Archives par étiquette : nouvelles

Portraits d’Éléonore

Emmanuèle SANDRON, Je ne te mangerai pas tout de suite, Avin, Luce Wilquin, coll. « Euphémie », 2015, 128 p., 12 €

sandronLa meilleure école d’écriture est la lec­ture, entend-on par­fois. Peut-être traduire mène-t-il encore plus sûre­ment vers l’écrit ? La preuve par Emmanuèle San­dron qui pub­lie un recueil de nou­velles, Je ne te mangerai tout de suite, où l’art de la nar­ra­tion se dou­ble d’une écri­t­ure ciselée. Con­tin­uer la lec­ture

De grandes vies minuscules

Un coup de coeur du Carnet

Camille LEMONNIER, L’enfant du Cra­paud, Tal­ence, L’Arbre vengeur, coll. « L’Arbre à clous », 2015, 128 p., 12 €

LEMONNIER-COUVERTUREOn ne sait ce qui est le plus jouis­sif dans les nou­velles de Camille Lemon­nier (1844–1913), véri­ta­ble plongée au cœur de la plèbe ouvrière, agri­cole et crim­inelle de la deux­ième moitié du dix-neu­vième siè­cle : la folie qui irrigue ces his­toires nat­u­ral­istes ou l’écriture poé­tique qui les racon­te ? Une écri­t­ure par­fois cri­tiquée pour trop de sophis­ti­ca­tions lex­i­cales et phras­tiques. Or, c’est pré­cisé­ment par sa beauté, sa richesse et son inven­tiv­ité qu’elle élève les mis­éreux hors le com­mun et les extrait de leur con­di­tion tout en ne niant pas, que du con­traire, en dis­ant au plus juste : la vie con­crète de l’indigence, du labeur, du corps sex­uel et mor­tel, une vie où néces­sité fait loi et se fout d’une quel­conque morale (bour­geoise). Con­tin­uer la lec­ture

Des auteurs qui font fureur

affiche fureurLa Fureur de lire, ça com­mence!

Pour l’oc­ca­sion, cette année encore, 6 pla­que­ttes sont pub­liées et disponibles gra­tu­ite­ment. A décou­vrir et faire décou­vrir… Con­tin­uer la lec­ture

Des nouvelles pour réfléchir

Un coup de coeur du Carnet

Col­lec­tif, Le peu­ple des Lumières, Hévillers, Ker édi­tions, 2015, ePub : 4.99 €

Pari réus­si pour la mai­son d’édition belge Ker, qui avec son recueil Le peu­ple des Lumières nous pro­pose  un ensem­ble de textes pour jeunes lecteurs qui déclenchent le débat, qui sus­ci­tent l’écoute et invi­tent à com­pren­dre une actu­al­ité vio­lente, par­fois relayée abrupte­ment par les médias. Con­tin­uer la lec­ture

D’une limpidité opaque

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Scènes d’amour et autres cru­autés, Zel­lige, coll. « Vents du Nord », 178 p., 18€


richardScènes d’amour et autres cru­autés
est une expéri­ence lit­téraire unique. Jacques Richard, à la manière d’un pein­tre sur-réal­iste, fait sur­gir des images extra-ordi­naires, pièces d’un puz­zle éclaté où tout ne s’emboîte pas de soi. Le proces­sus de famil­iar­ité qui installe clas­sique­ment le lecteur dans un univers fic­tion­nel ne fonc­tionne pas ici. On est dérangé, poussé hors de notre zone de con­fort. On pense com­pren­dre, puis non. On pense voir, puis non. On pense saisir, puis non. On pense… On pense beau­coup trop. L’impératif du lâch­er-prise s’impose. Car, dans un mou­ve­ment d’une flu­id­ité extrême, d’une vir­tu­osité con­fon­dante, Richard fait gliss­er de con­sciences en voix, de sujets en objets, de vibra­tions intimes en dis­tantes extéri­or­ités. Comme si de rien n’était. Con­tin­uer la lec­ture

Une sacrée glissade

Françoise FAVRETTO, L’Arrachoir 2, St-Quentin-de-Cap­long, Ate­lier de l’Agneau, 2015, 64 p., 14 €

Au long des douze réc­its et nou­velles qui nous emmè­nent sans nous pré­cip­iter, nous changeons de sujet. Du brouha­ha d’une classe de lycée à la révolte et la fuite en douce d’une jeune Afghane, d’un théâtre improb­a­ble à l’absurde recherche d’alibi d’un faux meur­tri­er, ou ailleurs encore. Et par exem­ple dans ce couloir où le tas de cour­ri­er non relevé a pu faire dérap­er les gen­darmes qui forçaient la porte d’un soli­taire pré­sumé mort. Rien de trag­ique cepen­dant dans ce livre léger de Françoise Favret­to qui fait suite à un pre­mier vol­ume pub­lié en sep­tem­bre 2012. Ce sont des herbes un peu sauvages certes que l’auteure sar­cle, déracine à l’aide de son out­il, de celles qu’on aurait pu ignor­er en pas­sant, tête en l’air, mais qui sont sou­vent fleuries et odor­antes. Il faut une réelle atten­tion au monde pour les apercevoir et beau­coup de déli­catesse pour les cueil­lir et les offrir. Con­tin­uer la lec­ture

Les sept mélancoliques

Pierre KUTZNER, La femme qui ne voulait plus faire l’amour, Marcinelle, Édi­tions du CEP, 2015, 93 p., 12 €

kutznerPierre Kutzn­er n’est pas vrai­ment incon­nu dans le petit monde des Let­tres et des arts belges : on lui doit des nou­velles, des arti­cles et une récente mono­gra­phie con­sacrée à l’artiste Fabi­enne Havaux[1]. Le sex­agé­naire signe, en cet été 2015, son tout pre­mier ouvrage de fic­tion – un recueil de nou­velles : La femme qui ne voulait plus faire l’amour. Con­tin­uer la lec­ture

Des hommes et des canaris

Michel TORREKENS

lammersOn s’évade par la lec­ture. Peut-on s’évader par l’écriture ? C’est la ques­tion que l’on aurait envie de pos­er à l’auteur de ce recueil de cinq nou­velles. Il y relate, même si ce n’est pas auto­bi­ographique, des événe­ments de l’univers car­céral où il a passé plusieurs années après une con­damna­tion à per­pé­tu­ité. Con­tin­uer la lec­ture

L’art délicat de faire scintiller les pâleurs

François SALMON, Rien n’est rouge, Luce Wilquin, 2015, 140 p., 14€, ISBN : 978–2‑88253–502‑3

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Habituelle­ment, les recueils de nou­velles sont tis­sés autour d’un thème qui sert de fil con­duc­teur à l’ensemble. Ici, rien de tout cela. François Salmon part dans toutes les direc­tions : on par­court sans tran­si­tion l’univers du west­ern, du fan­tas­tique, du polar, de la sci­ence-fic­tion, du réc­it his­torique, de l’allégorie,… sans oubli­er le genre réal­iste. Con­tin­uer la lec­ture

“La lente chute de la banalité”

Isabelle BALDACCHINO, Les Blondes à forte poitrine, Lou­vain-la-Neuve, Quad­ra­ture, 2015, 118 p., 15€ / epub : 9,99 €

baldacchino

Clap pre­mière : « Ce soir aus­si, elle entre dans le bar. Elle y va chaque semaine écouter la musique, écouter les piliers, écouter les ver­res plaqués sur les tables, les con­ver­sa­tions sans mots, les rires, les bour­don­nements des voix. » Ana s’installe sur une chaise haute près du zinc, vig­i­lante quant à sa pos­ture, très apprêtée pour par­er aux stig­mates de l’âge. Silen­cieuse, elle enfile les Mar­ti­ni, observe les clients, s’enfonce douce­ment dans les vapeurs de l’alcool et de pathé­tiques fan­tasmes. Con­tin­uer la lec­ture

Une mosaïque de souvenirs

Francine GHYSEN

gottoElles son­nent juste, elles son­nent vrai, les nou­velles de Mario Got­to réu­nies sous le titre de la pre­mière : Le bouil­lon noir de ma mère. Petits tableaux gravés dans la mémoire d’un « vieil Ital­ien sen­ti­men­tal », attaché à son enfance, à sa famille. Échap­pées dans l’imaginaire, qui tour­nent par­fois au cauchemar… Con­tin­uer la lec­ture

De touchantes promenades imparfaites

Un coup de coeur du Carnet
Emilie GÄBELE

lambertDes êtres avan­cent dans une ambiance canic­u­laire. L’air se fait lourd. La nébu­losité aug­mente. Un obsta­cle et ils trébuchent. La chute était inévitable. Cer­tains se relèvent rapi­de­ment. D’autres, aux abois, plon­gent « pour un instant, pour un instant seule­ment », ou pour une plus longue durée. Ces hommes et ces femmes par­courent les villes, à pied ou en voiture, errent dans leurs pen­sées, leur passé, leurs rêves. Ce sont tous de grands blessés. Cer­tains ont été amputés d’une femme, d’une dig­nité, d’un rêve, d’autres d’une car­rière, d’une voix, d’un ami, d’une rai­son… Ils avan­cent clau­di­cant, bien sou­vent seuls, l’ombre d’une peur incon­nue leur col­lant à la peau. Con­tin­uer la lec­ture

“À quoi ça rime?”

Samia HAMMAMI

lambertDans son éclairante post­face à la réédi­tion en Espace Nord (2015) de Dieu s’amuse, paru ini­tiale­ment aux édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux (2011), Nau­si­caa Dewez retrace le par­cours aux mul­ti­ples sur­geons (jour­nal­iste, rédac­teur en chef, chroniqueur, romanci­er, ani­ma­teur d’ateliers, etc.) de Michel Lam­bert, homme à une seule souche : la lit­téra­ture. Elle inter­roge plus pré­cisé­ment son rap­port à la nou­velle, genre qu’il priv­ilégie depuis son entrée en écri­t­ure et au sein duquel il se démar­que par des recueils solide­ment cohérents, primés à plusieurs repris­es. La post­facière l’inscrit dans une lignée résol­u­ment con­tem­po­raine : « D’évidence, la nou­velle telle que pra­tiquée par Michel Lam­bert rompt avec le canon de la nou­velle clas­sique, à la Mau­pas­sant. Pour repren­dre une ter­mi­nolo­gie pro­posée par René Godenne et aujourd’hui com­muné­ment admise, on peut dire que Lam­bert pra­tique non la “nou­velle-his­toire” mais la “nou­velle-instant”. » Sous cette dénom­i­na­tion se range une veine où, sans souci de racon­ter une his­toire com­plète, est opéré un focus – la « spec­tro­gra­phie » – sur un moment déter­mi­nant de la vie d’un pro­tag­o­niste lamb­da. Cette démarche implique le lecteur et, selon les pro­pres ter­mes de Lam­bert, l’invite à « faire tra­vailler son imag­i­na­tion pour combler les blancs du texte ». Con­tin­uer la lec­ture

L’iris noir

Un coup de coeur du Carnet

Michel DUFRANNE (dir.), Brux­elles Noir, Asphalte, 2015, 21 €/ePub : 9.99 €

dufranneBrux­elles Noir est un recueil de nou­velles qui enri­chit la série des édi­tions Asphalte. Celle-ci  explore sous l’angle du polar dif­férentes villes comme Paris, Los Ange­les, Mex­i­co, Mar­seille, Barcelone, Haïti, Brook­lyn… Con­tin­uer la lec­ture

Et c’est ainsi qu’Alain est grand

Alain VAN CRUGTEN, La Rébro­lu­tion et autres his­toires à demi belges, Lau­sanne, L’Âge d’homme, coll. « La Petite Bel­gique », 144 p., 15 €

van crugtenDoit-on dire qu’Alain Van Crugten est d’abord tra­duc­teur sous pré­texte qu’avant de pub­li­er ses pro­pres romans et nou­velles, il s’est attelé à ren­dre dans un français admirable maints chefs‑d’œuvre des lit­téra­tures polon­aise, tchèque ou fla­mande de Bel­gique ? Certes, sans lui, le pub­lic fran­coph­o­ne trou­verait moins de bon­heur à s’immerger dans la prose flu­viale et cha­toy­ante de Witkiewicz, dans les étranges réc­its de Bruno Schultz, dans les pièces de Tom Lan­noye ou d’Hugo Claus… Là, déjà, on salue bien bas. AVC-sar ! Con­tin­uer la lec­ture

C’est l’histoire d’un chien

Claude RAUCY et Ser­gio SALMA, L’os per­du : 10 his­toires pour chiens, Hévillers, Ker édi­tions, 2015, 57 p., 10€/ePub : 4,99 €

Raucy_LOsPerdu_Couv_DEF1C’est même l’histoire d’un chien racon­tée à un chien. Car Fripon aime qu’on lui racon­te ses aven­tures. Alors sa maitresse revient sur leur pre­mière ren­con­tre, ses exploits, ses bêtis­es. C’est qu’il en vit des choses, ce petit bea­gle ! Con­tin­uer la lec­ture