la fois le livre de Chris­tine Van Ack­er et la fig­ure de Chris­tine Bris­set, que le livre con­tribue à sor­tir d’un injuste oubli. Chris­tine Van Ack­er, souligne le jour­nal, « s’est attachée à lever le voile sur la per­son­nal­ité sin­gulière, sur l’âme tour­men­tée de Chris­tine Bris­set, et elle nous livre cette poignante biogra­phie enrichie de mul­ti­ples extraits d’archives, de témoignages et de cita­tions ». Le livre a aus­si fait l’objet d’une chronique de Clara Dupont-Mon­od sur France Inter, dans l’émission Par Jupiter ! : « la lit­téra­ture pro­tège de cette deux­ième mort qu’est l’oubli ».

La poésie, d’abord sur le web

maud joiret jerk

Côté poésie, l’accueil réservé à Jerk, le deux­ième recueil de Maud Joiret (L’arbre de Diane) impres­sionne à la fois par l’enthousiasme des cri­tiques et par la diver­sité des médias con­cernés. Dès le 3 sep­tem­bre, Aliénor Debrocq dans L’Écho présen­tait le recueil comme l’une des trois sor­ties lit­téraires belges de l’automne (avec Le livre des sœurs d’Amélie Nothomb et Les tour­men­tés de Lucas Bel­vaux) : « un réc­it hors normes : le partage d’une voix poé­tique qui met en pièces le présent ». Dans La Libre, le recueil obtient 2 étoiles, Geneviève Simon van­tant sa « verve incan­des­cente, non exempte d’une cer­taine sen­su­al­ité ». Pour l’AREAW, Joseph Bod­son loue tout à la fois l’objet-livre, le pro­pos de l’autrice et son « style bref, quo­ti­di­en, mais lumineux, écla­tant mal­gré l’ombre, mine de rien, et comme une géolo­gie de la joie ». Enfin, le site cul­turel de référence Dia­critik a con­sacré au livre et à son autrice non seule­ment une recen­sion, mais aus­si une inter­view, toutes deux orchestrées par Véronique Bergen. Laque­lle ne cache pas tout le bien qu’elle pense du livre : « Indis­ci­plinant les reg­istres de langue, la poésie de Maud Joiret griffe, mord, lacère, vio­lente, caresse le réel, les corps, illu­mine, troue la chair des épo­ques, radioac­tive, mixe DJ super­son­ique les ondes du verbe, épouse l’énergétique des syl­labes, des con­caté­na­tions de per­cep­tion. On aura com­pris que Jerk fait bouger la pen­sée, les émo­tions, les tripes, enreg­istre les pul­sa­tions de l’amour, du sexe, du malaise, de l’égarement ».

feyaerts locataire

Locataire de Pas­cal Feyaerts, paru aux édi­tions Le coudri­er, fig­ure lui aus­si par­mi les comptes ren­dus du site de l’AREAW. La recen­sion, signée par Patrick Devaux (qui a lui-même pub­lié plusieurs livres au Coudri­er), évoque un « sub­lime recueil où le poète vient très cer­taine­ment d’ouvrir une porte qui lui est neuve ». Pour le blog Les belles phras­es, c’est Philippe Leuckx, un autre auteur fidèle de la mai­son d’édition, qui évoque Locataire : « Il faut peu de mots à l’auteur pour exprimer le doute, l’impossible pari, la pous­sière qui peut recou­vrir, ‘les plaies intimes’ ». L’Avenir, sous la plume de Thomas Léodet, s’est intéressé à un recueil qui est “l’oeu­vre com­mune de deux artistes régionaux”, puisque le poète Pas­cal Feyaerts voisi­nent avec les oeu­vres du pein­tre Der­ry Turla dans Locataire. Selon le jour­nal­iste, le poète “réus­sit à impos­er son univers de doutes, de clartés et d’om­bre”.

schrauwen traces perdues

D’autres recueils poé­tiques de la ren­trée ont aus­si été com­men­tés, prin­ci­pale­ment sur des blogs et sites inter­net. L’AREAW a ain­si con­sacré une recen­sion au recueil de poésie de Lil­iane Schraûwen, Traces per­dues, paru aux édi­tions Bleu d’encre. Mar­tine Rouhart, qui signe le compte-ren­du, décèle dans le recueil « Une cer­taine nos­tal­gie […] La mort, partout présente d’une manière ou d’une autre, rôde sou­vent, rap­pelée sur bien des pages à la con­science ». Pour le blog Les plaisirs de Marc Page, Willy Lefèvre pro­pose avant tout un flo­rilège de vers du recueil notant que « [l]es mots de Lil­iane glis­sent sur les lèvres, à fleur de peau, à fleur de rêve ».

gerkens incandescence

Sur le même blog, Pierre Lep­ère com­mente quant à lui Incan­des­cence, le pre­mier recueil de Tatiana Gerkens (Bleu d’encre) : « Ce pre­mier recueil mon­tre toute la puis­sance et la déli­catesse mêlées de […] vers qui s’affrontent et s’épousent sur les draps de la page pour une danse éblouis­sante d’évidence char­nelle ». Pour Les belles phras­es, Philippe Leuckx salue un « pre­mier livre de poésie et une totale réus­site, brûlant à l’image du titre ».

colmant maison mere

Paru chez le même édi­teur, Mai­son mère de Philippe Col­mant a sus­cité l’intérêt de Patrick Devaux pour l’AREAW, qui voit dans le recueil un « album pho­to ren­dant une juste époque dans un lieu très peu restau­ré ». Pour le même site, le même cri­tique a aus­si évo­qué Il faut peu de mots de Mar­tine Rouhart (édi­tions du Cygne) : « entre le minus­cule et l’infini il y a la ful­gu­rance poé­tique ».

Les essais

La ren­trée 2022 des Impres­sions nou­velles a surtout été celle de l’essai. La bande dess­inée en France à la Belle Époque 1880–1914 de Thier­ry Groen­steen, à la fois beau-livre et somme de con­nais­sance, a été large­ment com­men­té par les spé­cial­istes de la bande dess­inée. Le mag­a­zine dBD par­le ain­si d’une « manne aus­si inédite que pas­sion­nante » ; Canal BD mag­a­zine loue « un ouvrage pas­sion­nant qui remet dans la lumière des œuvres superbes, par­fois tombées dans l’oubli depuis un siè­cle ». Dans BDZoom, Gille Rati­er pré­cise que « le célèbre théoricien et his­to­rien de la BD qu’est Thier­ry Groen­steen s’est attaqué à un ter­rain qua­si­ment vierge, ou du moins très con­fus — même pour les spé­cial­istes —, de l’histoire de notre medi­um favori ». Chez le même édi­teur, Jan Baetens a, lui, pub­lié Illus­tr­er Proust. His­toire d’un défi. Les pub­li­ca­tions sur Proust sont nom­breuses en cette année anniver­saire (l’auteur de La recherche est décédé en 1922), mais le livre de Jan Baetens, salué pour ses qual­ités, s’est tail­lé une expo­si­tion médi­a­tique intéres­sante. Pour le site À voir à lire, David Neau écrit que « Jan Baetens partage avec nous une enquête qu’il a menée avec pas­sion, et en refer­mant ce recueil, même s’il l’on n’a pas la réponse à la ques­tion “peut-on illus­tr­er Proust ?”, on aura le désir de décou­vrir les illus­tra­tions d’un pein­tre ou d’un pho­tographe, et surtout, le plus impor­tant, de lire ou relire À la recherche du temps per­du ». Dans Dia­critik, Chris­t­ian Ros­set relate : « Tout en effec­tu­ant un solide tra­vail de rassem­ble­ment qui lui per­met de pos­er nom­bre de ques­tions essen­tielles (sans pour autant chercher à clore le dossier en appor­tant des répons­es défini­tives), Jan Baetens évite de nous per­dre inutile­ment en recen­sant un par un les essais d’adaptation de la Recherche, presque tou­jours cat­a­strophiques, s’attardant de préférence sur ceux qui inven­tent quelque chose de sin­guli­er ». Jan Baetens a par ailleurs été l’invité de David Couri­er pour l’émission de BX1 Le cour­ri­er recom­mandé.

de la croix les templiers

Le blog Lire est un plaisir s’est intéressé à l’essai d’Arnaud de la Croix paru chez Racine, Les tem­pli­ers. Des croisades au bûch­er. Bernard Del­cord a par­ti­c­ulière­ment appré­cié « la très grande éru­di­tion », « la flu­id­ité de [l’] expres­sion », mais aus­si et surtout le fait que cet essai « abor­de l’histoire de l’Ordre d’une manière neuve et de grand intérêt, fondée sur l’esprit et la men­tal­ité des croisades asso­ciant tout à la fois guerre et spir­i­tu­al­ité, économie et reli­gion ».

Un peu de théâtre

Tra­di­tion­nelle­ment, les jour­naux par­lent du théâtre dans leurs pages con­sacrées à la scène plutôt que dans leurs sec­tions lit­téraires. Il y est alors plus ques­tion de mise en scène que de livres. Cette par­tic­u­lar­ité de l’édition théâ­trale ren­con­tre toute­fois quelques excep­tions.

simon la troisieme nuit

Ain­si, la pièce de Daniel Simon, La troisième nuit, pub­liée aux édi­tions Lans­man, fait-elle l’objet d’un compte ren­du sur le blog L’ivresse des livres : « Daniel Simon a l’art de la parabole, cette manière déroutante de dire l’apparence des choses, des êtres et des sen­ti­ments pour désarmer le lecteur-spec­ta­teur avant que ce dernier ne soit pris de ver­tige, décou­vrant que l’auteur nous tend un miroir où nous voyons nos rêves, ceux que nous avons réal­isés et les autres… ».

Patrimoine : un classique et une lauréate du Femina

La cou­ver­ture par la presse de l’actualité lit­téraire n’est pas seule­ment une course à la nou­veauté. En témoigne l’intérêt sus­cité par les deux pre­mières pub­li­ca­tions de la col­lec­tion « Espace Nord » en cette ren­trée.

verhaeren contes de minuit et autres nouvelles

Clas­sique de notre lit­téra­ture, Emile Ver­haeren est revenu sur le devant de la scène avec Con­tes de minu­it et autres nou­velles, une antholo­gie de fic­tions brèves, com­prenant plusieurs textes parus seule­ment en revues, orchestrée par Christophe Meurée. La renom­mée du poète passe les fron­tières belges : dans Le Monde, François Ange­li­er appré­cie à la fois « la prose turges­cente du poète, nou­vel­liste, dra­maturge et cri­tique » et l’anthologie « magis­trale­ment conçue par Christophe Meurée ». En Bel­gique, Fab­rice Gros­fil­ley a reçu l’anthologiste dans son émis­sion Con­nais­sez-vous ?. Le blog Lire est un plaisir souligne lui aus­si l’intérêt de cette réédi­tion et ponctue son compte-ren­du d’un élo­quent « Cap­ti­vant ! ». L’ouvrage a aus­si fait l’objet d’une brève dans La Libre, reprenant l’essentiel de la 4e de cou­ver­ture. Le Soir, sous la plume d’Alain Lalle­mand, a accordé 3 étoiles à un livre « qui risque de dépous­siér­er votre vision de l’auteur ».

haumont le trajet

3 étoiles, donc, soit une de moins que l’autre « Espace Nord » de la ren­trée, Le tra­jet de Marie-Louise Hau­mont, dans lequel Alain Lalle­mand recon­nait « le sens de l’infime sig­nifi­ant d’une Nathalie Sar­raute, un rien d’humour en plus ». Voilà qui jus­ti­fi­ait la réédi­tion au for­mat poche du dernier livre belge à avoir rem­porté le Fem­i­na. C’é­tait en 1976.

Pour conclure

Cette revue de presse s’ar­rête quand débute la cam­pagne Lisez-vous le belge?. Elle offre à la lit­téra­ture belge un moment d’at­ten­tion bien­venu, qui pour­rait rebat­tre les cartes et ren­dre les quelques con­clu­sions tirées ici (par­tielle­ment) caduques.

Notre pre­mière revue de presse de la ren­trée lit­téraire, con­sacrée aux auteurs et autri­ces belges pub­liés en France, dégageait des ten­dances nettes : quelques livres avaient retenu l’essentiel de l’attention médi­a­tique. Pour les ouvrages parus en Bel­gique, les ten­dances sont net­te­ment moins mar­quées et l’attention médi­a­tique plus dis­séminée. Certes, les écrivain.e.s belges pub­liés en Bel­gique en cette ren­trée sont beau­coup plus nom­breux que leurs col­lègues ayant trou­vé mai­son d’édition à leur pied out­re-Quiévrain ; la répar­ti­tion de l’attention est donc inévitable. Mais elle s’explique aus­si par la plus grande var­iété des canaux par lesquels ces livres sont évo­qués. Les pages lit­téraires des quo­ti­di­ens ou heb­do­madaires nationaux ne sont ain­si pas les lieux d’évocation prin­ci­paux de ces livres, qui trou­vent plutôt leur écrin médi­a­tique sur des blogs, dans la presse locale – qui s’intéresse volon­tiers aux auteurs et autri­ces du cru -, hors des pages pro­pre­ment lit­téraires (les jour­naux priv­ilégient alors un sujet fort, tel que l’avortement), ou encore dans les pub­li­ca­tions de cer­cles lit­téraires (c’est par­ti­c­ulière­ment le cas pour la poésie).

Autre con­stat : la presse hors de Bel­gique est assez peu récep­tive à la lit­téra­ture pub­liée en Bel­gique. Un fait qui s’explique certes en par­tie par la faible présence des livres con­cernés dans les librairies hors de Wal­lonie et de Brux­elles, mais qui s’ajoute à la place restreinte allouée à la lit­téra­ture belge dans les pages lit­téraires des jour­naux en Bel­gique… Les ouvrages qui, par excep­tion, ont été évo­qués dans la presse française sont des exem­ples éclairants. Ain­si de Ver­haeren : l’auteur est un clas­sique à la répu­ta­tion dépas­sant large­ment nos fron­tières. Dans les autres cas, les sujets abor­dés (Chris­tine Bris­set, la bande dess­inée en France…) intéressent directe­ment nos voisins.

On notera par ailleurs que le pro­pos des arti­cles réper­toriés ici est glob­ale­ment louangeur. Bien que cette revue de presse ne puisse pré­ten­dre à l’exhaustivité, la ten­dance est man­i­feste. Dans les jour­naux comme sur les blogs, les cri­tiques sem­blent avant tout soucieux de con­seiller des livres qu’ils ont aimés. Une con­séquence, peut-être, de la sur­pro­duc­tion lit­téraire, qui con­traint les jour­nal­istes à la sélec­tiv­ité et con­damne de nom­breux livres au silence médi­a­tique. L’embouteillage est par­ti­c­ulière­ment vis­i­ble en temps de ren­trée lit­téraire…

Nau­si­caa Dewez

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Cet arti­cle s’appuie en grande par­tie sur le tra­vail de veille réal­isé par les maisons d’édition et pub­lié sur leurs réseaux soci­aux.