Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Des guerrières en huis-clos

Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Bas­son, coll. “Bas­son rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930582–71‑9

christophe kauffman vieille peau editions bassonLe fait divers a tou­jours livré la matière pre­mière des films et des romans noirs comme si la puru­lence ne pou­vait se don­ner à voir véri­ta­ble­ment que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’hor­reur d’un trag­ique cra­puleux. Le tout est de « flair­er » le délétère qui s’é­vade de cette con­cen­tra­tion. La mise en scène, la nar­ra­tion exac­erbe dans la vio­lence ver­bale ou physique ce qui nous est générale­ment com­mun : la peur, le sen­ti­ment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révéla­tions ordi­naires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frap­pées du fou­et de l’extraordinaire démence des hommes.  La vie des per­son­nages mis en scène sub­lime alors cette marée noire qui  stagne au fond de cha­cun. Con­tin­uer la lec­ture

Allant de soi à soi

Mar­tine ROUHART, Loin des routes agitées, Coudri­er, 2020, 73 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–006‑1

martine rouhart loin des routes agitees le coudrierDe sages paysages aux doux pas­tels jalon­nent ce nou­veau recueil de Mar­tine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume mur­mu­rante de l’auteure, per­cep­ti­ble à l’oreille, trans­for­mant son écri­t­ure en une riv­ière de mots légers et par­fumés ; quoique sans plus d’illusions. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman coloré sur fond d’histoire

Paul G. DULIEU, Lou­vain brisé, Tra­verse et. Couleur livres, 2020, 228 p. 19 €, ISBN : 9782930783338

Le livre de Paul G. Dulieu, Lou­vain brisé, nous reporte au temps tour­men­té de la scis­sion de l’Université catholique de Lou­vain, les fran­coph­o­nes se trou­vant exilés de Leu­ven et appelés à fonder, en terre romane, Lou­vain-la-Neuve. Con­tin­uer la lec­ture

Sugar Baby Love !

Agnès DUMONT et Patrick DUPUIS, Une mort pas très catholique, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2020, 188 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–603‑3

L’intrigue

dumont-dupuis une mort pas tres catholiqueRoger Sta­quet, polici­er à la retraite, arrondit ses fins de mois en gérant un immeu­ble. Une odeur sus­pecte attire son atten­tion. Ser­ruri­er, ouver­ture d’appartement, décou­verte d’un cadavre alité :

Indi­vidu d’une cinquan­taine d’années, cor­pu­lence moyenne, chevelure poivre et sel, début de calvi­tie.  Con­tin­uer la lec­ture

L’éthique de Spinoza

Pierre ANSAY, Le cœur de Spin­oza : vivre sans haine, Couleur livres, 2020, 320 p., 19 €, ISBN : 978–2‑87003–902‑1

Philosophe, auteur d’ouvrages sur Spin­oza (Nos devenirs spin­oziens, frater­nels et anar­chistes, Spin­oza au ras de nos pâquerettes), sur Deleuze (36 out­ils con­ceptuels de Gilles Deleuze pour mieux com­pren­dre le monde et agir en lui), co-auteur de Penser la ville avec R. Schoonbrodt, Pierre Ansay livre un essai qui, dépli­ant la ques­tion des affects, de la physique des pas­sions, de la gou­ver­nance de soi dans la philoso­phie de Spin­oza, pro­duit une lec­ture per­for­ma­tive de l’auteur de L’Éthique. Que pro­duit sur nous, lecteurs, le pan­théisme spin­oziste ? Quelle boîte à out­ils nous lègue-t-il afin de bien vivre avec nous-mêmes et les autres ? Com­ment fréquenter son œuvre nous per­met-il de nous ori­en­ter dans la vie ? Con­tin­uer la lec­ture

Georges Cinémon

Bernard ALAVOINE (dir.), Simenon à l’écran, Traces n° 23, 2020, 200 p., 15 €, ISBN : 978–287562234

Simenon et le ciné­ma, c’est une his­toire d’amitiés (avec des réal­isa­teurs et des acteurs de renom), d’argent aus­si, certes – puisque le romanci­er com­prit très tôt le béné­fice que lui rap­por­taient les adap­ta­tions de ses romans, quitte à en céder les droits en des temps où il eût été moins com­pro­met­tant de s’abstenir. Une his­toire d’amour surtout, qui com­mence par un coup de foudre entre Sep­tième Art et Lit­téra­ture, et se pour­suit en idylle entre texte et image, jusqu’à ce que sur­gis­sent les inévita­bles ques­tion­nements sur leur fidél­ité respec­tive… Heureuse­ment, les nom­breuses diver­gences n’amenèrent jamais à la rup­ture défini­tive. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour selon Libens

Chris­t­ian LIBENS, Sève de femmes, Weyrich, 2020, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874895883

La pein­ture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wie­len, en cou­ver­ture du recueil de nou­velles de Chris­t­ian Libens, Sève de femmes, ain­si que son titre, pour­raient le ranger dans la caté­gorie des erot­i­ca. Ce qu’il est mais pour par­tie seule­ment. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, pub­lié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux ver­sions remaniées et défini­tives. Con­tin­uer la lec­ture

Une petite lumière dans la nuit

Dominique MEESSEN, Qui cherch­es-tu si tard ?, Acad­e­mia, 2020, 195 p., 8.90 €/ ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑806–10511‑0

Le réc­it de Dominique Meessen débute par la fugue de Vic­tor, un pédi­a­tre retraité atteint de la mal­adie d’Alzheimer. Il quitte la mai­son de repos et se réfugie dans la forêt, par manque de con­fi­ance aux soignants qui l’infantilisent, mais aus­si pour pour­suiv­re un sou­venir qui l’habite depuis cinquante ans. Con­tin­uer la lec­ture

En exil dans l’exil

Omar BERGALLOU, Marox­el­lois, Couleur livres, 2020, 140 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87003–8841‑9

Omar Bergal­lou est né au Maroc, dans un quarti­er pau­vre de Tanger, au milieu des années soix­ante. Il y passe les tout pre­miers temps de sa vie, et plus tard, de brefs séjours de vacances ; il n’a guère vécu de ce côté-là de la Méditer­ranée. Quand il a six mois, la famille émi­gre en Bel­gique où le père tra­vail­lait déjà comme cof­freur-fer­railleur. Et c’est là, en Bel­gique, sous le ciel gris de Brux­elles, qu’il a con­tin­ué à vivre, et qu’il vit aujourd’hui encore. A‑t-il ressen­ti l’excitation ou la douleur du départ, la brûlure tran­chante de l’adieu à la terre ? Sa mère dira que sur le bateau reliant l’Afrique à l’Europe il hurlait de toute sa voix comme si son âme voulait sor­tir de son corps. Quoi qu’il en soit, quelle qu’ait été, nour­ris­son, sa per­cep­tion de l’éloignement, il est devenu, mal­gré tout un : exilé. Con­tin­uer la lec­ture

De l’aphorisme au fragment

Har­ry SZPILMANN, À pro­pos de tout et surtout de rien, Let­tre volée, coll. « Poiesis », 2019, 123 p., 18 €, ISBN 978–2‑87317–545‑0

Il existe dans l’ensemble des lit­téra­tures une tra­di­tion de l’écrit apho­ris­tique qui tra­verse les temps et les modes. Les théoriciens sont nom­breux à s’être penchés sur ce genre, cher­chant à en délim­iter les con­tours, en définir les car­ac­téris­tiques, à clar­i­fi­er les ter­mes en dis­tin­guant notam­ment maxime, sen­tence, pen­sée ou apho­risme. Blan­chot, Barthes ou Valéry par exem­ples ont inter­rogé les œuvres de Jou­bert, de La Rochefou­cauld, de Licht­en­berg, de Schlegel. Sans évo­quer ici les dif­férents enjeux ter­mi­nologiques qui ont pu ani­mer ces débats, il est bon de rap­pel­er néan­moins l’intérêt accru, depuis plusieurs décen­nies, pour l’écriture du frag­ment comme genre ayant ses pro­pres codes. Con­tin­uer la lec­ture

La Pie sur le Gibet

Bruno BREL, La bête du Tuiten­berg, Lamiroy, 2019, 174 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–238‑7

Aux portes de Brux­elles, un matin d’octobre 1567, est retrou­vé le cadavre d’un noble espag­nol, la tête totale­ment broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous dom­i­na­tion espag­nole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Brux­elles, on fête en grande pompe l’arrivée du nou­veau gou­verneur des Pays-Bas espag­nols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tir­er au clair cette ter­ri­ble affaire de meurtre. On racon­te que ce serait un coup des gueux qui pré­par­ent une rébel­lion dans le Pajot­ten­land. Le baron Van Kieke­bich, qui habite le manoir de Tuiten­berg dans la com­mune de Schep­dael, est  présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur fes­tive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espag­nol. Suite à une dis­cus­sion avec le bourgmestre de Brux­elles, il décide de se faire pein­dre le por­trait afin de rester dans la postérité. Con­tin­uer la lec­ture

Les débuts de Jean Ray

Jean RAY, Les con­tes du whisky, texte établi par Arnaud Hufti­er, post­face de Jacques Car­i­on et Joseph Duhamel, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 256 p., 10 Ꞓ, ISBN 978–2‑87568–420‑2
Le car­net péd­a­gogique « Le fan­tas­tique, autour de Jean Ray » est télécharge­able gra­tu­ite­ment sur le site Espace Nord

ray les contes du whisky espace nordEn 1925, le Gan­tois Ray­mond De Kre­mer, 38 ans, a déjà pub­lié divers textes dans des péri­odiques, la plu­part en néer­landais, sous le pseu­do­nyme “Jean Ray”. C’est alors que La Renais­sance du Livre édite en français – désor­mais sa langue d’écrivain – son pre­mier vol­ume, Les con­tes du whisky, recueil de vingt-sept nou­velles étranges parues en revue aupar­a­vant, sauf une. Con­tin­uer la lec­ture

Dounia, mon amour, mes larmes, mon sourire

Taha ADNAN, Dou­nia, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978–2807102781

Le réc­it démarre dans une rame de métro. Une explo­sion reten­tit. Tout se fige. Après le bruit assour­dis­sant, les cris et la peur font irrup­tion. Au milieu des corps, celui de Dou­nia, en robe de mar­iée blanche. Que fait-elle là ? Hasard ? Malchance ? Elle rassem­ble ce qui lui reste d’énergie et nous racon­te tout, depuis le début.

Dou­nia est la six­ième et dernière enfant d’une famille maro­caine immi­grée à Brux­elles. Non désirée, elle encaisse durant toute son enfance les mots froids et durs de sa mère. Aucune pho­to d’elle ne recou­vre les murs de la mai­son. On ne fête jamais ses anniver­saires. Dou­nia n’est pas comme les autres mem­bres de sa famille. Elle est de trop. Elle vit son exil dans son pro­pre foy­er, son pro­pre corps. Elle s’entoure de silence. Elle envie ses copines qui parta­gent une cer­taine com­plic­ité avec leurs par­ents. De son côté, elle ne reçoit que sar­casmes et cris. Jamais un geste affec­tif. Jamais un mot posi­tif. Chez elle, on ne par­le pas. Dou­nia rêve d’indépendance et de lib­erté. Alors elle en fait voir de toutes les couleurs. La nuit, elle prof­ite de l’accalmie pour se maquiller et essay­er des vête­ments aguicheurs. Une fois, son frère Milou la sur­prend. Il la roue de coups. Apeurée, acculée, elle saute par la fenêtre pour met­tre fin à son cal­vaire. Son corps est brisé. S’ensuivent deux années d’hospitalisation, des opéra­tions à la pelle et la décou­verte de la bes­tial­ité de l’homme. Con­tin­uer la lec­ture

Chantons la ballade, la ballade…

Mathilde BROSSET, La bal­lade de Lino, Ver­sant Sud Jeunesse, 2020, 40 p., 15,90 €, ISBN : 978–2‑930938–17‑2

Dans cet album com­posé à l’aide de col­lages fine­ment tra­vail­lés, nous emboitons le pas à Lino le voyageur, qui se rend de vil­lage en vil­lage pour chanter sa bal­lade. Si Lino n’est pas tou­jours bien accueil­li, il va cepen­dant faire de belles ren­con­tres.

À l’aide de per­son­nages rigo­los, Mathilde Bros­set croque les tra­vers de l’âme humaine : du vil­lage des mou­tons, où tout le monde imite le chef, au vil­lage des pois­sons pressés, où il n’y a jamais une minute à per­dre, en pas­sant par le vil­lage des hérons, où la com­péti­tion pour être sacré plus beau plumage de l’année fait rage. Mais dans ces dif­férents hameaux, se trou­ve chaque fois l’un ou l’autre mar­gin­al, rêveur ou artiste, qui souhaite rejoin­dre la bal­lade de Lino. Con­tin­uer la lec­ture

Vivre, est-ce vivre ?

Jacques IZOARD, Vin rouge au poing, Arbre à paroles, 2020, 110 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–690‑0

Il était le poète du soudain. À ses yeux, sous ses doigts, ne valait que la sen­sa­tion pure. Com­bi­en aura-t-il dis­séminé de ces textes ful­gu­rants, qui sont autant de saisies sen­suelles, d’images gravées au vif argent d’une mémoire inscrite dans « le passé qui reste et le présent qui passe » ?

Avec la réédi­tion de Vin rouge au poing, ini­tiale­ment pub­lié en 2001, L’Arbre à paroles nous restitue la parole tou­jours vivace de l’homme à la fois déli­cat et caparaçon­né, bour­relé de com­plex­ions intimes et d’une sen­si­bil­ité à fleur de peau, que fut Jacques Izoard (1936–2008). Con­tin­uer la lec­ture

Ni Rome ni Lhassa

Emmanuelle MÉNARD, Impres­sions voyageuses, Coudri­er, 2019, 114 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–000‑9

Emmanuelle MÉNARD, Si vous croyez que l’amour a don­né son dernier bais­er…, Coudri­er, 2019, 59 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–001‑6

Par­mi les plus grands textes de voyageurs, Voy­age d’une Parisi­enne à Lhas­sa d’Alexandra David-Néel fait référence. Ce texte a plus de nonante ans et depuis, les voy­ages et leurs réc­its ont été boulever­sés par la moder­nité de com­plète manière.

Alexan­dra David-Néel est la pre­mière européenne entrée à Lhas­sa. Ville inter­dite, elle s’y est intro­duite déguisée en men­di­ante, maîtrisant le tibé­tain, ayant tra­ver­sé l’Himalaya à pied, depuis les Indes d’alors. Moins d’un siè­cle plus tard, chaque année, un mil­liard de per­son­nes voy­a­gent dans le monde, for­matant celui-ci en un immense parc d’attractions touris­tiques, de cen­tres com­mer­ci­aux et d’affaires. Con­tin­uer la lec­ture