Archives par étiquette : poésie

Un moralisme d’humour

Olivi­er TERWAGNE, L’automne en juil­let : poèmes et impromp­tus, Tra­verse, coll. « Caram­bole », 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑93078–345‑1

terwagne l'automne en juilletPar­tant de ces deux con­stats : le dérè­gle­ment des saisons et les nou­veaux rythmes sco­laires bous­cu­lent le monde des grandes vacances, l’auteur prof­ite de l’occasion pour se pos­er et faire le point. Le temps présent, le temps de l’Histoire (le plus sou­vent la petite) et le temps du bilan de vie (la bien nom­mée quar­an­taine) don­nent sa super­struc­ture à l’ouvrage. Ce recueil est égale­ment for­mé de trois « épisodes » : I. Préquel, II. Impromp­tus généra­tionnels et III. Séquelles. Ces trois titres riment. Les impromp­tus se présen­tent sous forme de textes en prose tan­dis que les épisodes I et III sont en vers libres. Trois fig­ures sont évo­quées : un nar­ra­teur prin­ci­pal, obser­va­teur et désori­en­té ; la fille de la rue l’orée du bois, bien ancrée entre son amour de l’art et celui de la nature ; la fille de l’ambassadeur, insoumise, cos­mopo­lite et nomade. Con­tin­uer la lec­ture

Écriture-centaure sur pilotis

Camille PIER, feu l’amour !, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 142 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–474‑6

pier feu l'amourLes mots claque­nt, jar­retelles dans la tête, les phras­es creusent la terre des affects, du corps, de l’enfance, de la nais­sance, de la renais­sance, elles se dorent sous la lune, sous la colère, sous les dessins qui ryth­ment les textes. Dans feu l’amour !, son troisième livre, un recueil de poèmes illus­trés parais­sant après La nature con­tre-nature (tout con­tre) et Scan­dale !, l’auteur, illus­tra­teur, chanteur, musi­cien, artiste de cabaret Camille Pier décom­pose le vivre, l’écrire et tra­vaille à recom­pos­er leurs con­di­tions de pos­si­bil­ité. Le temps et la fougue de l’oralité fou­et­tent l’écrit ; le rit­uel poé­tique tient du rit­uel de survie. Le « je » mis en scène cav­ale dans les eaux de l’amour, de la rage, du mor­celle­ment, des sor­cières, de la mar­i­on­nette d’enfance, Alf. Con­tin­uer la lec­ture

Que faire ?

Claire Oliren­cia DEVILLE, Puisque c’est la fin du monde, Dou­ble ponc­tu­a­tion, 2023, 102 p., 12 €, ISBN : 9782490855605

deville puisque c'est la fin du mondeQue faire, que crier face à un monde qui som­bre, qui s’enfonce dans la musique de la fin ? Que faire de ses rêves, de sa rage, des arcs-en-ciel de colère qui étran­g­lent les jours et les nuits ? Après deux romans Les poupées sauvages (Édi­tions Délir­i­um), Les cit­rons (Éd. Mur­mure des soirs), Claire Oliren­cia Dev­ille délivre dans Puisque c’est la fin du monde un ensem­ble de textes pul­sés par l’aspiration à un autre monde, le con­stat dés­espéré d’un « trop tard », la dénon­ci­a­tion vir­u­lente des mécan­ismes d’aliénation, des lois de l’oppression et du prof­it qui mènent l’humanité droit dans le gouf­fre. Le recueil s’ouvre sur le texte « Demain », lequel aus­culte une dou­ble ago­nie, celle d’un vieux monde « sex­iste homo­phobe et raciste », d’un patri­ar­cat ver­moulu et celle du monde ani­mal, végé­tal, minéral, océanique. « Demain » trône en ouver­ture parce que, nous dit l’autrice, il n’est pas cer­tain que demain éclose. La révolte, l’insurrection côtoient l’asphyxie ; les impass­es du con­tem­po­rain saut­ent à la gorge des lecteurs. Les phras­es cour­tes, per­cus­sives de Claire Dev­ille dansent sur les failles, sur le refus d’enterrer les rêves d’émancipation. Con­tin­uer la lec­ture

Entrer dans la nuit à travers un drap d’ébène…

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Vous étiez un monde, Gal­li­mard, 2023, 55 p., 14 €, ISBN : 9–782072-996191

guinard vous etiez un mondePour son huitième recueil, la poète Chris­tine Guinard s’invite sous la cou­ver­ture « Blanche » de Gal­li­mard, dans un bref vol­ume d’une cinquan­taine de pages et d’autant de poèmes. L’exergue de Mah­moud Dar­wich éclaire la lec­ture dès l’entame :

Quand tu pens­es aux autres loin­tains, pense à toi. / (Dis-toi : que ne suis-je une bougie dans le noir ?)  Con­tin­uer la lec­ture

Écrire une poésie fulgurante…

Gaë­tan FAUCER, Lance-flammes, Bleu d’encre, 2023, 82 p., 15 €, ISBN 978–2‑930725–62‑8

faucer lance-flammesDans la bib­li­ogra­phie de Gaë­tan Faucer pré­domi­nent les œuvres théâ­trales. On y trou­ve aus­si des apho­rismes, des nou­velles, et trois biogra­phies parues dans le for­mat court des Arti­cles aux édi­tions Lamiroy. C’est peut-être dans ces for­mats, courts, et dans cette forme, le théâtre, qu’il faut aller iden­ti­fi­er l’art sin­guli­er d’écrire une poésie nar­ra­tive et ful­gu­rante, lyrique et étince­lante. Il s’agit dans la brièveté de cette poésie-réc­it, d’aller à l’essentiel, comme dans l’aphorisme ou la nou­velle, mais aus­si de pou­voir pass­er l’épreuve de l’oral, comme pour le théâtre. Con­tin­uer la lec­ture

Paradoxes de l’asile

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS, Asile d’un seul, Dan­cot-Pin­chart, 2023, 62 p., 14 €, ISBN : 978–2‑9602796–3‑4

besschops asile d'un seulVous m’offrez les murs
Or l’immanence est dans votre camp 

Après son implaca­ble opus Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ? (pub­lié en 2022 aux édi­tions L’Âne qui butine), David Bess­chops emmène à nou­veau son lecteur dans les con­trées du vac­ille­ment, à tra­vers son nou­veau recueil : Asile d’un seul. Con­tin­uer la lec­ture

Langue éblouie, vecteur de résistance…

Un coup de cœur du Car­net

Lisa DEBAUCHE, La nuit est encore debout c’est pour ça que je ne dors pas, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 150 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–473‑9  

debauche la nuit est toujours debout c'est pour ça que je ne dors pasLe poème veut la vie. Il ne renonce pas.

Tel pour­rait être l’acte de foi de Lisa Debauche sinon même son art poé­tique. Épouser au plus près la con­di­tion humaine, être l’instrument de mesure de ce qui en nous résiste envers et con­tre tout, déjouer l’indifférence, la super­fi­cial­ité, la vio­lence native, ouvrir mal­gré tout des portes per­me­t­tant à l’air de cir­culer, à l’être humain d’accueillir ses pos­si­bles, de ten­dre la main, telle est la fonc­tion du poème, vecteur de résis­tance. Con­tin­uer la lec­ture

Lever l’encre

Cather­ine BARREAU, Tes cen­dres, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2023, 81 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9300822–27‑3

barreau tes cendresL’écriture inten­sé­ment poé­tique de Cather­ine Bar­reau s’affranchit du romanesque. Après qua­tre romans – dont La con­fi­ture de morts primé par le Rossel en 2020 –, l’autrice pub­lie, dans la col­lec­tion « Les deux sœurs », aux édi­tions L’arbre de Diane, son pre­mier recueil de poèmes, d’une incan­des­cence qui ressus­cite d’entre les mots.

Ta
Mort
Pen­dant
le Grand
Con­fine­ment
À bout de souf­fle court
Pas de vis­ite Pas de virus Pas d’emmerdeur […]
Con­tin­uer la lec­ture

En soi, qu’est-ce qui se dérobe ?

Muriel LOGIST (texte), Pas­cal LEMAITRE (dessins), Paupières de sel, pré­face de Claude-Louis Com­bet, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2023, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–109‑5

logist paupières de selQuar­ante ans d’édition à La Pierre d’alun, ani­mée par Jean Mar­che­t­ti, cela n’est pas rien, et la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana à Brux­elles s’en fait l’écho au tra­vers d’une éclairante mise en per­spec­tive de textes et d’images, jusqu’au 24 jan­vi­er prochain. C’est égale­ment l’occasion de revenir sur l’un ou l’autre ouvrage récem­ment inscrit au cat­a­logue, dont ces Paupières de sel que l’on doit à Muriel Logist. Con­tin­uer la lec­ture

Les petits cailloux du conte…

Philippe LEUCKX, Le traceur d’aube, aquarelles Car­o­line François-Rubi­no, Al Man­ar, coll. « Poésie », 2023, 102 p., 20 €, ISBN : 9782364263864

leuckx le traceur d'aubeLes édi­tions Al Man­ar, sous la direc­tion d’Alain Gorius, pub­lient non seule­ment des livres de très belle fac­ture, mais ils sont aus­si con­sacrés à l’espace méditer­ranéen : auteurs et autri­ces du Maghreb ou du Machrek et livres d’auteurs d’ailleurs ayant pour thé­ma­tique ou évo­quant des lieux de la Méditer­ranée et de son pour­tour. C’est le cas de ce dernier recueil de Philippe Leuckx, né d’un séjour à Rome et men­tion­nant aus­si la ville por­tu­aire de La Spezia : il n’y faut pour­tant pas voir un réc­it ou des poèmes de voy­age au sens pre­mier du terme. Le traceur d’aube, qui est aus­si un traque­ur d’ombre, est à la fois le voyageur et le poète, con­fon­dus tous deux dans la même recherche d’un espace intérieur. La ville, la cham­bre, les murs y sont les traces tan­gi­bles, par­fois opaques, par­fois éclairées grâce aux fenêtres ouvertes, aux per­spec­tives, à la lumière, aux souf­fles,  d’un monde où se des­sine une géo­gra­phie intime. Au-delà d’un paysage, d’une atmo­sphère con­crète, d’une scène de vie, d’une descrip­tion, le poète pour­suit une explo­ration de soi dans son rap­port à l’écriture et au monde. Il y désigne, dans une explo­ration à la fois phénoménologique et sym­bol­ique, les ques­tions les plus essen­tielles qui se posent à l’être humain. Con­tin­uer la lec­ture

Comme la vie qui fleurit pourtant

Francesco PITTAU, La fleur jaune, Tail­lis pré, 2023, 166 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–211‑8

pittau la fleur jauneL’œuvre de Francesco Pit­tau est sem­blable aux épis­sures qui don­nent leur nom à l’un de ses recueils, ces forts cordages, ser­rés de fils con­tra­dic­toires et soudain con­ver­gents. Dans la tor­sion sont pris l’enchantement et la mélan­col­ie, l’éternité fugi­tive de l’enfance et la brièveté fos­sile de l’âge qui se fane.

Tel est le geste que tente l’écriture : embrass­er à toute force quelque chose de la vie qui sur­git et du monde qui s’en va. Le nouage, au sein de l’œuvre, de la part de l’enfance et de celle de l’adulte, du charme espiè­gle des débuts et de celui évasif de la fin s’inscrit dans ce désir et se fait autour d’une sen­si­bil­ité à l’infime et aux menues sen­sa­tions de la vie. Con­tin­uer la lec­ture

Les finalistes du prix Marcel Thiry 2023

Le prix Mar­cel Thiry 2023 est con­sacré à la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Claude Bologne : en lettres dorées

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Légendaire, Tail­lis Pré, 2023, 144 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87450–212‑5

bologne legendaireTail­lé dans une langue poé­tique extrême­ment fine et pré­cise, le nou­v­el opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux édi­tions Le Tail­lis Pré, après le non moins mag­nifique recueil Rit­u­aire (2020) du même auteur.

Scindé en trois par­ties, inti­t­ulées « Il est un peu­ple », « Ce que con­tent les arbres » et « Le roi rebelle », ce recueil oscille entre poésie, suite de petits con­tes et paraboles. Chaque par­tie est dédiée à un écrivain en par­ti­c­uli­er : Otto Ganz, Wern­er Lam­ber­sy et Michel Host, témoignant de la con­stel­la­tion qui se tisse autour du livre. Trois œuvres vien­nent ain­si se pos­er en fron­tispice de cha­cune des sec­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Rééditer, c’est remettre du bois sur le feu de veillée

Un coup de cœur du Car­net

Émile GILLIARD, Bokèts po l’ dêrène chî­je. Poèmes pour l’ultime veil­lée, CROMBEL, coll. « micRo­ma­nia », n° 39, 2023, 159 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931107–08‑9

gilliard boketPeu de temps avant son décès, le grand écrivain wal­lono­phone Émile Gilliard avait trans­mis à son édi­teur les épreuves cor­rigées de Bokèts po l’ dêrène chî­je. La pre­mière édi­tion de cette œuvre — une édi­tion arti­sanale en 50 exem­plaires, aujourd’hui introu­vable — lui avait valu le prix tri­en­nal de Poésie en langue régionale de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles 2005 et était vue comme un incon­tourn­able de sa bib­li­ogra­phie. Sa réédi­tion dans une col­lec­tion de plus large dif­fu­sion et avec des adap­ta­tions français­es est donc une ini­tia­tive bien­v­enue. Con­tin­uer la lec­ture

Cartographie de la dévoration

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, Marées vach­es, Cas­tor Astral, coll. « Poche / poésie », 2023, 9,90 €, ISBN : 979–10-278‑0365‑1

joiret marées vacheslignes, liq­uides, liens, grappes végé­tales
ani­males de ciment
il fau­dra délivr­er ce qui veut débor­der
qui creuse par sail­lies le tho­rax
après les yeux

Le nou­veau livre de Maud Joiret tient dans une poche et con­tient un monde. Pub­lié aux édi­tions du Cas­tor Astral dans la col­lec­tion « Poche/poésie », Marées vach­es assem­ble textes inédits et paru­tions antérieures (notam­ment la très atten­due réédi­tion de Cobalt, paru en 2019 aux édi­tions Tétras Lyre et jusqu’alors épuisé) en un plan à échelle 1 :1 de l’état du monde depuis l’intérieur. Con­tin­uer la lec­ture

La ville porte ses fruits (littéraires)

Jan BAETENS, Cahiers de Grenade (Retrait au noir), Tétras Lyre, 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑930685–70‑0

baetens cahiers de grenade« Il me faut un lieu pour écrire
Deux coudes sur la table pour rire
Un moment pour tout bien peser
Le bon­heur de ne rien pro­scrire
L’inspiration à boire corsée 
»

Après ses récentes Vacances romaines (pub­liées aux Impres­sions Nou­velles), le poète et cri­tique Jan Baetens s’est retiré à Grenade. Il en livre ses obser­va­tions dans son nou­v­el opus, Cahiers de Grenade, sous-titré Retrait au noir et pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre. Mât­iné de sen­si­bil­ité, de finesse et d’humour, ce recueil nous invite à dépass­er les clichés et le point de vue touris­tique sur la ville espag­nole (comme sur n’importe quelle ville, par ailleurs) en for­mu­lant l’idée que « l’essence d’une ville n’est pas d’être, mais de faire signe ». Alors, quels signes lui adresse Grenade ? Con­tin­uer la lec­ture