Guy GOFFETTE, Paris à ma porte, Gallimard, 2023, 67 p., 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑07–302101‑4
Qu’importe le temps quand on aime
Voilà pourquoi je me promène
Lors de son entrée, en anthologie, dans la belle collection Espace Nord (L’oiseau de craie, février 2023), Guy Goffette donnait, à titre d’inédits, une poignée de poèmes ludiques et urbains sous le nom de Paris à ma porte. De quoi éveiller la curiosité d’une Belgique chez qui s’invitaient pour l’occasion, et en exclusivité, les venelles du Ier arrondissement de Paris. Le privilège de cet échantillon devait être de courte durée, et le client fidèle peut aujourd’hui redécouvrir ces textes prometteurs dans leur milieu naturel, entourés de leurs semblables, sous l’indémodable couverture blanche de Gallimard. Continuer la lecture






Au fil d’une saisissante fiction, Jean-Luc Outers nous embarque dans une remontée dans le temps, un vertige mémoriel, direction Sarajevo assiégée, au cœur des combats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans frontières à se rendre à Sarajevo en qualité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les journalistes internationaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irrépressible le pousse à remettre ses pas dans l’année 1994, à se donner rendez-vous avec un pan de passé collectif marqué par la douleur, avec un fragment de passé intime condensé dans le nom d’Anna, une anesthésiste italienne rencontrée dans un hôpital.
L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ».
Après sept romans et divers opuscules, Grégoire Polet s’exerce à l’art de la nouvelle. L’on sait qu’il ne suffit pas d’avoir fait sa place comme romancier pour être reconnu comme nouvelliste. Ni l’inverse d’ailleurs. Le récit bref est un art en soi qui tient surtout de l’ascèse et les lecteurs francophones ne sont guère portés à ouvrir ces recueils qui séduisent depuis longtemps les anglophones. La nouvelle reste d’ailleurs une aventure éditoriale à risque. Soucoupes volantes, recueil dont la sortie était programmée il y a un an, vient juste de paraître : signe des temps incertains, de la fragilité éditoriale du genre, ou un peu des deux ? Qui nous dira combien de livres se sont perdus au cours des quinze derniers mois ?
Ibrahim a 18 ans. À l’âge où la plupart préparent leur avenir, lui ne fait pas de projet. Il ne croit plus en rien depuis qu’il est allé Là-bas. Là-bas, cet endroit dont il ne faut pas parler, où il est parti sans prévenir et d’où, par chance, sa mère l’a ramené. Là-bas, c’est la Syrie. S’il en est revenu, son esprit est marqué par l’horreur et son quotidien par les règles qui encadrent son retour à Bruxelles. 

Dans Mémoires d’Hadrien, L’œuvre au noir, Marguerite Yourcenar se penche sur la matière des songes, analysant l’activité imaginaire des dormeurs, mais c’est dans Les songes et les sorts paru en 1938 qu’elle explore la nature de la vie onirique. Depuis le rivage de la veille, elle retranscrit avec la plus grande fidélité vingt-deux songes qui ont peuplé sa vie nocturne. S’adonner à l’écriture implique souvent d’être ouvert aux productions de l’inconscient, au nombre desquelles les rêves. En fonction de leur contenu apparent, ces songes se répartissent en divers cycles, ceux du père, de l’église, de la mort, de la terreur… dont elle suit les images, la construction, les récurrences avec l’attention de qui, tout en étant éveillé, demeure branché sur cette sphère échappant à la maîtrise de la conscience.
Créé en 1913, le personnage de Barnabooth, voyageur libre et délicat, nous entraîne à travers l’Europe du début du 20e siècle. Sous la plume précieuse de Valery Larbaud, les villes du vieux continent se succèdent, se déplient, de Moscou à Londres, de Paris à Berlin. Occasion pour Barnabooth de dessiner une cartographie intime et personnelle que le lecteur devine au fil des fragments compilés du journal et des poèmes. L’un de ceux-ci éclaire particulièrement le contexte sentimental dans lequel s’effectue cette traversée,
En 2016, comme il le raconte à Nicolas Crousse (Le Soir, 17 mai 2020), Guy Goffette est victime d’un A.V.C. qui l’empêchera d’écrire trois années durant. Or, Gallimard lui demande instamment quelque manuscrit. L’auteur s’avise alors de fouiller son tiroir de poèmes restés inédits, soit qu’à l’époque ils lui aient paru insatisfaisants, soit qu’ils s’intégraient mal dans un projet de recueil. Il en choisit plusieurs, leur apporte les modifications qu’il juge opportunes, opération facilitée par le recul : certains textes remontent à de longues années, jusqu’à 1964… D’autres, qui avaient paru dans des revues ou des anthologies, font l’objet d’une sélection et d’une révision similaires. Tel est le mode rétroactif sur lequel est né Pain perdu, dont le titre suggère plaisamment le procédé de revalidation qui en constitue la genèse. Jadis, en effet, on ne jetait pas les tranches de pain rassis : mouillées dans une soupe de lait et d’œuf, puis frites à la poêle et saupoudrées de sucre, elles devenaient une quasi friandise.
Mais quelles furent donc les fées magiciennes qui, avec amour des couleurs kaléidoscopiques, attention malicieuse, et espièglerie des mots, se penchèrent sur le berceau de ce nouveau-né, devenu au cours de la seconde moitié du 20e siècle l’un des plus grands artistes vivants, et qui, au 21e, l’est resté ? L’on découvre avec plaisir une multitude de réponses possibles, aussi justes et tonifiantes les unes que les autres, dans Ambidextre, le nouvel ouvrage – en toutes lettres et illustrations – de Pierre Alechinsky.