Prix de la revue NUNC : une première sélection très belge

La revue NUNC prime tous les ans deux recueils de poètes vivants, l’un de poésie française, l’autre de poésie étrangère. Le prix de poésie française récom­pensera cette année un recueil pub­lié en 2018 à compte d’édi­teur. La pre­mière sélec­tion, com­por­tant dix-huit titres, reprend plusieurs poètes belges. Le nom du/de la lauréat‑e sera révélé lors du Marché de la poésie de Paris, le 9 juin.

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Voyage atypique aux cœur des pensées d’un original

Françoise PIRART, Beau comme une éclipse, M.E.O., 2019, 173 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8070–0191‑6

Albi­en Bien­fait. Bien bien. À pronon­cer son nom tout haut, la répéti­tion lais­serait penser que ce per­son­nage est né sous les meilleurs aus­pices. Et pour­tant, le jeune homme tient plutôt de l’anti-héros que d’un séduc­teur ou d’un leader charis­ma­tique. Pudique­ment, on par­lera d’une per­son­nal­ité atyp­ique, là où d’aucuns oseront avancer les ter­mes « inadap­té social ». Mais Albi­en n’en a cure. Il s’amuse de cette dif­férence et n’envisage pas de ren­tr­er dans le rang. Après tout, pourquoi voudrait-il s’intégrer à une société qui selon lui fait fausse route ? Il préfère se con­cen­tr­er sur le monde des invis­i­bles, des insectes, des vers, de la faune souter­raine ; toute cette vie à laque­lle les gens ne prê­tent pas atten­tion, à l’instar de sa pro­pre exis­tence. Con­tin­uer la lec­ture

Antoine Wauters. L’écriture et les paysages de l’enfance

Antoine WAUTERS, L’enfant des ravines, Mael­ström, coll. « Book­leg », 2019, 40 p., 3 €, ISBN : 978–2‑87505–332‑9

Dans l’œuvre d’Antoine Wauters, l’enfance s’avance comme un pays que l’on retrou­ve par l’écriture. Ter­reau mag­ique, univers qu’on porte en soi, entre l’écho de sa perte et la musique de sa per­sis­tance, l’enfance en vient à se con­fon­dre avec la fic­tion. L’une et l’autre con­stru­isent un monde imag­i­naire, peu­plé de dou­bles, de pro­longe­ments, d’avatars de soi. L’une et l’autre se tien­nent à l’écart de la société, de ses lois, de sa logique, de ses con­traintes. Éblouis­sant cail­lou textuel forgé par un frère du Petit Poucet, L’enfant des ravines (deux­ième book­leg d’Antoine Wauters, après Debout sur la langue) déplie une jeunesse dans un vil­lage des Ardennes, un monde de jeux, d’odeurs, de sen­sa­tions qui con­stitue le lieu men­tal, organique à par­tir duquel l’écriture sur­git. « J’ai vécu jusqu’à mes dix-huit ans dans un petit vil­lage d’Ardenne où mon imag­i­na­tion se trou­ve, encore aujourd’hui. Que je le veuille ou non, tout ce que j’écris vient de là ». Con­tin­uer la lec­ture

Prix Paroles urbaines : la finale

Tous les deux ans, la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles décerne, en parte­nar­i­at avec Lezarts urbains, les prix Paroles urbaines. La finale de l’édi­tion 2019 aura lieu le 7 avril, dans le cadre du Fes­ti­val Lezarts urbains.

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« Là-haut, sur la montagne… »

Un coup de cœur du Car­net

Sarah MASSON et Michel SQUARCI, Au cœur de la mon­tagne, CFC, coll. « 07/107 », 2018, 80 p., 18€, ISBN : 978–2‑87572–036‑8

Un jour, Nel­la est tra­ver­sée d’un sen­ti­ment impérieux : Non­na va bien­tôt s’éteindre, ses pul­sa­tions car­diaques s’affaiblissent, ses res­pi­ra­tions sont comp­tées. Faisant fi des oblig­a­tions sco­laires et de l’autorisation parentale, elle décide alors de se ren­dre sur la Mon­tagne. Cet endroit où elle a passé une par­tie de son enfance avant d’être emmenée dans la Val­lée ; ce lieu ardu et mys­térieux que sa grand-mère, elle, n’a jamais quit­té. Le chemin est malaisé, d’autant que le froid et les flo­cons s’abattent sur l’adolescente, le paysage… et cer­taines pages de l’album (dans un incroy­able ren­du graphique !). Con­tin­uer la lec­ture

Un roman de création polyphonique

Véronique BERGEN, Kas­par Hauser ou la phrase préférée du vent, post­face de Char­line Lam­bert, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 301 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–411‑0

Il faut applaudir au choix de la col­lec­tion “Espace Nord” de pub­li­er le roman de Véronique Bergen, Kas­par Hauser ou la phrase préférée du vent, paru chez Denoël en 2006. Cette col­lec­tion vouée à l’origine à la réédi­tion et à la dif­fu­sion des œuvres pat­ri­mo­ni­ales des let­tres belges de langue française est toute désignée pour faire une large place aux auteurs impor­tants du temps présent et plus pré­cisé­ment pour accueil­lir une per­son­nal­ité comme Véronique Bergen. Philosophe, roman­cière, poète, essay­iste, cri­tique lit­téraire et artis­tique, elle incar­ne à elle seule un ensem­ble, une total­ité créa­trice qu’a recon­nus notam­ment l’Académie de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique en l’élisant tout récem­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Namur : deuxième édition du Festival des jeunes lecteurs

Pré­paré par et pour les enfants et ado­les­cents, le Fes­ti­val des jeunes lecteurs se veut un temps d’échanges offrant des chemins de ren­con­tres entre auteurs, illus­tra­teurs, parte­naires, enseignants et enfants. Pour sa deux­ième édi­tion, le Fes­ti­val investit librairies, écoles, musées, bib­lio­thèques… Durant trois journées (les 25, 26 et 29 avril), le livre et la lec­ture seront à l’hon­neur à Namur.  Con­tin­uer la lec­ture

Des solitudes à consoler

Marie France VERSAILLES, Trop de choses à se dire, Quad­ra­ture, 2019, 140 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782930538907

Après un pre­mier recueil de nou­velles chez Quad­ra­ture en 2010 (À l’ombre de la fête) et un roman chez Luce Wilquin en 2012 (Sur la pointe des mots), Marie France Ver­sailles revient, chez Quad­ra­ture, avec Trop de choses à se dire – où l’on retrou­ve cette con­science et cer­ti­tude, depuis tou­jours chez l’autrice, que cela ait été dans sa pro­fes­sion de psy­cho­logue et jour­nal­iste ou dans son tra­vail d’écriture, que les mots, quelle que soit leur fragilité, sont nos out­ils essen­tiels pour com­pren­dre et soign­er, pour trans­met­tre et con­sol­er, tiss­er les liens de la vie et aimer. Con­tin­uer la lec­ture

Boulevard du polar : voici la saison 4!

Du 12 au 14 avril, le fes­ti­val trans­mé­dia Boule­vard du polar prend ses quartiers à Bozar pour trois journées dédiées aux écri­t­ures noires, en marge du BIFFF. Au pro­gramme : des ren­con­tres et dédi­caces, une expo­si­tion, des balades guidées, et des films.

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Paul Colinet, rose en toutes lettres

Paul COLINET, Cor­re­spon­dance avec Rose Capel (1938–1947), Quadri, 2018, 104 p., 25 €

Louis Scute­naire écrivait de « Mon­sieur Paul » qu’il était « le Don Juan des mots ». Et, à lire les mis­sives que Paul Col­inet (Arquennes, 1898 – Brux­elles, 1957) adres­sa à Rose Capel (née Ros­alie Bauwens à Rhode-St-Genèse, 1903 – décédée en Argen­tine en 1975), épouse du cousin ger­main de Col­inet, on imag­ine sans peine l’effet mer­veilleuse­ment ébou­rif­fant que devaient pro­duire ces let­tres-poèmes inso­lites sur la des­ti­nataire, de cinq ans la cadette de l’écrivain. L’une des pre­mières, vers 1938, est con­sti­tuée d’un texte man­u­scrit, adressé à la « chère cou­sine », dont le con­tenu reste caché par un col­lage : il mon­tre une jeune fille men­acée par un fauve… Con­tin­uer la lec­ture

Le Seigneur des Esprits

Patrick MEURICE, Khan Ten­gri, Un con­te de la vie à l’endroit, Acad­e­mia, coll. « Livres libres », 2018, 112 p., 13€ / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0427‑4

Avec son roman Khan Ten­gri. Un con­te de la vie à l’endroit, Patrick Meurice nous emmène dans un roy­aume imag­i­naire.

Simon Lan­dresys, un fonc­tion­naire belge, est envoyé en mis­sion au Khan-Ten­gri, un roy­aume d’Asie cen­trale, situé entre le Kirghizs­tan et la Chine, et dom­iné par un mas­sif mon­tag­neux. Ce roy­aume emprunte son nom à la mon­tagne qui le sur­plombe à plus de 7.000 mètres d’altitude. Ce petit état a vu le jour suite au déman­tèle­ment de l’Union sovié­tique. Il est dirigé par un monar­que à plein pou­voirs et béné­fi­cie d’aides européennes. Simon doit aider l’administration de Khan-Ten­gri à se réor­gan­is­er et à mod­erniser sa bureau­cratie. L’agent belge entre­pren­dra qua­tre mis­sions à Inylchek, la cap­i­tale et seule ville du roy­aume, située à plus de 4000 mètres d’altitude et acces­si­ble seule­ment en héli­cop­tère. Ce lieu, en principe peu hos­pi­tal­ier, regorge toute­fois de richess­es et de ser­vices. Con­tin­uer la lec­ture

Fêlures intimes de la prospérité

Sébastien FEVRY, Soli­tude Europe, pré­face de Philippe Longchamp, Cheyne, 2018, 107 p., 19 €, ISBN 978–2‑84116–261‑1

Rares sont les livres de poésie qui affron­tent explicite­ment les aspects ingrats de la vie con­tem­po­raine, qu’ils soient bénins ou dra­ma­tiques : attente du bus, pas­sager clan­des­tin d’un camion, recherche d’une sta­tion-ser­vice, épuise­ment pro­fes­sion­nel, yeux rougis par la fumée, divorce des par­ents, etc.  Tel est pour­tant Soli­tude Europe, pre­mier recueil de Sébastien Fevry, dont une des clés est peut-être don­née indi­recte­ment à la page 86 : « l’été où tu pris la déci­sion de tenir un jour­nal. » La tech­nique, en effet, est celle de la nar­ra­tion décousue, effilochée, addi­tion quo­ti­di­enne d’anec­dotes à pre­mière vue hétéro­clites. À pre­mière vue seule­ment, car plusieurs con­stantes s’im­posent vite. Essen­tielle­ment visuel, spa­tial et itinérant, l’imag­i­naire que met en œuvre cette écri­t­ure diariste est ponc­tué avec insis­tance par les motifs de la route, du véhicule, du park­ing, du zon­ing, du chemin de fer – les nom­breux toponymes ren­voy­ant aux États-Unis et surtout à l’Eu­rope occi­den­tale, prin­ci­pale­ment du nord : Arras, Ams­ter­dam, mer Bal­tique, Car­o­line du Sud, Dubrovnik, New­cas­tle, Paris, Turin, etc.  Il est aus­si ques­tion de restau­rants et de cafés, de salles de réu­nion ou de con­grès, d’hô­tels, d’un cen­tre com­mer­cial, lieux de pas­sage et de bras­sage humain où le “je” est tan­tôt acteur, tan­tôt sim­ple témoin ou même voix off. Tout sem­ble démon­tr­er une intense activ­ité humaine. Voici même un hôtel qui, la nuit, à l’in­su de ses clients, « ébran­le sa for­mi­da­ble masse / et remonte vers le nord »… Con­tin­uer la lec­ture

Puis la nuit tombe

Philippe MATHY et André RUELLE, Bat­te­ments cré­pus­cu­laires, Tétras Lyre, coll. « Accordéon », 2019, 10 €, ISBN : 978–2‑930685–40‑3

L’aube à peine effacée
vite passée comme l’enfance

Le temps de goûter
aux par­fums des jours
blancheur de l’aubépine

Ce sont tant de haies
dressées comme des murs
dans le labyrinthe de vivre

et déjà
le cré­pus­cule s’avance
 

Si la vie « linéaire » est faite de l’alternance du jour et de la nuit, c’est une autre tem­po­ral­ité que révèle le recueil Bat­te­ments cré­pus­cu­laires de Philippe Mathy et André Ruelle. Le livre donne en effet à éprou­ver une dimen­sion tem­porelle con­fi­nant au cycle car­diaque de la sys­tole et de la dias­tole, comme en accordéon – à l’image du nom de la col­lec­tion des édi­tions Tétras Lyre (qui a récem­ment fêté ses trente ans) dans laque­lle s’inscrit ce livre. Cette tem­po­ral­ité est celle des « lézards / [qui] sem­blent voy­ager / au hasard », fis­sur­ant la trame des jours qui sont et seront vécus, tein­tés de « temps de pluie » et de moments de « défail­lances », mais qui per­me­t­tent aux rêves et aux pro­jets d’éclore. Con­tin­uer la lec­ture

Olivier Deprez sur les traces du château de Kafka

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er DEPREZ, Le Château d’après Kaf­ka, FRMK, coll. « Amphigouri », 2018, 224 p., 35 €, ISBN : 9782390220138

Den­sité des noirs qui empor­tent des formes trou­blées, avalanche de stri­ures blanch­es, per­son­nages tail­lés dans l’étoffe de fan­tômes, de revenants… l’univers hyp­no­tique qu’Olivier Deprez met en scène dans sa libre adap­ta­tion du Château de Kaf­ka con­stru­it un album graphique éblouis­sant.  Unanime­ment acclamé lors de sa paru­tion aux édi­tions FRMK en 2003, le livre est réédité dans une mag­nifique édi­tion (tou­jours chez FRMK) met­tant en valeur la puis­sance expres­sion­niste des gravures sur bois. Excé­dant le reg­istre de la bande dess­inée, Le Château de Kaf­ka coulé dans l’imaginaire d’Olivier Deprez retrace, sous la forme d’un opus gravé, une his­toire d’errance dans un labyrinthe à la fois extérieur et men­tal. Dans ce roman inachevé, Kaf­ka décrit l’arrivée de K. dans un vil­lage, le malen­ten­du qui s’installe entre lui, l’égaré, l’étranger qui pré­tend être appelé comme géomètre, et les autorités invis­i­bles du Château. Dès les pre­mières planch­es, la soli­tude de K., son désir d’être inté­gré dans le vil­lage, de recevoir une légiti­ma­tion offi­cielle se voient traduites dans un lan­gage graphique tout en ombres et lumières, entre vac­ille­ment des repères et angoisse exis­ten­tielle. Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Marcel Detienne

Nous apprenons le décès de l’hel­léniste et anthro­po­logue Mar­cel Deti­enne, né à Liège le 11 octo­bre 1935. Pro­fesseur émérite de l’u­ni­ver­sité Johns-Hop­kins à Bal­ti­more, il laisse une oeu­vre écrite d’am­pleur, en par­tie élaborée en com­pagnon­nage avec Jean-Pierre Ver­nant.

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Emmanuelle Pirotte finaliste du prix des Libraires

Emmanuelle Pirotte

Emmanuelle Pirotte
©Philippe Mat­sas

Le prix des Libraires a livré le nom des cinq romans final­istes de l’édi­tion 2019. Par­mi eux, la Belge Emmanuelle Pirotte pour Loup et les hommes (Cherche Midi). Le lau­réat sera con­nu en mai.  Con­tin­uer la lec­ture