Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Vengeance, n.f.

Un coup de cœur du Car­net

San­drine GOEYVAERTS, Cabale, Hachette Fic­tions, 2026, 304 p., 22 €, ISBN : 978–2‑01–733608‑2

goeyvaerts cabaleL’incompréhension face au fonc­tion­nement et aux déci­sions de la jus­tice est large­ment répan­due dans nos sociétés. Les errances des enquêtes, la lenteur des procé­dures, le béné­fice du doute, le manque d’attention porté aux vic­times nour­ris­sent les rancœurs et par­fois le désir de vengeance. Tel est l’état d’esprit des femmes qui peu­plent ce vif roman et sont à l’origine du réseau Cabale, une organ­i­sa­tion secrète qui recense les sit­u­a­tions de vio­lences faites aux femmes, les instru­it et organ­ise des repré­sailles. Con­tin­uer la lec­ture

« Encore et encore »

Un coup de cœur du Car­net

Marie MEULEMAN (autrice) et Matthieu LITT (pho­tographe), Camille se réveille, Cot­Cot­Cot, 2026, 164 p., 19,90 €, ISBN : 9782930941806

meuleman camille se reveilleSe réveiller, sous ses paupières. Pren­dre con­science de l’au-dehors. Ouvrir les yeux, les rideaux bleus. Regarder par la fenêtre sans hori­zon. S’étirer. Allumer son télé­phone. Se ver­ti­calis­er, pieds au planch­er. Un pas, puis l’autre, mon­ter les march­es vers la cafetière. Saluer le chat. Pren­dre sa tasse, la rem­plir, se brûler la langue. S’habiller. Par­tir, courir. Chaque matin, un cycle immuable qui se répète autour d’infimes et infinies vari­a­tions. Celles-ci se nichent dans l’énergie à « quit­ter la nuit qui autorise tout et que rien n’interdit » ou le refus d’affronter le jour, le soleil dar­d­ant ou le ciel plom­bé, le choix de la tasse pour le breuvage noir. Et cepen­dant tou­jours les mêmes ten­tures, la même cui­sine, la même course, la même Brux­elles… Con­tin­uer la lec­ture

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture

Sortir d’une « éternité dans la solitude »

Un coup de cœur du Car­net

Carmela CHERGUI, L’homme est une fic­tion, Tusi­ta­la, 2025, 128 p., 9,90 €, ISBN : 979–10-92159–39‑4

chergui l'homme est une fictionÉti­enne Méri­aux. Ce nom aujourd’hui dit-il encore quelque chose à quelqu’un ? Dessi­na­teur ? Artiste ? Auteur ? Met­teur en scène ? Sculp­teur ? Danseur ? Tirez donc la bonne carte… Il fig­ure qua­si incog­ni­to au cat­a­logue des auteurs Gal­li­mard, sous une men­tion lap­idaire : a pub­lié Étrange Apoc­a­lypse – un album plutôt punk de bande dess­inée – en 1983 chez Futur­opo­lis (la mai­son d’Étienne Robial et Flo­rence Ces­tac, rachetée depuis). L’eau a coulé sous les ponts, les livres avec, il n’y a aucune infor­ma­tion, et l’ouvrage est évidem­ment indisponible. Si l’on en croit l’une ou l’autre rubrique théâtre, Méri­aux fut salué dans Le Monde en 1986 comme « un jeune homme de tal­ent » (il a vingt-cinq ans). Méri­aux est encore auteur et acteur en 1990 dans une pro­duc­tion du Nou­veau Théâtre de Bel­gique, chez Hen­ri Ronse à Brux­elles, après la Bastille à Paris. Le ciné­ma Nova, tou­jours chez nous, a présen­té en 2004, aux ate­liers Mom­men (où Méri­aux vécut) une pro­jec­tion d’une per­for­mance, sa dernière, filmée en Bre­tagne, où il s’était reclus, atteint de schiz­o­phrénie : Méri­aux meurt en 2001, il avait à peine 40 ans. Con­tin­uer la lec­ture

Dessine-moi un cours de BD

Un coup de cœur du Car­net

Joe G.PINELLI, Métabédé. Mon cours en bande dess­inée, PLG, 2026, 152 p., 15 €, ISBN : 9782917837603

pinelli métabédéDepuis que le médi­um bande dess­inée existe, il n’a pas été rare de trou­ver des albums décrivant les procédés de fab­ri­ca­tion dudit médium…en bande dess­inée. Citons, à titre d’exemple, les noms de Will Eis­ner (Les clés de la bande dess­inée, Del­court, 2009–2011), de Lewis Trond­heim et Gar­cia (Appren­dre et com­pren­dre la bande dess­inée, Del­court, 2006) ou celui du théoricien Scott McCloud et de son célèbre Under­stand­ing Comics (traduit en L’Art Invis­i­ble dans sa ver­sion française aux édi­tions Del­court en 1999). C’était sans compter sur Joe G. Pinel­li et son Métabédé. Mon cours en bande dess­inée, sor­ti en jan­vi­er 2026 aux édi­tions PLG. Con­tin­uer la lec­ture

« Le hors-champ reste infini »

Un coup de cœur du Car­net

Émil­ia STÉFANI-LAW, S’en sou­venir, CFC, 2026, 136 p., 18 €, ISBN : 9782875721235

stefani law s'en souvenirAvec S’en sou­venir, Émil­ia Sté­fani-Law part du sin­guli­er pour dégager l’universel, une poé­tique de la mémoire active. Son enquête débute par l’ouverture de la con­ces­sion de son père, décédé trente-cinq ans plus tôt, le 4 décem­bre 1984, d’un infarc­tus, à trente-sept ans. Détenir cette urne con­cré­tise cette dis­pari­tion et pointe du doigt les mor­celle­ments mémoriels qu’il va s’agir de venir combler à coups d’images, fix­es ou mou­vantes, ou d’histoires, fouil­lées avec un regard neuf, dans l’espoir de « trou­ver la pièce man­quante ». Con­tin­uer la lec­ture

… sa maitrise de poète…

Un coup de cœur du Car­net

Colette NYS-MAZURE (textes) et Philippe CHAUDAT (aquarelles), Sin­guliers et pluriels, Ate­lier des noy­ers, 2025, 50 p., 15 €, ISBN : 978–2‑494676–49‑7

nys mazure singuliers et plurielsEn réu­nis­sant la poétesse Colette Nys-Mazure et l’aquarelliste Philippe Chau­dat dans Sin­guliers pluriels, les édi­tons L’atelier des noy­ers se font l’écho, trente ans plus tard, d’un ouvrage réu­nis­sant « une cinquan­taine de sil­hou­ettes de femmes com­posées en prose poé­tique » par l’autrice tour­naisi­enne (Sin­gulières et plurielles, Desclée de Brouw­er, 2002). Tout chez Nys-Mazure se tran­scende par l’écriture et la poésie, depuis l’enfance mar­quée par la mort pré­coce du père, jusqu’à l’observation bien­veil­lante et infati­ga­ble des émer­veille­ments que prodiguent les cir­con­stances de la vie, mais aus­si l’indispensable via­tique que con­stitue l’empathie. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie n’est pas affaire de scaphandriers

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Bul­letin du Tour­ing Club, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 118 p., 17 €, ISBN : 2488229036

Baetens-Bulletin-du-Touring-ClubJan Baetens, pro­fesseur émérite de la KU Leu­ven, cri­tique, spé­cial­iste d’Hergé, du roman-pho­to ain­si que des rela­tions entre texte et image, a pub­lié à ce jour près d’une trentaine de recueils de poèmes chez divers édi­teurs. De langue mater­nelle fla­mande mais d’expression française, ce poète trop dis­cret, qui se tient loin des scènes et des céna­cles, fut lau­réat en 2007 du prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Pourtant, que la montagne est belle

Un coup de cœur du Car­net

Jérémie CLAES, Cav­il­lore, Héloïse d’Ormesson, 2026, 240 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782487819696

claes cavilloreGour­don, un vil­lage baigné du soleil des Alpes-Mar­itimes où le temps sem­ble s’être arrêté, dom­iné par le plateau de Cav­il­lore. C’est là que Nico a choisi de fuir la ville, pen­sant retrou­ver l’enchantement de son enfance dans la mai­son de famille désertée. Mais la quié­tude des lieux est trou­blée par la décou­verte du cadavre d’une jeune femme, curieuse­ment déposé sur la route, face à l’auberge, lieu de ral­liement des habi­tants. La vic­time porte des meur­tris­sures mul­ti­ples, le mys­tère est total. Alors les rumeurs et les hypothès­es vont bon train. Con­tin­uer la lec­ture

Cours, Farkass, cours !

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Trace, Gras­set, 2026, 202 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑246–84122‑7

damas traceGeneviève Damas a l’art de don­ner la parole à des jeunes d’aujourd’hui con­fron­tés à des actu­al­ités ou des réal­ités sociales qui les dépassent. Ce fut le cas dès son pre­mier roman paru en 2011 chez Luce Wilquin, Si tu pass­es la riv­ière, salué par les prix Rossel et prix des cinq con­ti­nents de la Fran­coph­o­nie. Suit en 2014 His­toire d’un bon­heur (Arléa) ou le réc­it de divers­es ren­con­tres dont celle d’une enseignante avec Noured­dine, élève en dif­fi­culté. Après Patri­cia (sur le drame des migrants) qui mar­que son pas­sage chez Gal­li­mard, l’autrice belge donne la parole à une ado­les­cente de seize ans et demi qui racon­te son déni de grossesse et sa mater­nité pré­coce dans Blue­bird (2019). Deux ans plus tard, Jacky dresse le por­trait d’un élève d’un lycée juif de Brux­elles que relate un jeune Belge d’origine maro­caine, revenu de Syrie, pour son mémoire de fin d’année. Passée chez Gras­set en 2023 avec Strange, Geneviève Damas s’attelle à un autre sujet de société, celui qu’incarne Nora, qui écrit à son père qu’ielle a changé de sexe. Aujourd’hui parait Trace, tou­jours chez Gras­set, le réc­it par Farkass de sa jeunesse vécue à couteaux tirés et à cent à l’heure, dont le sou­venir restera ancré pour longtemps dans notre mémoire, voire notre incon­scient. Con­tin­uer la lec­ture

Une lueur derrière le paravent

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC, Le livre de la lueur, Bruno Doucey, 2026, 115 p., 15 €, ISBN : 9782362295591

norac lelivre de la lueurC’est par le sou­venir du pre­mier vers de la Bal­lade des pen­dus de Vil­lon que s’ouvre le nou­veau recueil de Carl Norac, Le livre de la lueur, aux édi­tions Bruno Doucey. Une réminis­cence d’un poème décou­vert sur les bancs de l’école et qui per­met au poète de choisir la pre­mière per­son­ne du pluriel pour nous entrain­er dans son sil­lage, « ce nous le plus étrange » qui con­voque, autour de lui, une non moins étrange com­mu­nauté. Celle des poètes, lec­tri­ces et lecteurs devenus adultes mais qui ont con­servé la lueur fli­bustière de l’enfance. Dès lors, une sorte de con­frérie s’établit, celle des « frères humains qui après nous vivez » et que relaye, par­mi d’autres, le grand Hugo dans un poème de 1881 inti­t­ulé juste­ment Nous : Con­tin­uer la lec­ture

Hergé et Jacobs : duettistes et duellistes

Un coup de cœur du Car­net

Éric VERHOEST, Hergé / Jacobs. Du duo au duel. L’histoire d’une ami­tié créa­tive, Moulin­sart et Cast­er­man, 2025, 192 p., 29 €, ISBN : 9782203306516

verhoest herge jacobsHergé et Jacobs. Ces deux noms, ou plutôt ces deux pseu­do­nymes, ont une réso­nance sacrée au cœur et à l’esprit des fana­tiques de bande dess­inée. Nés à trois ans de dis­tance – le pre­mier en 1907, le sec­ond en 1904 –, ces deux con­tem­po­rains cap­i­taux ont fondé la gram­maire du genre en offrant aux généra­tions ultérieures un cadre créatif et nar­ratif qu’il s’agissait de rejeter ou d’adopter, en tout cas par rap­port auquel il était impos­si­ble de ne pas se situer. Con­tin­uer la lec­ture

L’éclat de mille soleils dans la brèche du monde

Un coup de cœur du Car­net

Raïs­sa YOWALI, Les mille soleils de Busu Jano, Arbre de Diane, 2026, 114 p., 15 €, ISBN : 978–2‑93082240–2

yowali les mille soleils de busu janoIl est des livres qui ne se con­tentent pas d’être lus, mais qui vous per­cu­tent et oblig­ent à regarder en face les angles morts de notre human­ité, les éclats de la société dans leurs fra­cas, les sur­vivances lumineuses qui irra­di­ent et nour­ris­sent les feux de la résis­tance. Ce pre­mier recueil de Raïs­sa Yowali, Les mille soleils de Busu Jano, paru chez L’Arbre de Diane est de ceux-là. Con­tin­uer la lec­ture

Facétieux battements d’aile du papillon

Un coup de cœur du Car­net

Luc LEENS, Sac de nœuds, Quad­ra­ture, 2025, 120 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑931080–58‑0

leens sac de noeudsUn homme retrou­ve son amour de jeunesse. Un chat com­plote pour pro­téger son chez-lui. Une mère et ses enfants se rassem­blent autour des dernières volon­tés d’un père dis­paru, de même que deux frères et deux sœurs lors de funérailles. Un malen­con­treux échange de sacs se fait bat­te­ment d’aile du papil­lon, tout comme un livre con­seil­lé par une libraire pas­sion­née, une méth­ode emprun­tée au dis­cobus, un cof­fret trou­vé sous un banc, une gourde ou… une aile cassée. Quinze saynètes de vies pas si ordi­naires, aux élé­ments déclencheurs inat­ten­dus et aux dénoue­ments tou­jours savoureux. Con­tin­uer la lec­ture

Un phénix de bon augure pour les lettres wallonnes

Un coup de cœur du Car­net

Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, présen­ta­tion, texte et glos­saire par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 1, 152 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–44‑2
Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, édi­tion cri­tique par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 2, 84 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–45‑9

guillaume tchôtès cindes guillaume tchôtès cindes 2Un mir­a­cle ! L’on a retrou­vé un des deux recueils per­dus de Jean Guil­laume (1918–2001). Philo­logue réputé, spé­cial­iste de Gérard de Ner­val – il est le coau­teur de son édi­tion Pléi­ade –, ce natif de Fos­s­es-la-Ville est aus­si con­nu pour être l’une des meilleures plumes de la poésie wal­lonne mod­erne. Très tôt révélé par­mi les cinq de la « généra­tion 48 », il devient le chef de file d’une école namuroise, au sein de laque­lle se dis­tinguent notam­ment Georges Smal, Émile Gilliard et Vic­tor George. Son œuvre per­son­nelle est pour­tant réduite et se con­cen­tre sur les quelques années qui précè­dent son ordi­na­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Jouissive plongée dans une langue qui révolutionne

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Saint-Just, roman, Tin­bad, 2025, 140 p., 17 €, ISBN : 9791096415793

bergen saint justÀ quoi recon­nait-on une époque révo­lu­tion­naire ? Peut-être à ceci : au fond des vivants quelque chose grince. Quelque chose n’en peut plus. Le joug est trop lourd. L’oppression com­prime les esprits et les corps. On désire bas­culer. Penser autrement. Agir autrement. Com­ment ? On ne sait pas. Pour aller vers quoi ? On ne sait pas. Tout est à inven­ter. C’est grisant. Nos corps ne veu­lent plus étouf­fer. Nos esprits ont besoin d’air neuf et d’air frais. Plaisir fou à ressen­tir ça. Con­tin­uer la lec­ture