Un coup de cœur du Carnet
Zoé DERLEYN, Je m’appelle Australie, Rouergue, coll. « La brune », 2024, 132 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8126–2596‑1
Découverte par les éditions Quadrature pour son premier recueil de nouvelles, Le goût de la limace, Zoé Derleyn avait déjà retenu notre attention par la force narrative de ses premiers textes qui avaient obtenu le prix Franz De Wever 2018 et avaient été retenus dans la liste des finalistes du prix Rossel, ce qui est plutôt rare pour ce genre littéraire. Zoé Derleyn poursuivit sa carrière éditoriale en France avec un premier roman, Debout dans l’eau, aux éditions du Rouergue, prix Marcel Thiry 2022. Elle revient aujourd’hui à la nouvelle, toujours au Rouergue. Ce recueil intitulé Je m’appelle Australie prouve à nouveau que l’autrice belge maîtrise le genre avec une rare maestria, tant par son approche délicate de ses sujets que par une écriture ciselée. Continuer la lecture

Patrick Delperdange ! Un pro ès lettres. Qui vit de sa plume. Bon à tout. Des critiques ou des scénarios, des Bob Morane, des romans noirs ou jeunesse, des pièces de théâtre. Des sauts de mouton au gré de ses envies, d’un pays, d’un éditeur ou d’un exercice à un autre. Les Cahiers de la BD, la Série noire, les
Tout autant que la parole, le silence est multiple. Il peut inaugurer un rapprochement ou sceller un dialogue. Il en est de complices, d’hostiles, d’oppressants ou de sereins. Entre présence du corps et absence des mots, le silence est instant pur. À travers les seize récits qui tissent la trame du dernier livre de Luc Dellisse, un narrateur unique éprouve la complexité de son étoffe, au fil d’intensités fugaces ou de percussions aventureuses.
D’une densité dessillante, l’opus Les danses de Roberto Succo de Véronique Bergen est construit à l’image de la rêverie de sa narratrice. Celle-ci arpente les rues de Bruxelles, de même que nous, lecteurs, arpentons les phrases de Véronique Bergen serties dans l’émail de la langue.
C’est peut-être parce qu’il a été Écrit sous l’eau qu’il donne l’impression d’une lecture-apnée. Chacune des proses composant le recueil de Jacques Richard se présente comme une micro-plongée dans un bain d’étrangeté et de fluidité. L’on y progresse en brasses prudentes et curieuses, avec la sensation de ne pouvoir garder le cap à cause de mouvements ondins surprenants. Le mieux est sans doute de se laisser porter, sans chercher à retenir ni se faire retenir, en acceptant la caresse du flux langagier et le mystère des fonds sous-scripturaux.
Line Alexandre a déjà fait sa place dans notre espace littéraire avec six romans dont le premier, paru en 2009,
Une fois de plus, la collection Espace Nord joue pleinement son rôle patrimonial, et nous charme par l’audace et la qualité de ses choix. Ainsi, c’est Dominique Warfa qui voit près de cinquante ans d’écriture mis à l’honneur.
Dans ce dernier opus, L’évangile par le menu, l’auteur, Marc Menu, joue avec délectation de tous les clins d’œil qu’il peut lancer au lecteur dans le souvenir de ses lectures de l’Évangile où les échos de ce texte fondateur sont malmenés avec, dirons-nous, une certaine amitié des protagonistes. On reconnaît l’auteur au titre qui nous invite à ne pas prendre l’Évangile à la carte mais à la déguster au menu. C’est en effet une forme de pochade que l’auteur nous délivre en un délire punk — rock’n roll des scènes bibliques.
De tous les auteurs belges francophones, Michel Lambert a sans doute à son actif une des productions les plus fournies dans le genre de la nouvelle puisqu’à ce jour, on dénombre onze recueils parus parallèlement à son activité de romancier. La parution de son premier ouvrage remonte à 1987 et le plus récent date de 2022, tandis que plusieurs prix littéraires en ont souligné la qualité. Les éditions Weyrich ont eu la bonne idée de rassembler une douzaine de textes issus de différents recueils et couvrant une trentaine d’années, ce qui nous offre un panorama de sa production. À les lire, on mesure d’emblée la très grande homogénéité de son œuvre. Celle-ci se traduit dans son écriture, mais aussi et surtout dans l’univers narratif d’une rare constance, à telle enseigne que l’on peinerait à reconstruire une chronologie sans consulter les notes qui précisent les ouvrages parus dont elles ont été extraites.
Toutes les nouvelles du dernier recueil de Bruno Marée paru aux éditions Quadrature – éditions totalement dédiées à la nouvelle de langue française – semblent respecter (et jouer d’) un même cadre narratif. Elles commencent par poser la singularité, voire l’étrangeté, du quotidien (ou de l’hebdomadaire) d’un ou plusieurs personnages, et ce généralement en une phrase : « Je vois des choses qui n’existent pas » (qui pourrait presque définir le travail de ce nouvelliste, mais il faudrait alors préciser : mais pourraient exister, car nous ne sommes pas dans un univers fantastique ou de science-fiction) ; « Ils s’entendent comme chien et chat, dans le plus grand respect des traditions » ; « Je ne me douche jamais » ; « Le problème de monsieur Christian, c’est qu’il n’aime pas les enfants » ; « De la maison à l’école, le trajet que doit suivre Arthur n’est pas très long » ; « Ma voisine est un peu ma grand-mère » ; etc.
Ultime passion est une nouvelle assez courte, récente vu les références à des techniques d’aujourd’hui. Elle étonne cependant, car Paul Emond condense et résume dans ce bref texte toute une part de sa production romanesque antérieure.
Apparu dans l’univers des lettres belges en 2020, Ralph Vendôme (un pseudonyme) s’est érigé en spécialiste de la nouvelle, livrant un premier recueil de qualité aux éditions du Scalde,
L’on sait Armel Job fin observateur des âmes humaines, tant il a créé de personnages dont la présence forte imprègne la vie de ses lecteurs. Voici qu’il s’est prêté au jeu de l’extrême brièveté, celui des instantanés de la collection « La petite pierre » des éditions de La Pierre d’Alun, qui associe ses écrits aux illustrations de Benjamin Monti pour ce nouveau petit volume spiralé.
Evelyne se perd dans le dédale des archives du palais de justice. Charmés par leurs échanges virtuels, Bernard et Valérie sont fin prêts pour une rencontre réelle. Anne-Chantal n’a aucune envie de répondre à l’invitation de la baronne, mais les absents ont toujours tort. Employée dans un magasin de vêtements chic, la jeune Melody peine à satisfaire un client exigeant qui broie du noir. Pour reconquérir Isabelle, Antoine a élaboré un plan au minutage essentiel, qu’un imprévu pourrait bien compromettre. Jean-Pierre ne savait que faire de l’héritage de sa tante, jusqu’à une visite au Cimetière du Père-Lachaise. Récemment convertie à l’islam, Latifa entame son premier jeûne du mois de ramadan. Fabrice, Français expatrié à Bruxelles, croyait effectuer une bonne action en rendant visite à Jennyke le jour du réveillon de Noël. Pour concurrencer le cabaret « Chez Mammy », Fred ouvre son propre établissement et devient « Marraine ». Récemment licencié, Arnaud décide de contribuer à un monde meilleur en lançant son propre projet : la fricadelle végane.
Disparu en 2008, Roger Foulon fait partie de ces auteurs qui semblent avoir embrassé à travers leur vie toutes les possibilités qu’offre la littérature. Imprimeur, éditeur, romancier, poète, essayiste, académicien… ce touche-à-tout laisse derrière lui une œuvre diversifiée et abondante, plus de 120 titres.