Pure coïncidence ?

Anne FRANÇOIS, Nu-tête, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 130 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–22‑1

Les Femmes de Let­tres belges exis­tent, on le sait. De tout style, de toute encre, mais aus­si de tout temps ; cela, on le sait moins. Le genre (avec toute la déli­catesse qu’impose le maniement de ce terme), en lui-même, ne suf­fit pas à con­fér­er une quel­conque valeur à une pro­duc­tion artis­tique. Certes. Mais il ne peut en aucun cas con­tribuer à lui ôter vis­i­bil­ité, recon­nais­sance ou/et légitim­ité. C’est en cela que la démarche de la nou­velle mai­son d’édition « Névrosée » s’avère essen­tielle, et juste : empêch­er l’éclipse d’auteures tenues dans l’ombre, par le biais de réédi­tions de textes impor­tants. Par­mi ces éner­gies scrip­turales mul­ti­ples, divers­es, bigar­rées mis­es en avant dans la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées », le Nu-tête d’Anne François est por­teur d’ondes intens­es et crues. Con­tin­uer la lec­ture

Au pays d’Eugène Savitzkaya

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA, Au pays des poules aux œufs d’or, Minu­it, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑7073–4600‑1

Au pays d’Eugène Sav­itzkaya, les mots rugis­sent, les phras­es sor­tent de leur lit flu­vial, les sen­sa­tions courent à neuf dans des con­tes sauvages. Éblouis­sante fable, entre nou­velle ver­sion de la Genèse et légende des despo­tismes con­tem­po­rains, Au pays des poules aux œufs d’or nous immerge dans une balade des orig­ines, de la ges­ta­tion de l’univers à l’avènement des riv­ières, des forêts, des cerfs, des hommes. Au com­mence­ment, les arbres n’étaient pas enrac­inés, « l’homme n’avait pas de face », un bel enfant fut dévoré par un chien, sa mère dev­enue folle for­ma un ado­les­cent avec de l’argile, pétrit un petit Adam comme Sav­itzkaya pétrit comme per­son­ne l’alphabet pri­mor­dial, les Noms et leurs odeurs, leurs saveurs, leurs folies fangeuses. L’éclosion du monde con­naît des splen­deurs mais aus­si des ratés, le ver despo­tique est dans le fruit. Con­tin­uer la lec­ture

Le roman, cette fable du siècle

Pierre MERTENS, Les bons offices, Seuil, coll. « Points. Sig­na­tures », 2019, 564 p., 11.40 €, ISBN : 9–782757-881699

On ne soulign­era jamais assez com­bi­en la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique, lorsqu’elle est mise en valeur dans des édi­tions de pres­tige, retrou­ve la place qui lui revient, dont les effets de mode ou de répu­ta­tion, et l’absence de vraie pro­mo­tion l’éloignent trop sou­vent. Comme d’autres écrivains belges – les « référents » his­toriques, comme De Coster, Lemon­nier , Plis­nier, mais aus­si les con­tem­po­rains comme Harp­man, De Deck­er, Jones, Aygues­parse pour n’en citer que quelques-uns par­mi les romanciers et nou­vel­listes –, Pierre Mertens a pris place par­mi les « clas­siques » de la lit­téra­ture française.  À son œuvre, dont on voit aujourd’hui avec le recul des années, et au terme d’une quin­zaine de romans et recueils de nou­velles, l’importance et la cohérence, il man­quait d’entrer dans une col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale inter­na­tionale de référence. C’est chose faite doré­na­vant, au moins pour un des romans, Les bons offices, les plus sig­ni­fi­cat­ifs de la bib­li­ogra­phie merten­si­enne. Le Seuil a été par­ti­c­ulière­ment bien inspiré de l’insérer dans sa pres­tigieuse col­lec­tion de poche « Sig­na­tures ». Elle réu­nit quelques fig­ures de proue, dont les œuvres sont autant de balis­es incon­tourn­ables lorsqu’il s’agit pour la lit­téra­ture de prodiguer les indis­pens­ables instru­ments de com­préhen­sion du monde. Con­tin­uer la lec­ture

Une conséquence à de petites méchancetés

Marc MENU, Alors, c’est du jazz, Quad­ra­ture, 2019, 100 p., 10 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑930538–98‑3

Après ses cour­tes nou­velles réu­nies dans l’ouvrage Petites méchancetés sans grandes con­séquences pub­liées en 2015 aux Édi­tions Quad­ra­ture, Marc Menu nous revient en nous pro­posant d’autres nou­velles réu­nies, aux mêmes édi­tions, sous le titre Alors, c’est du jazz. Ce titre est issu d’une cita­tion de Nove­cen­to Pianiste de Bar­ic­co, placée en exer­gue à ce recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Faire peau mieux que neuve

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire de CHANGY et Marine SCHNEIDER, L’Ours Kintsu­gi, Cam­bourakis, 2019, 32 p., 16 €, ISBN : 9782366244311

Gross­es pattes, longues griffes, pelage brun. Sans con­teste, Kintsu­gi est un bel ours, grand et fort. Un brin aven­tureux aus­si, et peut-être trop orgueilleux. Un jour, parce qu’il aime être admiré dans son audace et qu’il se délecte des cha­touilles du vent entre ses orteils, il s’approche tout au bord d’une haute mon­tagne. Mais Éole, d’humeur cha­grine, souf­fle si fort sur son dos qu’il est pré­cip­ité dans une chute qui « dure telle­ment longtemps qu’il a le temps de penser à mille choses. Il se dit qu’il a les poils décoif­fés. Il se dit qu’il a un peu froid. Il se dit qu’il l’a un peu cher­ché. Il se dit qu’il recom­mencera. Il se dit que peut-être en bas, pour l’accueillir, il y aura des bras ». Con­tin­uer la lec­ture

Duelles triomphe aux Magritte

Olivi­er Mas­set-Depasse, Magritte de la meilleure réal­i­sa­tion pour “Duelles”

La dix­ième céré­monie des Magritte du ciné­ma a eu lieu ce same­di 1er févri­er, sous la prési­dence de Pas­cal Duquenne. Un film est sor­ti grand vain­queur de la soirée : Duelles, l’adap­ta­tion par Olivi­er Mas­set-Depasse du roman de Bar­bara Abel Der­rière la haine. Con­tin­uer la lec­ture

Le blog du Carnet et les Instants a cinq ans!

blog 2020

Il y a tout juste cinq ans, début févri­er 2015, le blog le-carnet-et-les-instants.net était mis en ligne et acces­si­ble au pub­lic. Il accom­pa­g­nait une mue impor­tante du Car­net et les Instants, la revue des lit­téra­tures fran­coph­o­nes de Bel­gique pub­liée par le ser­vice de la Pro­mo­tion des Let­tres (devenu Direc­tion des Let­tres depuis lors). Les recen­sions et la bib­li­ogra­phie, deux de ses rubriques-phares, pas­saient alors en ligne, la revue papi­er se resser­rant sur la sec­tion “mag­a­zine” (des arti­cles de fond et des inter­views) ren­for­cée.

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Bibliographie — 1er février 2020

Avec la bib­li­ogra­phie du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on

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Chaos ? Utopies ? Démontage de poncifs !

Véronique BERGEN et WINSHLUSS, L’anarchie, théories et pra­tiques lib­er­taires, Lom­bard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2019, 87 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 9782083675784

Une belle sur­prise du côté de la col­lec­tion « La petite bédéthèque des savoirs » (aux édi­tions Le Lom­bard) qui comme elle le dit, ne s’interdit rien. L’une « des invi­ta­tions à aller plus loin »
vient cette fois de Véronique Bergen comme scé­nar­iste, Win­sh­luss comme dessi­na­teur et d’Annomane pour la vive mise en couleur. L’alliance rock du numéro 29 de la col­lec­tion, l’Anarchie, théories et pra­tiques lib­er­taires. Évidem­ment, lorsque l’on se régale des planch­es de Win­sh­luss à l’ironie grinçante (dont le style est assez par­ti­c­uli­er pour être rapi­de­ment recon­nu) et de la nar­ra­tion agitée de Bergen, on sort de cette lec­ture décoif­fée ! Prête à con­tin­uer la destruc­tion des préjugés, car le duo s’attache ici à expli­quer l’anarchie. Une vul­gar­i­sa­tion réussie d’un courant poli­tique qui a subi tous les pon­cifs imag­in­ables. Con­nue et mécon­nue, cer­taine­ment pas recon­nue, l’anarchie c’est quoi ? Con­tin­uer la lec­ture

Occupation militaire et domination masculine durant la Guerre 14–18

Emmanuel DEBRUYNE, « Femmes à Boches ». Occu­pa­tion du corps féminin, dans la France et la Bel­gique de la Grande Guerre, Belles Let­tres, 2018, 456 p., 25,90€ / ePub : 18.99 €, ISBN : 9782251448435

Se revendi­quant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, pro­fesseur d’histoire con­tem­po­raine à l’UCL, exam­ine une ques­tion auda­cieuse, dans sa for­mu­la­tion même : l’« occu­pa­tion du corps féminin », en France et en Bel­gique, durant la Guerre 14–18. Quel est le con­texte ? « Pen­dant qua­tre ans, la qua­si-entièreté de la Bel­gique et de larges pans de dix départe­ments français sont occupés par l’armée alle­mande » : ces ter­ri­toires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones dis­posant de leur admin­is­tra­tion, for­ment un large périmètre regroupant une dizaine de mil­lions d’habitant-e‑s. Con­tin­uer la lec­ture

Geneviève Damas dans la short list de Pen America

damas if you cross the riverNous vous l’an­non­cions il y a quelques joursIf You Cross the Riv­er, la tra­duc­tion anglaise de Si tu pass­es la riv­ière fig­u­rait dans la pre­mière sélec­tion du Pen Trans­la­tion Prize, prix décerné par Pen Amer­i­ca, la branche améri­caine du Pen Club. Laque­lle vient de pub­li­er une liste resser­rée de 5 titres. Bonne nou­velle pour la lit­téra­ture belge : Geneviève Damas est tou­jours en lice. Con­tin­uer la lec­ture

Les océans, vingt mille lieues sous la mer

David VANDERMEULEN, Daniel CASANAVE, Hubert REEVES, Hubert Reeves nous explique. Tome 3 : les océans, Lom­bard, 2019, 65 p., 13,45 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782803673100

Après Hubert Reeves nous explique la bio­di­ver­sité, Hubert Reeves nous explique les forêts, David Van­der­meulen, Hubert Reeves (scé­nario) et Daniel Casanave (dessins) livrent un roman graphique sur les océans. Sous la forme d’une fic­tion grav­i­tant autour du per­son­nage de l’astrophysicien Hubert Reeves, lequel explique à une femme et deux enfants la vie des océans, des courants marins, l’album délivre une péd­a­gogie dynamique qui priv­ilégie le ques­tion­nement. La démarche exploratoire du réc­it suit la veine explo­ratrice des sci­ences. Au plus loin d’un exposé ex cathe­dra, l’ouvrage développe une approche heuris­tique au fil de laque­lle les décou­vertes sont insérées dans une nar­ra­tion. Pourquoi les océans sont-ils salés ? Com­ment s’est for­mée la grande dor­sale médio-atlan­tique, une chaîne de vol­cans sous-marins ? Le pari de vul­garis­er tout en gar­dant l’aiguillon de la prob­lé­ma­ti­sa­tion, de l’exigence, de la pas­sion pour la décou­verte est relevé avec brio. Con­tin­uer la lec­ture

Quand le secret explose…

Eva KAVIAN, Tu es si belle, Oskar, 2019, 46 p., 9,95 €, ISBN : 979–1021406919

La nar­ra­trice, Jeanne (14 ans) reçoit un mes­sage mys­térieux de sa sœur Flo­ra (18 ans) : « Je te libère de notre secret ». Son intu­ition lui dit que c’est impor­tant, elle se rend alors au stu­dio où vit sa sœur pour s’assurer que tout va bien : là-bas, elle décou­vre Flo­ra éten­due sur son lit. Elle a avalé beau­coup de médica­ments et a écrit sur le mur avec son pro­pre sang « Tu es si belle ». Con­tin­uer la lec­ture

Bruxelles au 19e vue par les écrivains

Joseph VAN WASSENHOVE, Brux­elles. La ville vue par des écrivains du XIXe siè­cle, Sam­sa, 312 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87593–084‑2

Repris sous une forme mod­i­fiée par Julien Gracq dans l’incipit de La forme d’une ville, le vers de Baude­laire tiré du poème Le cygne —  « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mor­tel » — com­pose la basse con­tin­ue de l’essai de Joseph Van Wassen­hove. Par quel prisme appréhen­der Brux­elles au 19e siè­cle, sachant qu’elle a subi, au nom du pro­grès et de la moder­nité, des mod­i­fi­ca­tions archi­tec­turales, urban­is­tiques sou­vent désas­treuses, sinon par celui de la lit­téra­ture ? Dans Brux­elles. La ville vue par des écrivains du XIXe siè­cle, l’auteur se livre à une enquête archéologique qui prend la forme d’une prom­e­nade lit­téraire. Con­tin­uer la lec­ture

Petits cœurs sensibles tentent de s’apprivoiser

Vin­cent ENGEL, Si seule­ment, Lucie, Hachette, 2019, 198 p., 13,90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2016212394

Si seule­ment, Lucie nous plonge dans la ren­con­tre de deux jeunes ado­les­cents, Lucie et Jim. Lucie vient d’emménager dans le même immeu­ble que Jim et se retrou­ve dans sa classe aus­si. Elle voudrait con­tin­uer à vivre à dis­tance des autres, mais ses pro­fesseurs ont con­fié à Jim la respon­s­abil­ité de lui prêter ses notes pour qu’elle se remette en ordre. La voilà suiv­ie par un jeune homme bien encom­brant, soucieux d’accomplir sa tâche… Con­tin­uer la lec­ture

Une formation autour de la littérature belge et de Poney flottant au 140

Dans le cadre du pro­jet “Le 140 est lit­téra­ture”, le 140 et Espace Nord pro­posent aux enseignants du 3e degré une for­ma­tion d’une journée, le 16 mars 2020, autour de la lit­téra­ture belge et de l’analyse du roman Poney flot­tant d’Is­abelle Wéry (ONLiT). La for­ma­tion, qui se tien­dra en présence de l’autrice, est recon­nue par l’IFC. Con­tin­uer la lec­ture