Archives de catégorie : Poésie

Être un chant…

Wern­er LAMBERSY, Mémen­to du Chant des archers de Shu, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87505–391‑6          

lambersy memento du chant des archers de shuEn écrivant quelque part que « tout ce qui entre dans le livret est chant », le poète-philosophe belge Max Lore­au (1928–1990) définit le rôle qu’il assigne au poème. Un chant poé­tique donc qui impli­querait le désir d’appliquer au lan­gage poé­tique une sorte de danse, de relief cor­porel par le truche­ment d’une mise en scène opéra­tique. Une réflex­ion sur la mise en mou­ve­ment du rythme musi­cal du poème qu’il con­vient de garder à l’esprit quand il s’agit d’aborder le con­ti­nent que forme l’œuvre de Wern­er Lam­ber­sy. Con­tin­uer la lec­ture

Les idées, la poésie : sœurs ennemies ?

Roger BODART, Orig­ines. Poésies com­plètes, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021, 431 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87593–342‑3

Roger BODART, Dia­logues. Europe, Afrique, Amériques, Israël, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021,  255 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–340‑9

bodart originesAidé par Flo­rence Richter et François Ost, Chris­t­ian Lutz réédite en deux épais vol­umes une part notable des écrits de Roger Bodart, écrivain, jour­nal­iste, per­son­nage-clé de notre milieu lit­téraire (1910–1973). Curieuse­ment inti­t­ulé Orig­ines, le pre­mier rassem­ble les neuf livres de poèmes pub­liés entre 1930 et 1968, à quoi s’a­joutent deux recueils posthumes et des extraits de presse. Se trou­ve ain­si mis en lumière, avec ses faib­less­es et ses réus­sites, ses con­stantes et ses inno­va­tions, le par­cours du poète en quar­ante-trois ans d’écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Tempera sur papier à la crête du sens

Un coup de cœur du Car­net

Otto GANZ, Prière de l’exaltation, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « 414 », 2021, 16 €, ISBN : 978–2‑87505–390‑9

ganz priere de l'exaltationAffaire de maîtrise que
cette pureté dont l’existence
ne se retrou­ve qu’à l’état sauvage

la lumière brute frap­pant
droite ligne affleurée au
revers du tho­rax et des paumes
 

Encres, gouach­es, acrylique, café, liq­uides organiques émul­sion­nés : à l’instar de la tech­nique de la « tem­pera » util­isée avec ces matières pour le dessin d’Otto Ganz repro­duit en lim­i­naire au recueil Prière de l’exaltation, le verbe du poète détrempe les con­tor­sions du monde, en délaie les spasmes et les larmes. La langue d’Otto Ganz nav­igue à vue, du « voir » à la « voix », du « goût » à la « goulée plus âpre », en émon­dant l’amas des illu­sions. Con­tin­uer la lec­ture

Le vert chenille aussi en nous

Béa­trice LIBERT, Lau­rence TOUSSAINT, Comme un livre ouvert à la croisée des doutes, Signum, 2021, 120 p., 30 €
Mise à jour : le livre a été réédité en 2023 aux édi­tions du Tail­lis Pré

libert toussaint comme un livre ouvert a la croisee des doutesComme un livre ouvert à la croisée des doutes est de ces ouvrages que le pre­mier con­fine­ment a vu naitre. À la fois com­posé de pho­togra­phies et de poèmes, le recueil est un pont dressé entre la pho­tographe (Lau­rence Tou­s­saint) et la poétesse (Béa­trice Lib­ert), au tra­vers de l’isolement et de l’errance. Con­tin­uer la lec­ture

Joëlle Sambi : langue-caillasse et danse hantée

Joëlle SAMBI, Cail­lass­es, Texte lim­i­naire de Lisette Lom­bé, Illus­tra­tions Maïc Bat­mane, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 120 p., 12 €, ISBN : 9782930822198

sambi caillasses 1Sur la fron­tière entre Brux­elles et Kin­shasa, entre l’oralité et le geste écrit, entre poé­tique sauvage et poli­tique mil­i­tante, Joëlle Sam­bi se tient, dres­sant une scène nomade, élec­trique où, portés par un vœu per­for­matif, les mots font lever des corps. C’est de l’intérieur des oppres­sions sécu­laires, du creux d’une His­toire de sang et d’humiliations dans laque­lle la Bel­gique et l’Occident ont plongé le Con­go que les poèmes, les slams, les nou­velles, les créa­tions radio­phoniques de Joëlle Sam­bi s’arrachent. Au fil de trois rounds poé­tiques, scan­dés par des trouées de lin­gala, les reg­istres de la colère, de la déc­la­ra­tion de guerre à la guerre, d’un cri col­lec­tif, d’un éro­tisme les­bi­en sont explorés. Sous la forme de l’explosion, d’une parataxe déca­pante, elle mène de l’ombre à la lumière ceux et celles qu’on a enfer­més dans l’inexistence, les badi­geon­nés de silence. Con­tin­uer la lec­ture

Juste le minimum hérité

Véronique ROELANDT, Mes ham­sters, Arbre à paroles, 2021, 58 p., 10 , ISBN : 978–2‑87406–706‑8

roelands mes hamstersPar­mi les derniers-nés de la col­lec­tion iF, quelle bonne sur­prise que de décou­vrir, aux côtés des deux incon­tourn­ables de la lit­téra­ture belge que sont désor­mais Karel Logist et Chris­tine Aventin, le pre­mier recueil d’une toute nou­velle autrice : Véronique Roe­landt. Con­tin­uer la lec­ture

Déambulations poétiques

L’AMI TERRIEN, Les réflex­ions fan­tômes, Arbre à paroles, 2021, 240 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87406–709‑9

l'ami terrien les réflexions fantômes« Est-ce un recueil ? Un essai ? Un man­i­feste ? Un manuel de poésie orale ? Une ten­ta­tive de don­ner la poésie à enten­dre ? Le partage d’une pas­sion ? Des pistes pour écrire ? Un splatch­work ! » La qua­trième de cou­ver­ture du recueil Les réflex­ions fan­tômes de l’Ami Ter­rien (aux édi­tions L’Arbre à paroles) ne trompait effec­tive­ment pas. Toute ten­ta­tive de cir­con­scrire cet ouvrage dans un « genre » bien défi­ni est vouée à l’échec. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Jan BAETENS, Après, depuis, Impres­sions nou­velles, 2021, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–879‑4

baetens apres depuisLes poètes ne man­quent pas, dans ce pays sans étoiles. Mais tous n’ont pas le même pou­voir d’évocation. Il ne suf­fit pas de met­tre en musique une expéri­ence ou un sou­venir. Il faut d’abord les réin­ven­ter, pour faire sur­gir leur car­ac­tère unique et irrem­plaçable. Cette règle est la con­di­tion même de la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Autour de B., avec des pho­togra­phies de France Dubois, Unic­ité, 2021, 13 €, ISBN : 978–2‑37355–580‑6

guinard autour de b« […] et rien ne pour­rait rivalis­er mal­gré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude sin­gulière à creuser insen­si­ble­ment le sil­lon du renou­veau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps tra­ver­sés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poé­tique, le mer­veilleux Sténopé (édi­tions Unic­ité), Chris­tine Guinard nous revient avec un autre tout aus­si mer­veilleux (et très dif­férent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes édi­tions. La qua­trième de cou­ver­ture développe le con­texte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquié­tant mais splen­dide dans Brux­elles au print­emps 2020, entre déam­bu­la­tion intérieure et avène­ment d’une flo­rai­son lux­u­ri­ante. » Si le recueil est donc pleine­ment con­tex­tu­al­isé, il acquiert pour­tant, comme tou­jours chez Chris­tine Guinard, une dimen­sion intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture

Contre la douleur, la couleur…

Philippe MATHY, Dans le vent pour­pre, Gouach­es André RUELLE, Herbe qui trem­ble, 2021, 116 p., 16 €, ISBN : 9–782491-462161

mathy dans le vent pourpreCon­sti­tué de sept sec­tions, chiffre sym­bol­ique s’il en est, présent dans de nom­breuses cul­tures, désig­nant l’absolu, la total­ité, l’émergence d’un monde nou­veau et l’union des con­traires, le présent recueil de Philippe Mathy, rehaussé de gouach­es sur papi­er du pein­tre André Ruelle (Charleroi, 1949), s’inscrit dans l’esthétique habituelle du poète, avec toute­fois une tonal­ité plus noire, plus dra­ma­tique pour les poèmes écrits pen­dant une rési­dence d’écrivain à Ver­dun ain­si que pour ceux de Jours de cen­dre. Dans le vent pour­pre ; Dehors, mains ouvertes ; Rive de Loire et Belle-Ile s’offrent comme des suites renouant avec une médi­ta­tion sur la beauté de la nature, médi­ta­tion non dénuée de grav­ité, sur la sen­si­bil­ité et l’ouverture à l’autre, sur la fragilité de la vie mais aus­si son incom­pa­ra­ble pou­voir d’émerveillement. Des poèmes de cir­con­stance clô­turent un recueil de belle fac­ture, avec d’incontestables réus­sites, comme dans ce poème dédié à la mémoire d’André Schmitz : « (…) tes poèmes brûleront encore/comme le feu bleu d’une ambulance/sans que nous sachions/si elle nous con­duit à te rejoindre/ou peut-être à nous guérir/de la blessure de vivre. » Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas d’issue au monde…

Karel LOGIST, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 77 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–707‑5

logist soixante-neuf selfies flous dans un miroir fêlé« Dis­crète et déli­cate, la poésie de Karel Logist ne vocif­ère jamais (…). Entre le chant et la con­fi­dence per­son­nelle, (…) elle mêle humour et grav­ité, nos­tal­gie et obser­va­tion. Les thèmes sont tour à tour l’amour, l’ami­tié, l’en­fance, le voy­age, l’ob­ser­va­tion des autres, le por­trait ; mais l’œil de Logist décèle aus­si l’in­so­lite, ou même le fan­tas­tique, dans la réal­ité ; son imag­i­naire est pro­pre à con­stru­ire de petites fables amusées et non moral­isatri­ces ; sa voix jette un voile sur son angoisse ou son scep­ti­cisme. C’est une poésie d’hu­mour noir qui ne se mon­tre pas comme telle ; une poésie de con­nivence avec soi-même et avec l’autre ; le moyen de com­mu­ni­ca­tion d’un homme secret  (…) qui ne cherche pas à en impos­er, mais qui s’im­pose au lecteur (…) » (Gérald Pur­nelle). Auteur d’une œuvre saluée depuis sa décou­verte par Lil­iane Wouters – qui fit pub­li­er son pre­mier livre[1] où il con­statait déjà qu’il n’y a pas d’issue au monde jusqu’à ce recueil, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, écrit durant la récente pandémie, le poète spadois fait preuve d’une sou­veraine cohérence thé­ma­tique et styl­is­tique. Il pos­sède un ton, une voix recon­naiss­able entre toutes. La dis­cré­tion et la pudeur car­ac­térisent « cet homme telle­ment oubli­able », qui n’a jamais été « un garçon expan­sif », ce vir­tu­ose sans affé­terie, qui n’a pas hésité pour­tant à s’engager dans l’action con­crète en faveur de la lec­ture et de l’édition. Con­tin­uer la lec­ture

Barocominimalisme

Pierre-Jean FOULON, Enclave de la con­fes­sion, Span­tole, 2020, 48 p., 8 €, Dépôt légal : 2020–0667‑4

foulon enclave de la confessionEnvelop­pés entre les deux plis d’un car­ton blanc de petit for­mat, trois cahiers de 16 pages volantes s’échappent des mains et glis­sent sur les genoux. Enclave de la con­fes­sion est un objet lit­téraire de la taille d’un livret léger comme l’air. Imprimé à cinquante exem­plaires, il compte 60 textes courts et pesam­ment numérotés. Ce n’est pas le seul con­traste fort dans cette pub­li­ca­tion. Le titre est en effet un sub­til oxy­more pen­dant que la forme min­i­mal­iste accueille un con­tenu franche­ment baroque. Con­tin­uer la lec­ture

Le silence de l’invisible…

Anne-Marielle WILWERTH, Les miroirs du désor­dre, Tail­lis Pré, 2021, 88 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–180‑7

wilwerth les miroirs du desordreL’hiver
est une vaste clair­ière
où la neige minu­tieuse­ment
déplie son inef­fa­ble

Anne-Marielle Wilw­erth con­tin­ue ici, avec ce dernier recueil, Les miroirs du désor­dre, d’explorer son archéolo­gie du silence. On y retrou­ve les thèmes chers à l’auteure qui n’a de cesse de creuser, de cir­con­scrire, d’ouvrage en ouvrage, cette zone impal­pa­ble que forme l’écho du silence en nous. À la dif­férence peut-être que ce nou­v­el opus, ce nou­veau champ de fouille décale quelque peu son ray­on d’action en se focal­isant sur une matière qui ferait appel à un autre sens, la vue. Sub­tile­ment, la poétesse laisse dériv­er le silence vers l’invisible. La pre­mière par­tie du recueil, inti­t­ulée un sim­ple frois­sé d’infini, en témoigne dès l’entame. Con­tin­uer la lec­ture

Hic et nunc !

Pierre SCHROVEN, Ici, Arbre à paroles, 2021, 63 p., 10 €, ISBN : 9782874067037

schroven iciAvec ce onz­ième recueil pub­lié aux édi­tions de L’Arbre à paroles, le poète Pierre Schroven pour­suit son archéolo­gie du vivant avec peut-être encore plus d’urgence que précédem­ment. Salué par le prix Jean Kobs et s’inscrivant dans la lignée du tra­vail à l’œuvre depuis la pub­li­ca­tion des pre­miers livres comme Toi, l’instant ou Matière d’énigme, Ici porte, dans son titre même, « l’instant » à son acmé, une sorte de réflex­ion spa­tio-tem­porelle sur ce qui advient quand on prend la peine d’interroger le bon­heur d’être là, main­tenant, ici ! Le lecteur est dès lors amené à pos­er armes et bagages le temps d’un silence, d’une res­pi­ra­tion pour mieux enten­dre peut-être le tin­te­ment de la lumière de l’aube. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la rue des solitudes…

Philippe LEUCKX, Pren­dre mot, Dan­cot-Pin­chart, 2021, 13 €, ISBN : 9–782960-279603

leuckx prendre motLe dernier recueil du poète hen­nuy­er Philippe Leuckx paraît chez Dan­cot-Pin­chart, une nou­velle enseigne, créée par Pierre Dan­cot et Nico­las Pin­chart. Leur mai­son est, nous dit la qua­trième de cou­ver­ture,  « née des ter­res noires du roman­tisme et de la lib­erté folle du sur­réal­isme ». Elle fait la part belle  « à l’écriture spon­tanée à l’épiderme chaude, révoltée et amoureuse. » Con­tin­uer la lec­ture

Scalp. Cuir chevelu et muscles sous-jacents

Chris­tine AVENTIN, Scalp, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 110 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–750‑1

aventin scalpEn avril dernier, Chris­tine Aventin sor­tait Fem­i­niS­punk chez Zones, une réflex­ion anti-con­formiste sur le poten­tiel révo­lu­tion­naire des filles. Ce livre a occupé l’autrice pen­dant trois ans. Trois années durant lesquelles il n’y a pour­tant pas eu que l’écriture. Non. Or pas de place dans l’essai pour dire « la déban­dade poli­tique sur la ZAD où [elle] vivait », l’otite qui tourne mal au point de vivre « le coma, la douleur, l’aphasie », le crâne tré­pané, mais aus­si « les deux rup­tures amoureuses simul­tanées ». Non. Pas de place dans Fémin­iS­punk, livre de force et de puis­sance. Con­tin­uer la lec­ture