Éva BATTAGLIA, L’enfant Do, Cerisier, 2023, 93 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87267–245‑5
Les récits de parents sur leur enfant atteint d’un spectre autistique ne manquent pas. Ceux qui atteignent une dimension littéraire sont plus rares. En Belgique, il y a eu Robinson, de Laurent Demoulin, prix Rossel 2017 (Gallimard/Folio). On pourra désormais ajouter L’enfant Do, d’Éva Battaglia, publié aux éditions belges du Cerisier qui publient peu, mais ont élaboré un catalogue de qualité au cours du temps. Continuer la lecture
Est-ce un livre ? Est-ce jeu ? Est-ce un concentré de poésie ? Oui, oui, et oui ! Miettes, moineau, ribouldingue, la dernière publication d’aNNe herbauts aux éditions Esperluète, est tout ça à la fois, mais est avant tout le prolongement d’une exposition-jeu conçue par l’autrice-illustratrice et son éditrice, Anne Leloup, à l’initiative du Service général des Lettres et du Livre de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Née des confidences d’une amie de l’autrice, cette fiction place côte à côte un candidat réfugié afghan et une femme belge d’une cinquantaine d’années. Enseignante, mère de deux enfants, elle, dont le prénom nous est tu, se trouve à un moment de sa vie où la voie semble toute tracée. Mais elle a laissé partir un mari et vit avec un goût de trop peu. Lui a une jeune épouse restée au pays avec leur enfant, il veut obtenir le droit de séjour et les faire venir quand tout sera réglé. Ces deux-là dont la vie est en suspens vont entrecroiser leurs destins et vivre une histoire d’amour qui défie les idées reçues.
La temporalité : un été fiévreux, un juillet-août nerveux. Le lieu : Bruxelles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits familiers, et dans des appartements aussi. La protagoniste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lectrice compulsive. La situation initiale : un peu beaucoup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en couple un lustre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alternative bronze entre deux taffes », elle croise un inconnu qui lui plaît : « Du regard langoureux à la couleur de la peau, du style décontracté à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa musculature que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa rencontre avec Tawfiq va pourtant rythmer ses prochaines semaines.
Un roman qui paraît dans une collection de romans noirs, qui plus est intitulée « Cosy crime » est déjà une manière de se singulariser. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agrémente la couverture de deux phrases qui mettent l’ouvrage sous le parrainage d’Arsène Lupin « De dignes héritiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illustration un cochon grassouillet sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce premier roman d’un policier né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence.
Parmi les genres littéraires ayant l’habitude de se retourner et de pirouetter sur eux-mêmes, de s’auto-commenter, se définir jusqu’à la non-définition, de se dé-positionner et re-positionner dans le royaume de la littérature, l’aphorisme est un des rois. Roi ? Malandrin ? Les aphoristes, s’ils valorisent leur genre, le portent davantage au pinacle des voyous, des dissidents, des mal élevés, des cousins péteurs plutôt qu’au panthéon littéraire. J’écris cela un peu dizzy après le tourbillon que provoquent Les phrases du silence. Aphorismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves.
Il y a cinquante ans paraissait le premier numéro des Cahiers du Grif (Groupe de Recherches et d’Informations Féministes), un an après la première Journée des femmes à Bruxelles et en pleine effervescence. Les 1500 exemplaires sont vendus en vingt-quatre heures. Le féminisme est alors multiple. Sa vivacité est grandissante et son développement constant. Les rassemblements sont nombreux. Les réflexions touchent de plus en plus de domaines.
À l’aube de ses septante-cinq ans, Frédéric cherche à donner du sens à cette période de bilan de vie qu’il traverse. Seul et solitaire, il prend conscience qu’il a mené une vie sans éclat où il n’a rien accompli d’exceptionnel. Il envisage les affres du temps qui passe avec une forme de résignation ponctuée de touches d’humour.
Depuis
Apparu dans l’univers des lettres belges en 2020, Ralph Vendôme (un pseudonyme) s’est érigé en spécialiste de la nouvelle, livrant un premier recueil de qualité aux éditions du Scalde,
Philippe est un chirurgien spécialisé en reconstruction faciale qui vit en harmonie avec sa compagne Albane. Son quotidien est ébranlé lorsque la première femme qu’il a aimée, Olga, reprend contact avec lui après vingt-cinq ans pour lui demander d’opérer son fils défiguré par une agression à l’acide.
Octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, Dominique Biron se donne cinq jours pour balayer devant nous son existence avant de tirer sa révérence. Elle vient d’apprendre le diagnostic lors d’une visite médicale, accompagnée de sa fille et de son beau-fils. Elle sait désormais que l’on va la serrer de près, alors qu’elle revendique de toujours sa pleine liberté et vit dans sa modeste villa. Au rythme de la montée en surface des souvenirs, elle revient sur les faits qui l’ont marquée dans son enfance, sur sa vie avec son défunt mari, mort d’avoir avalé une frite de travers, sur la relation distendue avec ses enfants. Elle entrecoupe son récit de réflexions sur son voisinage et sur tout ce qui lui passe par la tête.
On le sait, un deuxième roman est une étape aussi cruciale qu’ardue pour les écrivain-e‑s. Mehtap Teke n’aura guère attendu pour franchir cet obstacle, puisque Au hasard heureux parait un an et demi à peine après
La bibliographie poétique d’Elke de Rijcke s’étend, à ce jour, de 2005 à 2021, période jalonnée par la publication de cinq projets à un rythme choisi. Ce corpus fait aujourd’hui l’objet d’une rétrospective sous forme condensée, sous-titrée Selected et parue en un volume de poche aux éditions LansKine.
Partant de ces deux constats : le dérèglement des saisons et les nouveaux rythmes scolaires bousculent le monde des grandes vacances, l’auteur profite de l’occasion pour se poser et faire le point. Le temps présent, le temps de l’Histoire (le plus souvent la petite) et le temps du bilan de vie (la bien nommée quarantaine) donnent sa superstructure à l’ouvrage. Ce recueil est également formé de trois « épisodes » : I. Préquel, II. Impromptus générationnels et III. Séquelles. Ces trois titres riment. Les impromptus se présentent sous forme de textes en prose tandis que les épisodes I et III sont en vers libres. Trois figures sont évoquées : un narrateur principal, observateur et désorienté ; la fille de la rue l’orée du bois, bien ancrée entre son amour de l’art et celui de la nature ; la fille de l’ambassadeur, insoumise, cosmopolite et nomade.
Davantage qu’un lieu géographique, le domaine familial de Missembourg constitue un des personnages principaux de l’œuvre de Marie Gevers. Situé à Edegem, près d’Anvers, le jardin-roi est au cœur des récits Vie et mort d’un étang, Guldentop, Madame Orpha. Thème et creuset de la narration, il en est aussi le vecteur, le levier. Dans le roman autobiographique, Madame Orpha ou la Sérénade de mai, la narratrice, une fillette de dix ans, évoque la passion adultère, transgressive de Madame Orpha, la femme du receveur, et du jardinier Louis.