Archives par étiquette : ONLiT

L’étrangeté et le surgissement

Aliénor DEBROCQ, Philippe MAILLEUX, Lisières, ONLIT, 2021, 12 €, ISBN : 978–2‑87560–137‑7

debrocq mailleux lisiereQue dire des pho­togra­phies de Philippe Mailleux ? Ou plutôt, que provo­quent-elles en nous ? C’est l’exercice au départ douloureux auquel Aliénor Debrocq, final­iste du prix Rossel 2020, se livre dans Lisières, ouvrage co-signé par le pho­tographe et l’autrice.

Sur les pho­togra­phies (à la fin de l’ouvrage), des lisières, juste­ment : sou­vent des lisières de cimetières ou de forêts, et l’horizon, échap­pé der­rière un mur ou zébré de la sil­hou­ette des arbres. Aucune trace de vie, en revanche, et c’est là tout le drame que ren­con­tre Aliénor Debrocq. Essayant d’en dire quelque chose, l’autrice tâtonne au point de plac­er le pre­mier chapitre de l’opuscule sous le sceau de l’étrangeté (à l’autre et à la démarche de Philippe Mailleux en par­ti­c­uli­er) : Con­tin­uer la lec­ture

Conjuguer douleur et pudeur

Véronique JANZYK, Vin­cent, ONLiT, 2020, 79 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87560–128‑5

janzyk vincentVéronique Janzyk, autrice la plus pub­liée chez ONLIT Edi­tions, pose un regard sen­si­ble sur une réal­ité douloureuse, celle d’un sportif qu’une mal­adie va paral­yser. Elle le fait néan­moins sans sen­si­b­lerie et avec une économie de moyens qui se reflè­tent notam­ment dans le titre, Vin­cent, mais aus­si dans le nom­bre de pages (79) de ce roman, que l’on pour­rait qual­i­fi­er de novel­la.

Le livre com­mence sous les meilleurs aus­pices puisqu’il nous place dans le sil­lage de con­ver­tis au cyclisme soudés par la même pas­sion, leur meneur ent­hou­si­aste et enjoué, le Vin­cent du titre, avec lequel la nar­ra­trice pra­tique « une drague lente et douce ». Mais très vite, le meneur sort des radars jusqu’au jour où il recon­tacte chaque mem­bre du pelo­ton. Con­tin­uer la lec­ture

« Gérard est-il seulement Gérard ? »

OSKO, L’incapacité à dire Gérard, ONLiT, coll. « ONLiT Mini », 2020, 64 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87560–124‑7

osko l incapacite a dire gerardL’incapacité à dire Gérard est le pre­mier livre d’Osko.

D’Osko, on sait qu’elle a 28 ans, vit à Brux­elles, a étudié la pein­ture et la vidéo­gra­phie. On sait aus­si qu’en 2019, elle s’essaie à l’écriture.

De Gérard, en revanche, on n’en sait pas beau­coup plus que cette inca­pac­ité qu’a la nar­ra­trice à le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Nues

Un coup de cœur du Car­net

Jacques RICHARD, Nues, ONLIT, coll. « ONLIT Mini », 2020, 80 p., 8 €, ISBN : 9782875601261

richard nues« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimen­sions, sup­ports de qual­ité iden­tique, tou­jours de la pein­ture à l’huile. Pas de décor. Et un « tra­vail d’un réal­isme pré­cis, mince et sans effets ». Voilà com­ment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quit­tant, trop mai­gres ou trop char­nues, rétives ou généreuses, incon­nues ou famil­ières, maniérées ou naturelles. De son regard par­fois gêné et intran­sigeant, Richard les a dévis­agées, con­tem­plées sans désir, observées (face à face ou sur papi­er glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la riv­ière » ; il a guet­té leur appari­tion et a recon­sti­tué cette impres­sion tout en fugi­tiv­ité et sub­jec­tiv­ité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méth­ode. Con­tin­uer la lec­ture

Deux mille signes par jour avec Lily

Un coup de cœur du Car­net

Aliénor DEBROCQ, Cent jours sans Lily, ONLiT, 2020, 181 p., 17 €, ISBN : 9782875601216

Cent jours sans Lily : dès le titre, Aliénor Debrocq annonce la couleur. Elle ne cessera de le faire au cours de son nou­veau roman, hors normes, qui séduira les lecteurs et lec­tri­ces, dont je suis, qu’interpellent les démarch­es lit­téraires aux con­struc­tions nar­ra­tives inédites. Jour­nal­iste et pro­fesseure de lit­téra­ture con­tem­po­raine, l’autrice y établit un pacte d’écriture — et donc de lec­ture — avec son lec­torat. Con­tin­uer la lec­ture

La gloire de mon père

Un coup de cœur du Car­net

Juan D’OULTREMONT, Judas côté jardin, ONLiT, 2020, 359 p., 19 €, ISBN 978–2‑87560–119‑3

Eden : lieu où la Bible situe le par­adis ter­restre (avec une majus­cule).
Lit­téraire. Lieu de délices, séjour plein de charmes, état de bon­heur par­fait.

(Larousse)

 

Cela com­mence comme l’histoire du monde, dans un jardin. 

Juan d’Oultremont, per­son­nage pluridis­ci­plinaire et pro­téi­forme. Plas­ti­cien, auteur, homme de radio, ancien enseignant fait avec Judas côté jardin son retour sur les ray­on­nages des librairies.

22 mars 2016, atten­tats à Brux­elles.

Con­fron­té aux images de la cat­a­stro­phe, je sens mon­ter en moi la néces­sité d’une réac­tion déraisonnable.  Con­tin­uer la lec­ture

Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–114‑8

S’il est un domaine de la vie que l’on con­naît essen­tielle­ment par la fic­tion, c’est bien celui de la crim­i­nal­ité. On est nour­ri de romans policiers, de films noirs, crim­inels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux dif­fusées, de Faites entr­er l’accusé… On absorbe les gestes (la ges­tic­u­la­tion par­fois) des enquê­teurs, les tech­niques sci­en­tifiques, les procé­dures judi­ci­aires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisem­blables (et encore…), qu’ils sont nour­ris autant par leur pro­pre mytholo­gie que par la réal­ité du ter­rain. Davan­tage ? Qu’en sait-on vrai­ment ? Pour dépass­er la fic­tion, Anne-Cécile Huwart, jour­nal­iste spé­cial­isée dans les affaires judi­ci­aires, la san­té, l’enseignement, le social est allée observ­er au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racon­tée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dig­nité des vic­times et de leurs proches. » In fine, out­re le fait qu’il n’y ait héroï­sa­tion ni de la police ni des crim­inels, le plus éton­nant est le rap­port au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est com­mis et l’énoncé du ver­dict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respec­té cette tem­po­ral­ité lente. Elle a mené son tra­vail minu­tieuse­ment, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que per­met le livre et que ne souf­frent pas les médias et les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Ceux qui partent-partent-partent et ceux qui parlent-parlent-parlent

Véronique DEPRÊTRE, Fan­chon, la dérive des incon­ti­nents, Onlit, 2019, 226 p., 17 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–116‑2

À la suite du décès bru­tal de son père, une gamine se retrou­ve entre une mère dépres­sive, hors course, et sa grand-mère pater­nelle qui prend en charge toute la famille, dans un débor­de­ment d’énergies et de générosité qui se révèle aus­si une manière de stig­ma­tis­er sa belle-fille, jusqu’à vam­piris­er sa petite-fille. Con­tin­uer la lec­ture

Aux champs… élisés !

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel SEL, Elise, ONLiT, 2019, 434 p., 24,99€ / ePub : 15 €, ISBN : 978–2‑87560–108‑7

Mar­cel Sel a‑t-il été tétanisé par le suc­cès de son pre­mier roman, Rosa (qua­tre prix et deux finales) ? Ou une ambi­tion artis­tique démul­ti­pliée a‑t-elle élevé la barre à tout rompre (attentes et lim­ites) ? La ques­tion se pose dès l’entame du livre. Dont la struc­tura­tion, l’écriture et le fond sec­ouent irré­sistible­ment.


Lire aus­si : notre recen­sion de Rosa


La pre­mière page, en sur­plomb, dégage une force incan­ta­toire qui rap­pelle James Ell­roy, le génie du roman noir améri­cain : Con­tin­uer la lec­ture

Gaïa s’en va-t-en guerre

Véronique BERGEN, Guéril­la, ONLiT, 2019, 176 p., 14 € / ePub : 4.49 €, ISBN : 978–2‑87560–112‑4

Qui ne con­naî­trait de Véronique Bergen que ses con­tri­bu­tions au Car­net et les Instants (des textes récents sur Isabelle Stengers ou la col­lap­solo­gie théorisée par Pablo Servi­gne, Raphaël Stevens et Gau­thi­er Chapelle, notam­ment) pressen­ti­rait déjà le haut intérêt, sinon l’engagement, de l’écrivaine et philosophe pour la cause écologique et la défense d’une planète que l’exploitation humaine men­ace d’épuisement. De cette impli­ca­tion, elle donne une nou­velle illus­tra­tion avec, cette fois, un court roman, Guéril­la, paru dans l’élégant petit for­mat des édi­tions ONLiT.

Con­tin­uer la lec­ture

Le chant du mensonge

Jacques RICHARD, La femme qui chante, ONLiT, 2019, 176 p., 16€ / ePub : 9€, ISBN : 978–2‑87560–110‑0

Il y a quelque chose de froid dans l’œuvre scrip­turale de Jacques Richard. Cette impres­sion est d’autant plus déroutante que l’auteur n’hésite jamais à nous con­fron­ter à l’intériorité de ses per­son­nages. Dans leur intim­ité crû­ment dévernie, ces derniers nous tien­nent pour­tant en respect, à l’extérieur. Ils restent hors de portée. Les mécan­ismes d’empathie, si con­fort­a­bles, ne s’enclenchent donc pas ; ce n’est pas le pro­pos. On pour­rait se croire à une représen­ta­tion théâ­trale : il y a des pro­tag­o­nistes, des scènes, des mono/dialogues, mais aus­si une dis­tance entre le pub­lic plongé dans l’obscurité silen­cieuse et les acteurs évolu­ant en actes et en paroles sur les planch­es. Mais la com­para­i­son ne se pousse pas plus loin car rien n’est joué ni fac­tice chez Richard. Et c’est peut-être cette authen­tic­ité nue qui désta­bilise. Il est des choses qu’on préfère en effet ne pas (sa)voir : « Tout le monde sait qu’elles sont là, mais per­son­ne ne dit rien. Il ne faut pas tourn­er la tête de ce côté-là. Tant qu’on reste ici, ça va. » Con­tin­uer la lec­ture

Respirer des mots

Véronique JANZYK, La robe de nuit, ONLIT, 2018, 80 p., 9 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑87560–106‑3

Les mots que l’on respire ce sont les fleurs d’un bou­quet dont on demande le nom.

Ce serait l’apaisement, le côté posi­tif et l’espoir qui l’emportent dans ce livre de Véronique Janzyk qui tout de même en appelle à la com­pas­sion. Con­tin­uer la lec­ture

Isabelle Wéry, comment dansent les poneys

Un coup de cœur du Carnet

Isabelle WÉRY, Poney flot­tant, ONLIT, 2018, 246 p., 18 € / ePub : 9 €, ISBN : 978–2‑87560–104‑9

Dans le vaste con­ti­nent des livres, raris­simes sont ceux qui créent un univers-lan­gage aux pou­voirs de déracin­e­ment. Se cabrant con­tre toutes les lim­ites, Poney flot­tant chavire la forme livre pour épouser des flux sauvages désta­bil­isant l’économie de l’écriture et, par­tant, de la lec­ture. Après Mar­i­lyn désossée (Mael­ström, couron­né par le Prix de la Lit­téra­ture de l’Union Européenne en 2013), l’écrivain, l’actrice et met­teuse en scène Isabelle Wéry nous livre un con­te qui tra­verse les bien­séances du dire, du penser, du jouir. Humour cor­rosif, grinçant, pul­sions en roue libre — fuck les lois de la famille, du socius —, l’héroïne Sweet­ie Horn, autrice à suc­cès qui se réveille d’un coma après avoir entre­pris le pre­mier marathon de sa vie à 70 bal­ais, nous livre l’épopée men­tale de son exis­tence. Sa voix nous parvient d’une région inter­mé­di­aire, entre les portes de ce qui est et les portes de la mort ; sa voix nous cat­a­pulte dans un mono­logue intérieur porté par une folle inven­tiv­ité ver­bale qui réper­cute des expéri­ences en marge. Texte-vor­tex qui déroule un flash-back stro­bo­scopique, Poney flot­tant plonge dans l’enfance de S. H. en Angleterre, les cara­coles dans l’inceste avec le grand-père gen­tle­man farmer, les ébats éro­tiques qui explosent le corps, les sens et le syn­drome poney qui affecte l’héroïne en proie à un arrêt de crois­sance. L’hormone de crois­sance fait la grève. Soumis à un essor lux­u­ri­ant, le verbe et l’imaginaire pren­dront le relais. Con­tin­uer la lec­ture

Un livre flamboyant, rouge et noir

Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, ONLIT, 2018, 262 p., 18 € / ePub : 9 €, ISBN : 978–2‑87560–102‑5

Il faudrait être inspiré comme elle pour com­menter le dernier opus de Véronique Bergen et com­mu­ni­quer la beauté vio­lente d’un texte où elle déploie une énergie féroce et tous ses tal­ents de con­teuse, de vision­naire et de poète. Tous doivent être sauvés ou aucun est une fable ani­male, soit que les ani­maux méri­tent une parole, hors allu­sion biblique, soit parce qu’ils sont sou­vent les com­pagnons des hommes, leurs témoins et par­fois hélas leurs vic­times. Que les humains les élèvent  et les sélec­tion­nent aux fins d’expériences dites sci­en­tifiques ou les des­ti­nent à simuler le défi qu’ils ne peu­vent pas ou ne veu­lent pas ten­ter eux-mêmes, mais dont ils tireront après coup toute le béné­fice, le rap­port est tou­jours iné­gal. De nom­breux ani­maux de lab­o­ra­toire sont par­fois util­isés à des fins futiles ou sac­ri­fiés pour les besoins ou sim­ple­ment la gloire de quelques-uns ou la volon­té de dom­i­na­tion des autres. Con­tin­uer la lec­ture

Dispositif littéraire zadiste

Un coup de cœur du Carnet

Antoine BOUTE, Chloé SCHUITEN, Clé­ment THIRY et Jeanne PRUVOT SIMONNEAUX, Apnée, ONLiT, 2018, 191 p., 18 € / ePub : 9.49 €, ISBN : 978–2‑87560 096–7

boute apnee.pngDans la foulée de S’enfonçant, spéculer, d’Inspec­tant, reculer (ONLiT), l’écrivain, per­former, musi­cien Antoine Boute pro­duit, en col­lab­o­ra­tion avec Chloé Schuiten, Clé­ment Thiry et Jeanne Pru­vot Simon­neaux, Apnée, un objet textuel non iden­ti­fi­able qui délivre une sou­veraine expéri­ence sen­sorielle et con­ceptuelle. Tra­ver­sée des états d’une lit­téra­ture mod­i­fiée, Apnée se déroule comme un réc­it/an­ti-réc­it qui spécule pour une sor­tie de la fic­tion usuelle, pour un réc­it haret, un agence­ment féral com­posé de dessins et d’une écri­t­ure en tran­shu­mance. « Ceci n’est pas un roman » nous dit ce roman qui n’en est pas un, qui se lit pho­toélec­trique­ment. Con­tin­uer la lec­ture

La terre, la vigne et l’argent

Luc DUPONT, Anna, ici et là, OnLit, 2018, 173 p., 17€ / ePub : 9.49 €, ISBN : 978–2‑87560–098‑1

dupont anna ici et la.jpgUn vil­lage à la cam­pagne, au cœur d’un paysage de collines et de vig­no­bles, avec un air de Toscane. C’est là qu’Anna est envoyée pour faire ses armes. Elle sil­lonne la cam­pagne en bas­kets pour effectuer son tra­vail « J’étais aux­il­i­aire de police. J’aimais les chemins de tra­verse ». Con­tin­uer la lec­ture