Yves TENRET, Mon AVC, Médiapop éditions, 2017, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑918932–68‑0
Yves Tenret, dans son dernier livre, nous ouvre son journal de presqu’outre-tombe. Il a été victime d’un AVC, il s’en est tiré, mais il a senti que la faucheuse n’était pas passée loin. Alors, encore scandalisé par la trouille, il crache. Les crachats de Tenret maculent sa chambre, et dessinent un dialogue envoûtant entre les bribes de diagnostics et les ricanements, les morceaux de bravoure technico-médicaux et les pièces de verve inquiète : un livre comme un bras d’honneur aux asticots. Continuer la lecture
Salvatore Minni tente avec son premier roman, Claustrations, d’explorer les labyrinthes tortueux de la schizophrénie. Le sujet est vaste, et les modèles nombreux. C’est presque dans une tradition que l’auteur cherche à s’inscrire, terrifiante avec Maupassant et Stevenson, humoristique avec Gogol, renouvelée avec Emond ou Malerba, et si féconde dans le cinéma qu’on ne compte plus les rejetons de Psychose, excellents quand ils sont signés De Palma (L’esprit de Caïn), Fincher (Fight club) ou Scorsese (Shutter Island), pénibles quand ils se contentent de singer les codes du thème, comme lorsque M. Night Shyamalan cherche pathétiquement à renouer avec le succès jamais retrouvé du Sixième sens et nous offre un poussif Split, ou quand Fenêtre secrète vient nous rappeler que Johnny Depp se perd régulièrement dans des mauvais projets et que tout bon roman de Stephen King ne fait pas un bon film.
Suite de notre rétrospective de l’année avec les choix de Nicolas Marchal.
Une fois de plus, Ben Durant fait profiter au lecteur de sa large culture. Dans Blockhaus, il nous régalait des coulisses de l’histoire de la deuxième guerre mondiale ; Le Quatrième cavalier explore les coins les plus reculés de la Bible, les gnoses juives et chrétiennes, la mythologie grecque. On entame le récit dans la violence. Le personnage principal, un riche esthète qui vit dans les beaux quartiers et circule en voiture de luxe, se fait agresser dans sa propriété par deux loubards à qui il règle promptement le compte en deux coups de couteau. Une carte de visite le conduit dans un garage de Molenbeek, où le garagiste agonisant l’envoie dans une galerie d’art du Sablon. Bien vite, on comprend que notre héros vit, avec sa femme, depuis de nombreux siècles, et que les épreuves qu’il sera amené à affronter sont tout sauf naturelles : restaurant crachant les flammes de l’enfer, Lucifer travesti en Osiris, monstres bibliques et complots démoniaques, d’un bout à l’autre de la ligne du temps, de Bruxelles à Zurich, de Prague à la Toscane. 
Marine, une jeune journaliste, était venue à New-York pour interviewer Wil.i.am des Black Eyed Peas, mais l’annonce de la mort de Stromae, dans une chambre d’hôtel cossu de Manhattan va bouleverser son programme et sa vie. Rien ne colle. Marine le sent. Elle appelle son père, journaliste musical depuis trente ans, pour qu’il la conseille, lui donne des tuyaux pour mener son enquête. Car elle veut comprendre. Elle veut savoir ce qui s’est passé dans la tête de cet artiste qu’elle a déjà rencontré auparavant, et qui avait encore tant à offrir à son public.
«Je m’appelle Hubert. On m’a déjà dit que c’était un drôle de prénom, mais personnellement, je ne trouve pas. Pour moi, Jean-Jacques ou Thierry, ça, ce sont de drôles de prénoms. Fabienne aussi. Mais Hubert, non, je trouve que c’est un prénom comme la plupart des autres prénoms sauf ceux que je trouve drôles. Enfin, de toute façon, ce livre n’est pas consacré aux prénoms et à leur taux de drôlerie. On ne va donc pas en parler pendant plusieurs lignes.»
Thibault Damour est un physicien de renom. Mathieu Burniat est un auteur de bandes dessinées élégantes et décalées. Ensemble, ils ont relevé un défi de taille : raconter ce qu’est la réalité.
L’actualité littéraire fatigue. Biopics pseudo-sulfureux, autofictions écrites avec les pieds, tyrannie du « sujet ». Heureusement, il reste des écrivains qui se fichent de la mode, et qui nous offrent des bijoux. « Prétendons qu’il y a un chemin pour traverser le miroir et passer dans la maison de l’au-delà ».
Jean Guillemin, à l’entame de son récit, se confie à nous : en démissionnant de son poste de ministre des affaires étrangères, il a ressenti le besoin de raconter ses souvenirs. Les mémoires d’hommes politiques, s’ils nous captivent ou nous intriguent parfois par la truculence des détails et l’importance des enjeux, peuvent aussi nous aider à comprendre le fonctionnement de la chose publique, c’est-à-dire former le citoyen qui est en nous. C’est plus vrai encore dans le cas de mémoires d’un homme politique fictif, personnage signifiant plus que lui-même, essence même de dizaines d’années d’observation journalistique de l’auteur. Le roman est une des manières de sortir du registre de l’anecdote et, paradoxalement, d’atteindre la vérité.
Lui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son premier roman a été salué par la critique. Et ce n’est pas rien, un succès critique pour un premier roman ! Alors forcément, ça met de la pression pour le deuxième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de manuscrit à des éditeurs parisiens. Donc prestigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beaucoup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entrer au Panthéon des Grands Écrivains, il devra encore attendre. Évidemment, ce serait certainement plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas toujours avec ses préoccupations basses de petite-bourgeoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lasser cette ridicule comptine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stupide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant raconter à son fils une merveilleuse histoire de son cru mais non, décidément non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf.
Dans Blockhaus, Ben Durant mêle Histoire et histoires, fiction et réel, explosions assourdissantes et murmure de la mer. Il y a la guerre, et puis toutes les guerres dans la guerre.
Ils ont lu et ils ont apprécié… Jusqu’à janvier, découvrez chaque jour le “Top 2015” d’un chroniqueur du Carnet. Une occasion de (re)découvrir de manière ludique les temps forts de l’année littéraire belge — et peut-être aussi de trouver l’inspiration pour vos cadeaux de fin d’année.
Un homme sort de prison. On comprend que c’était un prisonnier important. Les journalistes l’attendent. On lui demande : « Que comptez-vous faire maintenant ? » Et il répond : « Entrer dans la légende ». Cet homme, c’est Franck Jammet, un pianiste doué et un braqueur génial, converti à la criminalité par un incident qui survint alors qu’il était enfant de chœur. « Entrer dans la légende » : bien entendu, moins d’un an après sa libération, a lieu « le braquage du siècle », un fourgon contenant des dizaines de millions de dollars en diamants dans l’enceinte de l’aéroport de Zaventem, trois minutes, aucun coup de feu. Franck Jammet est le suspect tout désigné.
Road-movie médusé, chronique sociale de la bassesse, western-fricadelle où les duels se règlent en bagnoles, Rodéo est tout ça à la fois. On y grince des dents, on y sourit jaune, et on y découvre une nouvelle plume, affûtée pour de douloureux tatouages, celle d’Aïko Solovkine.