Archives par étiquette : art

Portrait de l’artiste en Icare
L’embrasement vertigineux et splendide de Nicolas de Staël

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Nico­las de Staël, la pein­ture comme un feu, Gal­li­mard, 2023, 240 p., 42 €, ISBN : 9782073024688

lambert nicolas de stael la peinture comme un feuL’art réside peut-être moins dans sa fin, l’œuvre pro­duite, accrochée aux cimais­es, dite achevée, que dans la dynamique qu’il instau­re. Stéphane Lam­bert aime s’immerger dans la tra­jec­toire des artistes pour saisir ce qui met en ten­sion leur vie, la détourne du quo­ti­di­en ordi­naire, la trans­fig­ure et la déchire jusqu’à, par­fois, l’anéantir. De Rothko à Goya, de Spilli­aert à Van Gogh en pas­sant par Klee et Mon­et, ses essais et ses romans témoignent d’un dia­logue con­stant entre l’écriture et la pein­ture pour dire le mys­tère de la créa­tion, son aspi­ra­tion à une spir­i­tu­al­ité, son élan, obscur et lumineux, vers une pro­fondeur mythologique. L’écrivain parvient ain­si à saisir l’artiste dans ce bord de l’abîme dont il sur­git, qui le nour­rit, l’absente au monde et le men­ace du désas­tre – mais ce désas­tre n’est-il pas la pos­si­bil­ité néces­saire à son con­tre­point, l’œuvre ? Con­tin­uer la lec­ture

E comme Elke

Elke DE RIJCKE, Et puis, soudain, il car­il­lonne, Lan­sk­ine, 2023, 240 p., 12 €, ISBN : 9782359631050

dans les trous de l’eau, du ciel ou de la terre
des érup­tions sem­blables

de rijcke et puis soudain il carillonneLa bib­li­ogra­phie poé­tique d’Elke de Rijcke s’étend, à ce jour, de 2005 à 2021, péri­ode jalon­née par la pub­li­ca­tion de cinq pro­jets à un rythme choisi. Ce cor­pus fait aujourd’hui l’objet d’une rétro­spec­tive sous forme con­den­sée, sous-titrée Select­ed et parue en un vol­ume de poche aux édi­tions Lan­sK­ine. Con­tin­uer la lec­ture

Les deux amours de Lôc Vàng, chanteur à la voix d’or et à la vie tragique

Un coup de cœur du Car­net

Tuyêt-Nga NGUYEN, 927, Onlit, 2023, 300 p., 18,5 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 978–2‑87560–171‑1

nguyen 927927, 3 chiffres en titre pour con­denser tout un roman. 927, 3 chiffres aux­quels on a ten­té de réduire la vie et l’art d’un homme. 3 chiffres qui cachent toute l’émotion qui se dégage à la lec­ture des mémoires de cet homme, Lôc Vàng, chanteur de Nhac Vàng (Musique jaune, d’or), genre musi­cal viet­namien qui n’est pas sans rap­pel­er le boléro et par­le d’amour, de cœurs brisés, de la con­di­tion humaine et qui fut inter­dit par le pou­voir com­mu­niste dans les années 60. 927 n’est pas le titre de ces mémoires mais celui du nou­veau roman de Tuyêt-Nga Nguyên dont ils sont une part. Nous expliquons. Con­tin­uer la lec­ture

Vrai ou faux ?

Arnaud NIHOUL, Le témoin silen­cieux, Genèse, 2023, 256 p., 22,50 €, ISBN : 9782382010242

nihoul le temoin silencieuxLe doute est bien sou­vent le meilleur moteur d’une enquête poli­cière. Il est nour­ri par le sen­ti­ment trou­ble, encore indéfi­ni, que l’on ne peut se résoudre à accepter pour telles les con­clu­sions tirées d’un enchaine­ment de faits que rien ne sem­ble reli­er. À la base, deux décès et une dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Alliances entre morts et vivants

Vin­ciane DESPRET, Les morts à l’œuvre, Empêcheurs de penser en rond, 2023, 176 p., 20,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782359252439

despret les morts a l'oeuvrePro­longeant les ques­tion­nements posés dans Au bon­heur des morts. Réc­its de ceux qui restent (La Découverte/Les Empêcheurs de penser en rond, 2015), Vin­ciane Despret con­sacre son nou­v­el essai à la mise en réc­it de cinq his­toires qui témoignent de la manière dont les morts font agir les vivants. Le « com­ment racon­ter ? » des vies inter­rompues, des exis­tences pré­cip­itées dans la mort fait par­tie inté­grante d’un dis­posi­tif de pen­sée qui révo­lu­tionne et con­teste les anti­ennes de la notion car­di­nale de tra­vail de deuil dans l’Occident con­tem­po­rain. La pen­sée thérapeu­tique et économique d’un deuil que l’on doit tra­vailler, per­la­bor­er afin de regag­n­er le rivage de la vie, de se détach­er de l’abîme lais­sé par l’absent fait place à une pen­sée des rela­tions entre ceux qui restent et ceux qui sont encore là tout en n’étant plus à nos côtés. La sin­gu­lar­ité des réflex­ions provient ici du pro­to­cole d’expérimentation artis­tique qui relie les cinq his­toires : les inter­venants, les citoyens de cha­cun de ces cinq réc­its de décès ont fait appel au col­lec­tif des Nou­veaux Com­man­di­taires créé par François Hers en 1990, un col­lec­tif qui attribue la créa­tion d’une œuvre plas­tique, musi­cale, lit­téraire, théâ­trale, archi­tec­turale… à un artiste con­tem­po­rain chargé de réalis­er un « mon­u­ment de sen­sa­tions » (Deleuze) per­me­t­tant de ren­dre présents celles et ceux qui ont été fauchés par la Camarde. Con­tin­uer la lec­ture

Maeterlinck aux Musées royaux des Beaux-Arts

vol 1 Aveugles dubbelblad

Illus­tra­tion pour la pièce “Les Aveu­gles” — © Olivi­er Guyaux Ate­lier de l’Imagier

Depuis le 21 décem­bre, le Musée Fin-de-Siè­cle expose les trois vol­umes du Théâtre de Maeter­linck illus­trés par Léon Spilli­aert. Une œuvre unique et excep­tion­nelle.  Con­tin­uer la lec­ture

Ombre est lumière

Un coup de cœur du Car­net

Pierre DE MÛELENAERE, Thun­der and Light­ing, Total­ism, 2022, 68 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87560–163‑6

de muelenaere thunder and lightningLe Cœur des ténèbres de Joseph Con­rad, qui est à l’origine de cet ouvrage graphique, peut être con­sid­éré comme la tra­ver­sée hyp­no­tique du paysage africain le long d’un fleuve qui  est  un ser­pent délové et « coule sans un mur­mure, le long d’une forêt qui ressem­ble à un masque ».

Un tel par­cours, où se ren­con­trent les choses les plus abom­inables de la coloni­sa­tion, s’apparente, selon l’auteur, à une remon­tée vers « le vis­age effroy­able de la vérité » qui ne cesse cepen­dant pas de se dérober. Et l’on com­prend qu’il soit à la fois fasci­nant et éprou­vant de ten­ter de don­ner une forme graphique à ce chem­ine­ment. Ils sont quelques- uns à avoir adap­té le texte de Joseph Con­rad. Reprenant le titre même du roman, Jean- Philippe Stassen,  à l’aide de couleurs sub­tiles et de dégradés de gris, met en évi­dence l’aspect ténébreux du romanci­er ; avec Kon­go, Tom Tira­bosco fait ressen­tir avec ses encres et ses pas­tels la moi­teur de la forêt. Con­tin­uer la lec­ture

Stéphane Mandelbaum : la spoliation de la mémoire

Un coup de cœur du Car­net

Véronique SELS, Même pas mort !, Genèse, 2022, 256 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑38201–021‑1

sels meme pas mortDans le puz­zle de la vie, il y a tou­jours une case qui manque. Surtout quand on s’appelle Stéphane Man­del­baum, qu’en quelques années, on a bous­culé l’univers de la pein­ture et du dessin. Dans son cinquième roman, Même pas mort !, Véronique Sels recon­stru­it libre­ment la tra­jec­toire du pein­tre en l’immergeant dans les con­vul­sions de l’Histoire, le point de non-retour de la Shoah. Pour affron­ter la vie éminem­ment romanesque, la fin trag­ique de Stéphane Man­del­baum assas­s­iné en décem­bre 1986 à l’âge de vingt-cinq ans, elle met en place un dis­posi­tif auda­cieux que dévoile le titre. Con­tin­uer la lec­ture

Du geste graphique et poétique

Un coup de cœur du Car­net

Pierre-Yves SOUCY et Olivi­er SCHEFER, Ver­tiges de la main, Let­tre volée, 2022, 80 p., 18 €, ISBN : 9782873175641

soucy schefer vertiges de la main« Que fait un poète lorsqu’il des­sine ? ». Par sa ques­tion inau­gu­rale, Olivi­er Schefer inter­roge avec brio les créa­tions graphiques de Pierre-Yves Soucy en les con­frontant aux créa­tions poé­tiques. Dans les dessins au fusain, dans le dynamisme des traits, les frot­tages, les pré­cip­ités de strates, notre œil perçoit une poé­tique des traces, des empreintes et des échos. En poésie et dans les arts plas­tiques, graphiques, Pierre-Yves Soucy se livre à une explo­ration des inter­stices. Creu­sant, lais­sant affleur­er les signes, les formes, à tout le moins leur ébauche, il tra­vaille sur l’inchoatif et l’estompement, dans le respect des matières (matière des mots, matière du vis­i­ble, des traits) qu’il approche, que la main et que l’œil écoutent. Con­tin­uer la lec­ture

Matisse à Tanger. Pluie de l’âme

Fabi­en GROLLEAU, ABDEL DE BRUXELLES, Tanger sous la pluie, Dar­gaud, 2022, 122 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782205079715

Grolleau Abdel de Bruxelles Tanger sous la pluieDans Tanger sous la pluie, le scé­nar­iste Fabi­en Grol­leau et le dessi­na­teur Abdel de Brux­elles se glis­sent dans un pan de la vie d’Henri Matisse, dans la séquence maro­caine des années 1912 et 1913 au cours desquelles il fit deux séjours à Tanger. Faisant fond sur des don­nées biographiques, des faits con­signés, la fic­tion prend le relais, emprunte les routes du rêve et lance sa toile imag­i­naire. Tra­ver­sant une crise esthé­tique, affec­té par la mort de son père, Hen­ri Matisse et sa femme embar­quent pour Tanger fin 1912. À la recherche de la fab­uleuse lumière maro­caine, il entend se ressourcer, quit­ter les coter­ies parisi­ennes, marcher dans les pas de Delacroix. La nuit de son arrivée, la pluie s’abat sur Tanger et ne relâchera pas sa pres­sion durant quinze jours. Son rêve de pein­dre dans la nature, de s’enivrer de lumière s’effondre. Les caprices du cli­mat aggravent l’impasse créa­trice qu’il tra­verse. Les souks, les paysages, les par­fums, les couleurs se dérobant à lui, il demande qu’on lui amène un mod­èle. Con­tin­uer la lec­ture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Mur­mure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauw­ers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lec­tri­ces dans une dou­ble enquête : famil­iale et crim­inelle, intime et his­torique, à par­tir d’un reportage sur le pat­ri­moine brux­el­lois, ancêtre du street art : les pub­lic­ités peintes à la main sur les murs des bâti­ments de la ville au siè­cle précé­dent par des artistes mécon­nus, les pignon­nistes. Con­tin­uer la lec­ture

Un recueil poétique polymorphe

Stéphane LAMBERT, Écri­t­ure pre­mière, Let­tre volée, 2020, 96 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–561‑0

lambert écriture premièreAprès une œuvre déjà abon­dante et diverse, Stéphane Lam­bert revient à la poésie, cette fois dans un vol­ume élé­gant pub­lié à La Let­tre volée. Un recueil impor­tant, Écri­t­ure pre­mière, tout en dis­cré­tion mais explicite dans sa sim­plic­ité, en apparence peut-être, lan­gag­ière sans doute, et pour­tant com­plexe d’inspiration. Celle-ci est claire­ment avouée si on dis­tingue dans le texte dif­férentes sec­tions titrées, soit en dédi­cace à des artistes ou à leurs man­i­fes­ta­tions, à l’exclusion de tout résumé, soit en manière de pos­si­ble lec­ture ou inter­pré­ta­tion. Il faut en tout cas compter avec la vraie doc­u­men­ta­tion en appui à un choix en con­nais­sance cer­taine. Comme dans ses autres pub­li­ca­tions, essais et cer­tains romans, Stéphane Lam­bert est donc ici voué à l’art.

Nous le suiv­rons dans son itinéraire. Con­tin­uer la lec­ture

Olivier Deprez. Noise gravure et épilepsie du sémiotique

Olivi­er DEPREZ, Wrek not work, Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana et FRMK, 2020, 25 €, ISBN : 9782873060047

Paru à l’occasion de l’exposition que la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana con­sacra au pro­jet Wrek mené par Olivi­er Deprez, coédité par cette dernière et les édi­tions FRMK, le cat­a­logue Wrek Not Work (en français et en néer­landais) délivre un voy­age dans l’œuvre gravée d’un artiste qui place la co-créa­tion (avec Adolpho Avril, Jan Baetens…) au cen­tre de ses recherch­es. Son intro­duc­tion de la gravure sur bois dans le monde de la bande dess­inée a révo­lu­tion­né le neu­vième art. Inter­ro­geant les ques­tions de la nar­ra­tion graphique, du statut de l’image, de la représen­ta­tion, Olivi­er Deprez a, depuis sa magis­trale adap­ta­tion du Château de Kaf­ka (édi­tions FRMK) exploré le poten­tiel nar­ratif des images dans un geste qui excède et décon­stru­it la fron­tière entre fig­u­ratif et abstrac­tion. Les sor­tilèges de la lit­téra­ture, la tour de Babel des livres de ce lecteur pas­sion­né mais aus­si les images glanées sur la toile, dans les jour­naux, sous-ten­dent et nour­ris­sent sa démarche. Con­tin­uer la lec­ture

Félicien Rops. Théorie du druidisme

Féli­cien ROPS, Mémoires pour nuire à l’histoire artis­tique de mon temps, Textes présen­tés, choi­sis et post­facés par Hélène Védrine, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 420 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–477‑6

Davan­tage que sim­ple­ment don­ner le ton, le titre résonne comme un man­i­feste esthé­tique. C’est dans l’espace lit­téraire du pein­tre, graveur, dessi­na­teur et illus­tra­teur Féli­cien Rops (1833–1898) que nous entrons. Le recueil Mémoires pour nuire à l’histoire artis­tique de mon temps se com­pose de textes sélec­tion­nés par Hélène Védrine, sou­vent tirés de la cor­re­spon­dance de l’artiste, au fil desquels l’on décou­vre ses théories esthé­tiques, sa con­cep­tion (mou­vante, mul­ti­fi­brée) de la moder­nité, la cen­tral­ité de l’érotisme, son inven­tion d’une forme de dandysme inspirée par Baude­laire, forme qu’il appelle le druidisme. Con­tin­uer la lec­ture

Cécile Miguel, artiste et poète hypnotique

Yves NAMUR, Cécile Miguel, une vie oubliée, Musée Marthe Donas et Le Tail­lis pré, 2019, 44 p., ISBN : 9–782874-50–1562

À Ittre, le Musée Marthe Donas con­sacre une expo­si­tion, du 23 novem­bre 2019 au 19 jan­vi­er 2020, à une fig­ure de la pein­ture et de la poésie fran­coph­o­nes belges, Cécile Miguel (Gilly, 1921 – Auve­lais, 2001), épouse de l’écrivain André Miguel (Ransart, 1920 – Gem­bloux, 2008). À cette occa­sion, le Musée pro­pose sur son site web un dossier péd­a­gogique réal­isé par Béa­trice Lib­ert à l’intention des enseignants et les édi­tions du Tail­lis pré pub­lient, sous la plume d’Yves Namur et avec un avant-dire de Mar­cel Daloze, un cat­a­logue très sub­stantiel, riche­ment illus­tré de repro­duc­tions, pho­tos, man­u­scrits et let­tres qui rend jus­tice à cette créa­trice aujourd’hui occultée : Cécile Miguel, une vie oubliée brosse le par­cours exis­ten­tiel de l’artiste, quit­tant avec son mari le Hain­aut en 1947 pour le Midi de la France, où le cou­ple, antic­i­pant la vie bohème des beat­nik, se liera d’amitié avec Jacques Prévert, René Char, Picas­so et son épouse Françoise Gilot, Mar­cel Arland… Con­tin­uer la lec­ture

Henry de Groux devant les cochons

COLLECTIF, Hen­ry de Groux (1866 – 1930), maître de la démesure, In fine – Province de Namur, 2019, 180 p., 32 €, ISBN : 9782902302086

« Cette pein­ture est si épou­vantable­ment anor­male, si prodigieuse­ment en dehors des tra­di­tions ou des procédés con­nus, […] qu’on ne parvient pas à con­jec­tur­er de façon pré­cise l’effet d’une sem­blable vision sur des êtres peu dis­posés à partager l’agonie d’un Rédemp­teur véri­ta­ble­ment tor­turé. » Ces mots de Léon Bloy évo­quent Le Christ aux out­rages, toile mon­u­men­tale réal­isée par le Belge Hen­ry de Groux. Con­tin­uer la lec­ture