Un coup de cœur du Carnet
Anne Teresa DE KEERSMAEKER, Incarner une abstraction, Actes Sud, coll. « Le souffle de l’esprit », 2020, 128 p., 11 €, ISBN : 978–2‑330–13726‑7
Que reste-t-il, en effet, que nous reste-t-il, lorsque le nihilisme d’une époque se déchaîne ? Je m’interdis de dire qu’il ne reste rien. La chorégraphe que je suis se doit de répondre : il nous reste notre corps. Notre corps nu.
Merveille d’intelligence et de beauté, l’ouvrage Incarner une abstraction, qui a fait l’objet d’une conférence prononcée par la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker au Collège de France le 10 avril 2019, donne à lire l’alliance extraordinaire d’une pensée et de son expression. Ce petit texte donne à entrevoir les soubassements théoriques, esthétiques et sensibles qui président au travail chorégraphique d’Anne Teresa De Keersmaeker au sein, notamment, des compagnies Rosas et P.A.R.T.S., qu’elle a fondées respectivement en 1983 et en 1995. Continuer la lecture
Ces jours-là
D’un instant tout possible remué, le poème gravit ses ruines et le ciel reprend besogne à héberger l’opaque.
Qui étais-je ? J’avais tant de mal à me rassembler qu’il me semblait inconcevable de m’inventer un avenir. La question se posait-elle d’ailleurs ?
Il y a urgence climatique, urgence environnementale, urgence de justice sociale et d’accueil. Et pour métamorphoser nos êtres en péril, il y a aussi URGENCE POÉTIQUE.
De but en blanc, le dernier opus en date de Jean-Marie Corbusier, publié au Taillis Pré, laisse entrevoir un grand lecteur de la poésie d’André du Bouchet. De fait, celui-ci est explicitement cité à la page 78 du recueil, après Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy dans les pages précédentes. Sans doute issue de cette constellation poétique (rappelons que la revue L’éphémère a notamment lié Yves Bonnefoy et André du Bouchet à la fin des années 1960), la voix de Jean-Marie Corbusier se distingue toutefois par une poétique de la neutralité, très sensible. Entre l’aube et l’ombre, la parole de Corbusier tente de capter et de formuler les éclaircies : celles-ci semblent émaner d’un « feu pâle sa flamme tremblée ».
On ne demande pas au saladier
Par où commencer, par quel bout prendre notre existence, comment composer avec notre « mémoire d’être né », avec quel silence conjuguer notre parole, comment faire entrer notre grande soif de vivre dans notre étroit gosier, où « […] c’est la honte qu’ils ont enfoncée »? Ces questions émergent sans doute à la lecture du recueil D’une douceur écorchée de
Le titre du recueil Singularités de Carino Bucciarelli (éditions L’herbe qui tremble) fait d’emblée écho à la notion de « singularité » développée par Stephen Hawking. L’exergue du recueil, qui explicite cette notion et confirme cet écho, indique que c’est bien à l’aune de l’infiniment petit et de l’infiniment grand que les poèmes seront appréhendés. Singularités est formé de trois sections différentes, intitulées « Quelques visages », « Dix étincelles » et « Couleurs inouïes ». Carino Bucciarelli précise, dans l’avant-propos, d’où émanent certaines de ces parties et ajoute : « j’aimerais qu’on retienne Singularités et mon recueil Poussière paru en 2019 comme les deux seuls livres attestant de ma production poétique. » Manière pour l’auteur, non pas vraiment de désavouer les précédents recueils, mais d’affirmer les recueils Singularités et Poussière comme étant le plus en adéquation avec sa démarche.
« […] car toi et moi, qui ne nous rencontrons que dans le geste de donner, que sommes-nous, quand le geste s’achève ? Rêve, et rêve de rêve. » ( « Kapala »)
« C’est mal connaître la poésie que de la taxer d’inutile. La poésie, par excellence, sert à localiser la Terre. » (GM II, p. 9)
Au fond, je n’écris pas.
Il est un cliché tenace, pourtant exact, à propos de la Belgique : il y pleut constamment. Mélanie Godin et son équipe en auront tiré parti, en proposant de la « pEAUésie » en plein cœur de Bruxelles.
Si les mots ne libèrent que l’ombre