Archives par étiquette : Gallimard

Street views

Guy GOFFETTE, Paris à ma porte, Gal­li­mard, 2023, 67 p., 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑07–302101‑4

Qu’importe le temps quand on aime
Voilà pourquoi je me promène

goffette paris a ma porteLors de son entrée, en antholo­gie, dans la belle col­lec­tion Espace Nord (L’oiseau de craie, févri­er 2023), Guy Gof­fette don­nait, à titre d’inédits, une poignée de poèmes ludiques et urbains sous le nom de Paris à ma porte. De quoi éveiller la curiosité d’une Bel­gique chez qui s’invitaient pour l’occasion, et en exclu­siv­ité, les venelles du Ier arrondisse­ment de Paris. Le priv­ilège de cet échan­til­lon devait être de courte durée, et le client fidèle peut aujourd’hui redé­cou­vrir ces textes promet­teurs dans leur milieu naturel, entourés de leurs sem­blables, sous l’indémodable cou­ver­ture blanche de Gal­li­mard. Con­tin­uer la lec­ture

Georges Lambrichs : « C’est épatant »

Arnaud VILLANOVA, Le chemin con­tin­ue. Biogra­phie de Georges Lam­brichs, Pré­face de Jacques Réda, Gal­li­mard, 2023,286 p., 21,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑07–300161‑0

villanova le chemin continueDans sa biogra­phie du Belge Georges Lam­brichs, Arnaud Vil­lano­va remet à l’honneur un édi­teur sin­guli­er de la vie lit­téraire parisi­enne d’après-guerre, plonge dans les arcanes de plusieurs grandes maisons, révèle un méti­er sur lequel cir­cu­lent pas mal de légen­des et nous fait revivre une époque intel­lectuelle­ment dense.

Si on vous demande ce qui relie les noms de Samuel Beck­ett et J.M.G. Le Clézio, deux Nobel de lit­téra­ture, Alain Robbe-Gril­let, Georges Bataille, Mau­rice Blan­chot, Michel Butor, Michel Fou­cault, Georges Per­ros, Michel Chail­lou, Jacques Réda, Gérard Macé, Jean-Marie Laclave­tine, Jean-Loup Trassard, Chris­tiane Rochefort et bien d’autres, penseriez-vous à Georges Lam­brichs, Belge exilé à Paris ? Pour­tant, cet homme a été le lecteur et l’éditeur de tous ces écrivains aux édi­tions de Minu­it d’abord, aux côtés de Ver­cors puis de Jérôme Lin­don, chez Gal­li­mard ensuite, après un inter­mède chez Gras­set. Con­tin­uer la lec­ture

Dans  « ma Belgique », il y a « ma belle » et « magique »… 

Gré­goire POLET, Petit éloge de la Bel­gique, Folio-Gal­li­mard, 2022,  115 p., 2 € / ePub : 1,99 €, ISBN : 978–2‑07–288599-00
Gré­goire POLET, Bel­giques — 101 détails, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 206 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–328‑7

polet petit eloge de la belgiqueGré­goire Polet con­sacre à la Bel­gique deux ouvrages parus simul­tané­ment : le pre­mier à l’enseigne de Gal­li­mard, le sec­ond dans la col­lec­tion « Bel­giquese.

Dans Petit éloge de la Bel­gique, l’éloignement du pays natal pen­dant plusieurs années a sans doute éclairé d’une lumière nos­tal­gique cer­tains textes. Les épisodes de l’enfance à la Mer du Nord nous valent des pages à la poésie sub­tile, d’une grâce sem­blable aux aquarelles de Rik Wouters. Polet y écrit les rêver­ies d’enfant avec « des mots-voiliers sur l’horizon de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

Frères de silence

Un coup de cœur du Car­net

Alexan­dre VALASSIDIS, Au moins nous aurons vu la nuit, Gal­li­mard, coll. « Scribes », 2022, 112 p., 15,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑07–299536‑1

valassidis au moins nous aurons la nuitNous sommes dans une ban­lieue indéfinie, dans l’ombre de tours de béton, et la vie s’écoule sans que l’on puisse penser qu’il fera meilleur demain. Le nar­ra­teur, qui ne livre pas son nom, nous par­le de Dylan, dont il était si proche et qui a dis­paru au creux de la nuit. Il nous dit leur univers com­mun, celui qu’ils trou­vent en lisière de la cité, là où on peut respir­er une fois passée la voie fer­rée. Entre eux, peu de mots, au mieux quelques regards, une forme de com­plic­ité tacite qui ne dit pas non plus son nom.

Entre nous, ça avait tout de suite pris, si je puis dire. Dès la pre­mière fois où nos regards s’étaient croisés. J’avais ressen­ti quelque chose. Une sen­sa­tion très forte. Sur laque­lle je n’avais pas voulu met­tre de mots. Pour qu’elle reste comme un cheval sauvage, cette impres­sion. Qu’elle reste libre. Con­tin­uer la lec­ture

La lutteuse amoureuse

Un coup de cœur du Car­net

Anna AYANOGLOU, Sen­sa­tions du com­bat, Gal­li­mard, 2022, 88 p., 13 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782072972454

ayanoglou sensations du combatElle esquive les coups, elle absorbe tout – à l’in­star de la boxeuse d’Arthur H, Anna Ayanoglou. Sen­sa­tions du com­bat, son deux­ième recueil, parait trois ans après le remar­qué Le fil des tra­ver­sées, chez Gal­li­mard encore – col­lec­tion blanche, et en redé­ploie, avec vigueur, des traces vives. Un philtre de per­cep­tion pure.

Dieu soit loué il m’est don­né d’aimer encore
de vivre à perte con­tre le temps Con­tin­uer la lec­ture

Je te cherche dès l’aube

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE, La fin des abeilles, Gal­li­mard, 2022, 198 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072961021
Mise à jour 18/11/2024 : le livre a été réédité au for­mat de poche en 2024 : Car­o­line LAMARCHE, La fin des abeilles, Gal­li­mard, coll. “Folio”, 2024, 206 p., 7,80 €, ISBN : 9782073045133

lamarche la fin des abeilleslamarche la fin des abeilles folioLe nou­veau réc­it de Car­o­line Lamarche se referme avec des ruis­seaux sur les joues, au milieu des pre­mières abeilles du print­emps – osmia bicor­nis, de petites abeilles rouss­es et soli­taires, dis­parues des zones d’agriculture inten­sive mais tou­jours présentes en zones urbaines. Attirées sans doute par  les filets de lumière qui ser­pen­tent entre les phras­es, par les mots solaires pour dire la nuit, elles con­tre­vi­en­nent à leur soli­tude pour se réu­nir sous la voûte de papi­er. Là où Dans la mai­son un grand cerf (Gal­li­mard, 2017) touchait à la pre­mière grande dis­pari­tion, celle du père, La fin des abeilles se penche sur la fig­ure de la mère, sa très longue vie et sa fin con­sid­érable­ment étirée. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots, la guerre, l’amour

Jean-Luc OUTERS, Hôtel de guerre, Gal­li­mard, coll. « L’infini », 2022, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072944239

outers hotel de guerreAu fil d’une sai­sis­sante fic­tion, Jean-Luc Out­ers nous embar­que dans une remon­tée dans le temps, un ver­tige mémoriel, direc­tion Sara­je­vo assiégée, au cœur des com­bats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans fron­tières à se ren­dre à Sara­je­vo en qual­ité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les jour­nal­istes inter­na­tionaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irré­press­ible le pousse à remet­tre ses pas dans l’année 1994, à se don­ner ren­dez-vous avec un pan de passé col­lec­tif mar­qué par la douleur, avec un frag­ment de passé intime con­den­sé dans le nom d’Anna, une anesthé­siste ital­i­enne ren­con­trée dans un hôpi­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Ombres et doubles-fonds

Un coup de cœur du Car­net

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’été sans retour, Gal­li­mard, 2021, 265 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑07–291575‑8

L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Giuseppe Santoliquido rend bien ce lien fort, quasi irrationnel, à la terre natale qui est pour plusieurs personnages le fondement de leur rapport au monde, leur raison de vivre, avant les relations sociales ou amoureuses. Ainsi, Pasquale Serrai a connu la misère de l’après-guerre et un bref exil pour raisons économiques en Belgique, mais il est revenu très vite chez lui préférant le travail de forçat d’arracher à la terre sa subsistance à la relative aisance d’un travail dans la sidérurgie. Sandro Lucano a vécu longtemps à Ravina, auquel il reste lui aussi viscéralement attaché. Des années plus tard, il raconte le drame qui a secoué le village et ses propres souffrances. Le roman offre de la vie villageoise un portrait complexe et nuancé. Bien sûr, il y a les rancœurs et les tensions entre personnes et familles, l’insatisfaction des jeunes qui pour la plupart n’aspirent qu’à partir, fascinés par la vie dans les villes que leur révèle la télévision. Et il y a ceux qui, victimes des anciennes fractures sociales les condamnant à la misère, ont lutté toute leur vie pour l’amélioration de leur sort et voient leurs efforts presque anéantis. Mais le village, c’est aussi une vie sociale riche et souvent heureuse, rythmée par les moments de fête. Et puis surtout il y a cette terre, difficile à cultiver, mais pas si ingrate puisqu’elle offre sa beauté particulière.  G. Santoliquido situe le roman en 2005, à une époque charnière. Celle où les rêves de mieux-être par un travail agricole acharné laissent place aux mirages que proposent la télévision et les moyens modernes de communication. Le drame que vit le village va d’ailleurs être profondément influencé par la couverture télévisuelle tout sauf anodine, les présentateurs de téléréalité dictant les attitudes et les propos des protagonistes décervelés par les mirages de réussite et de visibilité sociales. Fort de sa connaissance des médias italiens, l’auteur décrit à plusieurs reprises pour les dénoncer les procédés du « mécanisme du spectacle » qui n’illustre plus la réalité, mais s’est substitué à elle.  Les valeurs auxquelles s’accroche Pasquale peuvent ainsi paraître périmées. Dans le passé, elles ont été nécessaires à la survie des hommes et du village. Elles sont partagées par Sandro. Si le roman est construit autour de la disparition de l’adolescente, il s’agit d’abord de la mise en avant de l’importance des liens : les liens familiaux, ceux fondés sur la complicité et la proximité que donne la vie dans un même petit village, ceux qui fondent la solidarité lorsque frappe le deuil. Mais tous ne sont finalement que des variations de ce lien fondamental à la terre. Cette problématique apparaissait déjà dans les autres romans de l’auteur, mais elle est ici traitée dans toutes ses implications.  Entre autre, est abordée la difficulté pour la communauté villageoise de s’ouvrir à d’autres réalités. Comment est-il possible d’être vraiment soi-même là où tout le monde se fait une certaine image de l’autre ? Cela pousse Sandro dans une voie en miroir de celle de Serrai : tout le pousse à partir, mais il choisit de rester, jusqu’au jour où le départ devient inéluctable, suspendant ce lien vital. Et le paradoxe veut que ce soit la ville qui devienne la garante de sa liberté. Giuseppe Santoliquido revient souvent sur la notion de destin, surtout vers la fin du roman, quand Sandro, le narrateur, tire des enseignements de ce à quoi il a été confronté. Il a le sentiment que « le destin est une bête sournoise, il procède par touches légères, infinitésimales, vous laissant accumuler mauvais choix et petites erreurs… ». D’autant plus quand s’y mêle le sentiment d’une faute commise, faute peut-être non définie mais qui pollue le vécu d’un drame ; à l’image du garçon se reprochant la mort accidentelle de sa mère parce qu’il ne s’est pas levé assez tôt. Dans cette loterie du destin, Santoliquido montre sa sympathie pour deux de ses personnages, chez qui se marque le sentiment d’infériorité des laissés-pour-compte acceptant l’injustice « sans jamais se révolter ». Le roman est émaillé de l’adaptation de délicieuses expressions locales, comme « Vouloir discuter avec le gros Dino, cela revenait à creuser un puits avec un doigt ». Ou d’heureuses  formules, parfois graves : « Le danger avec les souvenirs, c’est qu’ils sont souvent l’antichambre des remords », parfois drôles : « Les confidences sont la propriété du vent, il vous suffit de tendre l’oreille où que vous soyez pour les entendre roucouler à la cantonade ». Perplexe devant la complexité des situations, Sandro a cette phrase qui peut résumer son récit : « Aucune pensée n’est jamais totalement juste. Totalement pure. Aucun sentiment ». C’est la conclusion que l’on peut tirer à la fin de L’été sans retour, qui laisse ouvertes les interprétations.  Joseph DuhamelL’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Ser­rai, de sa famille, de la rela­tion proche et riche de silence qu’il a avec San­dro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aus­si l’histoire d’un drame dans le beau vil­lage de Rav­ina qui se blot­tit dans les collines du sud de l’Italie, la dis­pari­tion d’une ado­les­cente. C’est encore et surtout l’histoire du rap­port des hommes avec leur terre, « les hommes sont indis­so­cia­bles de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le por­trait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Con­tin­uer la lec­ture

Millefeuille d’Europe

Gré­goire POLET, Soucoupes volantes, Gal­li­mard, 2021, 240 p., 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072878343

polet soucoupes volantesAprès sept romans et divers opus­cules, Gré­goire Polet s’exerce à l’art de la nou­velle. L’on sait qu’il ne suf­fit pas d’avoir fait sa place comme romanci­er pour être recon­nu comme nou­vel­liste. Ni l’inverse d’ailleurs. Le réc­it bref est un art en soi qui tient surtout de l’ascèse et les lecteurs fran­coph­o­nes ne sont guère portés à ouvrir ces recueils qui séduisent depuis longtemps les anglo­phones. La nou­velle reste d’ailleurs une aven­ture édi­to­ri­ale à risque. Soucoupes volantes, recueil dont la sor­tie était pro­gram­mée il y a un an, vient juste de paraître : signe des temps incer­tains, de la fragilité édi­to­ri­ale du genre, ou un peu des deux ? Qui nous dira com­bi­en de livres se sont per­dus au cours des quinze derniers mois ? Con­tin­uer la lec­ture

“La fantastique histoire de Jewish Rebel et Muslim Monster”

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Jacky, Gal­li­mard, 2021, 159 p., 14,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑07–292456‑9

damas jackyIbrahim a 18 ans. À l’âge où la plu­part pré­par­ent leur avenir, lui ne fait pas de pro­jet. Il ne croit plus en rien depuis qu’il est allé Là-bas. Là-bas, cet endroit dont il ne faut pas par­ler, où il est par­ti sans prévenir et d’où, par chance, sa mère l’a ramené. Là-bas, c’est la Syrie. S’il en est revenu, son esprit est mar­qué par l’horreur et son quo­ti­di­en par les règles qui enca­drent son retour à Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture

Rolin et Sollers, attelés au même livre

Dominique ROLIN, Let­tres à Philippe Sollers 1981–2008, éd. établie et présen­tée par Jean-Luc Out­ers et annotée par Frans De Haes, Gal­li­mard, 2020, 432 p., 24 € / ePub : 16.99 €, ISBN : 978–2‑07–289375‑9

rolin lettres a philippe sollers 2Avec ce deux­ième vol­ume des let­tres de Dominique Rolin à Philippe Sollers, cou­vrant cette fois les années 1981 à 2008 – l’écrivaine dis­paraît qua­tre ans plus tard, le 15 mai 2012 – se clô­ture une aven­ture excep­tion­nelle et rare, à la fois amoureuse et lit­téraire, dont il y a peu d’équivalent dans l’histoire des let­tres – et dans la vie, tout sim­ple­ment. Excep­tion­nelle par sa fécon­dité d’écriture, cer­taine­ment, tant les deux écrivains, depuis leur ren­con­tre à l’automne 1958, ont conçu – out­re leur œuvre per­son­nelle, dis­tincte mais par moments exis­tant en miroir –  une prouesse qui défie le temps, les habi­tudes et les con­formismes. Con­tin­uer la lec­ture

On se casse

Car­o­line DE MULDER, Manger Bam­bi, Gal­li­mard, coll. « La Noire », 2020, 206 p., 18,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑07–289349‑0

de mulder manger bambiDans la cham­bre de ce lux­ueux hôtel, l’homme nu est lig­oté et bâil­lon­né sur le lit. De l’autre côté du gun, le revolver, qui le men­ace, il y a une ado­les­cente de presque 16 ans, Bam­bi, Hil­da de son prénom, Dada pour sa mère. Le vieil homme a été attiré par le biais d’un site de ren­con­tres, de sug­ar­dat­ing. Bam­bi, aux yeux de biche, ne sup­porte pas qu’on la touche, mais elle appré­cie l’argent liq­uide, la mon­tre, l’ordinateur et tout ce qui est mon­nayable. Elle se sent vic­time et estime avoir le droit de pren­dre tout ce que l’on ne lui donne pas gra­tu­ite­ment : « C’est pas ma faute, Leï, pas la tienne. Faut jamais l’oublier. On est des putains de vic­times. On a tous les droits. ». Le gun qui la sert si bien et qu’elle chérit est tout ce qui lui reste de son père. C’est un moyen de per­sua­sion effi­cace surtout s’il est dou­blé de mau­vais traite­ments et même de sadisme. Con­tin­uer la lec­ture

Yourcenar et la vie des songes

Mar­guerite YOURCENAR, Les songes et les sorts, Gal­li­mard, coll. « Folio 2 €», 2020, 130 p., 2 €, ISBN : 9782072877308

Yourcenar les songes et les sortsDans Mémoires d’Hadrien, L’œuvre au noir, Mar­guerite Yource­nar se penche sur la matière des songes, analysant l’activité imag­i­naire des dormeurs, mais c’est dans Les songes et les sorts paru en 1938 qu’elle explore la nature de la vie onirique. Depuis le rivage de la veille, elle retran­scrit avec la plus grande fidél­ité vingt-deux songes qui ont peu­plé sa vie noc­turne. S’adonner à l’écriture implique sou­vent d’être ouvert aux pro­duc­tions de l’inconscient, au nom­bre desquelles les rêves. En fonc­tion de leur con­tenu appar­ent, ces songes se répar­tis­sent en divers cycles, ceux du père, de l’église, de la mort, de la ter­reur… dont elle suit les images, la con­struc­tion, les récur­rences avec l’attention de qui, tout en étant éveil­lé, demeure branché sur cette sphère échap­pant à la maîtrise de la con­science. Con­tin­uer la lec­ture

« Il y a toujours une fin aux confins … »

Un coup de cœur du Car­net

Anna AYANOGLOU, Le fil des tra­ver­sées, Gal­li­mard, 2019, 97 p., 12,50 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑07–284427‑0

anna ayanoglou le fil des traverseesCréé en 1913, le per­son­nage de Barn­a­booth, voyageur libre et déli­cat, nous entraîne à tra­vers l’Europe du début du 20e siè­cle. Sous la plume pré­cieuse de Valery Lar­baud, les villes du vieux con­ti­nent se suc­cè­dent, se déplient, de Moscou à Lon­dres, de Paris à Berlin. Occa­sion pour Barn­a­booth de dessin­er une car­togra­phie intime et per­son­nelle que le lecteur devine au fil des frag­ments com­pilés du  jour­nal et des poèmes. L’un de ceux-ci éclaire par­ti­c­ulière­ment le con­texte sen­ti­men­tal dans lequel s’effectue cette tra­ver­sée, Con­tin­uer la lec­ture

Passés mais point perdus

Un coup de cœur du Car­net

Guy GOFFETTE, Pain per­du. Poèmes, Gal­li­mard, 2020, 150 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑07–289494‑7

guy goffette pain perduEn 2016, comme il le racon­te à Nico­las Crousse (Le Soir, 17 mai 2020), Guy Gof­fette est vic­time d’un A.V.C. qui l’empêchera d’écrire trois années durant. Or, Gal­li­mard lui demande instam­ment quelque man­u­scrit. L’au­teur s’avise alors de fouiller son tiroir de poèmes restés inédits, soit qu’à l’époque ils lui aient paru insat­is­faisants, soit qu’ils s’in­té­graient mal dans un pro­jet de recueil. Il en choisit plusieurs, leur apporte les mod­i­fi­ca­tions qu’il juge oppor­tunes, opéra­tion facil­itée par le recul : cer­tains textes remon­tent à de longues années, jusqu’à 1964… D’autres, qui avaient paru dans des revues ou des antholo­gies, font l’ob­jet d’une sélec­tion et d’une révi­sion sim­i­laires. Tel est le mode rétroac­t­if sur lequel est né Pain per­du, dont le titre sug­gère plaisam­ment le procédé de reval­i­da­tion qui en con­stitue la genèse. Jadis, en effet, on ne jetait pas les tranch­es de pain ras­sis : mouil­lées dans une soupe de lait et d’œuf, puis frites à la poêle et saupoudrées de sucre, elles deve­naient une qua­si frian­dise. Con­tin­uer la lec­ture

À fleurets mouchetés, les « souvenotes » d’Alechinsky

Un coup de cœur du Car­net

Pierre ALECHINSKY, Ambidex­tre, Gal­li­mard, 2019, 464 p., 102 illus­tra­tions, 39 €, ISBN : 978–2‑07–286842‑9

Mais quelles furent donc les fées magi­ci­ennes qui, avec amour des couleurs kaléi­do­scopiques, atten­tion mali­cieuse, et espiè­g­lerie des mots, se penchèrent sur le berceau de ce nou­veau-né, devenu au cours de la sec­onde moitié du 20e siè­cle l’un des plus grands artistes vivants, et qui, au 21e, l’est resté ? L’on décou­vre avec plaisir une mul­ti­tude de répons­es pos­si­bles, aus­si justes et tonifi­antes les unes que les autres, dans Ambidex­tre, le nou­v­el ouvrage – en toutes let­tres et illus­tra­tions – de Pierre Alechin­sky. Con­tin­uer la lec­ture