Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Où en sommes-nous avec la mort ?

Un coup de cœur du Car­net

Anne GUINOT, Un si pro­fond silence, Âme de la Colline, 2021, 178 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602025–2‑6

guinot un si profond silenceAnne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de riv­ières ». Elle vit en Bel­gique depuis 2008 (Brux­elles d’abord, le Con­droz ensuite). Un si pro­fond silence est son pre­mier livre. Un lieu de mots d’où elle nous par­le de com­ment sa vie s’est figée quand elle a per­du sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de com­ment le silence s’est instal­lé dans son corps. Elle avait deux ans. Con­tin­uer la lec­ture

Jeune, jolie, riche et morte

Bernadette DE RACHE, La fille sur le banc, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2021, 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9782874896675

Sans doute est-ce une car­ac­téris­tique majeure et heureuse du roman polici­er actuel que de don­ner tout autant de place à la vie intime des enquê­teurs en charge d’élucider un crime qu’à la réso­lu­tion de l’énigme crim­inelle elle-même. En marge de l’enquête, d’autres enjeux per­son­nels exis­tent, qui inter­agis­sent avec celle-ci tout en for­mant un réc­it par­al­lèle. La fille sur le banc s’inscrit pleine­ment dans cette veine nar­ra­tive en nous inté­grant dans l’équipe poli­cière chargée de l’affaire sous la direc­tion de Steve, un taiseux tout entier voué à sa mis­sion qui le mobilise de jour comme de nuit, au point qu’il en oublie sa famille, ou nég­lige de dormir ou de manger. Sa volon­té de com­pren­dre les ressorts du crime et de dépass­er les apparences crée en lui un mou­ve­ment men­tal sans repos auquel Bernadette De Rache nous asso­cie tout en suiv­ant tour à tour les autres mem­bres de l’équipe : Marie l’impétueuse, qui fonc­tionne à l’instinct, Ange­lo, le magi­cien qui délie les secrets des ordi­na­teurs et porta­bles. Con­tin­uer la lec­ture

Liliana Cavani et Véronique Bergen : hérétiques et révolutionnaires

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Porti­er de nuit : Lil­iana Cavani. Impres­sions nou­velles, 2021, 224 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87449–899‑2

bergen portier de nuit liliana cavaniVéronique Bergen pro­pose une réflex­ion éblouis­sante à par­tir de la trame thé­ma­tique d’un film-culte qui fit scan­dale au moment de sa dif­fu­sion (1974) : Porti­er de nuit de Lil­iana Cavani, réal­isatrice qui, dans la plu­part de ses films, s’at­tache à décrire la com­plex­ité des sen­ti­ments amoureux, les zones d’om­bre de l’être humain, englué dans des sit­u­a­tions his­toriques, poli­tiques ou sociales trou­blées.

Bergen, dont l’œuvre elle-même explore depuis ses débuts des per­son­nal­ités en rup­ture et des états lim­ites, traite de manière arbores­cente de l’histoire du ciné­ma ital­ien, des par­al­lélismes entre l’art de Cavani et de Pasoli­ni, de ce qui les dif­féren­cie ou rap­proche des autres réal­isa­teurs de leur généra­tion ; du con­texte socio-poli­tique de l’Italie et de l’Europe d’après-guerre ; de l’essence du Troisième Reich[1] ; de la psy­cholo­gie des bour­reaux et des vic­times ; de la psy­cholo­gie  indi­vidu­elle et de masse ; de la fonc­tion de l’art et de la nature de la fonc­tion scopique, de l’image et du ciné­ma. Con­tin­uer la lec­ture

Le roman d’un destin

Claude RAUCY, Les orages pos­si­bles, M.E.O., 2021, 146 p., 15 €, ISBN : 9782807002920

raucy les orages possibles

Cer­tains livres nous don­nent le bon­heur de renouer avec le plaisir sim­ple de la lec­ture d’une his­toire. Le dernier roman en date de Claude Raucy appar­tient à cette caté­gorie, don­née par ces écrivains qui nous immer­gent lit­térale­ment dans la fic­tion. Coleridge évo­quait cette néces­saire démarche sol­lic­itée chez le lecteur de fic­tion : « la sus­pen­sion volon­taire de lincré­dulité ». Avec le roman Les orages pos­si­bles, le lecteur renoue, au fil des 146 pages du réc­it, avec cette sen­sa­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Tout est bien qui finit bien…

Claude DONNAY, L’heure des olives, M.E.O, 2021, 280 p., 20 €, ISBN : 978–2‑8070–0296‑8

donnay l'heure des olivesLes écrivains passent sou­vent pour des obsédés sex­uels, à tort ou à rai­son, mais moi je n’écris rien… Je ne fais rien… je ne suis rien… Par­fois je me demande si mon faux burn out n’est pas en train de muter comme un virus asi­a­tique.” Tels sont les pro­pos désen­chan­tés de Nathan Riv­ière, « héros » de L’heure des olives, dernier roman de Claude Don­nay. Con­tin­uer la lec­ture

Être un chant…

Wern­er LAMBERSY, Mémen­to du Chant des archers de Shu, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87505–391‑6          

lambersy memento du chant des archers de shuEn écrivant quelque part que « tout ce qui entre dans le livret est chant », le poète-philosophe belge Max Lore­au (1928–1990) définit le rôle qu’il assigne au poème. Un chant poé­tique donc qui impli­querait le désir d’appliquer au lan­gage poé­tique une sorte de danse, de relief cor­porel par le truche­ment d’une mise en scène opéra­tique. Une réflex­ion sur la mise en mou­ve­ment du rythme musi­cal du poème qu’il con­vient de garder à l’esprit quand il s’agit d’aborder le con­ti­nent que forme l’œuvre de Wern­er Lam­ber­sy. Con­tin­uer la lec­ture

Les idées, la poésie : sœurs ennemies ?

Roger BODART, Orig­ines. Poésies com­plètes, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021, 431 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87593–342‑3

Roger BODART, Dia­logues. Europe, Afrique, Amériques, Israël, Sam­sa, coll. “Les Évadés de l’Ou­bli”, 2021,  255 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–340‑9

bodart originesAidé par Flo­rence Richter et François Ost, Chris­t­ian Lutz réédite en deux épais vol­umes une part notable des écrits de Roger Bodart, écrivain, jour­nal­iste, per­son­nage-clé de notre milieu lit­téraire (1910–1973). Curieuse­ment inti­t­ulé Orig­ines, le pre­mier rassem­ble les neuf livres de poèmes pub­liés entre 1930 et 1968, à quoi s’a­joutent deux recueils posthumes et des extraits de presse. Se trou­ve ain­si mis en lumière, avec ses faib­less­es et ses réus­sites, ses con­stantes et ses inno­va­tions, le par­cours du poète en quar­ante-trois ans d’écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Tempera sur papier à la crête du sens

Un coup de cœur du Car­net

Otto GANZ, Prière de l’exaltation, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « 414 », 2021, 16 €, ISBN : 978–2‑87505–390‑9

ganz priere de l'exaltationAffaire de maîtrise que
cette pureté dont l’existence
ne se retrou­ve qu’à l’état sauvage

la lumière brute frap­pant
droite ligne affleurée au
revers du tho­rax et des paumes
 

Encres, gouach­es, acrylique, café, liq­uides organiques émul­sion­nés : à l’instar de la tech­nique de la « tem­pera » util­isée avec ces matières pour le dessin d’Otto Ganz repro­duit en lim­i­naire au recueil Prière de l’exaltation, le verbe du poète détrempe les con­tor­sions du monde, en délaie les spasmes et les larmes. La langue d’Otto Ganz nav­igue à vue, du « voir » à la « voix », du « goût » à la « goulée plus âpre », en émon­dant l’amas des illu­sions. Con­tin­uer la lec­ture

Joëlle Sambi : langue-caillasse et danse hantée

Joëlle SAMBI, Cail­lass­es, Texte lim­i­naire de Lisette Lom­bé, Illus­tra­tions Maïc Bat­mane, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 120 p., 12 €, ISBN : 9782930822198

sambi caillasses 1Sur la fron­tière entre Brux­elles et Kin­shasa, entre l’oralité et le geste écrit, entre poé­tique sauvage et poli­tique mil­i­tante, Joëlle Sam­bi se tient, dres­sant une scène nomade, élec­trique où, portés par un vœu per­for­matif, les mots font lever des corps. C’est de l’intérieur des oppres­sions sécu­laires, du creux d’une His­toire de sang et d’humiliations dans laque­lle la Bel­gique et l’Occident ont plongé le Con­go que les poèmes, les slams, les nou­velles, les créa­tions radio­phoniques de Joëlle Sam­bi s’arrachent. Au fil de trois rounds poé­tiques, scan­dés par des trouées de lin­gala, les reg­istres de la colère, de la déc­la­ra­tion de guerre à la guerre, d’un cri col­lec­tif, d’un éro­tisme les­bi­en sont explorés. Sous la forme de l’explosion, d’une parataxe déca­pante, elle mène de l’ombre à la lumière ceux et celles qu’on a enfer­més dans l’inexistence, les badi­geon­nés de silence. Con­tin­uer la lec­ture

Fuir le bonheur etc.

Un coup de cœur du Car­net

Madeleine LEY, Olivia, pré­face de Paul Willems, post­face d’Emmanuel Rég­niez, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685438

ley oliviaAssuré­ment Olivia n’aurait pu être écrit en notre temps pétri de cynisme, pas plus qu’il ne sem­ble dater des années trente, époque qui l’a pour­tant vu naître (il a paru en 1936 chez Gal­li­mard) tant il est empreint – ain­si que le mon­tre l’écrivain Emmanuel Rég­niez dans sa post­face – de l’esthétique roman­tique. Made­line Ley, autrice à la courte car­rière lit­téraire (une décen­nie) le nour­rit des agré­ments de ce mou­ve­ment lit­téraire tout en assumant sub­tile­ment que toute cette his­toire n’est que lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Dénouer le passé pour tisser des liens

Un coup de cœur du Car­net

Monique BERNIER, La cham­bre du pre­mier, M.E.O., 2021, 189 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8070–0302‑6

bernier la chambre du premierVoilà vingt-sept ans que Sylvie est par­tie vivre en Aus­tralie avec son mari. Vingt-sept ans sans don­ner de nou­velles à sa famille ni en pren­dre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de soli­tude, à atten­dre que ses enfants soient indépen­dants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pen­sait épouser. Vingt-sept ans après avoir lais­sé sa famille der­rière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrou­ver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis tou­jours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour sou­venir qu’une image figée sur une pho­togra­phie. Con­tin­uer la lec­ture

Juste le minimum hérité

Véronique ROELANDT, Mes ham­sters, Arbre à paroles, 2021, 58 p., 10 , ISBN : 978–2‑87406–706‑8

roelands mes hamstersPar­mi les derniers-nés de la col­lec­tion iF, quelle bonne sur­prise que de décou­vrir, aux côtés des deux incon­tourn­ables de la lit­téra­ture belge que sont désor­mais Karel Logist et Chris­tine Aventin, le pre­mier recueil d’une toute nou­velle autrice : Véronique Roe­landt. Con­tin­uer la lec­ture

Qui étions-nous, exactement ?

Car­o­line LAMARCHE, L’Asturienne, Impres­sions nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87449–893‑0

lamarche l'asturienneOui, qui vrai­ment étions-nous ? se demande Car­o­line Lamarche dans son dernier réc­it, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impres­sions Nou­velles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout com­mence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la mai­son famil­iale où l’autrice retrou­ve une vieille malle con­tenant des dizaines de dossiers, autant de doc­u­ments soigneuse­ment archivés par Fred­dy Lamarche sa vie durant. Car­o­line Lamarche entame alors un long tra­vail de recherch­es qui l’amène à pour­suiv­re le grand œuvre du père, recom­posant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pio­nniers de la métal­lurgie. Con­tin­uer la lec­ture

Les héritières de Dallas

Anne DUVIVIER, Cen­dres, M.E.O., 2021, 108 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782807002999

duvivier cendresCen­dres est un court réc­it qui nous plonge dans les pré­parat­ifs d’un voy­age de deux sœurs, Vio­lette et Lila, sur l’île d’Ischia au large de Naples, afin de dis­pers­er les cen­dres de leur oncle Robert. Hélène, la fille de ce dernier, accom­pa­g­n­era le duo afin de respecter les volon­tés mys­térieuses du défunt. La rai­son du choix du lieu est en effet assez énig­ma­tique… Con­tin­uer la lec­ture

Pas de tendresse pour la peau

Daniel CHARNEUX, Nor­ma, roman, Sablon, 2021, 128 p., 13 €, ISBN : 9782931112038

charneux norma roman Nor­ma, roman est paru en 2006 aux édi­tions Luce Wilquin. Lau­réat du prix Charles Plis­nier en 2007, le livre pour­suit son chemin avec une réédi­tion aux édi­tions du Sablon en 2021 – l’occasion pour les lecteurs et les lec­tri­ces de (re)plonger dans une réal­ité alter­na­tive où le temps du mythe n’est plus. Un espace où Nor­ma Jean a aban­don­né Mar­i­lyn aux extrap­o­la­tions de la foule car­nas­sière et vieil­lit, avec le sou­venir de l’autre, au milieu du désert de Mojave. Con­tin­uer la lec­ture

Routes de la gémellité et puissances du livre

Jean Claude BOLOGNE, Le nou­v­el an can­ni­bale, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 232 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–384‑8

bologne le nouvel an cannibaleLa vie des livres, la manière dont ils font vol­er en éclats la fron­tière entre réal­ité et imag­i­naire, les pou­voirs ontologiques, les sor­tilèges dont ils sont por­teurs sont au cœur du dernier roman de Jean Claude Bologne, Le nou­v­el an can­ni­bale. Auteur d’une œuvre mar­quante riche d’une quar­an­taine de titres, romanci­er, essay­iste, philo­logue de for­ma­tion, Jean Claude Bologne met en réc­it avec ambi­tion, éru­di­tion et humour le coup de dés de la créa­tion. Con­tin­uer la lec­ture