Archives par étiquette : premier roman

Jeune, jolie, riche et morte

Bernadette DE RACHE, La fille sur le banc, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2021, 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9782874896675

Sans doute est-ce une car­ac­téris­tique majeure et heureuse du roman polici­er actuel que de don­ner tout autant de place à la vie intime des enquê­teurs en charge d’élucider un crime qu’à la réso­lu­tion de l’énigme crim­inelle elle-même. En marge de l’enquête, d’autres enjeux per­son­nels exis­tent, qui inter­agis­sent avec celle-ci tout en for­mant un réc­it par­al­lèle. La fille sur le banc s’inscrit pleine­ment dans cette veine nar­ra­tive en nous inté­grant dans l’équipe poli­cière chargée de l’affaire sous la direc­tion de Steve, un taiseux tout entier voué à sa mis­sion qui le mobilise de jour comme de nuit, au point qu’il en oublie sa famille, ou nég­lige de dormir ou de manger. Sa volon­té de com­pren­dre les ressorts du crime et de dépass­er les apparences crée en lui un mou­ve­ment men­tal sans repos auquel Bernadette De Rache nous asso­cie tout en suiv­ant tour à tour les autres mem­bres de l’équipe : Marie l’impétueuse, qui fonc­tionne à l’instinct, Ange­lo, le magi­cien qui délie les secrets des ordi­na­teurs et porta­bles. Con­tin­uer la lec­ture

Qui a tué mon amant ?

Odile BALTAR, Arrête ton cirque !, Fleuve, coll. « Fleuve noir », 2021, 174 p., 14.90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 782265155282

baltar arrete ton cirqueOdile Bal­tar a rem­porté la pre­mière édi­tion du prix San-Anto­nio. Arrête ton cirque !, le man­u­scrit qu’elle a soumis au jury à cette occa­sion, est désor­mais un roman – le pre­mier de l’autrice – pub­lié dans la col­lec­tion de référence « Fleuve noir ».

Le prix San-Anto­nio récom­pense « un polar inédit, qui sera dis­tin­gué pour son tra­vail sur la langue ain­si que son ancrage dans l’époque actuelle ». Le livre d’Odile Bal­tar com­mence par une mort, celle de François. Meilleur ami de Lau­re, il est aus­si son amant, ce qui n’empêche pas celle-ci de vivre en cou­ple avec le gen­til et qua­si par­fait Pas­cal. Quand Lau­re apprend que François s’est sui­cidé, elle soupçonne immé­di­ate­ment, allez savoir pourquoi, Pas­cal d’avoir liq­uidé son rival et maquil­lé son crime pour faire croire à un sui­cide. Voilà pour l’intrigue poli­cière. Con­tin­uer la lec­ture

« Droit dans le soleil »

Lou KANCHE, Rien que le soleil, Gras­set, 2021, 216 p., 18,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782246827566

kanche rien que le soleil« Jusqu’au moment où il a dit : je vois un jeune homme. Là j’ai songé aux cieux crevant en éclairs de Rim­baud parce que c’était vrai­ment ça, ça crevait en éclairs à l’intérieur de moi, alors j’ai pressé l’homme : quoi d’autre ? Le type a plis­sé ses petits yeux […] avant de répon­dre : quelqu’un de proche mais avec le Dia­ble à ses côtés, vous voyez comme l’Amoureux regarde le Dia­ble ?, et il a pointé la face cor­nue et rieuse, la porte de la lux­u­re s’ouvre. C’est le dan­ger. Drôle de porte, j’ai pen­sé, j’aimerais bien qu’une porte comme ça existe. » Ce Dia­ble, en fait, il pour­rait bien s’incarner en Sofi­ane Zenou­da. Con­tin­uer la lec­ture

Juste le minimum hérité

Véronique ROELANDT, Mes ham­sters, Arbre à paroles, 2021, 58 p., 10 , ISBN : 978–2‑87406–706‑8

roelands mes hamstersPar­mi les derniers-nés de la col­lec­tion iF, quelle bonne sur­prise que de décou­vrir, aux côtés des deux incon­tourn­ables de la lit­téra­ture belge que sont désor­mais Karel Logist et Chris­tine Aventin, le pre­mier recueil d’une toute nou­velle autrice : Véronique Roe­landt. Con­tin­uer la lec­ture

Fiction sur glace

Jere­mie BRUGIDOU, Ici, la Béringie, L’ogre, 2021, 226 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782377561049

brugidou ici la beringieLa pro­gres­sion de la fonte des glaces du Grand Nord est désor­mais con­nue de tous. Des régions entières, autre­fois inac­ces­si­bles, livrent peu à peu leurs secrets et sus­ci­tent toutes sortes de con­voitis­es. Jere­mie Brugi­dou a imag­iné ce qu’il pour­rait en advenir dans un futur proche. Con­tin­uer la lec­ture

Carmen ou la résolution

Un coup de cœur du Car­net

Sophie D’AUBREBY, S’en aller, Inculte, 2021, 288 p., 18.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782360841189

d aubreby s en allerCon­traire­ment à l’amour mis en chant par Bizet, Car­men est enfant de bour­geois, et a tou­jours con­nu des lois. Née au début du 20e siè­cle au sein d’une classe aisée, dès son pre­mier souf­fle, elle a endossé naturelle­ment un cos­tume étriqué con­fec­tion­né de longue date par la société patri­ar­cale, un « corset de manières cousu à même sa peau » par son milieu. Docile, elle a gran­di sage­ment, sans ques­tions ni attentes, en con­for­mité, préservée. L’évidence la menait au mariage arrangé, une des­tinée dont elle était tenue à l’écart mais qu’elle accep­tait en spec­ta­trice. Cepen­dant, même dans les dess(e)ins les plus maîtrisés, il y a tou­jours une ligne de fuite. Con­tin­uer la lec­ture

Ces parents-là

Un coup de cœur du Car­net

Vir­ginie JORTAY, Ces enfants-là, Impres­sions nou­velles, 2021, 256 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782874498855

jortay ces enfants-làElle se sou­vient, tout lui revient en détail, sa rage monte et, avec elle, le besoin d’écrire. Les mots se pré­cip­i­tent car tout est devenu clair à présent que l’étau de leur emprise s’est relâché. Dans cet élan, elle nous dit d’une traite son enfance dans une famille en vue, de celles qui attirent le regard et la con­voitise et à qui tout sem­ble réus­sir. Le père est ani­ma­teur-vedette, il enchaîne les suc­cès. La mère accom­pa­gne cette réus­site et en organ­ise la mise en scène. Elle saisit toutes les occa­sions d’affirmer l’ascension sociale de leur cou­ple au tra­vers de récep­tions au cours desquelles il se donne en spec­ta­cle, toute pudeur mise de côté. Une mai­son neuve est con­stru­ite pour affirmer ce statut, avec une piscine dans laque­lle il est de bon ton de se baign­er nu. Ces fes­tiv­ités large­ment arrosées rassem­blent des adultes libérés qui recherchent un plaisir sans lim­ite, et les hôtes sem­blent s’en réjouir tout y en prenant part. Con­tin­uer la lec­ture

Le risque d’éclore

Gré­go­ry MATTHYS, Let­tres muettes pour fille non-affranchie, Aube, coll. « Regards croisés », 2021, 296 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8159–3851‑8

matthys lettres muettes pour fille non affranchieLise Bel­lacroix a 27 ans. Elle tra­vaille depuis 4 ans à l’ac­cueil de l’en­tre­prise d’outillage Toolex où ses journées sont ryth­mées par les frot­te­ments de la porte coulis­sante et les deman­des incon­grues (quand elles ne sont pas incom­préhen­si­bles ou insup­port­a­bles) des clients. Con­tin­uer la lec­ture

De la fantasy qui questionne le présent

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie DEVRIESE, Biotanistes, ActuSF, 2021, 350 p., 19.90 / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑37686–349‑6

devriese biotanistesDis­crim­i­na­tions liées au genre, éco­cide, manip­u­la­tions du pou­voir et de l’information, impor­tance de la mémoire et de la trans­mis­sion : l’énumération des thèmes brassés dans ce pre­mier roman peut faire peur. Pour­tant, avec Biotanistes, Anne-Sophie Devriese évite l’écueil d’une lit­téra­ture don­neuse de leçons. Mieux : elle signe un roman-univers dont le lecteur met du temps à revenir même si, para­doxale­ment peut-être, il nous ramène sans cesse au présent. Con­tin­uer la lec­ture

Jean d’Amérique : pulvériser par la lumière

Un coup de cœur du Car­net

Jean D’AMÉRIQUE, Soleil à coudre, Actes Sud, 2021, 134 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑330–14889‑8

jean d'amerique soleil a coudre« Des lueurs cor­ro­sives empris­on­nent les bor­ds de ma vie, me ron­gent jusque dans les pro­fondeurs. Peau livrée au chant des épines, je suis comme enfouie dans un immense labyrinthe et ne sais d’où vien­dra enfin une brèche pour m’esquisser un hori­zon. »

Motus et bouche cousue, Tête Fêlée est amoureuse de sa cama­rade de classe, Silence. Si pour Tête Fêlée et pour Silence cet amour est aus­si secret qu’évident, le monde autour l’est beau­coup moins – et c’est avec lui qu’il s’agit de ten­ter d’en découdre. Le monde autour est peu­plé de vio­lence – Beretta dégainés dès la nais­sance, litres de rhum ou de bières enfilés à la chaîne pour sup­port­er les coups du des­tin et les frappes de l’autre, liq­ui­da­tions per­ma­nentes des êtres et exploita­tion de la mis­ère de toutes les pos­si­bles manières –, vio­lence général­isée que fig­ure, dans Soleil à coudre, le lieu d’un bidonville haï­tien bap­tisé « Cité de Dieu ». Con­tin­uer la lec­ture

La révolution des champignons

Clarisse DERRUINE, Décom­po­si­tion, Ker Édi­tions, 2021, 132 p., 12 €, ISBN : 9782875862969

derruinne decompositionDans Décom­po­si­tion, Clarisse Der­ru­ine nous donne à lire une dystopie qui se déroule dans une ville fic­tive et s’étend sur plus d’une dizaine d’années. Le monde tel que nous le con­nais­sons est atteint par un mal sin­guli­er : une colonie de champignons envahit le pays et s’infiltre partout dans les lieux publics, mais aus­si les foy­ers. Con­tin­uer la lec­ture

Grandir dans un jardin

Un coup de cœur du Car­net

Zoé DERLEYN, Debout dans l’eau, Rouer­gue, 2021, 144 p., 16 / ePub : 11.99 , ISBN : 978–2‑8126–2196‑3

derleyn debout dans l eauElle, dont le prénom nous est tu, c’est une jeune fille aux portes de l’adolescence. Du haut de ses onze ans bien son­nés, elle nous con­te sa vie avec ses grands-par­ents, dans un domaine cam­pag­nard fla­mand. Elle quitte peu les alen­tours, mais l’exploration du grand jardin lui offre d’inépuisables curiosités. Out­re le per­son­nel de mai­son, il y a sa grand-mère, qui n’est guère loquace, et son grand père qui ne l’est guère plus et vit ses derniers moments. Au vieil­lard alité, qui ne quitte plus la cham­bre, elle relate avec parci­monie la vie du dehors, les fruits et les légumes qui mûris­sent au soleil de l’été. Con­tin­uer la lec­ture

Jamais tout à fait mises au pas

Béa­trice RENARD, Cav­ales, Mur­mure des soirs, 2021, 317 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–64‑6

renard cavalesNous sommes dès l’entame du texte (nom­mée à des­sein Équar­ris­sages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre poly­sémique,  tra­versera tous les chapitres)  le 3 novem­bre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souf­france. Aux moments-mêmes où se jouent trag­ique­ment les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méri­court (née à Mar­court, près de Liège), fig­ures feux fol­lets de la Révo­lu­tion française. La pre­mière sera guil­lot­inée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusa­teur pub­lic du Tri­bunal révo­lu­tion­naire… qui, ironique­ment, fini­ra par con­naître le même sort), la sec­onde internée et traitée inhu­maine­ment jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades con­tre l’ordre patri­ar­cal établi et un cer­tain obscu­ran­tisme de l’époque que nous con­vie l’autrice, une fois posés ces pre­miers tes­sons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affich­es qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en hail­lons sem­blable à une Cosette va les crois­er à plusieurs repris­es. Con­tin­uer la lec­ture

Comme un rayon doré au fond d’un lac

Maxime BULTOT, L’année la plus chaude, JC Lat­tès, 2021, 250 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑709667–38‑8

bultot l annee la plus chaudeJeune auteur belge de 32 ans for­mé à l’INSAS, Maxime Bul­tot tra­vaille comme réal­isa­teur, scé­nar­iste et assis­tant à la mise en scène. L’année la plus chaude est son pre­mier roman.

Dans ce livre sor­ti le 7 avril en librairie, Maxime Bul­tot nous sert une nar­ra­tion de l’infime. Le réc­it d’un quo­ti­di­en qui s’étire dans l’ennui d’un bled wal­lon chauf­fé à blanc pen­dant les deux mois d’été. Con­tin­uer la lec­ture

Quand commence notre histoire ?

Christophe PIROTTE, La deux­ième à droite, et droit devant jusqu’au matin !, Une heure en été, 2021, 316 p., 19 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑490636–13‑6

pirotte la deuxieme a droite et droit devant jusqu au matinL’histoire com­mence le 3 octo­bre 2017 à Paris. Gabriel Brown, présen­ta­teur-vedette du jour­nal de 20h sur la chaine de télé TV08 perd le con­trôle de son véhicule. Immé­di­ate­ment après ce choc, nous voilà propul­sés le 17 juil­let 1999 à Biar­ritz avec l’évocation d’une souf­france extrême : « je ne sur­vivrais pas à cette nuit : j’avais trop mal (…) J’allais devenir fou. (…) Ma vie n’avait plus aucun sens ».

Mais alors, quand com­mence cette his­toire ? Con­tin­uer la lec­ture

Partager sa mère

Jonathan ZACCAÏ, Ma femme écrit, Gras­set, 2021, 214 p., 18.60 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782246825463

zaccai ma femme écritVin­cent, acteur de for­tune et de notoriété moyenne, empêtré dans une famille chao­tique où cha­cun se réfugie dans ses pro­pres fic­tions, a per­du sa mère. Il peine à s’en relever. Vin­cent et elle avaient une rela­tion fusion­nelle, pétrie d’une loy­auté indé­fectible, de con­flits per­pétuels, et d’une admi­ra­tion réciproque pour l’artiste qu’il est, qu’elle était. Une sen­si­bil­ité exac­er­bée et le besoin d’inventer sa vie ne seront pas les moin­dres des héritages qui échoient à Vin­cent. Alors, pour avancer, pour sor­tir de sa léthargie, et aus­si pour « sor­tir de l’ombre », Vin­cent décide d’écrire un livre sur sa mère. Il y pense. Il allume son ordi­na­teur. Il rêve de ce livre. Il l’imagine. Bien enten­du, son pro­jet n’avance guère. C’est alors qu’il décou­vre que sa femme écrit sur le même sujet. Sa femme qui est effi­cace, qui n’est pas coincée comme lui dans les affres de l’absence, qui pousse devant elle non un livre, mais rien de moins qu’un scé­nario pour le ciné­ma, et qui con­naît des pro­duc­teurs, de grandes actri­ces influ­entes, bref, sa femme qui va réus­sir à écrire sur sa mère. Dès lors, la hache de guerre est déter­rée. Et l’équilibre pré­caire de Vin­cent s’écroule. Il avait trou­vé quelque chose pour recon­stru­ire l’être brisé qu’il était, et sa femme l’en dépos­sède. Vin­cent ne veut pas partager sa mère, ni sa douleur. Con­tin­uer la lec­ture