Archives par étiquette : Jean Jauniaux

Les chimères d’un amour évanoui

Arnaud DELCORTE, Lente dérive de sa lumière, Arbre à paroles, 2022, 116 p., 14 €, ISBN : 9782874067150

delcorte lente derive de sa lumiereComme l’indique Éric Brog­ni­et dans Lec­ture silen­cieuse (édi­tions de l’Académie), La poésie est un art de l’instantané et du trans­fert, elle nous invite sans cesse à recadr­er notre rap­port à la réal­ité, à réin­ven­ter notre rela­tion au monde, à arpen­ter un écart défini­tif.

Cette vision de la poésie guidera utile­ment le lecteur du dernier recueil d’Arnaud Del­corte, dont le titre, poème en soi, Lente dérive de sa lumière, évoque d’emblée ce déplace­ment du regard, de la rêver­ie, de la pen­sée poé­tiques. Nathaniel Molam­ba, qui signe la pré­face de l’ouvrage, invite lui aus­si à la lec­ture à la fois sin­gulière et démul­ti­pliée : Plus que jamais il faut lire entre les lignes, et surtout regarder au tra­vers. Con­tin­uer la lec­ture

Pour peindre le portrait d’une poète-oiseau…

Patrick DEVAUX et Mar­tine ROUHART, Mou­vances de plumes, Ill. de Cather­ine Berael, Pré­face de Anne-Marielle Wilw­erth, Coudri­er, 2022, 52 p., 16 €, ISBN 978–239052-032–0

devaux rouhart mouvances de plumesDans l’ « avant-lire » qui ouvre le recueil paru aux édi­tions Le Coudri­er, Anne-Marielle Wilw­erth cite oppor­tuné­ment Chateaubriand : Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter. Les (trop rares) illus­tra­tions de Cather­ine Berael nous don­nent à voir de ces oiseaux quelques cray­on­nés, de rouge et de noir, com­posés dans ces atti­tudes qui sont famil­ières et que cer­tains poèmes évo­quent.

Patrick Devaux et Mar­tine Rouhart déposent dans ce vol­ume allè­gre et heureux, feuille à feuille, des poèmes com­posés à qua­tre mains. Qua­tre mains enlacées, com­plices, sol­idaires de l’émotion poé­tiques : elles ne sont pas iden­ti­fiées. Au lecteur de ten­ter le jeu d’attribuer à l’une ou à l’autre telle ou telle ful­gu­rance, telle ou telle image ver­bale, telle ou telle évo­ca­tion. Il lui fau­dra beau­coup de famil­iar­ité avec l’œuvre de l’un, Patrick Devaux et de l’autre, Mar­tine Rouhart, pour redis­tribuer les cartes et sign­er d’un seul nom l’une ou l’autre de ces mou­vances. On aimerait savoir com­ment les affinités com­plices  ont orchestré les papiers / aux regards / d’encre. Con­tin­uer la lec­ture

Il était une fois entre Ladispoli et Cerveteri…

Thilde BARBONI, Les enfants de Cinecit­tà, Acad­e­mia, coll. « Éva­sion », 2022, 226 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑8061–0638‑4

barboni les enfants de cinecitta

L’œuvre de Thilde Bar­boni a abor­dé avec bon­heur dif­férents gen­res lit­téraires : le roman, le théâtre, le scé­nario de ban­des dess­inées, le feuil­leton radio­phonique. La pra­tique de ces dif­férents modes de nar­ra­tion a don­né à la roman­cière un sens aigu de l’image, de l’espace du réc­it et de l’enchaînement flu­ide  des dif­férentes séquences qui hyp­no­tisent lit­térale­ment le lecteur jusqu’au dénoue­ment.

On retrou­ve ces qual­ités dans ce dernier roman, dont une tra­duc­tion ital­i­enne parut l’an dernier. Le réc­it, qui débute dans l’Italie de l’après-guerre, a trou­vé sous la plume de la roman­cière cette sin­gu­lar­ité idéale que la fic­tion requiert lorsqu’elle est pré­cisé­ment située dans un lieu et une époque de l’His­toire. Pour Les enfants de Cinecit­tà, il s’agissait de situer les per­son­nages et leur des­tinée dans ce quelque part dans la cam­pagne ital­i­enne, entre Ladis­poli et Cervet­eri. Mais aus­si, plus avant dans le réc­it, le livre racon­te la décou­verte de la ville de Rome par Anto­nio, enfant, les travaux des champs, la voca­tion de cinéaste née au hasard  d’un tour­nage d’une équipe de Cinecit­tà, et le des­tin de celui qui « inven­ta » un genre ciné­matographique qu’un cri­tique new-yorkais appela le « west­ern-spaghet­ti » et qui fit date dans l’his­toire du sep­tième art. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la juste blessure d’un poème

Philippe LEUCKXLe rouge-gorge , Hen­ry, 2022, 8 €, 46 p., ISBN : 9782364692336

leuckx le rouge-gorgeOn sait de Philippe Leuckx cette sen­si­bil­ité lit­téraire qui vaut à la com­mu­nauté des let­tres de nom­breuses recen­sions qu’il con­sacre à ses con­frères et con­sœurs, poètes comme lui, trou­vant par­fois (sou­vent) dif­fi­cile­ment accès aux ray­on­nages des librairies, aux arti­cles ou aux émis­sions et blogs lit­téraires. Mem­bre de plusieurs sociétés lit­téraires, il est aus­si un pré­faci­er appré­cié.

Son œuvre lui a valu plusieurs prix, dont le prix Emma Mar­tin de poésie, le prix Robert Gof­fin, le prix Gauchez-Philip­pot et le prix Charles Plis­nier. Con­tin­uer la lec­ture

Un jour de vents propices

Arnaud DELCORTE, Trou­ble, Unic­ité, 2021, 14 €, 86 p., ISBN : 978–2‑37355–628‑5

delcorte troubleLa poésie demande à être apprivoisée par le lecteur. Par­fois, elle exige plusieurs lec­tures suc­ces­sives afin d’en retir­er, comme aux pas­sages des couleurs sur une pierre lith­o­graphique, des émo­tions, des lumières, des sen­ti­ments dif­férents. Ils com­posent au terme de ces par­cours, une sen­sa­tion d’ensemble qui s’élabore dans l’esprit et le cœur. C’est à ce proces­sus d’imprégnation par strates qu’invite le recueil d’Arnaud Del­corte. Une telle démarche se jus­ti­fie d’autant plus que le livre puise à dif­férentes sources. Il réu­nit des textes pub­liés ini­tiale­ment dans des revues. Ain­si « Chech­nya » (Bleu d’Encre, 2020), « L’homme qui marche » (Do Kre I S, Vagues lit­téraires, 2017), et « Dans la clameur » (Legs, 2019). Ces textes alter­nent avec des com­po­si­tions inédites, « Prières dans la nuit », « Soft Requiem », « La couronne », « Appel d’air », et « Memo­ri­am Mediter­ranea ». Les illus­tra­tions de l’auteur, décli­naisons pho­tographiques en noir et blanc – trans­for­ma­tions flu­ides d’images qui en devi­en­nent abstraites, dont l’une orne la cou­ver­ture – ryth­ment la décou­verte du recueil. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de la fugue

Alfre­do DIAZ PEREZ, Un fugueur pré­coce, Let­tre volée, 2021, 62 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–583‑2
Alfre­do DIAZ PEREZ, Le sexe du par­adis, Let­tre volée, 2021, 90 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87317–584‑9

diaz perez le fugueur precoceLa let­tre volée pub­lie simul­tané­ment deux livres d’Alfre­do Diaz Perez, un court roman et un recueil de six nou­velles, réu­nis­sant sept réc­its attachants autant que déroutants.

Le nar­ra­teur du roman Un fugueur pré­coce parvient à recon­stituer des sou­venirs remon­tant à sa pre­mière « éva­sion » : la nais­sance et l’expulsion du corps de sa mère, une mère qu’il passera les pre­mières années de sa vie à fuir. Avant même de marcher, le petit Witold fuguait ! Mêlant fan­tasme et obses­sion de la fuite, le nar­ra­teur se sou­vient des fugues qu’il fit accroché à une « planche de salut » dont une des pre­mière ten­ta­tives le mena jusqu’à la gare des marchan­dis­es de Molen­beek-Saint-Jean. Il avait quelques mois… On devine à lire cet épisode que le réal­isme mag­ique n’est pas loin. Les per­son­nages, les lieux, les atmo­sphères et les sit­u­a­tions de ces deux livres ont une intense puis­sance d’évocation visuelle. On voit lit­térale­ment, même si la sit­u­a­tion est de l’ordre de la mémoire imag­i­naire et du men­tal, le bam­bin face à la porte fer­mée qu’il rêve de franchir coûte que coûte. « Dans ma tête, j’étais un évadé », com­mente le nar­ra­teur en se sou­venant des ces moments dont on décou­vre qu’ils ont été racon­tés au bébé par sa mère : « Elle fai­sait de moi le déposi­taire de ses secrets et de sa mémoire ». Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Jean Jauniaux

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Jean Jau­ni­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Les étoiles ont de la chance

Jean JAUNIAUX, Julos Beau­carne. La poésie comme roy­aume, Lamiroy, coll. « L’article », 2021, 42 p., 4 € / ePub : 2 €, ISBN : 978–2‑87595–516‑6

jauniaux julos beaucarne la poesie comme royaumeJulos Beau­carne a pris son vélo pour l’arc-en-ciel et ses longs cheveux blancs font désor­mais au fir­ma­ment, un fil­a­menteux et élé­gant nuage. Le poète a inspiré et col­oré plusieurs généra­tions de son lumineux sourire. Le voici s’éparpillant pour tou­jours, dis­séminé à jamais dans autant de cœurs qu’il eut d’auditeurs, de lecteurs, de spec­ta­teurs. Auteur à la hau­teur de Carême ou Prévert, il fit encore récem­ment sous la plume de Jean Jau­ni­aux le sujet de la col­lec­tion « L’article » aux Édi­tions Lamiroy. Con­tin­uer la lec­ture

Le roman d’un destin

Claude RAUCY, Les orages pos­si­bles, M.E.O., 2021, 146 p., 15 €, ISBN : 9782807002920

raucy les orages possibles

Cer­tains livres nous don­nent le bon­heur de renouer avec le plaisir sim­ple de la lec­ture d’une his­toire. Le dernier roman en date de Claude Raucy appar­tient à cette caté­gorie, don­née par ces écrivains qui nous immer­gent lit­térale­ment dans la fic­tion. Coleridge évo­quait cette néces­saire démarche sol­lic­itée chez le lecteur de fic­tion : « la sus­pen­sion volon­taire de lincré­dulité ». Avec le roman Les orages pos­si­bles, le lecteur renoue, au fil des 146 pages du réc­it, avec cette sen­sa­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Rendre grâce à la vie…

Un coup de cœur du Car­net

Nico­las CROUSSE, Retour en pays natal, Cas­tor astral,2021, 192 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9791027802869

crousse retour en pays natalEn cette fin d’été paraît aux Édi­tions Le cas­tor astral, le dernier roman de Nico­las Crousse, Retour en pays natal. Ce livre « hors-normes », à la fois réc­it lit­téraire et explo­ration ini­ti­a­tique, mène le lecteur  depuis l’enfance de l’auteur dans les années soix­ante jusqu’à nos jours. Et au-delà…. . L’auteur nous prévient : « ceci n’est pas un roman, pas un livre de nou­velles, pas non plus un recueil de poésies, pas davan­tage une auto­bi­ogra­phie. » À ce jeu-là, de dire « ce qui n’est pas », Nico­las Crousse nous dévoile en réal­ité tout ce qui fait ce livre et qui nous a enchan­té. Ne pour­suit-il pas ici l’écriture de cet auto­por­trait poé­tique paru sur le site de son édi­teur (Jacques Fla­ment) et qu’il inti­t­u­lait : Je rends grâce à la vie… ? Le réc­it se partage en trois scan­sions : « Réveille-toi mon enfance », « Sou­viens-toi ma vie », « Dors mon âme ». Le titre est issu d’un haïku du poète  Kobayashi Issa qui paraît en épigraphe : Dans chaque per­le de rosée/tremble/mon pays natal. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la rue des solitudes…

Philippe LEUCKX, Pren­dre mot, Dan­cot-Pin­chart, 2021, 13 €, ISBN : 9–782960-279603

leuckx prendre motLe dernier recueil du poète hen­nuy­er Philippe Leuckx paraît chez Dan­cot-Pin­chart, une nou­velle enseigne, créée par Pierre Dan­cot et Nico­las Pin­chart. Leur mai­son est, nous dit la qua­trième de cou­ver­ture,  « née des ter­res noires du roman­tisme et de la lib­erté folle du sur­réal­isme ». Elle fait la part belle  « à l’écriture spon­tanée à l’épiderme chaude, révoltée et amoureuse. » Con­tin­uer la lec­ture

« Ceci n’est pas un Maigret »

Nadine MONFILS, Les folles enquêtes de Magritte et Geor­gette. Nom d’une pipe !, Robert Laf­font, coll. « La bête noire », 2021, 296 p., 14,90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑221–25020‑4

monfils les folles enquetes de magritte et georgetteAh ! comme il doit se réjouir René Magritte là-bas au milieu de ses ouates de nuages qui nav­iguent allè­gre­ment dans un ciel bleu, d’être devenu, le détec­tive chargé (par lui-même) d’élucider une série de meurtres que Nadine Mon­fils nous racon­te dans ce pre­mier roman polici­er de la série « Les Folles enquêtes de Magritte et Geor­gette ». On annonce déjà – pour juin – une deux­ième enquête qui se déroulera à Knokke, Nom d’une pipe ! se déroulant pour l’essentiel à Brux­elles. Il y a fort à pari­er que notre Belge de Mont­martre ne s’arrêtera pas en si bon chemin et que, Geor­gette et René, avec leur chien  Loulou revien­dront dans de nou­velles aven­tures ! Con­tin­uer la lec­ture

Il est temps de réinviter la beauté

Rose-Marie FRANÇOIS, Temps sans faux, Arbre à paroles, 2020,135 .p, 13 €, ISBN : 978–2‑87406 700–6

françois temps sans fauxLau­réate de nom­breux prix lit­téraires, Rose-Marie François abor­de depuis Girou­ette sans clocher, son pre­mier recueil de poèmes parus en 1971, la lit­téra­ture sous dif­férents angles. La poésie et le roman en con­stituent le socle. Elle accoste aus­si aux rivages de la scène avec des textes, qu’elle aime à jouer elle-même. Spé­cial­iste de lit­téra­ture let­tone, elle en a été l’ambassadrice en langue française par de nom­breuses tra­duc­tions et con­tri­bu­tions à des antholo­gies plurilingues. Con­tin­uer la lec­ture

Les ailes d’une âme

Éric BRUCHER, Colombe, Sablon, 2020, 175 p., 13 €, ISBN : 978–2‑931112–02‑1

brucher colombeOn ne boud­era pas ici un dou­ble plaisir.

Celui de saluer la nais­sance d’une nou­velle mai­son d’édi­tion de lit­téra­ture belge de langue française. Les Édi­tions du Sablon, créées par Olivi­er Weyrich démon­trent, si besoin en était, le dynamisme de celui qui compte à son act­if plusieurs col­lec­tions lit­téraires (Plumes du Coq, Noir cor­beau, La tra­ver­sée) et est doré­na­vant lau­réat de deux des plus émi­nents prix lit­téraires de la Fédéra­tion Wal­lonie Brux­elles : le Rossel vient d’être attribué au roman de Cather­ine Bar­reau La con­fi­ture de morts et le prix Joseph Hanse à la col­lec­tion La tra­ver­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Du bonheur si proche de la misère envahissante…

Fran­cis DANNEMARK, La mis­ère se porte bien, Pho­togra­phies Michel Cast­er­mans, Kyrielle, 2020, 328 p., 15 €, ISBN :  9782960265903

dannemark la misere se porte bienDès le titre,  le dernier roman en date de Fran­cis Dan­nemark joue de la poly­sémie : « mis­ère » s’inscrit dans le domaine de la botanique et non de l’état de pau­vreté. Nom fam­i­li­er du Trades­cant­ia zeb­ri­na, cette plante vivace, si elle n’est pas con­tenue, (…) peut devenir envahissante.

Dan­nemark est poète avant tout. Dès les pre­mières lignes de La mis­ère se porte bien, l’évocation d’un ciel d’avril qui « hési­tait », nous immerge dans celui-ci, nous en enveloppe, nous hyp­no­tise de ces « divers­es com­bi­naisons de bleu lumineux, d’ardoise, de blanc mousseux, de gris pro­fond (…) jusqu’à ce qu’en quelques sec­on­des, le ciel ne fut plus qu’une immense masse nuageuse attirée vers la terre pour y pos­er son ven­tre lourd ». Con­tin­uer la lec­ture

Bruges-la-Belle

Georges RODENBACH, Le car­il­lon­neur, Pré­face de Frédéric Sae­nen, Névrosée, 2020, 325 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–048405

rodenbach le carillonneurSous les sig­na­tures respec­tives de Georges Roden­bach, Jean Muno, Jean-Bap­tiste Baron­ian, Horace Van Offel et Jacques Hen­rard, ce ne sont pas moins de cinq romans que la jeune éditrice Sara Dom­bret met à dis­po­si­tion des lecteurs attachés au pat­ri­moine de la lit­téra­ture belge de langue française. Sous le label « Les sous-exposés », cette nou­velle col­lec­tion con­stitue, au sein des Edi­tions Névrosée, le « dou­ble mas­culin » de « Femmes de let­tres oubliées », com­plé­tant ain­si l’offre pat­ri­mo­ni­ale lit­téraire con­sti­tuée par Espace Nord, les édi­tions Sam­sa et, bien sûr, les pub­li­ca­tions de l’Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture