Archives de catégorie : Coups de coeur du Carnet

Festin rabelaisien de mots et de vélins

Un coup de cœur du Carnet

Stéphane MALANDRIN, Le mangeur de livres, Seuil, 2019, 191 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-02-141454-7

Il n’est pas fréquent d’avoir sous les yeux un roman qui soit une vraie surprise. Par le thème et l’écriture, Le mangeur de livres, premier roman de Stéphane Malandrin, réalisateur et scénariste français installé à Bruxelles, nous a apporté ce bonheur. Continuer la lecture

Le roi est mort, vive Coché !

Un coup de cœur du Carnet

Frédéric COCHÉ, L’homme-armée, FRMK, 2018, 56p., 20 €, ISBN : 9782390220091

Il est des œuvres qui nous désarçonnent, décillent nos yeux blasés, plantent en nous la graine d’un doute fécond. L’homme-armée, premier livre de Frédéric Coché à alterner sa technique minutieuse de gravure en eaux-fortes et sa patte de peintre féru de zones d’ombres (une alternance réussie, qui donne toute sa force énigmatique à l’ensemble, et permet de jouer sur quantité d’échelles) est définitivement de ces pierres philosophales-là. Il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour s’assurer d’en embrasser tous les détails. D’ailleurs, peut-on être certains que ce qui se déroule devant nos yeux ne nous a pas égarés, fait bifurquer sur un chemin de traverse ? Se peut-il que la carte du Tendre qui s’étend de la deuxième couverture à la page de garde puisse devenir une de nos boussoles, pour passer sans encombre du chemin des Dames au Rempart de dentelle et de soie ? Continuer la lecture

Redevenir béguines

Un coup de cœur du Carnet

Julie DELPORTE, Nous étions béguines, L’appât, 2018, 32 p., 20 €

Nous étions béguines est un petit livre d’artiste, aux dessins et textes de feutres rose, orange, mauve et brun. Son autrice, Julie Delporte, est bédéiste, illustratrice et québécoise et a obtenu le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour une résidence à l’atelier bruxellois L’appât  – quelle bonne idée et, du coup, quelle chance de tenir entre les mains ce bijou-bombe, cette brassée délicate d’une intense nécessité. Continuer la lecture

Où l’on se dit que la bête à bon dieu n’est pas celle que l’on croit

Un coup de cœur du Carnet

Marcel MOREAU, À dos de Dieu, Quidam, coll. « Les indociles », 2018, 140 p., 16€, ISBN : 978-2-37491-089-5

ON VA LEUR RENDRE L’USAGE DE LEURS MEMBRES, DIT BEFFROI
FACULTÉ DE SURENCHÉRIR

et il entre dans le bureaucrado. mais Laure ne croit pas que Beffroi veuille délivrer les assis, en fait il s’en fout de leur sort, m’est avis qu’il désire simplement faire passer sur leur sclérose un vent de terreur, pense Laure Faculté de surenchérir, qui néanmoins le suit,mais en titubant, car elle est au bout du rouleau, mais pas Beffroi, qui prend une assise au hasard, l’arrache à sa chaise et la jette sur le sol ;tumulte et panique chez les assis et les assises, qui émettent des sons stridents, remuent en vain bras et bouche : pétoches ;

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Dehors et dedans

Un coup de cœur du Carnet

Marine SCHNEIDER, Hiro, hiver et marshmallows, Versant Sud Jeunesse, coll. « Les Pétoches », 2018, 40 p., 15,90€, ISBN : 978-2-930358-97-0

L’hiver est à nos portes. Tandis que la nature se dépare de ses atours, au sein des tanières, on ressort duvets, chaussettes et lainages, on se réapprovisionne en chocolat, thé et cannelle, on vérifie bougies, bouillottes et bibliothèque. On se prépare au mieux à affronter les soirées obscures, les après-midis glacés et les matins givrés. Et puis, on fonctionne un peu au ralenti aussi, à cause des couches superposées qui empêchent et du froid qui engourdit, et on envie même ces animaux qui ont le loisir de dormir en paix des semaines entières. Sauf que, « [l’] hibernation, ça ne doit pas être fait pour tout le monde », comme le grogne Hiro qui ne parvient pas à trouver le sommeil « alors que ses frères se prélassent dans de doux rêves mielleux ». Continuer la lecture

Trente ans et cent cinquante-cinq livres

Un coup de cœur du Carnet

Tétras Lyre 1988-2018. L’anthologie, textes rassemblés et édités par Primaëlle Vertenoeil, Tétras Lyre, 2018, 176 p., 20 €, ISBN : 978-2-930685-37-3

Les éditions Tétras Lyre prennent naissance en septembre 1988 dans une maison de la rue Pierreuse à Liège, sous l’impulsion de Marc Imberechts. Né à Gembloux, ce poète de quarante-six ans a beaucoup déambulé en Afrique, en France, en Écosse, puis a vécu de petits boulots avant de décrocher un diplôme d’instituteur et d’être engagé dans une école pour enfants en difficulté – tout en s’initiant à l’imprimerie… Ainsi va-t-il éditer artisanalement des recueils d’A. Wéry, de M. Biefnot, et publier en 1980 son premier livre personnel : D’un hiver L’autre. C’est René Leiva Jimenez, exilé chilien devenu un ami, qui lui suggère de créer à Liège une petite structure d’édition. Bientôt, une équipe de sept ou huit personnes est constituée. Elle veut mettre en évidence – édition bilingue, beau papier, typographie soignée, gravures originales – des poètes venus aussi bien d’Amérique latine, de Belgique ou du Maghreb, et commence avec des textes de Véra Feyder, Arturo Perez, William Cliff. On l’aura compris, la sélection est exigeante, tant pour les textes que pour les illustrations ; sont privilégiées l’originalité et la modernité, mais sans verser dans l’abscons ou le désincarné. Trois nouvelles collections font leur apparition en 1990, tandis que l’équipe initiale se réduit au trio formé par M. Imberechts, Guy-Henri Dacos et Jean-Marc Simar. Les parutions se succèdent au rythme variable de deux à dix titres par an : G. Hons, L. Noullez, É. Brogniet, F. Pessoa, A. Schmitz, F. Arrabal, Ph. Mathy, Ph. Leuckx, J. Izoard, M. Seuphor, W. Lambersy et bien d’autres. Continuer la lecture

Où l’on se dit qu’il est bon de se sentir un peu, beaucoup, comme tout le monde

Un coup de cœur du Carnet

Jérôme POLOCZEK, Autubiographie, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 84 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-664-1

Jérôme Poloczek est un monsieur comme tout le monde. Jérôme Poloczek aime et s’endort, se prépare à manger, boit des quantités de verres d’eau, jalouse, se sent humble, scrute son corps, les minuscules changements de son corps, se pose des questions quant au fait de vieillir, habite un appartement qui est son appartement ou un appartement qui n’est pas son appartement, ressent des fois de la joie des fois de la crainte, s’endort seul ou avec quelqu’un, a des amis et des amies, sait que plus tard son cœur et son corps connaîtront des épreuves. Bref, Jérôme Poloczek fait l’expérience du monde, de la vie dans le monde, et nous la rapporte dans une Autubiographie pince-sans-rire, faussement naïve, faussement douce, mais percutante. Continuer la lecture