Archives par étiquette : Taillis pré

« Tout être vivant porte en lui une part d’étoile et de mer… »

Anne ROTHSCHILD, Tourne et tourne le vent, Tail­lis pré, 2024, 63 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–224‑8

rotschild tourne et tourne le ventEn exer­gue du recueil d’Anne Roth­schild, trois vers de l’Ecclésiaste (Quo­helet, I, 6) évo­quent l’irrémédiable mou­ve­ment cir­cu­laire du vent et, à l’instar du fron­tispice dess­iné par la poète, annon­cent une forme de ver­tige que les poèmes vien­dront nour­rir. Le vent fou, seul témoin du naufrage qu’il sur­v­ole sur les eaux bleues du désas­tre, donne le ton dès le pre­mier texte. S’y inscrit d’emblée la référence aux textes dont Anne Roth­schild s’est imprégnée pour con­stru­ire le recueil comme l’histoire de Noé (Genèse VIII, 6–13), le Can­tique des can­tiques, Rute­beuf et Vil­lon, des midrashim (exégès­es bibliques) et le Coran. Con­tin­uer la lec­ture →

Contemplation au bord du vacillement

Serge NUÑEZ TOLIN, Sur le fil de la présence, Tail­lis pré, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–227‑9

nunez tolin sur le fil de la presenceTail­lé dans une langue toute en déli­catesse, ce nou­v­el opus de Serge Núñez Tolin, Sur le fil de la présence, déplie plusieurs de ses thé­ma­tiques de prédilec­tion, déjà présentes notam­ment dans ses derniers recueils L’exercice du silence (Le Cad­ran Ligné) et Les mots sont une foudre lente (Edi­tions Rougerie, 2023, titre qui lui a par ailleurs valu le Grand prix de poésie 2023 de l’Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique). Celles-ci ne sont autres que l’éveil et le silence, face à l’obstacle que con­stituent les mots, le lan­gage. Con­tin­uer la lec­ture →

Le mystère Miguel

Béa­trice LIBERT, Cécile Miguel et L’âge d’or, là je dors. Regard sur un tableau, Tail­lis Pré, 2024, 86 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–222‑4

libert cecile miguelTan­dis que l’on redé­cou­vre, à la faveur de deux expo­si­tions, la puis­sance de l’œuvre plas­tique de Cécile Miguel (1921–2001), l’actualité édi­to­ri­ale remet elle aus­si cette artiste dis­crète au cen­tre de l’actualité. L’anthologie Où jamais per­son­ne n’arrive, façon­née par Yves Namur, dévoile la quin­tes­sence du tra­vail lit­téraire de Cécile Miguel. Avec Cécile Miguel et L’âge d’or, là je dors, c’est à la pein­tre que Béa­trice Lib­ert rend hom­mage. Con­tin­uer la lec­ture →

Appel d’air…

Un coup de cœur du Car­net

Cécile MIGUEL, Où jamais per­son­ne n’arrive (antholo­gie), fron­tispice de Wolf­gang Oster­held, choix et pré­face d’Yves Namur, Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2024, 184 p., 19 €, ISBN : 978–2‑87450–221‑7

miguel où jamais personne n'arriveLe Pre­mier man­i­feste du sur­réal­isme a cent ans (1924). L’exposition His­toire de ne pas rire, à Bozar, offre un riche aperçu de ce mou­ve­ment lit­téraire. Il en est une fig­ure « oubliée », qui s’est volon­taire­ment tenue à dis­tance à par­tir du milieu des années soix­ante : une œuvre pic­turale et poé­tique, dont Yves Namur, son légataire et con­nais­seur le plus aver­ti, fidèle à son ami­tié pour l’artiste, a pris divers­es ini­tia­tives pour la faire mieux décou­vrir. En atten­dant le cat­a­logue de l’exposition Cécile Miguel : au creux des apparences, au Musée de la Bover­ie à Liège, le lecteur se reportera aus­si au Tail­lis Pré pour la mono­gra­phie Cécile Miguel, une vie oubliée et à Cécile Miguel et L’âge d’or, là je dors : regard sur un tableau de Béa­trice Lib­ert. Con­tin­uer la lec­ture →

Le terreau arable des mots

Jean-Marie CORBUSIER, À ras, Tail­lis Pré, 2023, 137 p., 17€, ISBN : 978–2‑8745–216‑3

« …il faut beau­coup par­ler pour cacher
un mutisme authen­tique… »
Georges PERROS

corbusier a rasAvec ce nou­veau recueil, À ras, pub­lié comme les précé­dents au Tail­lis Pré, Jean-Marie Cor­busier pour­suit encore plus loin son duel avec les mots du poème. Un com­bat tou­jours renou­velé pour le poète dis­cret et « en retrait » (nulle­ment « retranché » pour autant) qu’il est, pas­sion­né par les paysages qui ont le silence en partage, les Ardennes, la Bre­tagne. Un com­bat sans cesse renou­velé au moment de cou­vrir la page blanche et dont l’âpreté naît juste­ment de cette économie des mots scan­dés, répétés. Con­tin­uer la lec­ture →

Célébration de la chair

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie GASSEL, Éros androg­y­ne et autres textes, Pré­face de Pierre Bourgeade, Tail­lis Pré, 2024, 180 p., 19 €, ISBN : 9782874502200

gassel eros androgyne et autres textesOuvrir les pages étince­lantes, ver­tig­ineuses d’Éros androg­y­ne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre lit­téraire sans équiv­a­lent de Nathalie Gas­sel, sen­tir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses mus­cles et le corps jouis­sant. Mag­nifique­ment pré­facée par Pierre Bourgeade, la réédi­tion d’Éros androg­y­ne s’accompagne de textes inédits qui explorent les ter­ri­toires du désir, les ren­con­tres des corps, la mys­tique de l’écriture et du sexe. Con­tin­uer la lec­ture →

« Mes intentions sont pures, prenez garde ! »

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel HAVRENNE, Œuvres com­plètes, Édi­tion et intro­duc­tion par Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2023, 306 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87450–217‑0

havrenne oeuvres completesLes sur­réal­istes belges auraient-ils tous le même vis­age ? Des bonnes joues, sou­vent la lippe, et très présente, la tête, mas­sive et mon­tée sur un corps qui compte moins. Des mod­èles pour pho­toma­tons. De gross­es lunettes cer­clées qui leur font ce regard d’enfant du malaise, pas perçant pour un sou. Des têtes de pre­miers de classe devenus fonc­tion­naires ternes, assis appointés. En costard cra­vate même en vacances ; surtout en vacances. Même chevelus, on les dirait chauves. Et en matière de sourire énig­ma­tique, ils en remon­tr­eraient à Mona Lisa. Con­tin­uer la lec­ture →

Sous des tesselles de pensée…

Vin­cent POTH, Aléas sans amar­res ou Livre de pen­sées, Tail­lis Pré, 2023, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–213‑2

poth aleas sans amarreEn plaçant d’emblée en exer­gue de son texte les cita­tions de deux Georges, Per­ros et Bataille, Vin­cent Poth donne le ton de son nou­veau recueil, Aléas sans amar­res pub­lié, comme le précé­dent, au Tail­lis Pré. C’est en quelque sorte entre les silences de Per­ros et les ver­tiges de Bataille que se noue le pro­pos des apho­rismes rassem­blés ici. Car il s’agit bien d’une écri­t­ure apho­ris­tique qui, comme le souligne Véronique Bergen dans la pré­face, oscille entre poésie et philoso­phie. Lau­réat du Prix Décou­verte 2022 de l’Académie Royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, Vin­cent Poth parvient à faire jail­lir, par la ful­gu­rance de ses for­mules, le mir­a­cle des jours ordi­naires. Tou­jours selon la pré­facière, « les jeux sur les trem­ble­ments de la pen­sée et de la langue se penchent sur l’amour, le désir, l’activité de l’esprit, le temps, l’identité, la tran­scen­dance. » Le tout pétri dans une langue presque pure. Car c’est bien ce « presque » que l’auteur assume et revendique. Une pen­sée en éclat, pen­sée-dyna­mite dont l’aphorisme serait la mèche prête à accueil­lir l’étincelle. Une pen­sée qui, pour être tran­chante, se doit d’interroger le doute et la con­tra­dic­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Comme la vie qui fleurit pourtant

Francesco PITTAU, La fleur jaune, Tail­lis pré, 2023, 166 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–211‑8

pittau la fleur jauneL’œuvre de Francesco Pit­tau est sem­blable aux épis­sures qui don­nent leur nom à l’un de ses recueils, ces forts cordages, ser­rés de fils con­tra­dic­toires et soudain con­ver­gents. Dans la tor­sion sont pris l’enchantement et la mélan­col­ie, l’éternité fugi­tive de l’enfance et la brièveté fos­sile de l’âge qui se fane.

Tel est le geste que tente l’écriture : embrass­er à toute force quelque chose de la vie qui sur­git et du monde qui s’en va. Le nouage, au sein de l’œuvre, de la part de l’enfance et de celle de l’adulte, du charme espiè­gle des débuts et de celui évasif de la fin s’inscrit dans ce désir et se fait autour d’une sen­si­bil­ité à l’infime et aux menues sen­sa­tions de la vie. Con­tin­uer la lec­ture →

Jean Claude Bologne : en lettres dorées

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Légendaire, Tail­lis Pré, 2023, 144 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87450–212‑5

bologne legendaireTail­lé dans une langue poé­tique extrême­ment fine et pré­cise, le nou­v­el opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux édi­tions Le Tail­lis Pré, après le non moins mag­nifique recueil Rit­u­aire (2020) du même auteur.

Scindé en trois par­ties, inti­t­ulées « Il est un peu­ple », « Ce que con­tent les arbres » et « Le roi rebelle », ce recueil oscille entre poésie, suite de petits con­tes et paraboles. Chaque par­tie est dédiée à un écrivain en par­ti­c­uli­er : Otto Ganz, Wern­er Lam­ber­sy et Michel Host, témoignant de la con­stel­la­tion qui se tisse autour du livre. Trois œuvres vien­nent ain­si se pos­er en fron­tispice de cha­cune des sec­tions. Con­tin­uer la lec­ture →

Petites faunes saugrenues

Béa­trice LIBERT, Poèmes en quête de nuits douces, Fron­tispice de l’auteur, pré­face de Lau­rent Four­caut, Le Tail­lis Pré, 2023, 90 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–208‑8

libert poemes en quete de nuits doucesPar­mi les com­plex­es struc­tures de la langue, il existe de petits ensem­bles clos de mots appelés « microlex­iques ». Béa­trice Lib­ert en a sélec­tion­né cinq des plus courants, pour servir de trem­plins à des poèmes entière­ment orig­in­aux : les let­tres de l’alphabet, les chiffres du sys­tème déci­mal, les notes de la gamme, les jours de la semaine, les qua­tre saisons. Chaque titre con­tient la locu­tion « en quête de », visant des cibles telles que « auteurs », « somme » arith­mé­tique, « musi­ciens », « vacances », etc.  On s’étonne qua­si de ne pas trou­ver dans cette kyrielle les cinq doigts de la main ou les douze mois de l’année… D’autre part, la quin­tu­ple série est encadrée par deux listes moins fer­mées : douze couleurs dont les trois fon­da­men­tales, vingt-et-un mots com­mençant par la syl­labe an-. Ain­si l’al­lure du recueil Poèmes en quête de nuits douces évoque-t-elle cer­tains opus­cules tra­di­tion­nels, abécé­daires, almanachs ou glos­saires. Le lecteur ne peut man­quer d’y recon­naitre ces réper­toires fam­i­liers, et même banals, pro­pres à sus­citer un sen­ti­ment de réminis­cence ras­sur­ante – avant l’envolée vers les vire­voltes imag­i­na­tives les plus inat­ten­dues. Ain­si s’appuie-t-on sur le con­nu pour plonger sans tran­si­tion dans l’in­con­nu, démarche dont on note le car­ac­tère à la fois ludique, para­dox­al et anti­con­formiste. Quant à l’insistant « en quête de », il sig­nale que les sept listes ne se suff­isent pas à elles-mêmes, mais sont plutôt comme des matéri­aux sur une aire de chantier, atten­dant que quelque arti­san vienne les met­tre en œuvre. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans une sorte d’éternité

Anne-Marielle WILWERTH, D’abord le souf­fle, Tail­lis Pré, 2023, 104 p., 16 €, ISBN : 978–2874502064

wilwerth d'abord le soufflePour la troisième fois, Le Tail­lis Pré accueille au sein de sa col­lec­tion un recueil de poèmes signé Anne-Marielle Wilw­erth. Après avoir pub­lié Ce que le bleu ne sait pas de frag­ile (2019) et Les miroirs du désor­dre (2021), la mai­son d’édition ouvre sa porte à une injonc­tion de la poétesse : D’abord le souf­fle. Con­tin­uer la lec­ture →

Quelle fleur poussera de mes cendres

Marie-Clotilde ROOSE, En minus­cules, Tail­lis Pré, 2023, 72 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–205‑7

roose en minusculesOn ne dira jamais assez com­bi­en la poésie de langue française trou­ve un accueil idéal sous les cou­ver­tures mul­ti­ples de l’édition belge, dont Le Tail­lis Pré est une des enseignes les plus stim­u­lantes. Son cat­a­logue dont un extrait fig­ure en fin de chaque vol­ume con­stitue en soi une antholo­gie écla­tante, dans laque­lle Marie-Clotilde Roose fut accueil­lie déjà en 2005 par Yves Namur, l’initiateur et ani­ma­teur de cette mai­son d’édition. Con­tin­uer la lec­ture →

De profundis clamat Menu

Marc MENU, Pol­lu­tions noc­turnes, Tail­lis Pré, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 9782874502002

menu pollutions nocturnesMarc Menu crie depuis les pro­fondeurs. De ce cri écrit sourd un imag­i­naire théâ­tral, sym­bol­iste, baude­lairien, déca­dent, fan­tas­tique. En forme de poèmes en prose, les soix­ante-cinq textes de Pol­lu­tions noc­turnes, tels qu’en eux-mêmes, ont tout pour mérit­er leur titre.

Après Mur­mures du chardon (2016) et Ce soir c’est relâche (2020), Pol­lu­tions noc­turnes est le troisième livre de Marc Menu pub­lié au Tail­lis Pré. Hors le champ poé­tique, Marc Menu est notam­ment con­nu pour de très brèves fic­tions (Quad­ra­ture, Cac­tus inébran­lable) au lud­isme cynique et à l’efficacité red­outable. Le nou­vel­liste de poche et le poète dés­abusé sem­blent ici se rap­procher à la faveur d’un ouvrage qui prend lui aus­si la forme de fic­tions d’une page, sortes de poèmes de l’effondrement, cauchemardesques et han­tés. Con­tin­uer la lec­ture →

La fine pointe du ressenti

Olivi­er NORIA, Ren­dre grâce, Tail­lis pré, 2022, 90 p., 14 €, ISBN : 9782874501999

Tôt ou tard, tout reflet se blesse
À ce qui n’est pas clarté

noria rendre graceLe Tail­lis Pré ouvre la voie à un nou­veau poète, en nous don­nant à décou­vrir le pre­mier livre d’Olivi­er Noria. L’auteur y appa­raît pluridis­ci­plinaire : musi­cien et poète d’après sa notice biographique, plas­ti­cien d’après le fron­tispice orangé, océanique et dis­cret, qui prélude au texte.

Né à Brux­elles en 1980, Olivi­er Noria est musi­cien et poète. Indis­so­cia­ble de son inspi­ra­tion, sa vie se con­jugue au fil des ren­con­tres, au pas à pas, de lieux en lien. Il partage son art sous la forme de con­certs et d’accompagnements dédiés. Ren­dre Grâce est son pre­mier recueil pub­lié. Con­tin­uer la lec­ture →

« Fugue, hysope et carmin »

Un coup de cœur du Car­net

Har­ry SZPILMANN, Écarts ou Les esquives du désir, Tail­lis Pré, 2022, 85 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–198‑2

szpilmann ecarts ou les esquives du desir« Car ce dont la parole s’éprend, et qu’elle amène au feu fébrile, implante en nous sa magie blanche. »

Har­ry Szpil­mann con­tin­ue de men­er son esquif sur les ter­res les plus déser­tiques et les plus enflam­mées de la poésie. Écarts ou Les esquives du désir ne dévie nulle­ment du sil­lon qu’a tracé Szpil­mann depuis son pre­mier recueil, Sable d’aphasie (Le Tail­lis Pré, 2011), jusqu’à ses livres plus récents, Genès­es et Mag­mas (Le Cormi­er, 2019) et Approches de la lumière (Le Tail­lis Pré, 2019). Il s’inscrit pleine­ment dans le planis­phère, dans la mappe­monde de la parole szpil­man­ni­enne ; il accentue, aggrave les filons d’une géolo­gie sin­gulière. Con­tin­uer la lec­ture →