Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Ton berceau centenaire

Vio­laine LISON et Valérie ROUILLIER, Ce soir, on dort dans les arbres, Esper­luète, 2021, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑35984–137‑4

lison rouillier ce soir on dort dans les arbresDes textes et des illus­tra­tions à parts égales, il se dis­sémine d’emblée du délice, facile à recon­naitre et partager. La recette est en effet trans­par­ente de sim­plic­ité et de vérité : une petite-fille s’adresse à sa grand-mère tout juste cen­te­naire. Com­plic­ité, humour, bonne humeur et gâteau d’anniversaire ouvrent les papilles du lecteur.

Moi : Tu as cent ans aujourd’hui, bonne-maman.
Toi : Mais non…
Con­tin­uer la lec­ture

Cap ou pas cap ?

Stanis­las COTTON, Ce que baleine veut, coll. « Théâtre à vif », 2021, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807103108

cotton ce que baleine veutQuelque chose ne tourne pas rond chez les Per­limpin. Capucine, la nar­ra­trice, a remar­qué un change­ment de com­porte­ment chez son petit frère Philib­ert. Ce dernier n’agit pas comme d’habitude. Du genre à râlot­er facile­ment et à hous­piller sa sœur, il devient tac­i­turne et accepte tout ce qu’elle lui demande. Il s’isole dans sa cham­bre, par­le tout bas et passe des heures devant son ordi­na­teur. Ses par­ents, Ali­da et Edmond, ne remar­quent pas tout de suite ses sautes d’humeur et ses actes inhab­ituels. Capucine par con­tre le sur­prend à net­toy­er de fond en comble la mai­son, tra­vers­er à toute vitesse un car­refour dan­gereux ou insul­ter vio­lem­ment ses par­ents. Le tout avec pho­tos ou vidéos à l’appui. La nuit, Philib­ert dort peu et écoute les chants d’une baleine qui ago­nise. Capucine a peur que son frère devi­enne fou. Il n’est plus lui-même. Les trucs tor­dus s’enchainent jusqu’à un acte final qui pour­rait bien lui être fatal. Qu’a‑t-il bien pu se pass­er pour que Philib­ert agisse de cette manière ? Con­tin­uer la lec­ture

Hier au cœur d’aujourd’hui

Yves-William DELZENNE, Jour­nal de print­emps, Sam­sa, 2020, 72 p., 16 €, ISBN : 978–2875933263

delzenne journal de printemps« Il m’arrive de croire que tout a été mis en péril du jour où l’on coupa les grands beaux arbres qui for­maient une prom­e­nade devant la vil­la de mon enfance. »

C’est par ce « saccage » du paysage fam­i­li­er, des­tiné à faire place à une route élargie (« la folie de l’automobile » s’imposait dès la fin des années cinquante), qui est aus­si un « saccage » de sa petite enfance, qu’Yves-William Delzenne ouvre son Jour­nal de print­emps. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’atelier du petit prince…

Françoise LISON-LEROY, Sauvageon, Bleu d’encre, 2021, 37 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930725–38‑3

lison leroy sauvageonIl aurait pu être un petit prince à qui l’on donne « l’azur, cent peluches ou la mer, s’il en avait voulu », mais c’est un sauvageon ! Tout nu, « tout né », il atter­rit, comme par mégarde, « sur une sphère ban­cale, hos­tile », toupie folle qu’il gou­vern­era, « entre sol et ciel », à sa façon, « avec un bruit de menu moteur ». Spon­tané­ment per­plexe face au monde qui l’accueille, il hurlera d’instinct, pour crier sa présence, pour dire sa con­science. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du miroir…

Un coup de cœur du Car­net

Maxime BENOÎT-JEANNIN, On dira que j’ai rêvé. Bous­quet, Didi­er & Co, Samsa/AAM, 2021, 183 p., 18 €, ISBN : 978–2‑875932–76‑1

benoit-jeannin on dira que j'ai reveL’entrée en matière du livre est con­fort­able. Flu­ide et clas­sique. Le nar­ra­teur, qui est l’auteur du livre – et appelons-le Maxime pour nous faciliter la vie même s’il ne se nomme jamais –, descend vers Mar­seille en TGV. Sa des­ti­na­tion ? Lyon, où un con­grès de psy­ch­an­a­lystes attend sa com­pagne Ida. Leur voi­sine de wag­on feuil­lette de vieux Paris-Match, et voilà que s’affiche soudain une pho­to d’un homme intime­ment lié à la vie de Maxime. Petit échange entre les pas­sagers. Ce Chris­t­ian Didi­er, un cama­rade d’enfance, a eu son heure de gloire en 1993, lorsqu’il a abat­tu René Bous­quet, le tris­te­ment célèbre patron de la police pétain­iste sous l’Occupation. Con­tin­uer la lec­ture

« Le désordre n’est qu’un ordre différent »

Marie COLOT et Françoise ROGIER, La forêt de tra­vers, À pas de loups, 2021, 40 p., 16 €, ISBN : 9782930787688

colot rogier la foret de travers« Il était une forêt où tout allait à l’envers où les his­toires que tu con­nais se pas­saient de tra­vers. » Cet incip­it con­tient l’essence de l’album de Marie Colot et Françoise Rogi­er : il y a l’ancrage dans les con­tes, le jeu des rimes, l’implication directe du lecteur. On est instan­ta­né­ment hap­pé, tout comme par cette dou­ble page où le désor­dre règne joyeuse­ment : un chat noir fume la pipe con­fort­able­ment instal­lé sur le cha­peau d’un champignon et, au-dessus lui, trois tout petits cochons se pren­nent pour des trapézistes tan­dis que le Petit Poucet et ses frères se dis­persent le long de branch­es (pous­sant vers le bas !) sous l’œil bien­veil­lant d’un drag­on obser­vant la scène de son château et sirotant une tasse de thé. L’agitation, la gaité et la vie, telles sont les facettes du début de cette his­toire. La Belle au bois dor­mant vire­volte en chauve-souris des airs, le Loup et le Chas­seur se déguisent en fan­tômes com­plices, la Sor­cière pein­turlure la nature de petits pois, Blanche Neige cohab­ite avec sept géants véri­ta­bles fées du logis, le régime de l’Ogre se com­pose exclu­sive­ment de cru­dités ; qu’importe, « mal­gré ce grand désor­dre, tous vivaient heureux et sans dis­corde ». Con­tin­uer la lec­ture

Sans voix

Jes­si­ca GAZON, Syn­ovie, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 108 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–06‑3

gazon synovieÀ quinze ans, alors que la vie lui sourit, Syn­ovie est prise d’un mal mys­térieux. Sa voix devient molle. Son sourire se crispe. C’est un coup dur pour cette pas­sion­née de théâtre et de lec­ture à voix haute. Ce blocage, à pre­mière vue inof­fen­sif, devient de plus en plus fréquent. Per­son­ne, même le médecin du vil­lage, ne prend son prob­lème au sérieux. Quelques mois plus tard, elle voit un neu­ro­logue qui diag­nos­tique de la spas­mophilie. Ce mal serait donc psy­chologique. Toute­fois, son défaut d’articulation s’intensifie. Syn­ovie choisit la voie du silence et se tait autant au cours de théâtre qu’à l’école. Un an après l’apparition des pre­miers symp­tômes, même dég­lu­tir devient dif­fi­cile. Sa mère n’y com­prend rien. Son père est dans le déni. Comme les vrais médecins ne trou­vent rien, sa mère se tourne vers les sci­ences occultes et erre de mag­né­tiseuse en marabout… Mais rien ne marche. Ses paupières con­tin­u­ent de s’affaisser. Son vis­age de pen­dre. Son corps la lâche peu à peu. Une nuit, son état s’aggrave. Ses par­ents l’emmènent chez un vieux médecin de cam­pagne qui veut faire des exa­m­ens sup­plé­men­taires et l’envoie chez un bon neu­ro­logue. Le ver­dict finit par tomber : elle souf­fre de myasthénie, une mal­adie rare. Le chemin de la guéri­son com­mence alors… Con­tin­uer la lec­ture

La Poésie, eau souterraine et vive

Gérald PURNELLE, L’eau souter­raine. Lec­tures poé­tiques, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2021, 262 p., 14 €, ISBN : 9782803200580

purnelle l eau souterraineQu’ils soient au départ des pré­faces, des études, des chroniques (comme celle qu’il tient dans la Revue générale), des hom­mages ou encore des allo­cu­tions, les textes qui com­posent le dernier recueil de Gérald Pur­nelle for­ment un ensem­ble d’une pro­fonde cohérence, davan­tage essai dis­cur­sif que sim­ple col­la­tion­nement d’articles. La rigueur uni­ver­si­taire s’allie en effet à la sen­si­bil­ité per­son­nelle dans ces ten­ta­tives d’approche, qui cer­nent la voix, éprou­vent le souf­fle, puis plon­gent vers le cœur de chaque poète sin­guli­er, là où se tient le Poème pluriel. Con­tin­uer la lec­ture

La révolution des champignons

Clarisse DERRUINE, Décom­po­si­tion, Ker Édi­tions, 2021, 132 p., 12 €, ISBN : 9782875862969

derruinne decompositionDans Décom­po­si­tion, Clarisse Der­ru­ine nous donne à lire une dystopie qui se déroule dans une ville fic­tive et s’étend sur plus d’une dizaine d’années. Le monde tel que nous le con­nais­sons est atteint par un mal sin­guli­er : une colonie de champignons envahit le pays et s’infiltre partout dans les lieux publics, mais aus­si les foy­ers. Con­tin­uer la lec­ture

La vie en vert

Car­o­line LAMARCHE (autrice) et Pas­cal LEMAÎTRE (illus­tra­teur), Tet­ti, la sauterelle de Vin­cent, Pastel/École des Loisirs, 2021, 40 p., 12,70 €, ISBN : 978–2211307574

lamarche lemaitre tetti la sauterelle de vincentElle est craquante, Tet­ti. Ses yeux man­gent son vis­age, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timid­ité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émo­tions et les sen­sa­tions se dessi­nent en com­plète trans­parence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recro­queville et se détend en un instant, tout de vert recou­vert ! C’est que Tet­ti est une char­mante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève exis­tence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le som­bre des­sein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des vic­times à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ». Con­tin­uer la lec­ture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Mur­mure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauw­ers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une dou­ble enquête : famil­iale et crim­inelle, intime et his­torique, à par­tir d’un reportage sur le pat­ri­moine brux­el­lois, ancêtre du street art : les pub­lic­ités peintes à la main sur les murs des bâti­ments de la ville au siè­cle précé­dent par des artistes mécon­nus, les pignon­nistes. Con­tin­uer la lec­ture

Jeter l’amour avec l’eau du bain

Sara GRÉSELLE, Les sou­venirs et les regrets aus­si, Esper­luète, 2021, 56 p., 14 €, ISBN : 978–2‑35984–135‑0

greselle les souvenirs et les regrets aussiDéli­cat, drôle et sincère en dia­ble au corps, voici un car­net intime aéré, illus­tré avec tact de nom­breux dessins aux crayons et col­lages. Véri­ta­ble écrin de traits légers pour de petits objets lit­téraires très per­son­nels, ouvrir ce livre revient à regarder par le trou de la ser­rure ou bien l’œilleton caché don­nant sur la cham­bre d’une jeune fille en fleur. Elle y est seule au monde et s’expose au voyeurisme des lecteurs avec finesse et sans minaud­eries. Con­tin­uer la lec­ture

Road trip intergénérationnel

Alix GARIN, Ne m’oublie pas, Lom­bard, 2021, 220 p., 22,50 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑8036–7623‑1

garin ne m'oublie pas« Je ne peux pas rester ici, Papa et Maman doivent être morts d’inquiétude, ils m’attendent ! » Tels sont les mots de la grand-mère de Clé­mence, ramenée à la mai­son de retraite après sa troisième fugue. En vérité, per­son­ne ne l’attend dans la mai­son de son enfance, ses par­ents sont morts. Mamy­cha l’a oublié, l’oublie régulière­ment. Tout comme son âge, ses statuts de mère et de grand-mère, les prénoms et vis­ages de sa fille et de sa petite-fille. Par moment, elle réalise. « J’ai la mémoire qui flanche, j’me sou­viens plus très bien », entonne-t-elle pour dédrama­tis­er. Con­tin­uer la lec­ture

Du poing au doigt levés

Raoul VANEIGEM, Retour à la base, Cac­tus inébran­lable, 2021, 58 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–032‑6

vaneigem retour a la baseDepuis son Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes généra­tions paru en 1967, Raoul Vaneigem est une star dans cer­tains milieux uni­ver­si­taires. Sa ren­con­tre avec Guy Debord et sa par­tic­i­pa­tion à l’Internationale sit­u­a­tion­niste pen­dant la décen­nie des années soix­ante l’ont défini­tive­ment asso­cié à cette péri­ode exigeant de « chang­er le monde ». Or tout reste à faire : Con­tin­uer la lec­ture

Camille Lemonnier à sa juste place

Frédéric SAENEN, Camille Lemon­nier, Et s’il entrait dans la Pléi­ade ?, Lamiroy, coll. « L’article », 2021, 50 p., 4 €, ISBN : 9782875954367

saenen camille lemonnier et s il entrait dans la pleiadeL’écrivain, cri­tique, col­lab­o­ra­teur du Car­net et les Instants, Frédéric Sae­nen per­siste et signe. Il finis­sait son précé­dent essai, Camille Lemon­nier, le « Zola belge » par ces mots : « Le tour du Maréchal des let­tres n’est-il pas venu d’être le prochain Belge à entr­er de plein droit dans la col­lec­tion de la Pléi­ade, après Simenon, Michaux et Yource­nar ? » Un an plus tard, dans L’article, le men­su­el des édi­tions Lamiroy, il pro­pose Camille Lemon­nier, Et s’il entrait dans la Pléi­ade ? une cri­tique fic­tion d’anticipation. Con­tin­uer la lec­ture

À l’ombre du paperassier

Béa­trice LIBERT, Arbra­cadabrants, Avant-dire d’Éric Brog­ni­et, Tail­lis pré, 2021, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87450–176‑0

libert arbracadabrantsLe dernier livre de Béa­trice Lib­ert, Arbra­cadabrants pub­lié aux édi­tions Le Tail­lis Pré, s’enracine dans une démarche pré­cise, celle d’un exer­ci­ce de style dont Éric Brog­ni­et révèle la genèse dans son avant-dire éclairant. À par­tir d’un mot, « larmi­er », enten­du lors d’un ate­lier d’écriture qu’elle ani­mait, l’auteure, séduite par sa sonorité, imag­ine une déf­i­ni­tion poé­tique et en fait un arbre à larmes. Irrigués par la sève de ce « larmi­er », les autres textes, suiv­ant le jeu de l’exercice styl­is­tique, découlent presque naturelle­ment pour don­ner aux bou­tures imag­inées par Béa­trice Lib­ert leurs let­tres de noblesse. Con­tin­uer la lec­ture