Un coup de cœur du Carnet
François DEGRANDE, L’ombre d’une racine, M.E.O., 2023, 236 p., 21 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0408‑5
Le premier roman de François Degrande, L’ombre d’une racine, a pour cadre la Côte de la Mort en Galice au moment où le Prestige coule en 2002 et déverse des tonnes de pétrole qui vont se répandre sur plus de 3000 kilomètres de côte.
C’est sur cet épisode de notre histoire contemporaine que le roman commence, autrement dit, l’auteur saisit une des questions majeures de notre époque, la pollution et, en même temps, il y inscrit une histoire particulièrement singulière et intime. Continuer la lecture
Éblouissant roman taillé dans l’ambition, l’érudition et la magie du verbe, Emprises. Les contes du père Susar enracine son récit dans les plis du 18ème siècle, ausculte les secrets, les jougs familiaux qui s’étirent sur plusieurs générations. Jean Claude Bologne a le secret des dispositifs narratifs d’une folle intelligence qui allie questions métaphysiques et complexité des âmes. Construit comme une cathédrale, le roman met en scène un conteur hors pair, le père Susar qui, accusé de sorcellerie, vit caché dans un hameau près de Liège depuis des décennies.
Appelés sur une scène de crime, des policiers se trouvent face à un homme qui braque une arme sur eux, puis la retourne contre lui-même après avoir clamé son innocence. La victime est une jeune étudiante, sa voisine de palier, son corps est meurtri d’une dizaine de coups de couteau. Le coupable semble tout désigné malgré son déni, de quoi classer rapidement cette affaire qui soulève une vive émotion et donne lieu à l’organisation d’une marche blanche à la mémoire de la charmante demoiselle. Mais la suite d’Autopsie d’un doute nous confirmera, si besoin en était, qu’il ne faut pas prendre les apparences pour évidences, que la vérité est souvent à trouver ailleurs au terme d’une quête qui mobilise toutes les énergies.
La personnalité d’Elvis Presley est paradoxale. L’idole adulée par des fans souvent hystériques, le personnage hyper médiatisé, inaugure une voie originale dans le paysage culturel américain. Mais sa vie privée est un désastre. La notoriété et la richesses venues si vite ne peuvent lui faire oublier le pauvre qu’il était. Il reste dans une relation fusionnelle avec sa mère et dans le souvenir de son jumeau mort à la naissance. Le personnage est donc complexe. Dans Bye Bye Elvis, Caroline De Mulder tire parti des nombreuses zones d’ombre de la vie et de la carrière du chanteur et acteur, pour comprendre ce qui peut expliquer le devenir des idoles.
Voici un ouvrage consacré à un musicien fort oublié aujourd’hui, à la riche discographie pourtant, qui a mené sa carrière et sa vie sous les rois Louis XV et XVI, la Révolution et la Terreur, l’Empire et la Restauration. En s’adaptant à tous les régimes, en leur survivant, jusqu’à atteindre 95 ans. Mais quel musicien ! Le père de la symphonie, un inspirateur de Mozart, l’orchestrateur de la première Marseillaise, etc.
C’est de mélancolie et dans le même mouvement, d’une fervente passion que se nourrit le dernier roman de Marc Pirlet, Une vocation. Marc Pirlet est né à Liège en 1961. Après de nombreuses années consacrées au voyage, il s’est réinstallé dans sa ville natale. En presque quinze ans, il vient de publier son huitième livre : des récits, des romans, des livres toujours marqués par une extrême attention aux trajectoires des personnages, et qui se lisent aussi comme des témoignages non « sur » l’époque mais issus des femmes et des hommes de notre histoire. Malgré la réticence de l’auteur à développer des fictions de rebonds et de mystères, il existe dans l’écriture de Marc Pirlet une puissance et une intimité de ton qui en font déjà un auteur qui compte dans le paysage littéraire. Témoins, entre autres, ces prix réguliers dont son œuvre est couronnée. Saluons ici aussi la fidélité des Éditions Murmure des soirs qui l’ont révélé en 2009.
Figure marquante de l’imaginaire de Dominique Rolin, liée au pays natal, aux racines belges, au roman familial, le peintre Pieter Brueghel l’Ancien s’incarne dans son œuvre, donnant lieu au récit L’enragé (1978) et à Dulle Griet (1977). Si L’enragé campe le peintre flamand sur son lit de mort, le roman Dulle Griet prend racine dans la mort du père de l’écrivaine, dans le lever de souvenirs provoqué par sa disparition.
Au fil des années, Michel Claise a construit une œuvre romanesque en marge de son activité de juge d’instruction en charge de la criminalité financière, toujours animé du désir de nous donner des clés de compréhension de la société contemporaine. La fiction qu’il nous donne aujourd’hui prend d’emblée un point de vue qui lui est professionnellement familier, celui de Julie Pasteur, une jeune juge réveillée une nuit de décembre vers 2 heures du matin par le procureur qui l’informe de la découverte en pleine ville d’un corps criblé de balles.
Bernard Visscher, dans une autre vie, a travaillé dans l’audiovisuel (courts-métrages, longs-métrages, dessins animés), déclinant différents registres (producteur, réalisateur, scénariste). Un sacré bagage pour un (faux) débutant en littérature, et son premier roman,
« Le roman comporte trois parties qui se répondent : d’abord deux fictions, l’autobiographie d’un végétal rosier marin, entrecoupée de commentaires d’une mammifère, une ratte. La troisième partie relève de la réalité la plus concrète ; il s’agit d’extraits du Journal intime, inédit à ce jour, de ma grand-mère, la romancière Marie-Thérèse Bodart […] » Tel est l’incipit de Rose étrange au Mont des Arts, dans la « note (nécessaire) de l’autrice ». Florence Richter l’annonce d’emblée : son récit explorera différents points de vue, chacun clairement annoncé à chaque début de chapitre. Si l’existence de la fleur et celle de la rongeuse se croisent, celle de Thérèse s’inscrit en petites notes choisies émanant d’un passé révolu. Car, au moment où se déroule l’histoire contée, l’humanité a disparu, depuis longtemps, en 2054 exactement, et la nature a repris ses droits sur la Terre en général et le Mont des Arts en particulier.
Valentin a quinze ans et la vie devant lui. Son grand-père, cinq fois cet âge, et une maladie dégénérative qui rend sa fin de vie tristement tangible. Et puis, il y a Apollon, le drahthaar que Valentin a reçu pour Noël alors qu’il pouvait à peine parler, son meilleur ami, son confident de toujours, son frère. Lui aussi décline. Quatorze ans, c’est déjà un âge honorable pour un chien.
Ce qui nous différencie des grands animaux, c’est pas tellement le rire, c’est qu’on triche tout le temps.
Nous sommes en juin 2007. Lucie, une jeune botaniste spécialisée en écologie tropicale, se prépare pour une mission au parc national de l’Omo en Éthiopie, où elle sera chargée de cartographier la végétation en associant des relevés de terrain et une analyse d’images satellites.
Cela pourrait commencer par une case, ou une date, la soirée du 12 mars 2020, et un lieu, Bruxelles. La première ministre belge vient d’annoncer le confinement du pays, pour cause de Covid. Quatre jours plus tard, c’est le cas également chez nos voisins français. Et l’on pourrait penser, ouvrant L’échiquier, nouveau livre de Jean-Philippe Toussaint, qu’il a cédé comme tant d’autres, écrivains, artistes, musiciens, scientifiques, chroniqueurs… à la tentation compréhensible de raconter son histoire du Covid, cet envahissement inconnu jusque là – ses tragédies et les bouleversements en chaîne de nos comportements pour y faire face.
Comment un homme peut-il se libérer, quitter la routine, les valeurs de réussite, de travail qu’on lui a inculquées ? Par quel cheminement intérieur, quelle révolution personnelle, en vient-il à changer de vie, à jeter par-dessus bord les charges d’une vie axée sur la famille, l’argent, la performance, le statut social, la promotion immobilière ? Dans son roman Rien sur Nietzsche, Renaud Boucquey campe l’histoire d’un homme, Bruno Tserstevens, qui après avoir été la parfaite incarnation d’un rouage du système, trouve la force de muer, d’entrer dans des devenirs dont les étapes quasi initiatiques réverbèrent les trois métamorphoses qui, dans Ainsi parlait Zarathoustra, composent le premier discours de Zarathoustra.