Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

À Liège ou ailleurs, « il n’y a pas de mauvais livres »…

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Jacques MESSIAEN, Lec­ture pour tous. Une his­toire des ini­tia­tives de la Province de Liège en matière de lec­ture publique, Pré­face de Jean-François Füeg, Édi­tions de la Province de Liège, 2021, 194 p., 20 €, ISBN : 9782390101604

messiaen lecture pour tousPro­mul­guée le 17 octo­bre 1921, la loi Destrée sur les bib­lio­thèques publiques mar­quait un moment fort de la poli­tique cul­turelle dans notre pays. Plus que la recon­nais­sance d’un lieu sym­bol­ique, c’était un ser­vice des­tiné au plus grand nom­bre que cette dis­po­si­tion légale insti­tu­ait : offrir à toutes et tous l’accès à la lec­ture, afin de favoris­er le développe­ment intel­lectuel de toutes les caté­gories sociales. Aigu­il­lon­né sur sa droite quant au choix des ouvrages à met­tre dans les mains du peu­ple, Destrée eut cette réplique ful­gu­rante : « Pour l’État, il n’y a pas de mau­vais livres ». Le ten­ant du Par­ti ouvri­er belge refu­sait d’orienter les choix des usagers selon une doxa, une idéolo­gie, fût-ce celle de son pro­pre par­ti. Au con­traire, il fai­sait con­fi­ance aux indi­vidus dont il était per­suadé que, con­fron­tés au plus grand nom­bre pos­si­ble de sources diver­gentes, ils sauraient exercer leur esprit cri­tique. En cela, il créait le pro­fil, peut-être idéal­isé, en tout cas fon­da­men­tale­ment vertueux et posi­tif, du Lecteur, au dévoué ser­vice duquel il met­tait les bib­lio­thé­caires… Con­tin­uer la lec­ture

Une logique de l’exil

Un coup de cœur du Car­net

Kenan GÖRGÜN, Ana­to­lia Rhap­sody, Post­face de Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 235 p., 8.50 €, ISBN : 978–2‑87568–540‑7

gorgun anatolia rhapsody espace nordQuelle excel­lente nou­velle que cette réédi­tion dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord d’Ana­to­lia Rhap­sody de Kenan Görgün !

Cela fait main­tenant six bonnes années que ce livre est sor­ti aux édi­tions Vents d’ailleurs et il a tout de suite lais­sé enten­dre une voix forte et sin­gulière, celle de l’écrivain qui racon­te et prend en charge la geste des autres, de ses par­ents, de ses conci­toyens, celle de l’im­mi­gra­tion turque en Bel­gique en 1964. Con­tin­uer la lec­ture

Cadavres en tranches

André STAS, Un sec­ond cent de nou­velles pas neuves, Cac­tus inébran­lable, 2021, 120 p., 15 €, ISBN : 978–2‑39049–030‑2

stas un second cent de nouvelles pas neuvesC’est trop peu dire que de définir André Stas comme un ‘pat­a­physi­cien (n’oublions pas l’apostrophe intro­duc­tive, aus­si indis­pens­able qu’un porche à une cathé­drale bien qu’elle n’ait d’autre fonc­tion que de sus­citer d’interminables querelles entre afi­ciona­dos sur le non-sens qu’elle incar­ne). ‘Pat­a­physi­cien certes, mais aus­si col­lag­iste, sur­réal­iste, poète, apho­ris­mophile et, en fait, pra­ti­quant toutes les facettes de l’art de four­rer ses doigts taquins dans les trous de nez de la lit­téra­ture. Et voici qu’après un pre­mier opus du genre, c’est un « Sec­ond cent de nou­velles pas neuves » qu’il fait rouler sur le tapis de jeu. Rap­pelons que ce titre, comme le précé­dent, fait référence aux Cent nou­velles nou­velles, pre­mier recueil du genre en français, large­ment inspiré par le Décameron de Boc­cace, et dédié à Philipe le Bon par un auteur dont l’identité reste dis­cutable. Com­ment les titres de textes générale­ment gail­lards, tels que La méprise du curé de sainte-Gud­uleLe clystère mys­térieux n’auraient-ils pas « stim­ulé » (terme de français archaïque sig­nifi­ant « boosté ») les appétits ludiques et les chantiers icon­o­clastes de Stas ? Con­tin­uer la lec­ture

Jamais tout à fait mises au pas

Béa­trice RENARD, Cav­ales, Mur­mure des soirs, 2021, 317 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–64‑6

renard cavalesNous sommes dès l’entame du texte (nom­mée à des­sein Équar­ris­sages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre poly­sémique,  tra­versera tous les chapitres)  le 3 novem­bre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souf­france. Aux moments-mêmes où se jouent trag­ique­ment les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méri­court (née à Mar­court, près de Liège), fig­ures feux fol­lets de la Révo­lu­tion française. La pre­mière sera guil­lot­inée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusa­teur pub­lic du Tri­bunal révo­lu­tion­naire… qui, ironique­ment, fini­ra par con­naître le même sort), la sec­onde internée et traitée inhu­maine­ment jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades con­tre l’ordre patri­ar­cal établi et un cer­tain obscu­ran­tisme de l’époque que nous con­vie l’autrice, une fois posés ces pre­miers tes­sons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affich­es qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en hail­lons sem­blable à une Cosette va les crois­er à plusieurs repris­es. Con­tin­uer la lec­ture

Un pour tous, tous pour Castelmore !

Adrien ROSELAER, D’Artagnan, obscur ou illus­tre ?,180° édi­tions, 2020, 108 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931008–45‑4

roselaer d artagnan obscur ou illustreIl s’appelait Charles de Batz de Castel­more mais, en arrivant un jour de sa Gascogne natale à Paris, il prit pour nom celui de sa mère, Françoise de Mon­tesquiou d’Artagnan. D’Artagnan !

Dans un petit livre très com­pact, une étude dense et claire, écrite sobre­ment, superbe­ment illus­trée, Adrien Rose­laer, his­to­rien de for­ma­tion, ressus­cite le per­son­nage his­torique, pointe les dis­tor­sions et con­ver­gences avec le héros des romans d’Alexandre Dumas. Tudieu ! Avec son D’Artagnan, c’est notre enfance qui se redé­ploye mais le plaisir est quadru­ple : le plon­geon nos­tal­gique, la redé­cou­verte d’une époque fasci­nante, la ren­con­tre d’un être remar­quable et, en sur­plomb, l’observation d’un tra­vail créatif, celui de Dumas rassem­blant des matéri­aux épars, dis­crim­i­nant des con­ver­gences puis tis­sant une réal­ité alter­na­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Joyeux dér©apages

Marc MENU, Oxy­mores subit(e)s, Cac­tus Inébran­lable, 2021, 73 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–026‑5

menu oxymores subitesMarc Menu sous des allures de flâneur de l’hu­mour est un nou­vel­liste de grand tal­ent et un poète qui révèle de livre en livre une sen­si­bil­ité qui laisse entrevoir en per­ma­nence le dif­fi­cile équili­bre entre l’ex­péri­ence tra­gi-comique de l’homme et sa capac­ité à récolter les “rognures d’on­gles” de l’ex­is­tence. Dans ces legs ramassés tout au long d’une vie: des pépites, des éblouisse­ments, des poèmes, des nou­velles… Con­tin­uer la lec­ture

Ceci n’est pas un employé

Un coup de cœur du Car­net

Jacques STERNBERG, L’employé, Post­face de Jacques Car­i­on, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 195 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–538‑4

sternberg l employeAtten­tion lecteur, atten­tion lec­trice, si vous décou­vrez Stern­berg avec ce livre, vous allez vivre une expéri­ence-lim­ite. Lais­sez toute ratio­nal­ité au plac­ard et embar­quez dans le non-sens à la belge de cet auteur hors normes. Pub­lié en 1958 aux édi­tions de Minu­it, le roman L’employé garde une sacrée moder­nité comme tout OLNI (Objet Lit­téraire Non Iden­ti­fié) ! Con­tin­uer la lec­ture

La vie en dilettante

Un coup de cœur du Car­net

Thomas LAVACHERY, Le cer­cle, Esper­luète, 2021, 64 p., 14.50 €, ISBN : 978–2‑35984–136‑7

lavachery le cercleLibéré enfin des oblig­a­tions et du juge­ment des autres, un retraité renoue avec la vie de réjouis­sante façon.

Dernier de sa fratrie et veuf depuis peu, Hen­ri Juel se retire dans le vil­lage de Ver­sol. Son bagage se réduit à quelques vête­ments, des livres d’aventure, un peu d’or et ses titres de rente. À soix­ante ans, il entame une nou­velle vie qu’il espère riche d’explorations à bicy­clette et de ren­con­tres. Le pays lui plait « pour sa rugueuse beauté » et l’accueil tout aus­si rugueux des habi­tants ne l’effraie pas. Un café du bourg voisin devient son point de chute : la ten­an­cière a du charme, mais surtout, le manège de quelques messieurs dans un coin l’intrigue. « Avant qu’il ne les eût dérangés par ses rires, les trois types se livraient à des manip­u­la­tions de croupiers. Ça chu­chotait, ça cau­sait par signes… ». Il y a dans les activ­ités de ce cer­cle comme un mys­tère que Juel est bien décidé à éclair­cir. Con­tin­uer la lec­ture

Au plaisir de l’indicatif

Pas­cale TOUSSAINT, Des lilas des orages, Sam­sa, 2021, 64 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87593–316‑4

toussaint des lilas des oragesIci tout est mignon ! À com­mencer par le car­tel de l’auteure en qua­trième de cou­ver­ture : Pas­cale Tou­s­saint vit à Brux­elles et y enseigne la lit­téra­ture. Elle est mar­iée à l’écrivain Jacques Richard. Et si l’on cherche ce dernier sur inter­net, on décou­vre de suite : Né à Brux­elles, Jacques Richard a passé son enfance en Algérie. Il enseigne la pein­ture et le dessin. Il est mar­ié à l’écrivaine Pas­cale Tou­s­saint. Un vrai cou­ple d’albatros ou de tourterelles. Con­tin­uer la lec­ture

Le bien commun

Dominique COSTERMANS et Régine VANDAMME, Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. His­toires vécues au tra­vail. Tome 2, Pré­face d’Isabelle Fer­reras, illus­tra­tions d’Allilalu, Renais­sance du livre, 2021, 208 p., 20 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782507056964

costermans vandamme le bureau des secrets professionnels 2Lors de la paru­tion du pre­mier tome du Bureau des secrets pro­fes­sion­nels, on vous avait expliqué, avec la dis­tan­ci­a­tion cri­tique néces­saire, la démarche qui avait présidée à la pub­li­ca­tion de ces « His­toires vécues au tra­vail ». On ne va pas se répéter, le deux­ième tome étant la suite annon­cée du pro­jet. Vous pou­vez la relire ici. On ne va pas non plus con­tin­uer à dire on. Mais je. Car si Roland Barthes pré­ci­sait, en intro­duc­tion des Frag­ments d’un dis­cours amoureux, « C’est donc un amoureux qui par­le et qui dit : », pour cette recen­sion : c’est un blessé du tra­vail qui écrit. Dans le pre­mier tome, j’étais par­venu à rester à dis­tance de mon pro­pre vécu – même si par­fois il affleu­rait, et les larmes pas loin – emporté dans le tour­bil­lon des anec­dotes glis­sant de la facétie au drame, de la légèreté à la grav­ité en pas­sant par toutes les nuances con­nues de celles et ceux qui ont eu un jour la (mal-)chance de tra­vailler. Con­tin­uer la lec­ture

« Alors, la poésie »

Fidé­line DUJEU, Larmes de croc­o­dile, suivi de Siamois, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2021, 144 p., 14 €, ISBN : 9782874896118

dujeu larmes de crocodileFidé­line Dujeu est poète, nou­vel­liste, roman­cière, ani­ma­trice d’ateliers d’écriture, écrivaine publique, co-fon­da­trice d’une mai­son d’édition arti­sanale. Elle est égale­ment thérapeute, « con­stel­la­trice ». Elle a été une petite fille naguère, et est aujourd’hui femme et mère. Et elle est encore bien d’autres con­tours et détours, mais ce sont ces dimen­sions appar­entes qui nour­ris­sent les deux textes pub­liés dans la col­lec­tion « Plumes du Coq » chez Weyrich, rassem­blés sous le titre Larmes de croc­o­dile. « Deux livres en un. Deux tra­ver­sées. Une méta­mor­phose. » Con­tin­uer la lec­ture

Un conte noir pour les grands

Nadine MONFILS, Le doux mur­mure du tueur,Mijade, coll. « Zone J », 2021, 224 p., 8 €, ISBN : 9782874230363

monfils le doux murmure du tueurLe doux mur­mure du tueur, de Nadine Mon­fils, redonnera le goût de lire aux ados.

Depuis la mort de sa mère, Jack existe à peine aux yeux de son pater­nel, et avec sa grande sœur, c’est la guerre des tranchées. À part les jeux vidéo et le skate, il n’y a pas grand-chose pour bous­culer l’automne qui vient. Pour­tant, alors que son amour s’est fra­cassé une nou­velle fois con­tre la morgue de Nina, Jack reçoit de sa vieille voi­sine un livre annonçant l’avenir. Dans quelques jours, Nina fêtera son anniver­saire, et si Jack peut se fier à l’étrange gri­moire, la belle Nina achèvera là une vie à peine éclose. Con­tin­uer la lec­ture

La vie, toutes affaires cessantes

Jean-Louis SBILLE, Ser­gent-chef Mas­sam­ba, Lamiroy, 2021, 128 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–417‑6

sbille sergent chef massambaA pri­ori, les deux per­son­nages  qui ani­ment ce roman n’auraient jamais dû se ren­con­tr­er. L’un est pro­duc­teur de séries télévisées et il revient à Brux­elles d’un voy­age d’affaires. Il s’apprête à rejoin­dre son amante ukraini­enne pour une soirée tor­ride. L’autre, un vieil Africain qu’il prend tout d’abord pour un sans-papi­er, arrive aus­si dans la même gare. Le pre­mier est aux pris­es avec un pneu crevé sous une pluie tor­ren­tielle et ne sait que faire. Le sec­ond empoigne d’autorité le cric et change la roue en quelques min­utes. En mer­ci de quoi il lui est pro­posé de le véhiculer à l’adresse brux­el­loise où il se rend et qu’il tient grif­fon­née sur un papi­er frois­sé. Con­tin­uer la lec­ture

Vive la dissolution !

Mar­cel MOREAU, Julie ou la dis­so­lu­tion, Roman, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », pré­face de Carl Norac, post­face de Corentin Lahouste, 2021,196 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–536‑0

moreau julie ou la dissolutionPub­lié en 1971, il y a près de 50 ans donc, chez Chris­t­ian Bour­go­is, le roman Julie ou la dis­so­lu­tion n’a pas pris une ride et pour cause puisque ce réc­it entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une expéri­ence exis­ten­tielle qua­si uni­verselle à par­tir d’une réal­ité rel­a­tive­ment banale. À la suite de son per­son­nage, nous sommes entraînés dans des inter­ro­ga­tions sur ce que nous sommes, ce qui nous lie aux autres, le sens de nos actes, des inter­ro­ga­tions plus char­nelles, sen­suelles, provo­ca­tri­ces que rationnelles ou cartési­ennes. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les pas d’André Sempoux

André SEMPOUX, Dévo­ra­tion et Torqua­to, Lec­tures par Ginette Michaux, Sablon, 2020, 206 p., 13 €, ISBN : 978–2‑931112–04‑5

Dou­ble réédi­tion bien­v­enue de deux textes du poète et romanci­er André Sem­poux qui nous a quit­tés voici un an et demi : Dévo­ra­tion et Torqua­to… Si les deux romans procè­dent d’une époque et d’une inspi­ra­tion bien dif­férentes, un élé­ment com­mun pour­rait les reli­er : l’empreinte majus­cule et pos­si­ble­ment cas­tra­trice du père sur la des­tinée du fils. Dans Dévo­ra­tion, au cours d’un voy­age et au fil de deux let­tres adressées à son amant, un homme, tout en évo­quant leurs sou­venirs, lui révèle enfin ce que fut le poids sur sa vie, comme sur leur vie com­mune, d’un secret tou­jours bien gardé en lui. Celui d’un père col­lab­o­ra­teur des nazis durant la Sec­onde Guerre et promis à un poste min­istériel dont la Libéra­tion devait for­cé­ment l’éloigner sans ruin­er ses con­vic­tions délétères. Réfugié en Nor­mandie avec Ingrid, sa jeune maîtresse, il vit des retraits opérés sur un cap­i­tal placé en Suisse. Retraits assurés chaque année par son fils, empoi­son­né par cette mis­sion clan­des­tine qui le « dévore » à l’égal du secret hon­teux dont elle est indis­so­cia­ble. Tout comme de la soumis­sion imposée par la fatal­ité à l’emprise létale d’un père dont le sang bat dans ses pro­pres veines et qui, pour l’heure, est tout proche de la mort. Con­tin­uer la lec­ture

Captures cristallines

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Marie-Jo Lafontaine. Tout ange est ter­ri­ble, Let­tre volée, 2020, 26 €, ISBN : 978–2‑87317–565‑8

bergen mari-jo lafontaine« À l’heure où, sat­uré d’images aveu­gles, le monde se vom­it sur lui-même », à l’ère des pul­lu­lants et pusil­lanimes dis­cours sur la « mort de l’art », rarement assiste-t-on au déploiement d’une œuvre con­sis­tante qui s’écarte de la mode actuelle – mode très recon­naiss­able en ce qu’elle est notam­ment con­sti­tuée de « nano-cyber­fic­tions », sou­vent accom­pa­g­nées de para­textes hyper­théoriques qui ne sont que le pen­dant hir­sute des hash­tag auto­suff­isants et creux. À l’instar de l’artiste Marie-Jo Lafontaine, loin des « thès­es qui font de l’art une tri­bune », Véronique Bergen con­sacre un puis­sant essai, sagace et pas­sion­nant, aux travaux de l’artiste. L’écrivaine fait émerg­er le souf­fle éminem­ment vital qui irrigue les créa­tions de Marie-Jo Lafontaine ; celui-ci puise et s’inscrit dans le mou­ve­ment même de la matière plutôt que dans le ter­ri­toire de l’abstraction et du sim­u­lacre. Con­tin­uer la lec­ture