Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

L’histoire de la GIGANTESQUE Maria Fassnauer

Un coup de cœur du Car­net

Lau­ra SIMONATI, Mariedl. Une his­toire gigan­tesque, Ver­sant Sud jeunesse, 2022, 64 p., 17,90 €, ISBN : 9782930938608

simonati mariedlDès la cou­ver­ture de l’album, le lecteur sait à quoi s’attendre : il sera ques­tion d’une femme gigan­tesque, de fan­taisie graphique et d’illustrations brutes. Dessus, Mariedl, à l’allure d’un A, vêtue d’un dirndl tra­di­tion­nel et coif­fée d’un cha­peau tyrolien à plume rose, marche d’un (grand) pas décidé à tra­vers une plaine sap­inière vers un hori­zon que l’on ignore encore. Sur une ligne noire tracée par­al­lèle­ment à son corps dégringo­lent les let­tres du mot « gigan­tesque », un qual­i­fi­catif dont la longueur cor­re­spond à la taille de l’héroïne. Con­tin­uer la lec­ture

Enquêtes tournaisiennes

Un coup de cœur du Car­net

Philippe REMY-WILKIN, Les sœurs noires, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2022, 292 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑87489–728‑3

remy-wilkin les soeurs noiresPoly­graphe, Philippe Remy-Wilkin l’est assuré­ment. Depuis que sa vie se fond avec l’écriture, il pub­lie en alter­nance romans, con­tes illus­trés, nou­velles (dans la revue Mar­ginales), études his­toriques, scé­narii de BD, etc. Qui plus est, la médi­a­tion cul­turelle et le tra­vail de ses con­frères et con­sœurs le pas­sion­nent et s’expriment de divers­es façons, notam­ment pour la plate­forme Les belles phras­es (où il ani­me des feuil­letons sur l’ac­tu­al­ité édi­to­ri­ale belge, les his­toires du ciné­ma et de la musique, le pat­ri­moine lit­téraire belge), Radio Air Libre ou les revues Que faire ?, Nos Let­tres et… Le Car­net et les Instants.

Cette fois, Philippe Remy-Wilkin fait son entrée dans la très belle col­lec­tion « Plumes du coq » des édi­tions Weyrich, une col­lec­tion qui inscrit un ancrage belge fran­coph­o­ne dans sa ligne édi­to­ri­ale. Une col­lec­tion prédes­tinée pour Les sœurs noires, où la ville de Tour­nai est au cœur du réc­it. Con­tin­uer la lec­ture

Le temps d’un été

Un coup de cœur du Car­net

Nina SIX, Les pis­senl­its, Sar­ba­cane, 2022, 112 p., 22 €, ISBN : 978–2‑37731–889‑6

La pre­mière bande dess­inée de l’autrice Nina Six racon­te les joies (mais aus­si les peurs) de l’enfance. On y suit la jeune Nina, qui se rend au camp­ing des Pis­senl­its pour pass­er l’été en colonie de vacances. Elle ne con­nait per­son­ne sur place mais va vite se faire des amis et vivre des aven­tures qui l’emmèneront de décou­vertes en décou­vertes.

En usant avec tal­ent d’une palette riche, qui alterne tons pas­tel et tons chaleureux, Nina Six parvient à créer une ambiance esti­vale nim­bée de nos­tal­gie. L’autrice emploie un trait plein qui s’interrompt par moment pour laiss­er par­ler les tex­tures et les teintes. Les Pis­senl­its est com­posé d’une suite des micro-réc­its qui, mis bout à bout, com­posent la grande his­toire de l’été de Nina, bien­tôt 10 ans. L’amitié entre Nina et sa copine Camille est au cen­tre de la nar­ra­tion, tan­dis qu’une suite de per­son­nages inter­vi­en­nent et con­stituent la toile de fond devant laque­lle évolu­ent les deux filles. Con­tin­uer la lec­ture

La quête du saint Graal

Un coup de cœur du Car­net

Gérard BEDORET, Olivi­er CORTEN et Pierre KLEIN, De Sala­manque à Guan­tanamo, une his­toire du droit inter­na­tion­al, Futur­opo­lis, 2022, 251 p., 27 € / ePub : 18,99 €, ISBN : 978–2‑7548–3353‑0

de salamanque a guantanamo une histoire du droit internationalChoc ! Une BD, un roman/essai graphique qui n’est ni un roman ni un essai, vient nous délivr­er le mes­sage de l’année, le con­tre­point idéal à nos temps maus­sades de pandémies, pop­ulismes et agres­sions socio­cidaires.    

Il était une fois, au sud de Brux­elles, un vil­lage blot­ti autour d’une place atem­porelle et mod­erne. Des dizaines d’artistes et d’intellectuels s’y étaient instal­lés, attirés par la per­cep­tion d’une âme fau­filée entre les venelles, les bosquets, la vieille église et les écoles. Il était une fois, par­mi ceux-là, deux pro­fesseurs d’université, Olivi­er Corten et Pierre Klein, et un archi­tecte, Gérard Bedoret. Les pre­miers, loin de se lim­iter aux arcanes de leur domaine (le droit inter­na­tion­al), nour­ris­saient des pro­jets citoyens. Faire descen­dre une notion essen­tielle au sein de publics moins aver­tis, ouvrir des lucarnes d’information et de réflex­ion. Le troisième, lui, désir­ait tourn­er la page d’une vie pro­fes­sion­nelle pour se con­sacr­er à un rêve en planch­es. Con­tin­uer la lec­ture

Hésiter puisque choisir, c’est renoncer

Un coup de cœur du Car­net

Agnès DUMONT, Je ne dis jamais non, Quad­ra­ture, 2022, 122 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782931080269

dumont je ne dis jamais nonHuit nou­velles, huit per­son­nages prin­ci­paux et une con­stante : l’introspection. Tous et toutes sont en quête d’eux-mêmes. Alice part en Grèce, sur un coup de tête, sans trop savoir ce qu’elle espère y trou­ver. Bernard sait ce qu’il cherche, lui : le sens de sa vie… Vaste pro­gramme ! Cather­ine la trans­par­ente se serait bien passée de la dernière lubie de son amie Sylvie la fan­tasque. Mais se pour­rait-il qu’elle touche, au sein de ce groupe de parole un rien mys­tique, à quelque chose qu’elle pen­sait inat­teignable ? Odile manque d’assurance. S’imposer ? Quelle idée ! Ou peut-être est-elle plus dis­crète que réelle­ment effacée. Au parc, entouré de mamans sur­veil­lant leurs enfants, Kevin sus­cite les inter­ro­ga­tions : celles des gens sur­pris de crois­er ce colosse hors de ce qu’ils con­sid­èrent être son milieu naturel ; ain­si que les siennes, sur ses moti­va­tions à jouer les baby-sit­ters. Louise, 72 ans, divor­cée depuis 10 ans, a flashé sur son kiné. Et qu’importe la récente pro­thèse de hanche ou l’âge, il était temps d’oser ramen­er de la couleur dans son quo­ti­di­en. Quand il a passé les portes de la salle de sport pour la pre­mière fois, Max y voy­ait juste un moyen de per­dre du ven­tre. Il était alors loin d’imaginer l’effet papil­lon d’une telle réso­lu­tion. Quant à Alix, elle doit se ren­dre à l’évidence : elle ne trou­vera pas à Bouil­lon la quié­tude néces­saire à sa réflex­ion. Con­tin­uer la lec­ture

« Fugue, hysope et carmin »

Un coup de cœur du Car­net

Har­ry SZPILMANN, Écarts ou Les esquives du désir, Tail­lis Pré, 2022, 85 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–198‑2

szpilmann ecarts ou les esquives du desir« Car ce dont la parole s’éprend, et qu’elle amène au feu fébrile, implante en nous sa magie blanche. »

Har­ry Szpil­mann con­tin­ue de men­er son esquif sur les ter­res les plus déser­tiques et les plus enflam­mées de la poésie. Écarts ou Les esquives du désir ne dévie nulle­ment du sil­lon qu’a tracé Szpil­mann depuis son pre­mier recueil, Sable d’aphasie (Le Tail­lis Pré, 2011), jusqu’à ses livres plus récents, Genès­es et Mag­mas (Le Cormi­er, 2019) et Approches de la lumière (Le Tail­lis Pré, 2019). Il s’inscrit pleine­ment dans le planis­phère, dans la mappe­monde de la parole szpil­man­ni­enne ; il accentue, aggrave les filons d’une géolo­gie sin­gulière. Con­tin­uer la lec­ture

Battements d’ailes

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie STALMANS, D’or et de grenat, Sam­sa, 2022, 226 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–422‑2

stalmans d'or et de grenatDe la suite dans les idées ! Le Car­net avait naguère attribué un coup de cœur à Si j’avais des ailes, con­sacré au séjour brux­el­lois des sœurs Bron­të. Trois ans plus tard, l’autrice-historienne Nathalie Stal­mans nous revient avec des insectes ailés, des abeilles, comme héroïnes. On ne plonge pas dans une ruche, il est ques­tion de bijoux, d’abeilles « d’or et de grenat » jointes au tré­sor funéraire du roi Childéric, fils du légendaire Mérovée et père de Clo­vis. L’histoire d’un tré­sor ? Oui, de son orig­ine à sa dilu­tion, au fil des mois, des années et des siè­cles, des péré­gri­na­tions et de la pré­da­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Crickillon, l’Indien fauve

Un coup de cœur du Car­net

Jacques CRICKILLON, L’Indien de la Gare du Nord, Pré­face de Jacques De Deck­er, Étude d’Éric Brog­ni­et, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 218 p., 20 €, ISBN : 9782803200689

crickillon l'indien de la gare du nordLivre inouï, livre-chien, livre-Sioux dans le west­ern des Let­tres, L’Indien de la Gare du Nord fut salué à sa paru­tion en 1985 par l’écrivain, dra­maturge et cri­tique vision­naire Jacques De Deck­er. Livre-charnière de l’œuvre incan­des­cente de Jacques Crickil­lon, ce chant plonge le feu de la poésie, la tem­pête du lyrisme dans la prose d’une épopée qui, en phase avec Michaux, hurle un « non ». Un « non » tail­lé dans la révolte et dans la colère, un « non » adressé à toutes les infâmes médi­ocrités du monde. Au fil d’un verbe con­vul­sif qui repère et déjoue les pièges de la domes­ti­ca­tion par la société du spec­ta­cle, Jacques Crickil­lon nous mène dans les cer­cles de l’enfer d’une métro­pole déshu­man­isée. Dans la jun­gle des villes (une jun­gle moins brechti­enne que rim­bal­di­enne et mât­inée de roman noir et de sci­ence-fic­tion), des parias, des lais­sés-pour-compte évolu­ent dans les marges d’un sys­tème hos­tile. Impres­sion­nant sculp­teur de langues, explo­rateur har­di de reg­istres d’écritures et de pen­sées qui dyna­mi­tent le mono­rail d’une parole uni­di­men­sion­nelle et le con­fort d’une lit­téra­ture en boîte de con­serve, Jacques Crickil­lon prend les armes de l’imaginaire, descend dans les pul­sions sauvages qui déraci­nent les for­matages de la bien-pen­sance et du verbe con­gelé. Con­tin­uer la lec­ture

Corps fuyant, corps fracassant

Un coup de cœur du Car­net

Julie TRÉMOUILHE, Les loups seraient restés des loups, La place, 2022, 32 p., 9 €, ISBN : 978–2‑9602918–3‑4

tremouilhe les loups seraient restes des loupsEn ce début du mois de novem­bre, les édi­tions La Place – dont les deux pre­miers ouvrages avaient déjà démon­tré le goût de l’objet-livre – présen­tent un tout petit for­mat : trente-deux pages et qua­torze cen­timètres de haut, cou­ver­ture de car­ton à rabats et reli­ure Singer. Au-delà de son appar­ente déli­catesse, l’ouvrage de Julie Tré­mouil­he (lau­réate du Grand Prix du con­cours de nou­velles de la FW‑B en 2021) n’a rien de frêle ou de frag­ile : c’est une langue auda­cieuse et accom­plie qui se déroule au fil des pages, une prose poé­tique sonore, tex­turée, organique. Con­tin­uer la lec­ture

Des flots

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE (autrice) et Françoise DEPREZ (pho­tographe), Tou­jours l’eau, juil­let 2021, Caïd, 2022, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930754–35‑2

lamarche deprez toujours l'eauDes flots. De boue. De furie. De tox­i­c­ité. De rav­age. Mi-juil­let 2021, la région lié­geoise, à l’instar d’autres par­ties du pays, est con­fron­tée à des inon­da­tions meur­trières à plus d’un titre. Les images retrans­mis­es dans les médias, aus­si apoc­a­lyp­tiques parais­sent-elles, ne traduisent alors que par­tielle­ment l’ampleur de la cat­a­stro­phe. « À la télé, on ne sen­tait pas la peur » (Guy) « Le bruit, c’était comme dans un film de sous-marin. Les meubles qui s’entrechoquaient en bas, la défla­gra­tion des arbres qui ren­traient dans la façade. » (Luc) « L’odeur était ter­ri­ble. Inde­scriptible. Une odeur de vieux, de pour­ri, de mort, de gasoil. Et le bruit… » (Lau­rent) La Bel­gique, médusée, assiste à l’engloutissement de maisons, de quartiers, de routes et de ponts, à l’anéantissement de vies entières, à la détresse poignante d’une par­tie des siens. Con­tin­uer la lec­ture

Eau, terre, vent, feu

Un coup de cœur du Car­net

Tris­tan ALLEMAN, Même les pier­res, Tra­verse, 2022, 208 p., 17 €, ISBN : 978–2‑93078–341‑3

alleman même les pierresCe sont les qua­tre élé­ments, ceux en qui les Antiques voy­aient l’origine de l’univers, qui mènent la ronde de ce recueil de nou­velles. L’auteur les y con­vie en de brefs réc­its qui s’inscrivent pleine­ment dans notre moder­nité. Les per­son­nages qui appa­rais­sent au fil des pages évolu­ent sous leur empire et sont par­fois à leur mer­ci. L’évocation des forces qui étaient invo­quées jadis pour décrire la com­po­si­tion de notre monde trou­ve ici une décli­nai­son placée sous le signe de la var­iété. Con­tin­uer la lec­ture

Christian Dotremont et Régine Raufast, « jockey du vent »

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian DOTREMONT, La reine des murs suivi de Let­tres de Chris­t­ian Dotremont à Régine Rau­fast, Illus­tra­tions de Pierre Alechin­sky, Post­face de Stéphane Mas­sonet, Fata Mor­gana, 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37792–117‑1

dotremont la reine des mursLes édi­tions Fata Mor­gana nous don­nent à lire ou à redé­cou­vrir une pépite poé­tique et amoureuse sculp­tée par Chris­t­ian Dotremont au début des années 1940. Alors qu’âgé de dix-neuf ans, il gagne Paris afin de rejoin­dre les sur­réal­istes, il fait en 1941 la ren­con­tre fra­cas­sante de la poétesse Régine Rau­fast qui devien­dra sa « Nad­ja ». L’amour incan­des­cent, illim­ité, explosif a pour nom Régine, à l’époque amante de Raoul Ubac, qu’il fréquentera durant deux ans sous la lumière du parox­ysme. Dans le poème La reine des murs, tout n’est qu’élan, vibra­tions d’un feu intérieur plus âpre que celui cour­tisé par Bre­ton. Davan­tage qu’une muse inspi­ra­trice, la jeune femme est une révéla­tion exis­ten­tielle, l’incarnation d’un amour impos­si­ble placé sous la magie du chiffre 23. « Je l’ai ren­con­trée le 23 avril 1941, à 5 heures, je l’ai quit­tée le 23 mars 1943, à 5 heures : 23 mois avaient passé. C’est à cause d’elle que je ne fais plus de poésies » écrit-il après le sui­cide en 1946 de celle qu’il surnom­mait, entre autres dénom­i­na­tions sai­sis­santes, la reine des murs. Con­tin­uer la lec­ture

La meuf au bout du village

Un coup de cœur du Car­net

Clara LODEWICK, Mer­el, Dupuis, coll. « Les Ondes Marcinelle», 2022, 160 p., 24 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 979–10-347‑6268‑2

Lodewick MerelLa cou­ver­ture du pre­mier livre de Clara Lodewick attire. Petite mai­son en lisière de forêt, couleurs pro­fondes, ciel lourd et canards joyeux qui nous invi­tent à les suiv­re. On entr­erait avec Mer­el dans sa mai­son pour éviter la drache, boire un café, papot­er au calme. Cepen­dant, l’agitation est pal­pa­ble dès l’ouverture de l’album et avant même la page de garde : les habi­tants se dépêchent, il se passe enfin quelque chose au vil­lage. Ils tra­versent les flaques de boue et les champs où pais­sent des chevaux de trait sous un ciel résol­u­ment bas. Bel­gique pro­fonde et agri­cole, sans doute celle de l’ouest où l’on par­le fla­mand mais aus­si, pour cer­tains, français. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie des intervalles — plaisir subreptice du doigt dans la plaie

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Lacu­naires, Chat polaire, 2022, 97 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–21‑6

delaive lacunairesla lune rem­plit puis vidan­ge
sa panse indif­férente dans la dis­tance
et les soleils nar­guent nos sécher­ess­es
voilà tout

Poète et pho­tographe de la lumière et des ombres, Serge Delaive livre dans Lacu­naires qua­tre décli­naisons des états de vie, de mort, d’amour et d’écri­t­ure, tous en lutte avec le temps. Son œil hyper-pho­to­sen­si­ble cap­ture ici des frag­ments de ce qui est et ne sera plus, de ce qui fut et n’é­tait déjà plus. Cail­loux semés sur le chemin de l’e­spoir au milieu des défaites, comme des traces, des preuves, que l’in­vis­i­ble existe. Comme cet été en Ital­ie (à Bar­cis Frioul neuf bars / trois cents habi­tants / allés de bar en bar pas plus loin) qui ouvre le recueil : Con­tin­uer la lec­ture

Que serais-je sans toit ?

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine VAN ACKER, Le peu­ple d’ici-bas. Chris­tine Bris­set, une femme ordi­naire, Esper­luète, 2022, 208 p., 22 €, ISBN : 9782359841602

van acker le peuple d'ici basSi l’on vous demande de citer le nom d’une per­son­ne qui s’est illus­trée dans la lutte con­tre la mis­ère et pour l’accès au loge­ment dans l’immédiat après-guerre, il est fort prob­a­ble que le nom de l’Abbé Pierre vous vien­dra en pre­mier à l’esprit, du moins s’il vous en vous vient un. Cer­taine­ment pas celui de Chris­tine Bris­set. Sans doute de quoi illus­tr­er l’adage qui veut qu’une femme se cache sou­vent der­rière l’homme célèbre… Et pour­tant, pen­dant plus de quar­ante ans, cette pio­nnière de l’action sociale a mul­ti­plié les ini­tia­tives nova­tri­ces dont celle du squat et de la con­struc­tion col­lec­tive de loge­ments. Établie à Angers, mar­iée à un riche indus­triel, elle n’a eu de cesse de rompre avec les codes soci­aux liés à son rang et de se pos­er en pre­mière ligne des com­bats pour le loge­ment alors que la France, au sor­tir de la guerre, se déme­nait pour la reprise économique. Con­tin­uer la lec­ture

Pleinement corps

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, JERK, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2022, 12 €, ISBN : 978–2‑930822–21‑1

maud joiret jerkD’une ténac­ité com­pa­ra­ble à celle d’une plante de bitume, l’écriture de Maud Joiret brise le socle des représen­ta­tions, le roc des habi­tus dans lesquels nos corps sont empêtrés. Le pre­mier opus de la poétesse, Cobalt (récom­pen­sé par le Prix de la Pre­mière Œuvre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles) en traçait déjà le sil­lon. Cobalt explo­rait la (dé)construction du « moi », col­orant de bleu les par­tic­ules qui s’échangent entre le dehors et le dedans par le prisme du 27e élé­ment du tableau péri­odique de Mendeleïev. Con­tin­uer la lec­ture