Archives par étiquette : poésie

« Rîm’rèyes » et « rimimbrances »
[Rimeries et souvenirs]

Jean COLLETTE, Al cwène dès djoûs, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui », n° 46, 2023, 109 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930505–38‑1

collette al cwene des djousLe nom de Jean Col­lette évo­quera des sou­venirs à beau­coup ; homme de let­tres, de théâtre, de radio et de télévi­sion, il a pro­duit une œuvre abon­dante et mul­ti­forme depuis les années 60. Com­pagnon de route de l’« école de Liège » de poésie — il fut l’un des édi­teurs du jeune Jacques Izoard, à qui ce recueil est dédié —, il livre ici, à l’âge de qua­tre-vingt-cinq ans, sa pre­mière œuvre en wal­lon. Con­tin­uer la lec­ture

Déracinés

Chris­tine GUINARD, Ils passent et nous pensent, Unic­ité, 2023, 12 €, ISBN : 978–2‑37355–922‑4

guinard ils passent et nous pensentje n’ai pas par­cou­ru des cen­taines de mil­liers de pas sous la tem­pête
et la peur d’être vue décou­verte
la peur d’être et d’avoir une langue pro­pre
qui ne con­vien­dra pas
au sur­vivant 

S’ouvrant sur une cita­tion de Niki Gian­nari issue du poème « Des spec­tres hantent l’Europe », l’opus Ils passent et nous pensent de Chris­tine Guinard évoque la  Reti­ra­da des Répub­li­cains de 1939. Fuyant l’Espagne alors fran­quiste, des mil­liers de per­son­nes ont rejoint la France. Plus large­ment, le recueil s’inscrit dans le sil­lage thé­ma­tique de l’exil. Quels lieux (intérieurs comme extérieurs) tra­versent les per­son­nes exilées, de quelles attach­es et de quelles langues sont-elles for­cées de s’exproprier, avec « l’espoir / un jour prochain / de revenir » ? Con­tin­uer la lec­ture

Les Ondes : la poésie sonore a son festival à Liège

festival les ondes

Les 14 et 15 octo­bre 2023, la pre­mière édi­tion du fes­ti­val Les Ondes met­tra à l’hon­neur la poésie sonore. 

Le fes­ti­val Les Ondes est organ­isé par l’as­bl Le Comp­toir des petits édi­teurs et des métiers du livre. Il met à l’hon­neur la poésie sonore belge et française, dans la diver­sité de ses man­i­fes­ta­tions. Le temps d’un week­end, le fes­ti­val prend ses quartiers à Liège, à l’An vert.  Con­tin­uer la lec­ture

Un montage bout-à-bout

Un coup de cœur du Car­net

Sébastien FEVRY, Entre nous les proies les plus dan­gereuses, Cheyne, coll. « Verte », 2023, 89 p., 19 €, ISBN : 978–2‑84116–330‑4

fevry entre nous les proies les plus dangereusesAprès la ligne qu’il avait adop­tée dans Soli­tude Europe et Brefs déluges, Sébastien Fevry s’ori­ente vers un lan­gage poé­tique nou­veau en emprun­tant ses matéri­aux non aux grandes ques­tions human­i­taires, mais à l’un des plus vastes gise­ments imag­i­naires de notre temps : le ciné­ma. Cha­cun des textes d’Entre nous les proies les plus dan­gereuses, en effet, donne l’im­pres­sion de décrire suc­cincte­ment une brève séquence filmée, mais aus­si sa réso­nance dans l’e­sprit et la sen­si­bil­ité du spec­ta­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Plus d’un vers dans son sac

M’SIEUR 13, Sac à mots, Mael­ström reEvo­lu­tion,  coll. « Root­leg », 2023, 10 €, ISBN : 978–2‑87505–458‑6

m'sieur 13 sac a mots« la vie se vit
c’est pour­tant si
évi­dent

appren­dre
c’est tutoy­er l’urgence d’une sit­u­a­tion et con­tin­uer
à tout pren­dre »

Comme un immense slam jeté à la face de la vie, le ver­sant pile du recueil Sac à mots du slam­meur et poète M’sieur 13 délivre une sen­si­bil­ité à fleur de peau, à la fois lucide et rêveuse. Ce qui frappe d’emblée, à la lec­ture de ce livre, est le rythme des textes : il saisit, à bras-le-corps et en « porte-à-porte-art-error­ista », les lignes du vivant, leurs vibra­tions. Ce rythme bat, con­tre le cap­i­tal­isme, con­tre les con­ve­nances qui nous épuisent ; il se fond dans des vers-ques­tions-excla­ma­tions, au plus loin des don­neurs de leçons qui peu­plent les rivages de la parole. Se mesure alors l’ampleur de l’assertion for­mulée dans le recueil : « l’art est action » — et même « créa­tion », « acti­va­tion », « cité »,… et M’sieur 13 a rai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Géographie de l’amour

Luc DELLISSE, Tar­ma­cs, Herbe qui trem­ble, 2023, 90 p., 16 €, ISBN : 9782491462543

dellisse tarmacsL’œuvre poé­tique, théâ­trale, les romans, les réc­its, les nou­velles, les essais de Luc Del­lisse inscrivent la fron­tière au nom­bre de leurs motifs obsé­dants. Le recueil poé­tique Tar­ma­cs artic­ule son chant, son rythme et sa forme autour de la ques­tion du seuil, des fron­tières qui, tout à la fois, sépar­ent et ont pour voca­tion d’être tra­ver­sées. Les cinquante chants se jouent des fron­tières du temps (des jeux d’invasion, de pas­sage entre passé et présent), des fron­tières de l’espace (une pre­mière par­tie con­voque New York, la sec­onde par­tie le lieu natal), du livre en tant qu’architecture bifide, des fron­tières de l’amour, du désir, de la vie et de la mort. Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes à horaire décalé

Un coup de cœur du Car­net

Alain DANTINNE, Chemins de nulle part, pein­tures de Jean Morette, L’herbe qui trem­ble, 2023, 110 p., 17 €, ISBN : 9782491462536

dantinne chemins de nulle partPlaisir non dis­simulé de retrou­ver la voix tou­jours voyageuse et lucide du poète Alain Dan­tinne avec ce nou­veau recueil pub­lié à L’herbe qui trem­ble. Comme un pro­longe­ment aux deux précé­dents pub­liés chez le même édi­teur, ces Chemins de nulle part nous ravis­sent en nous embar­quant une fois encore dans le sil­lage d’une écri­t­ure poé­tique sin­gulière en prise directe avec les échos d’un monde en déroute. Une actu­al­ité riche d’ailleurs pour le poète-prosa­teur qui pub­lie qua­si simul­tané­ment un ensem­ble de nou­velles chez Weyrich sous le titre Une gravure satanique. Con­tin­uer la lec­ture

L’atelier de l’écriture et la pensée du suspens

Jacque­line DE CLERCQ, Entre sol­stices et équinox­es, suivi de Des mots en un cer­tain ordre assem­blés, pré­face de Philippe Leuckx, pein­tures de Dominiq Four­nal, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2023, 73 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–045‑0

de clercq entre solstices et equinoxesDeux par­ties, à la fois dis­tinctes formelle­ment et liées par la même thé­ma­tique : l’espace-temps, don­nent à lire une con­cep­tion de l’art de l’ordre du peint ou de l’écrit. Les pein­tures de Dominiq Four­nal qui ryth­ment les dif­férentes séquences du livre en sont une trace illus­tra­tive ; Jacque­line De Cler­cq s’inspire ici du pein­tre nabi et his­to­rien de l’art Mau­rice Denis pour qui il con­vient de  « se rap­pel­er qu’un tableau — avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quel­conque anec­dote — est essen­tielle­ment une sur­face plane recou­verte de couleurs en un cer­tain ordre assem­blées ». Elle pro­pose donc un ensem­ble très struc­turé : une pre­mière par­tie, Entre sol­stices et équinox­es, qui évoque les qua­tre saisons, cha­cune définie par trois poèmes, tous titrés, sauf la troisième, le print­emps, qui n’est com­posé que d’un cou­ple de poèmes ; une sec­onde par­tie, avec un pro­logue, qua­tre pièces en vers et un poème en prose final. Toute­fois, la rigueur de cette struc­ture est équili­brée par une lib­erté totale don­née aux voca­bles, provo­quant des ger­mi­na­tions de sens et de sonorités. Con­tin­uer la lec­ture

De la vision fractale comme force de vie

Lau­ra SCHLICHTER, Mur­mu­ra­tions, avec des pho­tos de Jaume Llorens, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Root­leg », 2023, 9 €, ISBN : 9–782875054548

schlichter murmurationsMur­mu­ra­tions est le pre­mier recueil pub­lié par Lau­ra Schlichter, née en 1978 à Besançon. Fixée aujourd’hui à Brux­elles, elle y a rejoint en 2022 le col­lec­tif Slameke, dévelop­pé sur son compte Insta­gram @Laura_dans_lair un lab­o­ra­toire d’écriture et ini­tié un mou­ve­ment de col­lage poé­tique #lesmursmemur­murent. Con­tin­uer la lec­ture

Le Poetik Bazar, 3e édition

poetik bazar

Le Poet­ik Bazar, salon lit­téraire brux­el­lois dédié à la poésie, revient du 22 au 24 sep­tem­bre, pour une 3e édi­tion. Elle sera à nou­veau le lieu de ren­con­tres entre maisons d’édi­tion du Nord et du Sud de la Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie de la sensation originaire

Pierre-Yves SOUCY, De si près, l’ici du corps, Let­tre volée, 2023, 72 p., 15 €, ISBN : 9782873176181

Soucy De si près l'ici du corpsS’ouvrant sur une cita­tion du poète et pein­tre chi­nois Mang Ke — « Non nous n’avons rien dit / Rien que le lan­gage de la chair » —, laque­lle cita­tion brille comme un por­tique éclairant la « Stim­mung » du recueil, De si près, l’ici du corps déroule une par­ti­tion poé­tique en qua­tre par­ties. L’expérience poé­tique que Pierre-Yves Soucy éla­bore au fil d’une œuvre d’une haute tenue s’enracine dans le trou­ble d’un sen­si­ble qui éveille la chair à ses pos­si­bles, à sa ren­con­tre avec l’autre comme avec ses pro­pres ver­tiges. L’horizon sous lequel se tient la pen­sée poé­tique de Pierre-Yves Soucy a pour des­sein l’exploration d’une sen­sa­tion orig­i­naire, du chi­asme mer­leau-pon­tyen du sen­ti et du sen­tant que l’auteur pro­longe dans le creuse­ment d’une ren­con­tre en intéri­or­ité entre la chair des mots et l’espace muet des corps. Son apti­tude à capter les épipha­nies rares d’un touch­er qui brise la « soli­tude des chairs », d’un désir qui ren­con­tre l’énigme de l’autre et la sienne pro­pre extrait du vivre des moments où les chairs frôlées ou nouées com­mu­nient dans la ten­sion du vivre. Con­tin­uer la lec­ture

Petites faunes saugrenues

Béa­trice LIBERT, Poèmes en quête de nuits douces, Fron­tispice de l’auteur, pré­face de Lau­rent Four­caut, Le Tail­lis Pré, 2023, 90 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–208‑8

libert poemes en quete de nuits doucesPar­mi les com­plex­es struc­tures de la langue, il existe de petits ensem­bles clos de mots appelés « microlex­iques ». Béa­trice Lib­ert en a sélec­tion­né cinq des plus courants, pour servir de trem­plins à des poèmes entière­ment orig­in­aux : les let­tres de l’alphabet, les chiffres du sys­tème déci­mal, les notes de la gamme, les jours de la semaine, les qua­tre saisons. Chaque titre con­tient la locu­tion « en quête de », visant des cibles telles que « auteurs », « somme » arith­mé­tique, « musi­ciens », « vacances », etc.  On s’étonne qua­si de ne pas trou­ver dans cette kyrielle les cinq doigts de la main ou les douze mois de l’année… D’autre part, la quin­tu­ple série est encadrée par deux listes moins fer­mées : douze couleurs dont les trois fon­da­men­tales, vingt-et-un mots com­mençant par la syl­labe an-. Ain­si l’al­lure du recueil Poèmes en quête de nuits douces évoque-t-elle cer­tains opus­cules tra­di­tion­nels, abécé­daires, almanachs ou glos­saires. Le lecteur ne peut man­quer d’y recon­naitre ces réper­toires fam­i­liers, et même banals, pro­pres à sus­citer un sen­ti­ment de réminis­cence ras­sur­ante – avant l’envolée vers les vire­voltes imag­i­na­tives les plus inat­ten­dues. Ain­si s’appuie-t-on sur le con­nu pour plonger sans tran­si­tion dans l’in­con­nu, démarche dont on note le car­ac­tère à la fois ludique, para­dox­al et anti­con­formiste. Quant à l’insistant « en quête de », il sig­nale que les sept listes ne se suff­isent pas à elles-mêmes, mais sont plutôt comme des matéri­aux sur une aire de chantier, atten­dant que quelque arti­san vienne les met­tre en œuvre. Con­tin­uer la lec­ture

Il est temps de prendre une décision

Claude ENUSET, Elsa HIERAMENTE, Si crues fic­tions, Les Ven­terniers, 2023, 144 p., 22 €, ISBN : 9791092752878

enuset hieramente si crues fictionsSi crues fic­tions est une suite de pen­sées inquiètes, de réflex­ions et d’observations enchan­tées et désen­chan­tées, de songes éveil­lés, de doutes prenant la forme d’une com­po­si­tion de poésie en textes courts et en dessins. Ils sont 64 et représen­tent des corps de femmes et d’hommes sous toutes les cou­tures, traduisant tant sur le plan lit­téraire que graphique des sit­u­a­tions de gens prenant des déci­sions, les remet­tant en cause, ou à l’inverse, choi­sis­sant de les con­firmer. Générale­ment, le point de départ est som­bre, les rêves évo­qués inachevés, et la ques­tion de l’isolement, de la fragilité et de la soli­tude omniprésente. Le manque de per­spec­tive joyeuse dif­fuse un sen­ti­ment dépres­sif et pour­tant, ces « si crues fic­tions » ne sont absol­u­ment pas pesantes. L’étincelle et le mys­tère se man­i­fes­tent d’emblée grâce au jeu de l’écriture et par la fan­taisie graphique de l’illustratrice qui appor­tent dans ses cro­quis un regard décalé, frais, absurde et joyeux. Con­tin­uer la lec­ture

Venir au monde

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, La nuit de Neauphle où naître, Cheyne, 2023, 64 p., 17 €, ISBN : 9782841163281

adran la nuit de neauphle ou naitrePlacé sous le signe de l’énigme (du dire, du vivre), s’ouvrant sur une cita­tion de Mar­guerite Duras (« Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie »), le recueil poé­tique La nuit de Neauphle où naître dépose un verbe qui est de l’ordre d’un regard éminem­ment tac­tile. Le bal­let d’ombres humaines que Louis Adran con­voque se voit nim­bé d’un flou quant aux lieux, aux épo­ques, aux per­son­nages, aux actions. Dans une langue qui, hors de tout mime, fait l’épreuve de sa genèse, cette suite poé­tique scan­dée en qua­tre par­ties qui ryth­ment l’avancée de la nuit nous entraîne dans des paysages forestiers, cham­pêtres par­cou­rus par des êtres ten­dus vers l’avènement d’une nais­sance. Dans la splen­deur étince­lante de l’écriture se découpent une fuite vers Neauphle, la ren­con­tre de femmes, accoucheuses de « l’être nou­veau », l’attente dans la nuit de l’été d’un événe­ment qui rend le naître à lui-même. Con­tin­uer la lec­ture

La mort elle-même / peine à trouver ses mots…

Aurélien DONY, Gram­maire du vide, pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, Arbre à paroles, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–737‑2

dony grammaire du videOrné de pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, le recueil Gram­maire du vide est l’édition défini­tive de trois séries de poèmes (« Terre Silence » — « À pierre fendre » — « Sol­stices ») « écrits entre 2018 et 2022, puis retra­vail­lés durant une rési­dence d’écriture à la Mai­son de la Poésie », peut-on lire dans les notes tech­niques de l’ouvrage. Des exer­gues de Yan­nick Haenel, d’Anise Koltz et Hen­ri Michaux évo­quent cha­cun à leur manière la néces­sité, la présence et la rup­ture du silence. Con­tin­uer la lec­ture

Morale élémentaire

Lau­rent ROBERT, Sans morale, Toute chose, 2023, 132 p., 10 €, ISBN : 978–2‑492843–27‑3

robert sans moraleIl y a quelques années déjà, nous avions été séduits par un ouvrage de Lau­rent Robert (Son­nets de la révolte ordi­naire) pub­lié par la belle mai­son lyon­naise, Aethalidès. L’auteur, une fois encore, nous sur­prend avec ce nou­veau recueil inti­t­ulé Sans morale et pub­lié aux Édi­tions Toute Chose. On retrou­ve ici le soin apporté à la mise en page que rehaussent le choix du for­mat à l’italienne ain­si que des illus­tra­tions baro­ques dues au graveur flo­rentin Gio­van­ni Bat­tista Bra­cel­li (1584–1650). Gravures d’une moder­nité éton­nante qui représen­tent des corps aux formes géométriques dessi­nant une étrange mécanique de cou­ples qui danseraient une sorte de valse un peu trop par­faite. La sex­u­al­ité, la sen­su­al­ité des corps, la com­plex­ité des rela­tions humaines délim­i­tant, par­mi d’autres, un trip­tyque thé­ma­tique cher à l’auteur. Con­tin­uer la lec­ture