Archives par étiquette : Ghislain Cotton

La course en tête

Daniel CHARNEUX, À pro­pos de Pre, M.E.O., 2020, 160 p., 15€ / ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑8070–0242‑5

daniel charneux a propos de pre meo éditionsUne bonne part des écrits de Daniel Charneux est con­sacrée à des évo­ca­tions biographiques aus­si divers­es que celles de la pathé­tique Marylin Mon­roe, de l’humaniste Thomas More ou de Jane Grey, la très éphémère reine d’Angleterre. Cette fois, c’est vers le sport que se porte son éclec­tisme. Et en par­ti­c­uli­er vers la course à pied qui est, bien enten­du, le « roi des sports » ain­si que tout sportif le pro­fesse au crédit de sa pro­pre dis­ci­pline. Avec À pro­pos de Pre, c’est une légende de l’athlétisme améri­cain, le cham­pi­on olympique Steve Pre­fontaine, que Charneux ressus­cite en enfi­lant les bas­kets de son nar­ra­teur Pete Miller présen­té comme l’ami du coureur depuis l’enfance. Et qui partageait avec lui une même pas­sion pour ce sport exigeant quoiqu’avec moins de réus­site. Con­tin­uer la lec­ture

La soirée des « Maudits »

Mau­rice MARTIN, La véri­ta­ble affaire de Brux­elles, Post­face de Jean-Bap­tiste Baron­ian, Brux­elles, 180° édi­tions, 2020, 380 p., 19,00 €, ISBN : 978–2‑931008–32‑4

Maurice Martin la véritable affaire de bruxellesL’auteur, Mau­rice Mar­tin, s’ébroue dans des eaux famil­ières en tant qu’ancien com­mis­saire de police retraité de la brigade anti­cor­rup­tion, même grade, même ser­vice que ceux de Mar­tin de Land­sheer, per­son­nage cen­tral de cette « affaire de Brux­elles » dont les pro­lé­gomènes nous ramè­nent au 19e siè­cle, à deux poètes dits « mau­dits » et à un fait-divers fameux qui vit (ou crut voir ?) Paul jouer du revolver con­tre son ami Arthur. Con­tin­uer la lec­ture

Éloge de la fiction

Les mon­des pos­si­bles de Jérôme Fer­rari. Entre­tiens sur l’écriture avec Pas­ca­line David, Actes Sud et Diag­o­nale, 2020, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑330–12442‑7

En por­tant son choix sur Jérôme Fer­rari, Pas­ca­line David (co-fon­da­trice de la mai­son d’éditions namuroise Diag­o­nale asso­ciée à Actes-Sud pour cette pub­li­ca­tion) se mon­tre par­ti­c­ulière­ment avisée non seule­ment pour bra­quer les pro­jecteurs « en direct » sur un auteur majeur d’aujourd’hui, mais aus­si pour met­tre en lumière les enjeux de la fic­tion romanesque et sus­citer en tout cas la réflex­ion sur les con­di­tions de sa légitim­ité et sur son rôle spé­ci­fique. Durant plus d’une semaine passée en Corse ‑la terre natale de l’écrivain – Pas­ca­line David l’a con­fron­té à un ques­tion­naire ser­ré, méthodique et per­ti­nent pour activ­er une recherche nour­rie par une con­nais­sance appro­fondie de son œuvre. Il appa­raît au fil de la dialec­tique de l’écrivain et philosophe – à qui l’on doit notam­ment Le principe, Le ser­mon sur la chute de Rome (prix Goncourt 2012), Un dieu un ani­mal, ou plus récem­ment Á son image (Prix du jour­nal Le Monde et Prix Méditer­ranée) – que l’ouvrage con­stitue aus­si, en fil­igrane de pro­fes­sions de foi lit­téraires bien mar­quées et assumées, un out­il à met­tre utile­ment entre les mains de tout can­di­dat à l’écriture romanesque et à la fic­tion sig­nifi­ante. Bien enten­du, pour l’intéressé, il ne s’agit nulle­ment de dis­tribuer des recettes, mais surtout de faire enten­dre que l’écriture de ses romans est soumise à une dou­ble exi­gence. Elle pour­rait se définir en somme par deux maîtres-mots : intégrité de la démarche et cohérence interne. Bref, écrire vrai : Je ne peux pas écrire quelque chose en quoi, d’une cer­taine manière, je ne crois pas. Je sais bien que c’est de la fic­tion, mais en même temps, il faut que j’y croie. Il faut que j’y croie parce que sinon pourquoi irais-je l’écrire ? Con­tin­uer la lec­ture

Pour qui sont ces serpents ?

Bernard SWYSEN, Le syn­drome de la Gor­gone, Lamiroy, 2020, 144 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–259‑2

Dessi­na­teur et scé­nar­iste pro­lifique, Bernard Swysen inau­gure une car­rière de romanci­er avec cette fan­taisie mythologique, a pri­ori réjouis­sante et qui peut se lire en fre­donnant, entre autres par­o­dies apoc­ryphes, les cou­plets allè­gres de La belle Hélène. C’est encore une femme – et quelle femme ! – qui tient la vedette de ce peplum : Sha­ia, plus con­nue sous le nom calami­teux de Méduse, celle des trois Gor­gones décapitée par Per­sée. Tout débute sur un coup de foudre entre Sha­ia, jolie jeune fille entre­prenante (elle n’a pas encore échangé sa belle chevelure con­tre un nœud de vipères) et le puceau Pau­sa­nias, futur chroniqueur d’une biogra­phie, for­cé­ment mythi­fiée, de Per­sée. Celui-ci vient alors de récupér­er le trône d’Argos et y fait son entrée royale, flan­qué de ses « mignons » baraqués comme des buf­fets nor­mands. Las, ce demi-dieu, fils de Danae et de Zeus (qui, déguisé en pluie d’or avait for­cé la porte de la prison d’airain cen­sée garan­tir la vir­ginité de la recluse, prou­vant par là qu’en ces temps reculés, l’or ouvrait déjà bien des portes), Per­sée donc, se prend lui aus­si d’une pas­sion dévo­rante pour le jeune Pau­sa­nias con­traint dès lors à jouer sa pro­pre ver­tu à pile comme à face. Et ce avec la béné­dic­tion de son ambitieuse bien-aimée qui le fait pass­er pour son frère et investit ain­si le palais roy­al bien­tôt suiv­ie par ses pro­pres sœurs Euryale et Stheno trop heureuses de prof­iter de l’aubaine. Con­tin­uer la lec­ture

Tout corps plongé dans un liquide…

Arnaud NIHOUL, Clay­more, Genèse, 2020, 272 p., 22,50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 979–1‑0946896–53

Arnaud nihoul ClaymorePourquoi le whisky goûté par Liam, jeune appren­ti de la dis­til­lerie Dan­darach sur l’île écos­saise d’Ardoran avait-il ce goût étrange de linge sale, de tran­spi­ra­tion et de cuiv­re ? Nor­mal : véri­fi­ca­tion faite, le gâte-sauce est un cadavre racrapoté qui marine dans le ton­neau. Celui d’un étranger qui pour­tant ne doit pas être un vagabond puisque son poignet arbore une Rolex, pro­mul­guée naguère sym­bole de réus­site par un pape auto­proclamé de la sainte Pub­lic­ité. Vu de plus près, il appa­rait que l’homme ne s’est pas immergé pour véri­fi­er le principe d’Archimède applic­a­ble à tout corps plongé dans un liq­uide et qu’il n’est pas mort non plus d’une over­dose de ce whisky haut de gamme, mais bien d’une balle de fusil qui l’a tué aus­si sec. Con­tin­uer la lec­ture

Les deux chemins

Evrahim BARAN, Le syn­di­cal­iste, le soufi et moi, Mael­strÖm, 2020, 364 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–345‑9

Orig­i­naire d’Iran où il vécut jusqu’à ses vingt-cinq ans, le poète et romanci­er belge Ibrahim Baran évoque dans ce qua­trième roman le drame social des Forges de Clabecq, dans les années 1990 alors que l’entreprise est sur le point de fer­mer bou­tique. Au cen­tre du réc­it, il y a Eddi, le leader syn­di­cal­iste pur et dur (qui, bien que fic­tif, n’est pas sans rap­pel­er un des mémorables acteurs du com­bat des tra­vailleurs con­tre l’autorité) et Afshine, un étranger devenu concierge d’école après avoir quit­té les forges et renon­cé à toute forme d’action et de lutte, en phase avec les principes quiétistes du soufisme. Tous deux sont de vrais amis mal­gré leurs diver­gences d’opinions et sont en quelque sorte arbi­trés par Gaëlle, la fille cabocharde et idéal­iste d’Eddi, pleine d’amour pour son père et, mal­gré la dif­férence d’âge, très éprise d’Ashline qui pour l’heure s’en tient digne­ment à son rôle d’ami pré­cieux et bien­veil­lant. Con­tin­uer la lec­ture

Entre-chats sur un air de Brabançonne

Frank ANDRIAT, Les politichats, Ker, coll. « Bel­giques », 2019, 120 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–244‑0

Il a beau dire, l’ami Frank, que ces nou­velles « ne sont en rien un por­trait exact de leur per­son­nal­ité » (Celle de ces « stars poli­tiques qui lui (en) ont don­né l’idée »)… Pas d’exactitude au sens pro­pre, d’accord, dans ces Politichats signés Frank Andri­at mais, à tra­vers neuf textes zoomor­phiques, une évo­ca­tion piquante – et miaulante – des tra­vers et car­ac­téris­tiques des hommes et femmes publics qui prési­dent aujourd’hui aux des­tinées, certes prob­lé­ma­tiques, de cette Bel­gique qui donne son nom à la col­lec­tion pub­liée par Ker. Col­lec­tion qui se veut « un por­trait mosaïque » du pays dont la com­pli­ca­tion est, par con­fort, par tra­di­tion et faute de mieux, hap­pée par l’increvable cliché du « sur­réal­isme ». Con­tin­uer la lec­ture

Marginales 300 au chevet de l’Europe

COLLECTIF, La dernière EUR?, Mar­ginales n° 300–301, Print­emps-Été 2019, 170 p., 10 €  

La revue Mar­ginales célèbre aujourd’hui sa 300e livrai­son. Créée en 1945 par l’écrivain belge Albert Aygues­parse, elle a con­nu une inter­rup­tion de 1991 à 1998. Date à laque­lle Jacques de Deck­er, en prit la direc­tion, lui don­nant un nou­veau départ, mais aus­si une nou­velle spé­ci­ficité en ori­en­tant, à chaque paru­tion, les textes lit­téraires inédits et venus de tous hori­zons, vers un thème cen­tral. Con­tin­uer la lec­ture

Qu’est-ce qu’il fait, qu’est ce qu’il a, qui c’est celui- là ?

Xavier LÖWENTHAL, Nathan. Roman pornographique et misog­y­ne pour jeune fille, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2019, 224 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940522–80‑4

« Alors j’ai cogné ; de toutes mes forces. Du bout de ma chaus­sure, j’ai déplacé sa tête pour voir son vis­age et le sang ». C’est l’incipit du pre­mier chapitre de Nathan qui ne compte que sept lignes… Ce meurtre obscur, sans doute acci­den­tel et dont on ne saura rien de plus sinon qu’il est con­sid­éré comme raciste, Nathan se l’impute sans aucune cer­ti­tude à ce pro­pos. Ques­tion ironique à se pos­er : n’est-ce pas somme toute acces­soire en regard de son style de vie d’une rare incor­rec­tion? Celui d’un jouis­seur, sex­iste et dés­in­volte, fig­ure cen­trale de cet opus effron­té­ment sous-titré « roman pornographique et misog­y­ne pour jeune fille ». Nor­mal quand on s’avise que l’auteur n’est autre que Xavier Löwen­thal, véri­ta­ble couteau suisse de la sub­ver­sion créa­tive : auteur, dessi­na­teur, enseignant, théoricien de la BD, fon­da­teur des édi­tions « La cinquième couche » et féru de détourne­ments (dont ceux, notam­ment du Maus de Spiegel­man ou des Schtroumpfs). Con­tin­uer la lec­ture

Quand Alice inventait la littérature…

Thomas GUNZIG, Feel good, Au dia­ble vau­vert, 2019, 400 p., 20 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 979–10-307‑0274‑3

Tombés de la plume de Thomas Gun­zig, Alice et Tom ne se con­nais­sent pas encore. Elle, c’est Alice au pays des emmerdes, jeune femme qui tire le dia­ble par la queue. Lui, c’est un écrivain « sans gloire » (pub­lié à l’Arbre pâle…tout un pro­gramme), pas vrai­ment raté, mais suff­isam­ment pour douter de lui et trop investi dans l’écriture pour renon­cer à l’espoir d’y briller un jour. D’ailleurs, que ferait-il d’autre ? Con­tin­uer la lec­ture

Et ce fut le baroque…

Agnès SAUTOIS, Ric­car­do ou Le copiste français, Mémo­grames, 2019, 240 p., 18.00 €, ISBN : 9782930698670

Si Richard Dela­lande, ital­ian­isé en « Ric­car­do » a pu réelle­ment exis­ter, ce fut avec une majus­cule dis­cré­tion qui l’éloigna des ouvrages spé­cial­isés. Il paraît bien que l’on doive donc à Anne Sautois, auteure pas­sion­née par les vies de com­pos­i­teurs, d’avoir ouvert son pro­pre imag­i­naire au vécu de ce copiste de par­ti­tions français, organ­iste au demeu­rant, et pour l’heure, neveu putatif de Michel-Richard Dela­lande, ce musi­cien français des XVI­Ie-XVI­I­Ie siè­cles qui doit surtout sa répu­ta­tion aux Sym­phonies pour le souper du Roy et sa pop­u­lar­ité actuelle à l’étendard sonore des émis­sions de l’Eurovision. Con­tin­uer la lec­ture

Pas de sauce lapin pour les doudounes

Chris­t­ian O. LIBENS, Les seins des saintes, Weyrich, Coll. « Noir Cor­beau », 2019, 170 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782874895340

Peur sur Liège depuis qu’un gas­tronome d’une espèce par­ti­c­ulière saigne des jeunes femmes, pros­ti­tuées de préférence, en leur dévo­rant goulu­ment les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accom­mode­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Nemesis se prend les pieds…

Frédéric ERNOTTE et Pierre GAULON, Comme des mouch­es, Lajouanie, 2019, 306 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782370471024

Gwen et Leila, les deux jeunes femmes que l’on retrou­ve au pub irlandais O’Neils, leur camp de base, sont des amies insé­para­bles. Pour l’heure, Gwen tente de ren­dre le goût de vivre à sa copine séparée depuis peu du beau Michaël qu’elle a largué suite à une « con­duite inap­pro­priée », en fait, un bais­er échangé avec une fille de ren­con­tre. Voilà qui, selon Gwen, très  inspirée par les Stream Banana, mérite une vengeance qui en fasse baver à tous ces salauds d’hommes et ramène le sourire sur les lèvres de sa chère Leila. Con­tin­uer la lec­ture

L’île aux ressacs

Arnaud NIHOUL, Caitlin, Genèse, 2019, 312 p., 22.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689226

Lag­gan, une île au petit goût d’Hébrides, mod­este­ment peu­plée et, battue par les fureurs océaniques… Des entasse­ments de roches que domi­nent un phare dif­fi­cile­ment acces­si­ble et la tour d’un vieux château édi­fié autre­fois par le clan écos­sais des Camp­bell… C’est le décor de Caitlin, pre­mier roman pub­lié par le Namurois Arnaud Nihoul. Décor que Ian, natif des lieux, redé­cou­vre à l’appel de Mor­gan, son ami d’enfance, éter­nel gag­nant tou­jours très sûr de lui et devenu aujourd’hui un écrivain de répu­ta­tion mon­di­ale dont on s’arrache les romans policiers. Vingt-trois ans plus tôt, les deux ado­les­cents et Mur­ray, un troisième com­père, avaient accueil­li dans leur bande Caitlin, une fille de leur âge, farouche et d’une « mélan­col­ie rude », arrivée sur l’île pour vivre chez sa vieille tante Moïra. Con­tin­uer la lec­ture

Noir d’Espagne

François FILLEUL, Pois­sons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–248‑8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rap­ports avec le « divin par­adis que l’on dit friv­o­le » chan­té par Luis Mar­i­ano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditer­ranéen reliant la province de Cadix au ter­ri­toire bri­tan­nique de Gibral­tar, séparé par une fron­tière dev­enue poreuse  (jusqu’à nou­v­el ordre, l’ombre du Brex­it planant for­cé­ment sur le Rocher…). La ville a pour nom La Lin­ea. On y vit assez pau­vre­ment entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion per­ma­nente de rats, si cat­a­strophique qu’elle con­traint même les hôpi­taux publics à fer­mer bou­tique. Autre inva­sion plus saison­nière et mieux accep­tée, celle des exo­cets qui four­nissent une nour­ri­t­ure abon­dante mais de piètre qual­ité, après séchage de ces « pois­sons volants » accrochés comme des chaus­settes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce con­texte andalou bien con­nu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et pro­fesseur de français à Brux­elles, situe le polar qui lui a valu le deux­ième Prix Fin­tro voué aux « Écri­t­ures noires ». Un cahi­er des charges qu’il n’a pas boudé en mas­sacrant d’emblée au fusil d’assaut sept per­son­nes : des cou­ples d’amis apparem­ment sans his­toire réu­nis dans une mai­son de week-end pour leur tra­di­tion­nel ren­dez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à pri­ori inex­plic­a­ble : un Belge, époux d’une fonc­tion­naire européenne et sa petite fille ain­si qu’une som­melière qui, retenue par son tra­vail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Con­tin­uer la lec­ture

Les yeux et les voix des guerres

Jean-Paul MARTHOZ, En pre­mière ligne – Les jour­nal­istes au cœur des con­flits, Pré­face de Pierre Haz­an, GRIP-Marda­ga, 2018, 272 p., 17,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8047–0410‑0

Pro­fesseur de jour­nal­isme dans l’enseignement supérieur et chroniqueur au Soir, Jean-Paul Marthoz est à la fois jour­nal­iste de ter­rain et théoricien d’un méti­er dont il s’évertue à éclair­er la vraie nature, la légitim­ité et la déon­tolo­gie. Vaste tâche pour laque­lle il enchaîne de nom­breux ouvrages dont le dernier explore un sujet bien d’actualité et large­ment ouvert à la con­tro­verse : le rôle du jour­nal­iste « en pre­mière ligne, au cœur des con­flits ». On n’oublie pas les images col­portées,  par le ciné­ma en par­ti­c­uli­er,  du « reporter de guerre » dic­tant son papi­er gorgé de bruit, de fureur, mais aus­si de sim­ples rumeurs ou d’échos incon­trôlés de la presse locale, con­fort­able­ment instal­lé devant son whisky sur la ter­rasse d’un grand hôtel inter­na­tion­al, ou celle du baroudeur plus avide de pho­tos choc que soucieux de ten­ter une analyse réfléchie sur la sit­u­a­tion d’ensemble, et dont le seul objec­tif con­siste à « bercer » d’émotions fugaces et lucra­tives les lecteurs de son jour­nal, éventuelle­ment avec la béné­dic­tion non dés­in­téressée de sa direc­tion. Au-delà de ces clichés, l’auteur éla­bore une typolo­gie très fine de ces passeurs de l’information, ces yeux et ces voix des guer­res, hommes ou femmes, con­fron­tés à des con­textes haute­ment périlleux et sou­vent d’une telle com­plex­ité qu’ils requièrent autant de sens cri­tique et d’impartialité par rap­port aux événe­ments que de capac­ité à éval­uer avec lucid­ité les dan­gers encou­rus. Con­tin­uer la lec­ture