Archives par étiquette : aphorismes

Férocités gouleyantes

Blaise LESIRE, Félic­ité au sous-sol, Cac­tus inébran­lable, 2025,120 p., 15 €, ISBN : 978–2‑39049–125‑5

lesire felicite au sous solAux esprits bien faits, le dén­i­gre­ment pro­cure un plaisir plus vif que l’adoration.

Blaise Lesire, dont nous avions, déjà ici, eu l’oc­ca­sion et le plaisir de chroni­quer son pre­mier recueil Opus­cule navrant paru déjà aux édi­tions Cac­tus inébran­lable, vient de pub­li­er un nou­veau livre aux mêmes édi­tions, Félic­ité au sous-sol. Feuil­letons au hasard pour con­stater de bout en bout la même qual­ité d’écriture, le sar­casme, cette épice qui aide à faire pass­er la niais­erie (comme le souligne très juste­ment l’auteur) et la justesse de ton.… Con­tin­uer la lec­ture

À l’horizon suspendu

Daniel SIMON, Courts-cir­cuits, Cac­tus inébran­lable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–116‑3

simon courts circuitsSur les pan­neaux éclec­tiques accrochés dans les soubasse­ments du réel, Daniel Simon repère des Courts-cir­cuits qu’il aime not­er dans son rap­port-au-monde ; sans doute pour ten­ter de s’y retrou­ver un peu.

Où suis-je ? Loin d’ici si sou­vent. Où suis-je alors ? Dans le sou­venir d’ici…

En gestes dis­tincts, doux et pro­gres­sifs, de phras­es en sen­tences, l’auteur rassem­ble ain­si en pre­mière par­tie de son inébran­lable ouvrage, des pointes de cac­tus ou de seins. Con­tin­uer la lec­ture

(271) Tu me veux du bien, je te veux du beau

Tim­o­téo SERGOÏ, N’oubile pas la baueté du déso­drde, Cac­tus inébran­lable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–115‑6

sergoi n oubile pas la baueté du désodrdreChoisir le dif­fus pour cœur d’écrit, c’est rafraichissant, revig­o­rant et telle­ment proche de penser en soi ; intérieure­ment et ontologique­ment. Bien sûr, il n’y a en général pas d’ordre à lire des apho­rismes, maximes, notes, poèmes. C’est sans doute pourquoi Tim­o­téo Ser­goï tient à les numérot­er et les lis­ter dans le plus grand désor­dre. Le pre­mier chapitre est inti­t­ulé CINQ et si (1) se trou­ve bien à sa place, (2) occupe au chapitre SIX le troisième para­graphe de la page 44, (3) en est le deux­ième à la page 25 du chapitre DEUX et ain­si de suite jusque (322), page 68, chapitre ZERO. Vous êtes un peu per­du ? C’est gag­né ! Con­tin­uer la lec­ture

Envols brefs du bout du jardin

Jacques LACOMBLEZ, Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin, Avec vingt-qua­tre dessins de Jean-Claude Sil­ber­mann, Quadri, 2024, 32 p., 25 €

lacomblez sautes d'instantAlors qu’il vient de boucler en galerie brux­el­loise la présen­ta­tion de ses pein­tures et dessins récents, Jacques Lacomblez mar­que égale­ment de sa plume de poète les 100 ans du sur­réal­isme, lui qui, né en 1934 – et inscrit dans sa galax­ie depuis 1956 – peut en compter dix de moins. Si ses précé­dents recueils lais­saient libre cours au poème de forme libre, par­fois mar­qué par la brièveté, il donne à lire cette fois une pleine brassée d’aphorismes. Le titre en est presque un lui-même : Sautes d’instant, brins d’humeur et un petit bout de jardin. Con­tin­uer la lec­ture

Des ratures éblouissantes

Un coup de cœur du Car­net

Blaise LESIRE, Opus­cule navrant, Cac­tus inébran­lable, 2023, 182 p.,  20 €, ISBN : 978–2‑39049–093‑7

« Tra­vailler pour l’incertain, aller sur mer, pass­er sur une planche »
Pas­cal, Pen­sées

lesire opuscule navrantLes apho­rismes de Blaise Lesire, dit le Mar­quis de l’Orée, dans ce pre­mier livre Opus­cule navrant, au titre d’une déli­cate ironie, se fondent sur une seule cer­ti­tude, celle de l’in­cer­ti­tude, et, comme il le dit de façon apparem­ment trag­ique,  de « l’in­san­ité du bon­heur ».

Lire un recueil d’apho­rismes est une opéra­tion de longue haleine, on peut se promen­er en trem­pant sa ligne dans le ruis­seau et en avançant à la paresseuse… Puis, soudain, une piqûre, un vif-argent entre deux eaux et un éblouisse­ment sur­git. Con­tin­uer la lec­ture

« Mes intentions sont pures, prenez garde ! »

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel HAVRENNE, Œuvres com­plètes, Édi­tion et intro­duc­tion par Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2023, 306 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87450–217‑0

havrenne oeuvres completesLes sur­réal­istes belges auraient-ils tous le même vis­age ? Des bonnes joues, sou­vent la lippe, et très présente, la tête, mas­sive et mon­tée sur un corps qui compte moins. Des mod­èles pour pho­toma­tons. De gross­es lunettes cer­clées qui leur font ce regard d’enfant du malaise, pas perçant pour un sou. Des têtes de pre­miers de classe devenus fonc­tion­naires ternes, assis appointés. En costard cra­vate même en vacances ; surtout en vacances. Même chevelus, on les dirait chauves. Et en matière de sourire énig­ma­tique, ils en remon­tr­eraient à Mona Lisa. Con­tin­uer la lec­ture

Tout et son contraire aphoristique, ou pas

Jean-Philippe QUERTON, Les phras­es du silence. Apho­rismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves, Cac­tus inébran­lable, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 978–2‑07299–619‑1

querton les phrases du silencePar­mi les gen­res lit­téraires ayant l’habitude de se retourn­er et de pirou­et­ter sur eux-mêmes, de s’auto-commenter, se définir jusqu’à la non-déf­i­ni­tion, de se dé-posi­tion­ner et re-posi­tion­ner dans le roy­aume de la lit­téra­ture, l’aphorisme est un des rois. Roi ? Malan­drin ? Les apho­ristes, s’ils val­orisent leur genre, le por­tent davan­tage au pina­cle des voy­ous, des dis­si­dents, des mal élevés, des cousins péteurs plutôt qu’au pan­théon lit­téraire. J’écris cela un peu dizzy après le tour­bil­lon que provo­quent Les phras­es du silence. Apho­rismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves. Con­tin­uer la lec­ture

Sous des tesselles de pensée…

Vin­cent POTH, Aléas sans amar­res ou Livre de pen­sées, Tail­lis Pré, 2023, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–213‑2

poth aleas sans amarreEn plaçant d’emblée en exer­gue de son texte les cita­tions de deux Georges, Per­ros et Bataille, Vin­cent Poth donne le ton de son nou­veau recueil, Aléas sans amar­res pub­lié, comme le précé­dent, au Tail­lis Pré. C’est en quelque sorte entre les silences de Per­ros et les ver­tiges de Bataille que se noue le pro­pos des apho­rismes rassem­blés ici. Car il s’agit bien d’une écri­t­ure apho­ris­tique qui, comme le souligne Véronique Bergen dans la pré­face, oscille entre poésie et philoso­phie. Lau­réat du Prix Décou­verte 2022 de l’Académie Royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, Vin­cent Poth parvient à faire jail­lir, par la ful­gu­rance de ses for­mules, le mir­a­cle des jours ordi­naires. Tou­jours selon la pré­facière, « les jeux sur les trem­ble­ments de la pen­sée et de la langue se penchent sur l’amour, le désir, l’activité de l’esprit, le temps, l’identité, la tran­scen­dance. » Le tout pétri dans une langue presque pure. Car c’est bien ce « presque » que l’auteur assume et revendique. Une pen­sée en éclat, pen­sée-dyna­mite dont l’aphorisme serait la mèche prête à accueil­lir l’étincelle. Une pen­sée qui, pour être tran­chante, se doit d’interroger le doute et la con­tra­dic­tion. Con­tin­uer la lec­ture

André Stas, ou apprendre à laisser

André STAS, Je pen­sai donc je fus. Apho­rismes com­plets 1993–2023, Cac­tus Inébran­lable, 2023, 388 p., 24 €, ISBN : 978–2‑39049–078‑4

stas je pensai donc je fus« Le temps d’apprendre à vivre, on est mort de fatigue. » « Jadis, je dis­ais ‘Je vais mourir un jour’, main­tenant ‘un de ces jours ». Et fidèle à lui-même, entêté jusqu’à l’os, c’est ce qu’a fait André Stas, qui a rompu les amar­res le 26 avril dernier, ou si l’on préfère, s’est « défini­tive­ment occulté » (soit le 7 Palotin 150) pour ceux qui parta­gent avec lui les pré­ceptes aus­si sérieux que dérisoires du Col­lège de ‘Pat­a­physique. Avant de pren­dre le large vers le grand rien et de laiss­er désem­parés tous ses proches et ses ami/es, ce grand manip­u­la­teur des images et des mots, col­lag­iste très ten­té et prati­cien grapho­ma­ni­aque des caus­es dés­espérées, eut néan­moins le temps de sign­er un dernier bon à tir­er : celui de Je pen­sai donc je fus, une antholo­gie presque com­plète de ses apho­rismes, édités entre 1993 et 2023, et regroupés de son vivant au Cac­tus Inébran­lable. Con­tin­uer la lec­ture

Faire des pompes de plume

Karel LOGIST, Faut-il dire la vérité aux éléphants ?, Cac­tus inébran­lable édi­tions, 2022, 76 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–067‑8
Jean-Loup NOLLOMONT, Con­tes à rebours, Cac­tus inébran­lable édi­tions, 2022, 98 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–065‑4

logist faut il dire la verite aux elephantsLes pro­lifiques édi­tions du Cac­tus inébran­lable s’enrichissent d’un troisième titre de Jean-Loup Nol­lomont et d’un pre­mier du poète Karel Logist, pris d’aphorismes.

Le vac­cin con­tre la con­ner­ie ren­con­tr­erait une forte oppo­si­tion.

L’auteur s’explique dans un échange d’emails : « il m’arrive sou­vent, au détour d’une lec­ture, de repér­er ces petites phras­es qui sont comme une res­pi­ra­tion, une pause ful­gu­rante, dans un texte dense.  On a cou­tume d’appeler cela des apho­rismes mais se sont aus­si des punch­lines qui dynamisent (ou dyna­mi­tent) le pro­pos de l’auteur et qui font sor­tir son lecteur de sa zone de con­fort… Ces cour­tes phras­es que j’espionne — inscrip­tions, syl­lo­gismes, décoc­tions, maximes — peu m’importe le terme, sont écrites au départ d’observations lin­guis­tiques ou socié­tales, par­fois moral­isatri­ces, par­fois sub­ver­sives, par­fois drôles. Elles me ravis­sent et me don­nent à réfléchir. Si bien que je me suis mis, avec un cer­tain plaisir, à en pro­duire moi-même, mod­este­ment, en marge de mes lec­tures… Et elles ont eu la politesse de s’adapter à mes humeurs les plus taquines comme aux plus mélan­col­iques ! » Puis de se rassem­bler sous ce titre-plume : Faut-il dire la vérité aux éléphants ? Con­tin­uer la lec­ture

André Stas ou le spadassin passe-murailles

André STAS (textes) et Ben­jamin MONTI (dessins), Bref caetera, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–124‑1
Raoul VANEIGEM (textes), André STAS (col­lages), Adages, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–123‑4

Stas monti bref caeteraOn peut rire aux larmes, et de tout, et de rien… mais pour rédi­ger un traité de savoir-rire, il faut dénich­er l’arme et l’avoir bien en main. L’entretenir. Depuis plus de qua­tre décen­nies, André Stas, « ce chif­fon­nier muni de son cro­chet » – comme le décrivait en 1981 Scute­naire dans sa pré­face à une expo­si­tion de col­lages au Salon d’Art, chez Jean Mar­che­t­ti – a tou­jours trou­vé matière à con­fec­tion­ner ses flèch­es et couteaux, aigu­isés, effilés, enduits d’un secret mélange de curare, de hou­blon et d’eau de Spa, pour attein­dre ses cibles. Les col­lages de Stas, nés dans la par­faite con­nais­sance de ses prédécesseurs sur­réal­istes, ont acquis très vite une autonomie per­son­nelle, que Jacques Lizène définis­sait comme « des enlu­min­ures libres ». À la fois absur­des, dro­la­tiques, par­fois féériques et sou­vent sen­suelles voire sex­uelles, mais sans illu­sions : Stas est impi­toy­able à l’égard de lui-même et de ses sem­blables. Cet homme ne s’épargne pas, pas plus que ses col­lages au scalpel n’épargnent le monde qui l’environne. On cite à nou­veau Scute­naire : un col­lage de Stas, c’est « comme si une éponge morte et sat­urée d’une eau sale rede­ve­nait une créa­ture marine, vivante et fraîche, encore que par­fois effrayante. » Con­tin­uer la lec­ture

La synapse des lettres

Alain DANTINNE, Pure cri­tique de la rai­son suivi du Petit traité de méta­physique élé­men­taire, Voix d’encre, 2022, 72 p., 17 €, ISBN : 978–2‑35128–194‑9
Gaë­tan FAUCER, L’année des d(i)eux, Lamiroy, 2022, 40 p., 4 €, ISBN : 978–2‑87595–636‑1
Serge WERREBROUCK, Le des­tin obtem­péré, Cac­tus inébran­lable édi­tions, 2022, 110 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–062‑3

dantinne pure critique de la raisonPronon­cer vingt-cinq apho­rismes par jour et ajouter à cha­cun d’eux : Tout est là, iro­ni­sait Jules Renard. Voici trois ouvrages pour encour­ager à cet exer­ci­ce quo­ti­di­en. Car il s’agit bien de cela : d’une dis­ci­pline men­tale comme il en existe de physiques. C’est à se deman­der si le cerveau n’est pas un mus­cle. En tout cas, on en a tous un, ce qui fait dire à Gus­tave Lebon : L’homme pense par apho­rismes.

Nous sommes tous ego. Cer­tains plus que d’autres, renchérit Alain Dan­tinne, frap­pant ici en finesse. Sa Pure cri­tique de la rai­son (suivi du Petit traité de méta­physique élé­men­taire) fonc­tionne par thèmes majeurs réduits en sail­lies : De la reli­gion et autres baliv­ernes, De la ver­tu et autres fadais­es, Du nar­cis­sisme et autres névropathies, Du sexe et autres bagatelles, etc. Les séquences sont cour­tes, inspirées, cul­tivées et d’autant plus acerbes, effi­caces, per­ti­nents ; à pro­pos desquelles J’ai eu des mots avec mon édi­teur. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2022 : une envie de découvrir

rentree litteraire 2022

Para­doxe du cal­en­dri­er lit­téraire : à peine la trêve esti­vale s’annonce-t-elle qu’il est déjà ques­tion de la ren­trée. Ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale se pré­pare évidem­ment tou­jours de longue date et c’est aux pre­miers jours de juil­let que l’essentiel des pro­grammes est con­nu. Les pre­mières sélec­tions pour les prix lit­téraires d’automne tombent déjà, et Livres Heb­do peut se prêter à son tra­di­tion­nel décompte : com­bi­en d’ouvrages arriveront sur les tables des libraires en août et sep­tem­bre de cette année ? La sur­pro­duc­tion édi­to­ri­ale, dénon­cée chaque année, sera-t-elle forte, très forte ou qua­si insouten­able cette fois ?

Beau­coup d’auteurs et autri­ces belges, qu’ils soient pub­liés en France ou en Bel­gique, ver­ront eux aus­si leur livre – par­fois même leur premier­ livre – paraitre en cette ren­trée. Tour d’horizon des ouvrages atten­dus à par­tir du 17 août. Con­tin­uer la lec­ture

« Le Baron, vraiment, ne plaisantait pas avec les plaisanteries »

Un coup de cœur du Car­net

Bernard QUIRINY, Por­trait du baron d’Handrax, Rivages, 2022, 176 p., 17 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782743654993
Archibald d’HANDRAX, Car­nets secrets, Rivages poche, 2022, 176 p., 7 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782743655051

quiriny portrait du baron d handraxQuand on ouvre un livre de Quiriny, on entre, à la suite de ses per­son­nages, dans un monde à part. Par­fois, ce monde clos est joyeuse­ment cauchemardesque ; par­fois c’est un délice hors du temps.

Bernard Quiriny entame son Por­trait du baron d’Handrax dans le ton de son Mon­sieur Spleen. Il a à cœur de nous par­ler d’un cer­tain « Hen­ri Mouquin d’Handrax (1896 – 1960) : pein­tre mineur, oublié de nos jours », c’est-à-dire dis­cret, loin des feux de la rampe, tout à fait étranger à la vul­gar­ité de la mode. Ce pein­tre, Bernard, le nar­ra­teur, s’en « entiche par hasard », va dis­traite­ment vis­iter le petit vil­lage de l’Allier dont il est orig­i­naire, décou­vre un musée, apprend qu’on y cherche un sec­ond gar­di­en. « Ain­si com­mença ma nou­velle vie », nous con­fie-t-il avec détache­ment. Il ren­con­tre assez vite le per­son­nage haut en couleur du lieu : le Baron Archibald d’Handrax, petit-neveu du pein­tre, qui devien­dra son ami et le sujet du livre. Con­tin­uer la lec­ture

Herbes à brouter

Patrick HENIN-MIRIS, Zadi­gac­ités, Cac­tus inébran­lable, 2021,80 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–050‑0 ; André STAS, Tout est relatif (et ton­du), Cac­tus inébran­lable, 2021,  80 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–047‑0 ; Paul LAMBDA, Le dés­espoir, avec mod­éra­tion, Cac­tus inébran­lable, 2021, 98 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–0149‑4

henin miris zadigacitesLes Zadi­gac­ités de Patrick Henin-Miris font évidem­ment référence à Zadig, le con­te philosophique, ori­en­tal­iste et néan­moins satirique, de Voltaire. Lui-même l’avait qual­i­fié, par fausse mod­estie ludique, de « couil­lon­ner­ies », bien qu’à par­tir de nom­breuses sit­u­a­tions exo­tiques, Zadig incar­ne la vraie sagesse et la jus­tice face aux ques­tions et aux erre­ments de son siè­cle.

Chez Henin-Miris, ces ques­tions se mul­ti­plient à tra­vers des textes courts, des petits sce­nar­ios en somme, inven­tifs, sagaces, poé­tiques et très con­tem­po­rains, qui dépassent rarement 15 lignes. « C’est agréable de faire court, lit-on en marge. C’est un peu sec­ouer la tête, le porte-plume, et con­stater que des dizaines, des cen­taines de petites his­toires, de petites pen­sées s’éparpillent tout autour  (…) toutes recou­vrant un monde à explor­er, à rêver, à imag­in­er, à préserv­er». Sans oubli­er un humour omniprésent dans cette pluie d’étoiles dont l’ironie pen­sive et les para­dox­es aven­tureux pour­raient s’apparenter aux énigmes aléa­toires de Magritte et forcer la pen­sée à « s’égarer » sur de nou­veaux sen­tiers étranges à bat­tre… Rap­pelons au pas­sage que si le style est bien dif­férent de celui du sur­réal­iste lessi­nois, avec ses noirs fulig­ineux qu’il signe Miris (un des pseu­do­nymes de cet artiste dis­cret, par ailleurs maître en apho­ris­tique, con­teur et féru d’animations théâ­trales), une récente expo­si­tion-spec­ta­cle l’a vu pop­u­laris­er un de ses apho­rismes d’une per­cu­tante et sub­tile sim­plic­ité : « L’être s’est fait avoir ». Con­tin­uer la lec­ture

De Chamfort à Vermot

Gaë­tan FAUCER, Le hasard arrive tou­jours à l’improviste, Cac­tus inébran­lable, coll. « Les p’tits cac­tus », 2021, 72 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–044‑9

faucer le hasard arrive toujours a l'improvisteL’aphorisme est un passe-partout utile à nom­bre d’écrivains pour pra­ti­quer une forme de provo­ca­tion (voire de sub­ver­sion) sous divers déguise­ments. Il peut se met­tre au ser­vice d’une idée forte, avec éventuelle­ment une exagéra­tion pro­pre à asseoir une répu­ta­tion et à sus­citer la con­tro­verse. Au ser­vice aus­si de la facétie par des tours de passe-passe sur le lan­gage et sur les jeux de mots de tout poil, sig­nifi­ants ou non. Au ser­vice aus­si du culte haute­ment salu­bre de l’absurde. Son empire s’étend donc des juge­ments altiers de Cham­fort au lud­isme pop­u­laire de l’almanach Ver­mot, en pas­sant par les apor­ies exis­ten­tielles de G.C. Licht­en­berg ou Pierre Dac. (En ce qui con­cerne Ver­mot, au-delà du mépris bon­homme dont il est la cible, rap­pelons quand même qu’il ne manque pas de beaux esprits pour pré­ten­dre que les plus mau­vais jeux de mots sont aus­si les meilleurs). Cela pour dire que le champ d’action de Gaë­tan Faucer dans son opus de poche, oppor­tuné­ment titré Le hasard arrive tou­jours à l’improviste, tit­ille toute la gamme du genre. Con­tin­uer la lec­ture