COLLECTIF MANIFESTEMENT, Chronique du rattachement de la Belgique au Congo, MaelstrÖm, 2017, 212 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87505–262‑9
Cela devrait se passer sur une petite place, derrière l’église Saint-Boniface à Ixelles-Elsene, dans le triangle du quartier Matonge. Une plaque en émail, lettres blanches sur fond bleu, apposée sur un mur : « Place-Patrice Lumumba-Plein, Premier ministre de l’État indépendant du Congo, 1925–1961 ». Mais la bourgmestre et le collège échevinal de la commune n’en veulent pas, depuis de longues années, et découragent toutes les initiatives, y compris clandestines, en ce sens. Cela pourrait aussi se passer, carrément, sur la place des Martyrs, et plus exactement sous le monument de ladite place : le Collectif Manifestement voudrait y inhumer la dépouille (ou le peu qu’il en reste) de l’homme politique congolais, assassiné dans les circonstances que l’on connaît (vraiment ?), en janvier 1961. Mais ici aussi, ça coince. Ce qui ne serait peut-être pas le cas si… le royaume de Belgique était tout simplement rattaché à la république du Congo. Une plaisanterie ? Une aberration ? Une incongruité ? On n’oserait pas dire « une blague d’étudiants », car le Collectif Manifestement se fendrait aussitôt, en pleines vacances d’été, d’un droit de réponse au Carnet, tout ce qu’il y a de plus sérieux… Continuer la lecture
On a appris le décès, survenu ce vendredi 21 juillet, de Gilles Brenta, poète, peintre, illustrateur, décorateur, réalisateur et éditeur belge. Né à Uccle en 1943, Gilles Brenta avait suivi les études de peinture à La Cambre, dans l’atelier de Jo Delahaut. Au début des années 1970, il se lie avec l’écrivain et éditeur surréaliste Tom Gutt, rencontre Louis Scutenaire, Irène Hamoir, Marcel Mariën, Michel Thyrion, Jean Wallenborn… et participe dès lors aux activités du petit groupe qui gravite autour de la galerie « La Marée » à Bruxelles. Gilles Brenta publie régulièrement dans les revues Le Vocatif, Les Lèvres nues, Dragée haute, La Vie Dure. Tout en exposant des peintures marquées du double sceau de la fantaisie et du surréalisme, il poursuit une activité de décorateur de films, notamment pour la série TV « Téléchat », réalisée de 1983 à 1985 par Roland Topor et Henri Xhonneux.
« Palimpseste : historiquement, parchemin dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte », nous dit Le Robert. Le palimpseste aujourd’hui, c’est ce que nous donne à voir Pierre Alechinsky, dans une remarquable et foisonnante exposition, au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, à La Louvière. Près de trois cents œuvres de l’artiste, créées à partir de papiers oubliés, manuscrits et imprimés d’autrefois.
« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Cette phrase tirée du Guépard, le film que Luchino Visconti réalisa en 1963 d’après le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, conviendrait bien en sous-titre à l’étonnante aventure vécue en Sicile par un jeune architecte bruxellois, Lucien François, au tournant des années 1920.
Nous sommes en 1903. Un scandale d’une ampleur inédite secoue la Belgique, le France, et les pays voisins. Les Carnets du Roi, un ouvrage publié anonymement à Paris, et rapidement interdit à Bruxelles, dresse le portrait d’un autocrate à barbe blanche. Arrogant, prétentieux et roublard, il se révèle plus soucieux de s’enrichir et de collectionner les maîtresses que de veiller au bien commun des citoyens et au respect des lois d’un état démocratique.
Il y a deux décennies, Amélie Nothomb publiait Attentat (Albin Michel, 1997), son cinquième roman, et, au détour d’une histoire d’amour et des normes à respecter ou non en société, elle livrait cette réflexion : « La pornographie, c’est ce qui parvient à susciter un simulacre de désir chez ceux qui ont eu trop de tout. C’est pourquoi, aujourd’hui, l’art dominant est pornographique: il est le seul qui parvient à attirer l’attention. » Ce qui était déjà vrai il y a vingt ans l’est davantage encore aujourd’hui. En choisissant comme titre d’ouvrage un terme qui détourne un site connu de pornographie en ligne, les éditeurs de ce recueil de textes ouvrent d’emblée le champ d’investigation : « La pornographisation (sic) galopante du monde nous regarde désormais tous et toutes. » Assurer la pertinence du constat, et surtout tenter d’en évaluer les contours au sens large, serait-elle une partie de plaisir ? Le point de départ de cet ouvrage collectif est d’abord une exposition d’artistes et plasticiens contemporains, organisée par le GSARA à Bruxelles en novembre dernier
Les trajets d’une vie sont parfois – et fort heureusement – faits de circonstances où le hasard tient sa place. Si les talents d’historien et de conteur d’Henri Guillemin, célèbre chroniqueur médiatique des années 1960, 70 et 80, n’étaient pas parvenus aux oreilles de Claude Froidmont (c’est le pseudonyme d’un Liégeois, aujourd’hui professeur de lettres à Bordeaux), nous n’aurions pas entre les mains ce livre, Chez Mauriac à Malagar. 
Il est toujours en marche, à pied, à cheval, dans un autocar surchargé, une voiture que conduit un adolescent pauvre imbibé de substances frelatées et de mauvaise bière. On the road. Il est sonné, « moitié éveillé, marchant dans la plaine », groggy, allongé dans une miteuse chambre d’hôtel, parfois avec une femme fourmi, indienne ou japonaise – mais on ne sait lequel soutient l’autre. Ou au contraire il est d’une lente patience, les sens en alerte, et guette d’un œil l’instant décisif où l’image, qu’elle soit poétique ou photographique, prendra place dans son champ de vision. « Un poète prépare le terrain, certes, écrit Ivan Alechine dans Enterrement du Mexique, son nouveau recueil, mais le pouvoir de la poésie écrite tient à ce que des phrases entières s’imposent à soi et qu’il faut capturer sur le champ. »
Depuis plusieurs années, les recherches scientifiques et les projets muséographiques consacrés aux relations entre les pays européens et leurs anciennes colonies africaines ont pris un nouvel essor. En témoigne ce volume de textes et d’images, recueillant des interventions de chercheurs et de plasticiens, belges et congolais, entre 2010 et 2015.
À l’heure où Paris célèbre une nouvelle fois et en grande pompe les œuvres de René Magritte, une première monographie révèle la vie et l’œuvre de Roger Van de Wouwer (1933–2005), peintre, dessinateur et écrivain surréaliste peu connu, originaire d’Anvers, proche de Marcel Mariën, Tom Gutt et Louis Scutenaire.
Ce qui frappe le visiteur lorsqu’il accède au dernier étage du musée Grand Curtius à Liège, c’est une ribambelle d’images et de mots, et une suite de ricochets qui s’établissent entre ces mots et ces images, avec, pour ligne directrice, aux cimaises et dans les vitrines, non pas un fil rouge, mais un fil bleu.
Passer à la loupe de la critique universitaire l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint, en ses méandres, ses repentirs, et ses lignes toujours décalées, n’est pas une sinécure.
Ainsi sont les grandes œuvres : intimidantes. Gens de Dublin, Ulysse, et Finnegans Wake ont associé de manière définitive le nom de James Joyce à un univers littéraire magistralement en avance sur son temps – et donc toujours lisible aujourd’hui.
Après trois ans de travaux, le Musée des Beaux-Arts de Liège a rouvert ses portes aux visiteurs ce printemps, dans le parc de La Boverie, en bord de Meuse. Le bâtiment, construit pour l’Exposition universelle de 1905, a été complètement réaménagé par le bureau d’architectes liégeois Paul Hautecler – Pascal Dumont. Il a aussi été largement augmenté dans ses surfaces d’exposition grâce à une lumineuse extension de verre et de béton, dessinée par Rudy Ricciotti, architecte français créateur notamment du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille.
Pour peu qu’on s’intéresse à la presse belge, et davantage encore à la culture, le nom de Jacques Franck est indéfectiblement lié à l’histoire du quotidien La Libre Belgique, où il est entré comme journaliste, en… 1957, alors même que s’érigeait à Bruxelles l’Atomium.