Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

« Tout pousse, tout grandit »

Un coup de cœur du Car­net

Valen­tine LAFFITTE, Grandir, Ver­sant Sud jeunesse, 2022, 32 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑930938–57‑8

laffitte grandirDu haut d’un arbre, deux passereaux dodus s’apprêtent à quit­ter ces con­trées où l’automne se dépose avec lenteur : les feuilles, vidées de chloro­phylle, revê­tent une élé­gante robe d’un orange craque­lant. Près du tronc, Freya, instal­lée sur un drap rose, prof­ite des derniers moments avec « encore un peu de lumière avant les journées gris­es », tout en con­tem­pla­tion. Lorsque la pluie arrive, armée de crayons et de son imag­i­na­tion agile, la petite fille galope à tra­vers les plaines, s’institue cheffe-sirène, charme les ser­pents et apprivoise les canaris. « Dans l’obscurité de ses mains », elle active par­fois son pou­voir mag­ique de remé­mora­tion et se nour­rit alors de sou­venirs engrangés pen­dant l’été : les balades dans des lieux aux rocailles aux mille couleurs, le crépite­ment d’un feu de camp, un couch­er de soleil flam­boy­ant, des bouf­fées d’amitié aus­si libres que le vol d’un oiseau. En com­pag­nie de son chien, Freya s’emmitoufle et s’enfonce dans les con­tours hiver­naux de la nature. Lièvre qui fuit, « branch­es qui ploient sous la neige », oiseaux qui nid­i­fient, sap­ins qui cha­touil­lent le ciel, pas qui crissent ; c’est froid et feu­tré, c’est la sai­son du repos néces­saire et de la patience for­cée. Et enfin le print­emps, annon­cé par le chant des grenouilles, revient ! Joie frémis­sante des bour­geons… suiv­ie de la fraîche explo­sion de tiges, pétales, pis­tils et pédon­cules. « Dans ce grand cham­boule­ment, tout pousse, tout grandit », et Freya s’en délecte, avant de se met­tre à chanter les ceris­es sucrées, s’accrocher aux branch­es bavardes, s’aventurer tou­jours un peu plus loin dans la décou­verte de soi, des autres et du monde. Car Freya pousse et grandit aus­si, au rythme des saisons. Con­tin­uer la lec­ture

Au nom de tous les miens

Un coup de cœur du Car­net

Bruno HUMBEECK, Com­ment agir face au cyber-har­cèle­ment, Renais­sance du livre, 2022, 170 p., 20 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 978–2‑507–05750‑3

humbeeck comment agir face au cyberharcelementBruno Hum­beeck, psy­chopéd­a­gogue à l’Université de Mons spé­cial­isé dans les ques­tions famil­iales et sco­laires, fait le point dans son nou­v­el opus sur un phénomène désor­mais impos­si­ble à qual­i­fi­er de rare et anodin: le cyber-har­cèle­ment chez les jeunes.

L’auteur prend le temps de dévelop­per le mode de fonc­tion­nement du cyber-har­cèle­ment et ses enjeux, tant du côté de la vic­time que de l’auteur des faits, qui agit générale­ment en « meute ». L’univers numérique est vu comme une caisse de réso­nance aug­men­tant la nociv­ité du har­cèle­ment clas­sique, à l’aune de la viral­ité et de la vir­u­lence des com­men­taires émis sur les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture

L’évidence des dieux

Un coup de cœur du Car­net

Luc DELLISSE, Par­ler avec les dieux, Élé­ments de lan­gage, 2022, 70 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930710–22‑8

dellisse parler avec les dieuxIl est des mots que le pluriel triv­i­alise. La mul­ti­pli­ca­tion ne leur sied pas, ils y per­dent leur jalouse exclu­siv­ité, leur pou­voir absolu. Mais s’appliquant à « Dieu », le pluriel per­met de renouer avec une dimen­sion sin­gulière de la divinité : « C’est un sen­ti­ment dif­fus, un rêve, le sou­venir d’un rêve ».

Les lecteurs de la poésie et des nou­velles de Luc Del­lisse savent le rap­port priv­ilégié, amoureux même, qu’il entre­tient avec l’idée de risque. Ils en fer­ont à nou­veau l’expérience, avec un cran d’audace sup­plé­men­taire, en suiv­ant le dia­logue qu’il ose entamer avec « les dieux ». En païen ? L’étiquette a con­nu trop de démêlés avec le monothéisme pour être claire­ment définie, trop de déviances avec un ésotérisme tan­tôt folk­lorique, tan­tôt inquié­tant, pour ne pas être dis­qual­i­fi­ante. En artiste, alors ? Les artistes ont par­fois de grandes dif­fi­cultés à se quit­ter des yeux et red­outent que même l’invisible les éclipse. Les dieux sont rarement leur affaire. Con­tin­uer la lec­ture

Les visages de la pensée libérale

Un coup de cœur du Car­net

Bernard QUIRINY, Le club des libéraux, Ed. du Cerf, 2022, 352 p., 24 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑204–15085‑9

quiriny le club des liberauxÉcrivain, auteur entre autres de Con­tes car­ni­vores, Le vil­lage évanoui, L’affaire May­er­ling, Vies con­ju­gales, cri­tique, pro­fesseur de droit à l’Université de Bour­gogne, Bernard Quiriny nous embar­que dans un réc­it vir­tu­ose qui, par les ver­tus d’un art des dia­logues, expose les fonde­ments, les principes, les évo­lu­tions de la pen­sée libérale. Tra­ver­sé par l’érudition et l’originalité, ponc­tué d’humour, Le club des libéraux réus­sit haut la main la gageure de met­tre en scène les deux grands courants de la pen­sée libérale — les libéraux juris­nat­u­ral­istes dans le sil­lage de Locke et les util­i­taristes du côté de Ben­tham —, de ren­dre toniques et pas­sion­nantes leurs con­tro­ver­s­es autour de la place à con­fér­er à l’État, du lien entre libéral­isme et défense de l’individu, de l’acception de la lib­erté à l’intérieur de cha­cune de ces deux macro-ten­dances. Con­tin­uer la lec­ture

Tandis qu’on agonise

Un coup de cœur du Car­net

Bruno WAJSKOP, Œil de linge, La muette, 2022, 110 p., 12 €, ISBN : 978–2‑35687–881‑6

wajskop oeil de lingeMourir. Rien de plus anodin. La preuve : cela arrive à tout le monde, une seule et bonne fois. À moins que… À moins que la caméra d’un sys­tème de vidéo-sur­veil­lance privé capte vos derniers instants, vos ultimes soubre­sauts, votre suprême hoquet. Et que vos proches puis­sent se repass­er en boucle cette cabri­ole majeure, pour vous trag­ique sans doute, et pas vrai­ment facile à chi­quer sur le moment ; pour eux, face à l’incompréhensible fatal­ité qui se répète sous leurs yeux, un moment dont l’itération ne fait qu’approfondir l’opacité, éloigne toute réponse, fini­rait même par émouss­er la portée cru­ciale. Car, au fond, « le dernier instant ne dif­fère pas de celui qui le précède »… Con­tin­uer la lec­ture

Vertus et enjeux du danger

« Gimme danger » chantaient les Stooges

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER, Éloge du dan­ger (Propo­si­tions, 2), PUF, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2022, 140 p., 13 €, ISBN : 978–2‑13–082702‑3

De Sutter éloge du dangerChez Lau­rent de Sut­ter, l’exercice de la pen­sée prend la forme d’un pro­to­cole d’expérimentation qui com­bine pas­sion de l’axiomatique, musique de la jurispru­dence et médi­ta­tion tout en para­dox­es. On peut voir dans les traités aus­si dens­es que jazzy qu’il délivre la ver­sion juridi­co-philosophique des Petits traités que Pas­cal Quig­nard assem­ble sous le titre de Dernier roy­aume. Après Pour en finir avec soi-même (Propo­si­tions, 1), Éloge du dan­ger (Propo­si­tions, 2) déroule un paysage con­ceptuel qui aus­culte la notion de dan­ger et celles, lim­itro­phes et com­bi­en dif­férentes, de risque, de péril. Con­tin­uer la lec­ture

Stéphane Mandelbaum : la spoliation de la mémoire

Un coup de cœur du Car­net

Véronique SELS, Même pas mort !, Genèse, 2022, 256 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑38201–021‑1

sels meme pas mortDans le puz­zle de la vie, il y a tou­jours une case qui manque. Surtout quand on s’appelle Stéphane Man­del­baum, qu’en quelques années, on a bous­culé l’univers de la pein­ture et du dessin. Dans son cinquième roman, Même pas mort !, Véronique Sels recon­stru­it libre­ment la tra­jec­toire du pein­tre en l’immergeant dans les con­vul­sions de l’Histoire, le point de non-retour de la Shoah. Pour affron­ter la vie éminem­ment romanesque, la fin trag­ique de Stéphane Man­del­baum assas­s­iné en décem­bre 1986 à l’âge de vingt-cinq ans, elle met en place un dis­posi­tif auda­cieux que dévoile le titre. Con­tin­uer la lec­ture

Frères de silence

Un coup de cœur du Car­net

Alexan­dre VALASSIDIS, Au moins nous aurons vu la nuit, Gal­li­mard, coll. « Scribes », 2022, 112 p., 15,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑07–299536‑1

valassidis au moins nous aurons la nuitNous sommes dans une ban­lieue indéfinie, dans l’ombre de tours de béton, et la vie s’écoule sans que l’on puisse penser qu’il fera meilleur demain. Le nar­ra­teur, qui ne livre pas son nom, nous par­le de Dylan, dont il était si proche et qui a dis­paru au creux de la nuit. Il nous dit leur univers com­mun, celui qu’ils trou­vent en lisière de la cité, là où on peut respir­er une fois passée la voie fer­rée. Entre eux, peu de mots, au mieux quelques regards, une forme de com­plic­ité tacite qui ne dit pas non plus son nom.

Entre nous, ça avait tout de suite pris, si je puis dire. Dès la pre­mière fois où nos regards s’étaient croisés. J’avais ressen­ti quelque chose. Une sen­sa­tion très forte. Sur laque­lle je n’avais pas voulu met­tre de mots. Pour qu’elle reste comme un cheval sauvage, cette impres­sion. Qu’elle reste libre. Con­tin­uer la lec­ture

Rwanda : « La violence des impuissantés »

Un coup de cœur du Car­net

Dominique CELIS, Ain­si pleurent nos hommes, Philippe Rey, 2022, 287 p., 20 €, ISBN : 978–2‑84876–959‑2

celis ainsi pleurent nos hommesLes romans sur le géno­cide des Tut­sis par des Hutus au Rwan­da en 1994 sont nom­breux. Beau­coup ont ten­té, avec des réus­sites divers­es, de témoign­er de l’horreur quand elle atteint de tels som­mets d’inhumanité. Avec Ain­si pleurent nos hommes, la Bel­go-Rwandaise Dominique Celis pro­pose un tout autre point de vue, celui d’une descen­dante de vic­times qui refuse la banal­i­sa­tion ambiante des faits. Dans une écri­t­ure ciselée pour l’occasion et adap­tée à son pro­pos. Con­tin­uer la lec­ture

Ceejay, le Poète-Monde

Un coup de cœur du Car­net

CEEJAY, Matière noire. Poèmes d’au-delà de la fin, Arbre à paroles, 2022, 314 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87406–719‑8

ceejay matiere noire poemes d au dela de la finMatière noire est un livre posthume, un livre mag­nifique que nous a lais­sé Jean-Claude Crom­me­lynck alias Cee­jay et que les édi­tions L’arbre à paroles ont pub­lié presque deux ans après le décès (1946–2020) du poète et de l’artiste. Pein­tre, sculp­teur, graveur, styl­iste, …ses activ­ités ont été innom­brables sur plusieurs con­ti­nents…

Sa gouaille était à l’égal de sa faconde mais aus­si de sa déli­catesse. Il savait que tout devait être intense en regard de la brièveté de nos péré­gri­na­tions sur terre. Con­tin­uer la lec­ture

Polyphonie du combat

Un coup de cœur du Car­net

Lucas BELVAUX, Les tour­men­tés, Alma, 2022, 352 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑36279–608‑1

belvaux les tourmentésSol­dat, avant d’être légion­naire puis mer­ce­naire, Skender ren­tre trau­ma­tisé de toutes ces guer­res où il a tué et vu mourir. Impos­si­ble pour lui de repren­dre la vie tran­quille qu’il menait avec sa femme et ses enfants. Sa vio­lence fait peur, il doit quit­ter le domi­cile con­ju­gal. Pour aller où ? Chez sa mère, les reproches sont sans fin. La haine est trop grande.  

Sans emploi ni mai­son. Sans rai­son d’être. Sans ver­gogne. Il erre dans les bois autour de la ville jusqu’à ce que Max le retrou­ve. Con­tin­uer la lec­ture

Huxley, homme précaire et extra-lucide

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cal CHABOT, Six jours dans la vie d’Aldous Hux­ley, PUF, 2022, 56 p., 7,5 € / ePub : 4,99 €, ISBN : 978–2‑13–083344‑4

chabot six jours dans la vie d'aldous huxleyQue sont six jours dans la vie d’un indi­vidu ? Bien peu de choses. Mais six journées con­stituent par con­tre autant de bifur­ca­tions, de portes qui don­nent accès à de nou­velles per­cep­tions sur une des­tinée. Le philosophe Pas­cal Chabot a sondé celle de l’écrivain bri­tan­nique Aldous Hux­ley (1894–1963) en en carot­tant six moments-clés. Le petit livre qui en ressort pour­rait appa­raître comme le titre ini­tial d’une nou­velle col­lec­tion, dont l’idée serait des plus orig­i­nales : s’arrêter sur six instan­ta­nés d’une vie, passés au révéla­teur de l’écriture. Mais ces pages sont uniques, et leur den­sité tient à ce qu’elles ont d’abord été écrites dans un souci de partage direct. Leur des­ti­na­tion pre­mière était la per­for­mance orale en pub­lic, au Fes­ti­val Les Inat­ten­dues de Tour­nai… D’où le courant qui passe du texte au lecteur, devant qui un por­trait se des­sine à coup de flash­es jamais figés. Con­tin­uer la lec­ture

Éric Brogniet : une vie en poésie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, La lec­ture silen­cieuse. Pour un lyrisme de l’expérience, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 456 p., 30 €, ISBN : 9782803200665

brogniet la lecture silencieuseQu’elle emprunte un chemin tail­lé dans le clair-obscur, escarpé ou à flanc d’aurore, la poésie relève d’une expéri­ence de vivre et d’écrire qui ne pactise pas avec le régime exis­tant des choses. Rêveur habi­tant les ter­res nomades de la poésie, Éric Brog­ni­et nous livre un livre-somme, un jeu infi­ni des per­les poé­tiques qui présente un dou­ble vis­age : une res­saisie de la géo­gra­phie et de la généalo­gie de son œuvre poé­tique et une réflex­ion sur la place, les enjeux, les invari­ants et les muta­tions de la poésie con­tem­po­raine. C’est à par­tir des œuvres de Hesse, Jacques Sojch­er, Colette Nys-Mazure, Jean-Louis Lip­pert, Michaux, Celan, Jacques Crickil­lon, Philippe Jones, Anne-Marie Smal, Fer­nand Ver­he­sen, Nathalie Gas­sel, Hubin et bien d’autres que l’auteur oppose un con­tre-chant résis­tant à l’espace-temps de l’Anthropocène. La ques­tion de Hölder­lin s’est rad­i­cal­isée, le « que peut la poésie en temps de détresse ? » faisant place à « que peut la poésie en un temps d’effondrement ? ». Avec le foy­er poé­tique comme champ ques­tion­nant la con­di­tion humaine, le verbe ne dis­pense un monde qu’à se sous­traire à la ges­tion tech­nocra­tique actuelle du vivant, à l’ordre ambiant con­di­tion­nant esprits et corps. Con­tin­uer la lec­ture

Cœur et corps à l’ouvrage

Un coup de cœur du Car­net

Isabelle WÉRY, Self­ie de Chine, Midis de la poésie, 86 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–07‑9

wery selfie de chineDe son pro­pre aveu, l’une des fonc­tions du “taff d’écrivaine” d’Isabelle Wéry est de “sculpter des images pour autrui”. Sculpter, on le fait avec les mains, mais aus­si avec la langue : sculpter des mots implique la col­lab­o­ra­tion active du corps et du cœur, qui parvient à don­ner vie à cette Chine presqu’irréelle, tant elle est éloignée des quo­ti­di­ens occi­den­taux. Et pour­tant, le petit livre d’Isabelle Wéry est aux antipodes d’un Ori­ent fan­tas­mé : c’est dans la Chine bien réelle et son désor­dre organ­isé que plonge ce sino-self­ie, dans un tour­bil­lon ardent que réper­cu­tent les thèmes, les reg­istres, les formes de dis­cours qui s’y trou­vent brassés. Prose poé­tique, cadavre exquis et ten­ta­tives man­darines, franglais, ono­matopées et bor­bo­rygmes mêlés de voyelles décu­plées et d’une ponc­tu­a­tion erra­tique se passent le relais pour un résul­tat chao­tiquo-exta­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Du geste graphique et poétique

Un coup de cœur du Car­net

Pierre-Yves SOUCY et Olivi­er SCHEFER, Ver­tiges de la main, Let­tre volée, 2022, 80 p., 18 €, ISBN : 9782873175641

soucy schefer vertiges de la main« Que fait un poète lorsqu’il des­sine ? ». Par sa ques­tion inau­gu­rale, Olivi­er Schefer inter­roge avec brio les créa­tions graphiques de Pierre-Yves Soucy en les con­frontant aux créa­tions poé­tiques. Dans les dessins au fusain, dans le dynamisme des traits, les frot­tages, les pré­cip­ités de strates, notre œil perçoit une poé­tique des traces, des empreintes et des échos. En poésie et dans les arts plas­tiques, graphiques, Pierre-Yves Soucy se livre à une explo­ration des inter­stices. Creu­sant, lais­sant affleur­er les signes, les formes, à tout le moins leur ébauche, il tra­vaille sur l’inchoatif et l’estompement, dans le respect des matières (matière des mots, matière du vis­i­ble, des traits) qu’il approche, que la main et que l’œil écoutent. Con­tin­uer la lec­ture

Dans le giron d’un livre gigogne

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Ma matri­ochka, Cast­er­man, 2022, 11 p., 11,90 €, ISBN : 9782203236646

herbauts ma matriochkaLe dernier livre d’aNNe herbauts épouse la forme d’une matri­ochka, dont il porte le joli nom. Pour réalis­er cet éton­nant tout car­ton, l’autrice-illustratrice belge s’est amusée à adapter d’autres car­ac­téris­tiques d’une poupée russe. Comme le jou­et en bois, le livre est séparé en une par­tie supérieure, dont les pages s’ouvrent vers le haut, et une inférieure, dont les pages s’ouvrent vers le bas. Ain­si, elles peu­vent se feuil­leter indépen­dam­ment les unes des autres, à la manière d’un livre méli-mélo, ce qui offre aux lecteurs la pos­si­bil­ité de créer autant de lec­tures que les règles de prob­a­bil­ité le per­me­t­tent, soit une abon­dance d’interprétations, ou, s’ils le préfèrent, de suiv­re une lec­ture linéaire qui s’avère riche en sens et d’une grande cohérence poé­tique. Ce fonc­tion­nement ludique sied par­ti­c­ulière­ment à cet objet en forme de jou­et : non seule­ment il mime une poupée gigogne et son fonc­tion­nement, mais il en a l’apparence solide. En effet, l’objet est en car­ton épais, résis­tant aux manip­u­la­tions des petites mains. Con­tin­uer la lec­ture