Archives de catégorie : Poésie

Universeul

Tito DUPRET, Uni­verseul – La Vie par haïkus, Uni­verseul, 2017, 79 p., 29€, ISBN : 978–2‑9602081–0‑8

Un haïku c’est
Entre cul­ture et nature
Un instan­ta­né
L’ex­pres­sion d’une émo­tion
Un tout petit con­fet­ti

dupret universeul la vie par haikusTelle est la déf­i­ni­tion, dans les règles de l’art, que livre Tito Dupret de cette expres­sion lit­téraire née au Japon et dérivée du tan­ka : le haïku. Formelle­ment, ces poèmes, brefs et dens­es, s’articulent autour de trois péri­odes de 17 mores (5 – 7 – 5) pour le haïku, adjoints de 14 autres réu­nis en un ver­set (5 – 7 – 5 / 7 – 7) pour le tan­ka. Sym­bol­ique­ment, tous deux captent la Nature, les saisons et l’instant présent dans des évo­ca­tions fugaces. Tito Dupret en a rassem­blé soix­ante-trois, dans son recueil Uni­verseul – La Vie par haïkus, et les a assor­tis de soix­ante-qua­tre pho­togra­phies pris­es à divers endroits du globe : près de chez nous (Bel­gique, France, Mona­co), un peu plus loin (Ital­ie, Roumanie), et plus avant encore (Chine, Macao, Thaï­lande, Tibet, Viet­nam, Égypte, Éthiopie, Afghanistan, Tan­zanie). De ses voy­ages, ici et ailleurs, à l’intérieur et à l’extérieur, il a rap­porté visions, impres­sions et réflex­ions : Con­tin­uer la lec­ture

Poésies chatoyantes

Pierre CORAN, Vanes­sa HIÉ, Chats rimés, Didi­er Jeunesse, 2018, 40 p., 13,90 €, ISBN : 9782278089758

coran hié chats rimésL’auteur mon­tois Pierre Coran, ancien insti­tu­teur et directeur d’école, a choisi d’entièrement con­sacr­er son dernier recueil de poèmes, Chats rimés, aux matous de tous poils. Le chat comme inspi­ra­tion ani­mal­ière, certes, mais aus­si comme exer­ci­ce styl­is­tique puisque la sonorité du mot donne sa tonal­ité à l’ensemble des textes de ce livre, lui con­férant une belle cohérence. Con­tin­uer la lec­ture

Laurence Skivée, l’usage météorologique du langage

Lau­rence SKIVÉE, L’air est dif­férent, La Let­tre volée, 2018, 101 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–507‑8

skivee_l air est differentArtiste plas­ti­ci­enne, Lau­rence Skivée inter­roge la vie par le dessin, par la pho­togra­phie, la sculp­ture, la vidéo au fil d’une atten­tion à ce qui se dérobe, dans une ouver­ture aux inter­stices de l’existence. Nul éton­nement à voir sa poé­tique des instants dérobés, sa descente plas­tique dans les mon­des de l’enfance en venir à la forme poé­tique, gag­n­er le ter­ri­toire mou­vant du verbe. Après le livre d’artiste Je m’emballe (La Let­tre volée, 2013), L’air est dif­férent sécrète une écri­t­ure-regard acquise au recueille­ment d’instantanés de l’existence. C’est la mort de proches qui l’a poussée à s’emparer de ce nou­veau médi­um. D’emblée, le texte tisse un lien en intéri­or­ité entre expéri­ence de la perte et éclo­sion du verbe. Comme la pho­togra­phie, le mot est chargé d’une valence tes­ti­mo­ni­ale, fait pièce à l’oubli, offi­cie un tra­vail de deuil. La forme est celle d’un mou­ve­ment en sus­pens, d’une nuée d’haïkus qui, priv­ilé­giant un principe d’économie, entend sug­gér­er la présence au tra­vers de l’absence. Cap­tures de frag­ments sen­si­tifs, émo­tifs d’une vie, désub­jec­ti­va­tion des per­son­nages pris dans une épure voi­sine de celle de Beck­ett, mise en voix d’une tragédie traitée sur le mode min­i­mal­iste du « less is more », L’air est dif­férent tournoie autour de moments minus­cules, des frôle­ments imper­cep­ti­bles de corps qui dansent « sur Fontaine et Trenet ». « Bien­tôt l’un de nous mou­rut. N’étaient restées que les cen­dres » (…) « Nous éparpil­lâmes tes cen­dres à Ostende / et le monde par­tit sur tes traces. / Anonyme Amour ». Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on ramène une bonne dose de réel dans un monde qui se rêverait aseptisé

Éric THÉRER, Le déficit des années antérieures, East­ern Bel­gium at night, 2017, 7 €, 56 p.

therer le deficit des années anterieuresUn con­stat tout d’abord : Le déficit des années antérieures est un objet soigné. Très classe. « Fait mai­son », pour­rait-on dire. Ou du moins ayant les qual­ités de tout objet conçu avec amour. Se parant soudaine­ment d’une aura qui le dis­tingue des autres. Le déficit des années antérieures ne dif­fère pas en cela des autres livres d’Éric Thér­er. Un poète pour­tant qui aime s’af­franchir de la page. Sor­tir ses poèmes du petit monde des livres et des revues, pour nous les dire, assén­er sur scène, entouré de com­pars­es, d’amis musi­ciens élec­tro-con­tem­po­rains. Con­tin­uer la lec­ture

Le désarroi et la maraude

William CLIFF, Au Nord de Mogador, Le Dilet­tante, 2018, 124 p., 15 €, ISBN : 978–2‑84263–931‑0

cliff au nord de mogadorPeut-être ses lecteurs seront-ils un peu déçus par le dernier recueil de W. Cliff, au style et aux con­tenus plus prosaïques que jamais. Davan­tage encore que dans ses livres précé­dents, l’au­teur prend à bras le corps l’or­di­naire de la vie en évi­tant toute espèce d’embellissement. Pour la plu­part, les textes pren­nent – ou sem­blent pren­dre – leur source dans une anec­dote vécue per­son­nelle­ment, laque­lle devient matière à réflex­ion sinon à médi­ta­tion général­isante. Le para­doxe, c’est qu’ils adoptent la forme de poèmes, ver­si­fiés selon une métrique générale­ment régulière : déca­syl­labes, alexan­drins, hep­ta­syl­labes, etc., avec recours à l’as­so­nance plutôt qu’à la rime. Il en résulte une ten­sion con­stante, car­ac­téris­tique de l’écri­t­ure cliffi­enne, entre le poé­tique et le prosaïque : le pre­mier n’est là que pour tran­scen­der le sec­ond, le sauver de l’in­signifi­ance, lui don­ner relief et intérêt. C’est ain­si qu’au fil des pages sont évo­qués telle auditrice hau­taine, une panne d’élec­tric­ité, le chant d’un oiseau, le soleil print­anier, cha­cune de ces expéri­ences devenant l’oc­ca­sion de con­tre­car­rer, sans exal­ta­tion super­flue, la pesante banal­ité de la vie. De même, l’on note une curieuse insis­tance sur le motif du repas, acte d’une par­faite quo­ti­di­en­neté, mais assor­ti en l’oc­cur­rence d’une valeur pos­i­tive et même sal­va­trice. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on suit joyeusement au gré des vagues des bouteilles jetées à la mer

Lau­rence VIELLE, Domo de Poezia (Bouteilles à la mer ), livre + CD, PoezieCen­trum et Mael­strÖm, 2018, 194 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87505–300‑8

vielle domo de poezia.jpgEnvie de pren­dre la vie en main ? La vôtre et celle des autres ? Ten­té, ten­tée, depuis longtemps, par les ini­tia­tives citoyennes, les rap­proche­ments, les liens soci­aux à resser­rer ? Marre du dép­ri­mant TINA, du gris ambiant dans les têtes ? Envie de posi­tif et de joie ? Désir fou d’être regon­flé, de sourire à nou­veau ? Pour sûr, il n’y a pas que le film Demain pour faire pétiller. On peut aus­si s’im­merg­er dans la poésie résol­u­ment pos­i­tive, amoureuse de la vie et des ren­con­tres, dans la poésie éminem­ment « sociale » et socié­tale de Lau­rence Vielle. Parce que Lau­rence Vielle a décidé, une fois pour toutes, de laiss­er au plac­ard ses petits ou grands prob­lèmes d’ego – ses soucis de gnêgnêtre comme a dit une fois Jean-Pierre Ver­heggen –, d’être généreuse, de pren­dre à bras le corps les ques­tions du « vivre ensem­ble » et du « bien vivre », de con­sid­ér­er la poésie, le fait d’écrire la poésie, comme un acte social, une façon d’ac­com­pa­g­n­er les ques­tions qui tra­versent ou tarau­dent bon nom­bre d’en­tre nous. Con­tin­uer la lec­ture

Jeanne Moreau chante des poèmes de Norge

Un coup de cœur du Carnet

Jeanne More­au chante Norge, album de deux vinyles et un CD, réal. Françoise Canet­ti, Pro­duc­tions Jacques Canet­ti, 2018, 19.99 €, Réf. PJC 503969.
moreau jeanne moreau chante norgeDe Jeanne More­au, on sait qu’elle fut une grande comé­di­enne et une femme cul­tivée. Plus dis­crète, sa car­rière de chanteuse tient en six albums, dont deux morceaux au moins sont célèbres : Le tour­bil­lon de la vie et J’ai la mémoire qui flanche, sur des textes et par­ti­tions de Cyrus Bassi­ak, alias Serge Rez­vani. La pre­mière chan­son fut insérée par François Truf­faut dans Jules et Jim en 1962, la sec­onde fig­ure sur un disque édité en 1963 par Jacques Canet­ti, qui avait fait con­naitre des artistes tels que Boris­Vian, Léo Fer­ré, Georges Brassens ou Ray­mond Devos. D’autres albums suiv­ront en 1966, 1967, 1969. Tour­nages et enreg­istrements, toute­fois, n’empêchent pas l’ac­trice de s’adon­ner à la lec­ture, un de ses loisirs favoris. En 1978, Jacques Canet­ti lui apporte les Œuvres poé­tiques 1923–1973 de Norge, fraiche­ment rééditées par Pierre Seghers. Elle s’en­t­hou­si­asme aus­sitôt pour ces poèmes incisifs, sonores, savoureux, avec une préférence pour les recueils de 1949 à 1973 : Les râpes, Famines, Le gros gibier, La langue verte, etc.  « Ses poèmes m’ont paru sim­ples, évi­dents, avec des mots qui allaient droit au cœur…  J’ai eu envie de les dire puis d’en faire des chan­sons pour un disque. Cer­taines sont drôles ou cru­elles, d’autres ten­dres, agres­sives, humoris­tiques », dira-t-elle plus tard aux jour­nal­istes, ajoutant que cette poésie véhicule « le besoin d’amour, la rage créa­trice, la cru­auté de la vie, le goût du néant, l’e­spérance d’un idéal, le dérisoire état de l’homme. »


Lire aus­si : “Norge mis en chan­sons” (Textyles n° 26–27, 2005)


Con­tin­uer la lec­ture

Métamorphoser les métamorphoses

Michel GHEUDE, La Prophétie d’Ocyrhoé et autres méta­mor­phoses de Méta­mor­phoses d’Ovide, Dessins de Scan­reigh, accom­pa­g­né d’un enreg­istrement sur CD du texte lu par Monique Dorsel, Au coin de la rue de l’Enfer, 70 p., 13 €

gheude la prophetie d ocyrhoéAu nom d’Ovide est asso­cié comme par automa­tisme L’art d’aimer, œuvre qui tra­ver­sa les siè­cles mieux que les appels du Poète ne surent franchir des mil­liers de kilo­mètres pour attein­dre l’inflexible Empereur Auguste, qui l’avait en l’An 8 con­traint à l’exil sur les rivages de la Mer Noire. Les raisons de cette pro­scrip­tion restent mys­térieuses : Ovide aurait-il été témoin d’un scan­dale de cour, dans un con­texte poli­tique qui affichait pour­tant une volon­té de restau­ra­tion morale ? Aurait-il assisté à quelque céré­monie ésotérique dévouée au culte d’Isis, ou trop joué d’influence dans d’obscures querelles de suc­ces­sion au trône ? Con­tin­uer la lec­ture

S’ouvrir à l’essence de la vie

Philippe LEKEUCHE, Poème à l’impossible, Pein­tures de Jean Dale­mans, Tail­lis pré, 2018, 74 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87450–125‑8
lekeuche poeme a l impossible

Tu retour­nais le Bon­heur
Le met­tais à l’envers
Et tu voy­ais ce qu’il recou­vre
Un gouf­fre caché
Ton cœur trem­bla
L’espérance fut brin d’herbe au fond du désert
Ne mou­rut point 

De ce Poème à l’impossible, grave et beau comme son titre, Philippe Lekeuche dit à mi-voix qu’il lui est venu, un jour de mai, le vis­i­tant sans qu’il s’y attendît, et est repar­ti, tout aus­si mys­térieuse­ment, à la fin de l’automne, le lais­sant plus ouvert à « l’essence de la vie ». Écrivant comme sous sa dic­tée. Con­tin­uer la lec­ture

Les mondes sensibles de Béatrice Libert

Béa­trice LIBERT, Ce qui vieil­lit sur la patience des fruits verts : antholo­gie, Choix et pré­face d’Yves Namur, Pein­tures de Fran­cis Joiris, Tail­lis Pré, 2018, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87450–129‑6</span>

libert ce qui vieillit sur la patience des fruits vertsYves Namur a signé de nom­breuses antholo­gies de qual­ité, seul ou en tan­dem avec la regret­tée Lil­iane Wouters. Son cat­a­logue du Tail­lis Pré atteste de ses goûts et de son juge­ment d’éditeur. Tout choix étant un par­ti-pris, il est inévitable que le tra­vail d’éditeur ou d’anthologiste soit sujet à con­tro­verse : il en assume par­faite­ment le risque depuis le début des années 1980. Et il rend ici jus­tice à un poète auquel les lan­derneaux lit­téraires suc­ces­sifs ont prêté, comme à beau­coup de femmes dans l’histoire des Let­tres, une atten­tion trop sou­vent super­fi­cielle. Béa­trice Lib­ert n’est pour­tant pas une incon­nue : péd­a­gogue, ani­ma­trice d’ateliers d’écriture et de col­lec­tions lit­téraires, dont l’une dédiée à la jeunesse, elle est sen­si­ble aux arts plas­tiques. En atteste dans la présente édi­tion la mise en valeur d’un Fran­cis Joiris, artiste lié­geois tout à fait par­ti­c­uli­er dont l’univers fasci­nant est digne de l’Arte Povera. Cette sen­si­bil­ité pic­turale est présente aus­si dans la bib­li­ogra­phie du poète, où fig­urent nom­bre de livres avec des plas­ti­ciens con­tem­po­rains, ain­si que dans son art poé­tique per­son­nel, où la pein­ture est, soit thème inspi­rant, soit présente dans sa manière de voir le monde. Con­tin­uer la lec­ture

De l’absurde inquiétant à l’absurde apaisé

Un coup de cœur du Carnet

Pas­cal LECLERCQ, Analyse de la men­ace, Mael­ström, 2018, 98 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87505–302‑2

Leclercq analyse de la menacePas­cal Lecler­cq a du tal­ent. Il le prou­ve une fois de plus avec Analyse de la men­ace. Un ton onirique, humoris­tique et par­fois cru­el, dans une très belle écri­t­ure en prose, par­faite­ment maîtrisée, ajustée : le poète nous dépeint le monde loufouque et dés­espéré d’une sorte de cousin con­tem­po­rain d’un cer­tain Plume, per­son­nage-type de l’inadapté. Cet hétéronyme, dont Lecler­cq narre les errances lié­geois­es, arden­nais­es et wal­lonnes, répond d’une manière con­tem­po­raine à son par­ent michalien. Écri­t­ure de l’absurde, angoiss­es exis­ten­tielles, dénon­ci­a­tion d’un état du monde et d’un homme en voie de déclasse­ment… Ce livre en plusieurs chapitres, par­faite­ment cir­con­scrits dans leurs tonal­ités, a pour thèmes prin­ci­paux la douleur de vivre et l’absurde con­tem­po­rain, dans un monde soumis à l’analyse de la men­ace : une men­ace non seule­ment soci­ologique mais plus encore spir­ituelle. Par quel moyen en sor­tir ? Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on se dit qu’un jour on arrivera à sortir de soi

Un coup de cœur du Carnet

Char­line LAMBERT, Dés­in­car­céra­tion, L’Âge d’homme, coll. « Con­tem­po­rains », 2017, 12 €, ISBN : 978–2‑8251–4714‑6

Tu veux dés­in­car­cér­er la bête de toi,
tu as des bouch­es à nour­rir, et com­bi­en

de chiens affamés

au-dedans, en attente

d’une taxi­der­mie.

Tu four­res tou­jours dans ta struc­ture,
sous ta peau de cuir,
beau­coup trop d’hu­main.

lambert desincarcerationDés­in­car­céra­tion est un livre épatant. Une ten­ta­tive impos­si­ble. Un geste impos­si­ble. Son pro­gramme est vaste et ambitieux. Sans com­pro­mis. C’est que Char­line Lam­bert, toute jeune poète, même pas trente ans, ne lâche rien. Tourne sans fléchir autour d’une ques­tion. Vaste ques­tion. Sans réponse. Com­ment sor­tir de notre con­di­tion de bête ? De nos incar­na­tions ? De la chaîne mul­ti­mil­lé­naire des généra­tions ?

Parce que voilà bien tout le mal­heur : un jour, une fois, nous nous incar­nons. Débar­quons sur Terre. Via la chair de nos mères. Leur pas­sant lit­térale­ment à tra­vers le corps. Nous dés­in­car­cérant de leurs ven­tres. Poupons brail­lards geignant, peut-être, déjà, de nous savoir car­cass­es. Futures car­cass­es. Poupons brail­lards chialant, peut-être, déjà, sur notre sort. Allez savoir. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on rencontre un être qui marche avec les autres

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Notes sur le chantier de vivre, Rougerie & Cen­trifuges, 2017, 194 p., 13 €, ISBN : 978–2‑9544587–9‑3

dugardin notes sur le chantier de vivreMarc Dugardin est un chantier per­pétuel. Un être qui marche avec les autres. En tant qu’homme, en tant que poète. Tout qui suit de près ses pub­li­ca­tions le devine : de livre en livre, se des­sine une ligne sou­ple, var­iée, vari­ante. Une ligne creu­sant patiem­ment un sil­lon. S’ap­puyant sans cesse sur ce qui compte. Sur ce qui porte Marc Dugardin. L’aide à pour­suiv­re. À con­cevoir une belle route. Ce sont les ami­tiés fortes. Les musiques qu’il écoute. Les révoltes qui gron­dent en lui. Les con­nivences avec les autres poètes, écrivains, qu’ils soient morts ou vivants. L’in­fail­li­ble curiosité qui l’anime. Les ques­tions et préoc­cu­pa­tions qui le turlupinent, voire le passé qui le tour­mente. Con­tin­uer la lec­ture

Keguenne à la fortune du mot

Jack KEGUENNE, Échan­til­lon d’imposture, Élé­ments de lan­gage, 2017, 256 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930710–13‑6

keguenne échantillon d impostureVoilà bien qua­tre décen­nies que Jack Keguenne, ce bourlingueur de l’écriture visuelle regardée en miroir – gra­phie pour graphisme –, ce dérouilleur des mots – écrits au petit bon­heur la chance –, éparpille, dis­loque, dézingue le quo­ti­di­en des jours. Il agit sans s’assagir, en écrivant ardent, en écrivain érup­tif, en « con­cu­bin des dic­tio­n­naires », en poète colo­cataire des let­tres, celles qui for­ment des alpha­bets indociles et rétifs, « une broderie de let­tres qui fait tis­su de sens », plutôt que celles qui s’inscrivent dans les actes notar­iés des insti­tu­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on se plaît à percevoir ce qui bientôt disparaît

lambersy departs de feux

Wern­er LAMBERSY, pein­tures d’Em­manuelle RENARD, Départs de feux, Tipaza, 2017, 140 p., 30 €, ISBN : ISBN : 978–2‑912133–45‑8

 

Demi-som­meil de chats devant
L’âtre des planètes

L’ange de la parole
Défer­lant sur l’océan bègue des
Vagues

Les mon­des et moi on apprend à
Se con­naître

Quelque­fois les yeux
Suff­isent qui lan­cent des bouées

Voilà, c’est cela, Départs de feux, de courts poèmes emplis de souf­fle. De cour­tes affaires où Wern­er Lam­ber­sy n’ar­rête pas de s’in­ter­roger sur l’écri­t­ure, la van­ité de l’écri­t­ure, l’hu­main, l’hu­man­ité, l’hu­main dans ses rap­ports au non-humain, végé­tal, ani­mal ou minéral, l’hu­main dans le monde, dans le cos­mos, l’hu­main avec le monde, les oiseaux, la lune, l’hu­main pareil au non-humain, pareille­ment tra­ver­sé par le monde. Non que Wern­er Lam­ber­sy se la jouerait vieux sage façon gourou. Non que Wern­er Lam­ber­sy, tout à coup, se prendrait pour un don­neur de leçons ou pour le gars qui aurait tout com­pris. Pas du tout son style. Pas du tout son genre. Con­tin­uer la lec­ture

Navigateur solitaire

Claude RAUCY, Sans équipage, dessins de Jean Morette, Bleu d’Encre, 2017, 60 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–16‑1

raucy sans equipage.jpgSans équipage, ain­si se nomme le dernier esquif poé­tique de Claude Raucy ; il a toute­fois pour bagage, pour com­pag­nie, une douzaine de dessins de Jean Morette, ce pas­sager si peu clan­des­tin du recueil. C’est que les deux vieux loups furent mous­sail­lons à Vieux-Vir­ton, au temps jadis, et nav­iguèrent de con­serve entre les bancs de la même école vil­la­geoise, à Saint-Mard. Et puis les lieux, les itinéraires, les vies changèrent. S’ils firent tous deux pro­fes­sion d’enseignant, Raucy a notoire­ment con­stru­it une riche bib­li­ogra­phie de romans pour la jeunesse, tan­dis que Morette a édi­fié une œuvre plas­tique recon­nue, con­sacrée plus par­ti­c­ulière­ment à la sculp­ture. Comme par un espiè­gle clin d’œil de l’âge mûr, les voici réu­nis pour la pre­mière fois dans une créa­tion com­mune. Sans équipage emporte à son bord trente-et-un poèmes, qua­tre chan­sons pour la mer et onze dessins. Un beau via­tique ! Con­tin­uer la lec­ture