Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Basson, coll. “Basson rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930582–71‑9
Le fait divers a toujours livré la matière première des films et des romans noirs comme si la purulence ne pouvait se donner à voir véritablement que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’horreur d’un tragique crapuleux. Le tout est de « flairer » le délétère qui s’évade de cette concentration. La mise en scène, la narration exacerbe dans la violence verbale ou physique ce qui nous est généralement commun : la peur, le sentiment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révélations ordinaires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frappées du fouet de l’extraordinaire démence des hommes. La vie des personnages mis en scène sublime alors cette marée noire qui stagne au fond de chacun. Continuer la lecture

De sages paysages aux doux pastels jalonnent ce nouveau recueil de Martine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume murmurante de l’auteure, perceptible à l’oreille, transformant son écriture en une rivière de mots légers et parfumés ; quoique sans plus d’illusions.
Le livre de Paul G. Dulieu, Louvain brisé, nous reporte au temps tourmenté de la scission de l’Université catholique de Louvain, les francophones se trouvant exilés de Leuven et appelés à fonder, en terre romane, Louvain-la-Neuve. 
Philosophe, auteur d’ouvrages sur Spinoza (Nos devenirs spinoziens, fraternels et anarchistes, Spinoza au ras de nos pâquerettes), sur Deleuze (
Simenon et le cinéma, c’est une histoire d’amitiés (avec des réalisateurs et des acteurs de renom), d’argent aussi, certes – puisque le romancier comprit très tôt le bénéfice que lui rapportaient les adaptations de ses romans, quitte à en céder les droits en des temps où il eût été moins compromettant de s’abstenir. Une histoire d’amour surtout, qui commence par un coup de foudre entre Septième Art et Littérature, et se poursuit en idylle entre texte et image, jusqu’à ce que surgissent les inévitables questionnements sur leur fidélité respective… Heureusement, les nombreuses divergences n’amenèrent jamais à la rupture définitive.
La peinture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wielen, en couverture du recueil de nouvelles de Christian Libens, Sève de femmes, ainsi que son titre, pourraient le ranger dans la catégorie des erotica. Ce qu’il est mais pour partie seulement. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, publié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux versions remaniées et définitives.
Le récit de Dominique Meessen débute par la fugue de Victor, un pédiatre retraité atteint de la maladie d’Alzheimer. Il quitte la maison de repos et se réfugie dans la forêt, par manque de confiance aux soignants qui l’infantilisent, mais aussi pour poursuivre un souvenir qui l’habite depuis cinquante ans.
Omar Bergallou est né au Maroc, dans un quartier pauvre de Tanger, au milieu des années soixante. Il y passe les tout premiers temps de sa vie, et plus tard, de brefs séjours de vacances ; il n’a guère vécu de ce côté-là de la Méditerranée. Quand il a six mois, la famille émigre en Belgique où le père travaillait déjà comme coffreur-ferrailleur. Et c’est là, en Belgique, sous le ciel gris de Bruxelles, qu’il a continué à vivre, et qu’il vit aujourd’hui encore. A‑t-il ressenti l’excitation ou la douleur du départ, la brûlure tranchante de l’adieu à la terre ? Sa mère dira que sur le bateau reliant l’Afrique à l’Europe il hurlait de toute sa voix comme si son âme voulait sortir de son corps. Quoi qu’il en soit, quelle qu’ait été, nourrisson, sa perception de l’éloignement, il est devenu, malgré tout un : exilé.
Il existe dans l’ensemble des littératures une tradition de l’écrit aphoristique qui traverse les temps et les modes. Les théoriciens sont nombreux à s’être penchés sur ce genre, cherchant à en délimiter les contours, en définir les caractéristiques, à clarifier les termes en distinguant notamment maxime, sentence, pensée ou aphorisme. Blanchot, Barthes ou Valéry par exemples ont interrogé les œuvres de Joubert, de La Rochefoucauld, de Lichtenberg, de Schlegel. Sans évoquer ici les différents enjeux terminologiques qui ont pu animer ces débats, il est bon de rappeler néanmoins l’intérêt accru, depuis plusieurs décennies, pour l’écriture du fragment comme genre ayant ses propres codes.
Aux portes de Bruxelles, un matin d’octobre 1567, est retrouvé le cadavre d’un noble espagnol, la tête totalement broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous domination espagnole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, on fête en grande pompe l’arrivée du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tirer au clair cette terrible affaire de meurtre. On raconte que ce serait un coup des gueux qui préparent une rébellion dans le Pajottenland. Le baron Van Kiekebich, qui habite le manoir de Tuitenberg dans la commune de Schepdael, est présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur festive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espagnol. Suite à une discussion avec le bourgmestre de Bruxelles, il décide de se faire peindre le portrait afin de rester dans la postérité.
En 1925, le Gantois Raymond De Kremer, 38 ans, a déjà publié divers textes dans des périodiques, la plupart en néerlandais, sous le pseudonyme “Jean Ray”. C’est alors que La Renaissance du Livre édite en français – désormais sa langue d’écrivain – son premier volume, Les contes du whisky, recueil de vingt-sept nouvelles étranges parues en revue auparavant, sauf une.
Le récit démarre dans une rame de métro. Une explosion retentit. Tout se fige. Après le bruit assourdissant, les cris et la peur font irruption. Au milieu des corps, celui de Dounia, en robe de mariée blanche. Que fait-elle là ? Hasard ? Malchance ? Elle rassemble ce qui lui reste d’énergie et nous raconte tout, depuis le début.
Dans cet album composé à l’aide de collages finement travaillés, nous emboitons le pas à Lino le voyageur, qui se rend de village en village pour chanter sa ballade. Si Lino n’est pas toujours bien accueilli, il va cependant faire de belles rencontres.
Il était le poète du soudain. À ses yeux, sous ses doigts, ne valait que la sensation pure. Combien aura-t-il disséminé de ces textes fulgurants, qui sont autant de saisies sensuelles, d’images gravées au vif argent d’une mémoire inscrite dans « le passé qui reste et le présent qui passe » ?
Parmi les plus grands textes de voyageurs, Voyage d’une Parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Néel fait référence. Ce texte a plus de nonante ans et depuis, les voyages et leurs récits ont été bouleversés par la modernité de complète manière.