Leïla ZERHOUNI, Femmes empêchées, M.E.O., 2021, 122 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782807003170
Le premier roman de Leïla Zerhouni nous donne à lire les fragments de vie de plusieurs personnages qui transitent dans un lieu clé : une petite librairie tenue par une passionnée de livres, Madame Kéra, dans un village paisible de Wallonie.
Parcouru de nombreux flash-backs, le récit débute sur le décès de Madame Kéra et revient en arrière pour nous dévoiler peu à peu les histoires tissées au fil du temps autour de cette boulimique de lecture. On découvre alors Ania, la fille adoptive de la boulangère, qui, malgré une mère aimante, cherche à combler le gouffre de ses origines et de ses questions sans réponse à travers le refuge thérapeutique de la lecture. Continuer la lecture
Voici une enquête policière qui vous offre une visite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrouvé sans vie. Le médecin attitré du couvent qui vient constater le décès émet des doutes quant aux causes de la mort, mais l’insistance du prieur le persuade d’en rester là. Lorsque de nouveaux faits sanglants surviennent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrouvent hospitalisés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde bouleverse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les conversations sont réduites au minimum, les offices ouverts au public sont les seuls moments de contact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se délier face au commissaire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la justice des hommes là où prévaut celle de Dieu.
« Je pieute au dernier étage, sous les toits. Eux dorment au rez-de-chaussée. Ils ont fait fortune dans les pompes funèbres. On se partage un funérarium désaffecté. On vit en tête à tête avec monsieur Martin qui nous surveille, couché dans leur grand lit. Son corps ne bouge plus, ça fait des années. On continue à lui parler. Un peu comme s’il était mort, sauf qu’on peut le toucher. »
La vie de Julius est plutôt morose depuis qu’il a perdu son travail… ou peut-être l’a‑t-elle toujours été ? Cet éternel célibataire est très solitaire. Il voit parfois sa vieille sœur Marcella qui vit dans une petite maison de l’ancien béguinage de Mont-Saint-Amand. À l’époque, il allait aussi parfois rendre visite à Lieve, une prostituée du quartier de la gare. Poussé par un élan inhabituel – comme s’il était temps qu’il aille à contre-sens de sa vie – il entre chez un antiquaire et en ressort avec une statuette représentant le dieu Pan, le sexe dressé. Il ne sait expliquer pourquoi il est attiré par cet objet. Il veut montrer la statuette à Marcella. La vieille femme qui perd la vue sourit joyeusement en touchant le membre de la statuette. Julius sent que quelque chose a changé dans sa vie depuis qu’il a acquis cette statuette, comme si sa mélancolie voulait disparaître. Il veut revoir Lieve, mais il apprend qu’elle ne travaille plus dans le café où il allait la retrouver.
Apolline, Apo pour les intimes, n’a, depuis la fin de ses études de cinéma, qu’une seule obsession : devenir une autrice célèbre !
Il est marin pêcheur, c’est ce qu’il voulait faire depuis tout petit. La violence des flots, les tempêtes, la lutte pour maîtriser l’immaîtrisable, il en a besoin.
Le premier roman de Laura Tinard met en scène Pamela, une jeune artiste évoluant dans le milieu alternativo-hipe-arti bruxellois.
La littérature est un champ de bataille, un combat. Mené contre soi ou contre les autres. Dans Précipitations, premier roman de Sophie Weverbergh, le récit s’apparente à un ring sur lequel danse une narratrice nommée Pétra. Ou plutôt, conforme à l’étymologie de son prénom, Pétra est une pierre, un petit caillou qui coule. En treize chapitres ancrés dans une esthétique de la distance et de l’humour, Pétra, 37 ans, enceinte, mère d’un jeune garçon, belle-mère de deux autres enfants, nous délivre des monologues coulés dans une introspection météorologique. Une auscultation des précipitations mentales qui la frappent alors qu’elle est gravide. Un fragment de Poésie verticale de Roberto Juarroz se tient aux avant-postes de ce récit qui décrit les cercles concentriques de ce qu’on peut appeler dérives intérieures ou psychose périnatale dans notre société contemporaine qui psychiatrise à tour de bras pour mieux contrôler, enfermer, annihiler ceux et celles qui ne jouent pas le jeu de la grande machine sociale.
Dans Légère, son premier roman, Marie Claes nous emmène dans la commune de Blevin, lieu apparemment imaginaire et localisé en Belgique, où elle tisse les entrelacements d’une crise familiale, de sa naissance à sa résolution.
Patrick Vancoillie nous fait découvrir ici le parcours de Joy Esteban Lozano, une juriste new-yorkaise qui vient de conclure son troisième divorce. Fatiguée par le rythme effréné de Big Apple, elle décide de prendre un congé sabbatique afin d’aller à Ibiza, l’île où elle est née et a vécu les trois premiers mois de sa vie.
La rentrée littéraire de septembre 2021 contenait son lot de surprises, parmi lesquelles le premier roman d’Aurélie Giustizia. Un livre garanti par son éditeur « zéro retour, zéro stock, zéro pilon, zéro indisponibilité » grâce au choix de l’impression à la demande. Une faible empreinte carbone, pour un texte qui ne manque pourtant ni de noirceur ni de flamme.
Roberta s’est fracturé le bassin sur le chemin menant à son jardin. La voilà immobilisée et, faute de pouvoir se débrouiller seule chez elle, pensionnaire de La Cerisaie, cette maison de repos dont le nom lui rappelle Tchekhov. Le séjour sera temporaire : trois semaines. Vingt-et-un jours. Assez pour avoir à tromper l’ennui, entre lecture et écriture.
Une fille à la rue : comment en parler sans tomber dans le piège de son propre regard, privilégié, de voyeur.euse ? C’est le défi ambitieux que Fanny Garin s’est lancé dans ce premier roman.
Aurore a entamé des études de lettres à la Sorbonne. Elle ambitionne de devenir romancière et elle est revenue dans sa famille pour passer les vacances d’été, laissant son compagnon à Paris. Dans la demeure familiale, elle retrouve sa mère, Madeline qui vit aux côté de sa grand-mère, Huguette. Ici, point d’homme, juste le souvenir d’un grand-père parti trop tôt et d’un mari enfui. Ce retour marque une rupture avec la vie en ville, elle redécouvre un univers sur lequel l’aïeule règne sans partage, imposant une organisation intangible et dirigeant la vie de la maison. Pour sa petite-fille, qui doit être épuisée, elle veut un séjour sans histoire, du repos à l’ombre, de longues nuits, des repas réguliers.
Taklamakan ? Le titre interpelle, l’objet-livre creuse l’interrogation (épais, lignes serrées, couverture exotique), les phrases initiales précipitent au côté d’un narrateur emmitouflé dans un sac de couchage au sortir d’une tempête de sable :
Sally est une jeune fille de 15 ans qui vit à Bruxelles. N’ayant jamais connu son père, elle n’a pas la vie simple avec sa mère dépressive et alcoolique, qui a l’insulte et les coups faciles dans ses moments de détresse. Sally est bien seule dans son quotidien, mais elle a l’intelligence d’être ouverte aux rencontres qui vont lui servir de refuge. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de deux autres solitudes : Eva, une voisine d’une septantaine d’années, et William, un étudiant exilé de son Cameroun natal. Avec ses deux nouveaux amis, elle peut avoir quelques conversations à propos de leur passion commune pour les livres.