Cindy VAN WILDER ZANETTI, Les fééries d’Eshad, Scrineo, 2024, 413 p., 18,90 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 978–2‑38167–190‑1
Dans un monde bipolaire où les puissants Esharis vivent de l’exploitation des cristaux et asservissent le peuple des Arcanes, Arazia rencontre son destin. Riche de son Talent, celui de pouvoir générer les émotions par la magie, mais amnésique et sans famille, iel jure de se libérer du joug de l’empire eshari pour retrouver la mémoire et la liberté.
Accrochée dans sa barbe, une pierre qui, jointe à ses trois autres éléments, confère la puissance à celui qui les détient. Encore faut-il faire preuve de sagesse lorsqu’on les manipule. Illusoire si l’on est Eshari. A fortiori si l’on est membre de la famille Harringwood, à la tête de l’Empire, prête à tout pour rassembler les quatre précieux éléments qui la rendront omnipotente. Continuer la lecture
Jacob Dreyfus est un coriace. Journaliste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nouveaux groupuscules suprémacistes blancs parue dans le Washington Post. Cette récompense fabuleuse le met au centre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procèdent à des arrestations, y compris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aussi rapidement des menaces de mort insistantes qui touchent l’ensemble de sa famille, mettant en évidence ses origines juives. À telle enseigne que les autorités décident de lui faire quitter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre identité avec la protection permanente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buissière, de rompre tout lien avec son passé, y compris avec le reste de sa famille.
Le récit s’ouvre sur la signature d’un premier contrat de travail pour Luce, 25 ans, engagée à Bruxelles pour un poste de traductrice de modes d’emploi. Elle aurait préféré traduire des romans à la quête du mot juste et dépérit rapidement dans une entreprise déshumanisée entourée de collègues froids et distants, empreints d’une certaine méchanceté compétitive.
Le récit s’ouvre sur le décès d’une personne qui replonge l’héroïne, Delphine, dans une vieille amitié ayant pris une grande place dans sa vie. Elle prend alors un carnet pour jeter sur le papier cette histoire qui a pris un tournant décisif une douzaine d’années plus tôt. À cette époque, Delphine était amie avec Anne, Noémie et Éléonore et leur quatuor était scellé par la mort, ou plutôt la perte ou l’absence d’amour ayant laissé des traces profondes indélébiles.
Née des confidences d’une amie de l’autrice, cette fiction place côte à côte un candidat réfugié afghan et une femme belge d’une cinquantaine d’années. Enseignante, mère de deux enfants, elle, dont le prénom nous est tu, se trouve à un moment de sa vie où la voie semble toute tracée. Mais elle a laissé partir un mari et vit avec un goût de trop peu. Lui a une jeune épouse restée au pays avec leur enfant, il veut obtenir le droit de séjour et les faire venir quand tout sera réglé. Ces deux-là dont la vie est en suspens vont entrecroiser leurs destins et vivre une histoire d’amour qui défie les idées reçues.
La temporalité : un été fiévreux, un juillet-août nerveux. Le lieu : Bruxelles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits familiers, et dans des appartements aussi. La protagoniste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lectrice compulsive. La situation initiale : un peu beaucoup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en couple un lustre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alternative bronze entre deux taffes », elle croise un inconnu qui lui plaît : « Du regard langoureux à la couleur de la peau, du style décontracté à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa musculature que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa rencontre avec Tawfiq va pourtant rythmer ses prochaines semaines.
Un roman qui paraît dans une collection de romans noirs, qui plus est intitulée « Cosy crime » est déjà une manière de se singulariser. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agrémente la couverture de deux phrases qui mettent l’ouvrage sous le parrainage d’Arsène Lupin « De dignes héritiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illustration un cochon grassouillet sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce premier roman d’un policier né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence.
À l’aube de ses septante-cinq ans, Frédéric cherche à donner du sens à cette période de bilan de vie qu’il traverse. Seul et solitaire, il prend conscience qu’il a mené une vie sans éclat où il n’a rien accompli d’exceptionnel. Il envisage les affres du temps qui passe avec une forme de résignation ponctuée de touches d’humour.
Philippe est un chirurgien spécialisé en reconstruction faciale qui vit en harmonie avec sa compagne Albane. Son quotidien est ébranlé lorsque la première femme qu’il a aimée, Olga, reprend contact avec lui après vingt-cinq ans pour lui demander d’opérer son fils défiguré par une agression à l’acide.
Octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, Dominique Biron se donne cinq jours pour balayer devant nous son existence avant de tirer sa révérence. Elle vient d’apprendre le diagnostic lors d’une visite médicale, accompagnée de sa fille et de son beau-fils. Elle sait désormais que l’on va la serrer de près, alors qu’elle revendique de toujours sa pleine liberté et vit dans sa modeste villa. Au rythme de la montée en surface des souvenirs, elle revient sur les faits qui l’ont marquée dans son enfance, sur sa vie avec son défunt mari, mort d’avoir avalé une frite de travers, sur la relation distendue avec ses enfants. Elle entrecoupe son récit de réflexions sur son voisinage et sur tout ce qui lui passe par la tête.
On le sait, un deuxième roman est une étape aussi cruciale qu’ardue pour les écrivain-e‑s. Mehtap Teke n’aura guère attendu pour franchir cet obstacle, puisque Au hasard heureux parait un an et demi à peine après
Davantage qu’un lieu géographique, le domaine familial de Missembourg constitue un des personnages principaux de l’œuvre de Marie Gevers. Situé à Edegem, près d’Anvers, le jardin-roi est au cœur des récits Vie et mort d’un étang, Guldentop, Madame Orpha. Thème et creuset de la narration, il en est aussi le vecteur, le levier. Dans le roman autobiographique, Madame Orpha ou la Sérénade de mai, la narratrice, une fillette de dix ans, évoque la passion adultère, transgressive de Madame Orpha, la femme du receveur, et du jardinier Louis.
Écrivain désargenté en panne d’inspiration, sans cesse relancé par son éditeur, le narrateur principal est appelé par Edgard Brandt, un avocat qu’il a côtoyé des décennies plus tôt sur les bancs de l’université. Un rendez-vous est fixé dans un restaurant et un fois les mots de retrouvailles échangés, Brandt lui demande de l’introduire auprès de son éditeur auquel il a un manuscrit à présenter. Il précise que le temps presse, car il est atteint d’un mal incurable. L’avocat a une réputation sulfureuse due aux causes qu’il a défendues, à ses fréquentations, mais aussi à sa personnalité brutale et narcissique.
Lif est un jeune homme de treize ans qui vit en autarcie avec ses deux parents dans le village portant le nom farfelu de Lalalère. Sa mère est une vendeuse constamment inquiète à l’idée de ne pas avoir de quoi manger et son père est un artiste qui crée des Trucmoches, des objets artisanaux séduisant les touristes de passage. Il n’est toutefois pas satisfait de son travail et décide de se lancer dans un art qu’il estime révolutionnaire : des cercueils en forme de S, T, X ou Y qui feront « danser les morts » dans leur dernière posture. Le ton est donné.
« Toute invention, dis-je à mon tour non sans une certaine lâcheté retorse dont j’ai parfaitement conscience, toute invention est sanctifiée, rectifiée, justifiée vaille que vaille par le feu d’une réalité folle. » Insérée dans l’audacieuse architecture romanesque de L’infini chez soi – paru en 1980 chez Denoël et très heureusement à nouveau accessible aujourd’hui dans la collection Espace Nord, avec une postface appuyée de Pierre Piret – cette énonciation péremptoire de Dominique Rolin s’applique on ne peut plus exactement, pourtant, à l’étonnant échafaudage temporel dessiné et mis en place par l’écrivaine. Quoique pouvant se lire de manière tout à fait autonome, ce roman à l’ingénieuse inventivité formelle constitue le premier volet d’une trilogie partiellement autobiographique, poursuivie en 1982 par Le gâteau des morts et en 1984 par La voyageuse – qui se clôture sur la mort de la narratrice, annoncée pour l’année 2000. (Fiction encore, car Dominique Rolin
« Zeus, c’est le big boss, le P.-D.G. de l’Olympe. »