Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Les naufragés du temps

Patrizio FIORILLI, Sauver Hitler, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2025, 65 p., 9 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 978–2‑87599–194‑2

fiorilli sauver hitlerEn 2022, Patrizio Fio­r­il­li nous avait éton­nés avec Au com­mence­ment, il y eut le mal, aus­si biblique que peu catholique : divers­es audaces déca­paient un paysage his­torique trop sou­vent académisé. Dans son qua­trième ouvrage, tou­jours pub­lié par les édi­tions brux­el­lois­es F dev­ille (sans point et sans majus­cule), l’auteur reste fidèle à l’Histoire mais nous revient dans un reg­istre plus court, un micro-roman. Con­tin­uer la lec­ture

« Retiens mon nom : je suis un tupilak »

Carl NORAC (auteur) et Man­dana SADAT (illus­tra­trice), Tupi­laks !, Esper­luète, coll. « Albums », 2025, 80 p., 25 €, ISBN : 9–782359-84–1947

norac tupilaksIni­tiale­ment, les tupi­laks, fig­ures de la mytholo­gie groen­landaise, sont créés par un sor­ci­er inu­it. Pour façon­ner ces créa­tures mi-humaines mi-ani­males, il se sert d’éléments (os, ten­dons, peau, poils, dents, bois, etc.) issus de la faune locale (cervidés, renards, ours, orques, baleines, oiseaux, etc.) ; par­fois aus­si de frag­ments d’hommes (cheveux, ongles, etc.). Con­tin­uer la lec­ture

L’adolescence en roue libre

Max DE RADIGUES, Dix sec­on­des, Cast­er­man, 2025, 120 p., 22 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782203290372  

de radigues dix secondesDans les années nonante, Mar­co traîne son apathie entre le canapé de ses potes et le siège de son scoot­er. L’é­cole l’en­nuie, sa vie de fils unique le gave et la rou­tine bien rangée de ses par­ents le saoule. Mar­co rêve d’autre chose. Rien de pré­cis, pas d’ob­jec­tifs par­ti­c­uliers : juste vivre. C’est dans sa quête de sen­sa­tion forte qu’il ren­con­tre « le schmet », dealeur et caïd du coin. Mar­co n’a alors plus qu’une envie, s’in­té­gr­er à cette nou­velle bande, faire la fête et « s’é­clater la tête » avec des drogues tou­jours plus dures. De plus en plus dis­tant de son groupe d’amis qui préfèrent jouer à Zel­da que snif­fer de la coke sur les park­ings de boite de nuit, il s’isole, manque l’é­cole et, surtout, tombe amoureux de Zoé. Dix sec­on­des les yeux fer­més sur son scoot­er, c’est ce qu’il faut au jeune Mar­co pour s’of­frir son shoot d’adré­naline. Mais comme pour tout drogué, la dose doit tou­jours aug­menter pour main­tenir ses effets. “Paumé”, “los­er”, “zonard”, on observe Mar­co s’enfoncer dans son mal-être ou chaque nou­velle expéri­ence risque d’être la dernière. Con­tin­uer la lec­ture

Les éclats de conscience

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Je voudrais mourir par curiosité, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2025, 94 p., 10 €, ISBN : 9782931101742

delmotte weber je voudrais mourir par curiositéNous décou­vrons Myr­i­am, seule chez elle. Elle par­le d’un effet par­ti­c­uli­er pro­duit au réveil, comme si sa con­science, à cet instant-là, ne fai­sait plus par­tie d’elle-même. Baba, sa com­pagne, arrive et la réveille. Mais est-elle bien réelle ? Nous com­prenons petit à petit que Myr­i­am est vis­itée par le fan­tôme de Baba. Quelques temps plus tôt, elles ont vécu un ter­ri­ble acci­dent de voiture. Baba est morte sur le coup, Myr­i­am s’en est sor­tie. Elle y a toute­fois vécu un phénomène assez sin­guli­er : une Expéri­ence de Mort Immi­nente (EMI). Depuis, elle essaie de com­pren­dre ce qui lui est arrivé, ain­si qu’à Baba, et s’intéresse beau­coup à la con­science délo­cal­is­able. Baba lui manque énor­mé­ment. Elle aimerait qu’elle vienne plus sou­vent la vis­iter. Con­tin­uer la lec­ture

Suspicion de flow débridé

Z&T, Sur le Boule­vard, Midis de la poésie, 2025, 82 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–16‑1

z&t sur le boulevardOngles en gel, doudounes-survêt’ léopard et mini-jupes dorées, l’uniforme de Z&T – slameuses aus­si belles-goss­es que badass – fait tourn­er la tête du cha­land brux­el­lois aus­si sûre­ment que le bruit du moteur qui les porte dans toute la ville, par-delà trot­toirs et turpi­tudes, vers la fête et la joie mil­i­tante. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire pour se tenir, à nouveau, nez au vent au bord du monde

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Déten­trice, Let­tre volée, 2025, 104 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–640‑2

skivée detentriceTout qui a déjà lu Lau­rence Skivée le sait : en ouvrant un nou­v­el ouvrage de l’autrice, on espère retrou­ver une langue à nulle autre pareille, une voix amie, nous mur­mu­rant des choses à pro­pos de détails infimes ou intimes, dévelop­pant un rap­port tout per­son­nel, tout sin­guli­er et énig­ma­tique, au monde. Parce que Lau­rence Skivée est, mine de rien, d’une exi­gence folle, jouant avec maes­tria du vers, des blancs de la page, du téle­sco­page de sen­sa­tions et d’émotions, des sou­venirs et des notes pris­es sur le vif, au gré de ses errances, réelles ou men­tales. Parce que Lau­rence Skivée, c’est un style. Un “coup de pat­te” à nul autre pareil. Déten­trice, son nou­v­el opus, n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous : sa langue inven­tive nous entraine, une fois de plus, dans des zones où les mots, les phras­es, les pages, nous don­nent à sen­tir, à vivre au plus près, au-delà ou en-deçà du sens des mots, l’expérience rap­portée. Con­tin­uer la lec­ture

Ailleurs et autrement

J.-H. ROSNY AINE, Les nav­i­ga­teurs de l’infini précédé de Les Xipéhuz, Post­face de Nico­las Steten­feld, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 333 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–703‑6

rosny aine les navigateurs de l'infiniLa relec­ture des livres de Ros­ny est certes un plaisir mais révèle aus­si un intérêt cer­tain, les inter­ro­ga­tions qu’il se posait il y a plus de 100 ans prenant une réson­nance par­ti­c­ulière aujourd’hui. Il faut saluer l’initiative d’Espace Nord (qui par ailleurs repub­lie La mort de la Terre) de repren­dre en un vol­ume Les nav­i­ga­teurs de l’infini précédé de Les Xipéhuz, ces deux textes ayant été pub­liés à près de 40 ans d’intervalle. Cela per­met ain­si de percevoir l’évolution dans l’œuvre de J.-H. Ros­ny aîné. En out­re, les deux textes ressor­tis­sent à des gen­res dif­férents par­mi ceux qu’a pra­tiqué l’écrivain. Les Xipéhuz s’inscrit dans la veine de ses romans préhis­toriques. Mille ans avant la con­struc­tion des pre­mières cités, une tribu nomade est bru­tale­ment con­fron­tée à une forme de vie incon­nue qui se révèle vio­lente. Bakhoûn le sage va s’employer à con­jur­er le péril, car il sait l’Humanité nais­sante en dan­ger. Il regrette cepen­dant de ne pas pou­voir établir une coex­is­tence paci­fique avec ces êtres. Les nav­i­ga­teurs de l’infini relate des expédi­tions ter­ri­ennes sur Mars et la décou­verte des divers­es formes de vie qui y pro­lifèrent. Le livre relève de la sci­ence-fic­tion, dont on con­sid­ère Ros­ny comme le créa­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Ode à la beauté sauvage des Hautes Fagnes

Chris­tiana MOREAU, Aux vents déraisonnables, Empaj, 2025, 261 p., 20 €, ISBN : 978–2‑9310–1139‑3

moreau aux vents déraisonnablesLe nou­veau roman de Chris­tiana More­au s’ouvre sur le ques­tion­nement d’un jeune homme con­cer­nant le secret de ses orig­ines. Le réc­it nous plonge alors dans la région des Hautes Fagnes durant l’entre-deux-guerres, où évolu­ent pais­i­ble­ment François et Maria. Mal­gré l’incertitude et la con­fu­sion face à la mon­tée du nation­al-social­isme, les deux jeunes amis d’enfance prof­i­tent de ce bel été pour explor­er leurs recoins favoris dans la nature envi­ron­nante. Ce moment de félic­ité est toute­fois inter­rompu par l’arrivée de Lucie, une cou­sine de Maria ayant récem­ment per­du sa mère et envoyée à la cam­pagne pour panser la blessure de son deuil. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire comme viatique

Lil­iane SCHRAÛWEN, Errances de nuit, Bleu d’encre, 2024, 98 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–78‑9

schrauwen errances de nuitLil­iane Schraûwen a passé son enfance en Afrique – l’une ou l’autre allu­sion en témoigne dans ce recueil de poèmes qui s’ajoute à une bib­li­ogra­phie déjà bien fournie (romans, nou­velles, poèmes, réc­its his­toriques, lit­téra­ture pour la jeunesse). Enseignante, elle a aus­si exer­cé divers emplois dans les métiers du livre. La ques­tion des mots est dès lors essen­tielle, car ils sont un chemin vers l’écriture, qui a une fonc­tion mémorielle. Ils représen­tent égale­ment un via­tique pour déjouer l’absurdité et la vacuité de toute exis­tence réduite à sa part muette et tran­si­toire. Amulettes, étoiles dans la nuit, com­pagnons du rêve, passeurs d’émotions et panseurs des plaies qu’en chaque être humain le temps dépose, à tra­vers les péripéties de la grande ou de la petite His­toire. Les mots sur­gis­sent, ils vien­nent d’un arrière-fond de l’être : Con­tin­uer la lec­ture

Laissez parler les p’tits papiers…

Sylvia BÚHO, L’oie des moissons, Bleu d’encre, 2024, 69 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–76‑5

buho l'oie des moissonsNe rien dire et rester sourd aux mots. Se réfugi­er dans un néant, en apparence, sal­va­teur et par­tant, se pos­er la ques­tion de leur pou­voir face à la perte, à l’absence. Voilà sans doute le sujet du beau réc­it en prose poé­tique que nous donne à lire Sylvia Búho dans cet ouvrage hybride, L’oie des moissons. Par le biais de cette « chronique d’une nais­sance oubliée », l’autrice signe un texte puis­sant, ten­dre et vio­lent sur l’avortement. Une par­ti­tion oscil­lant entre amour et souf­france à l’image de cette chan­son que la nar­ra­trice com­pose pour l’enfant, essence ou graine per­dues dans l’océan du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Sur fond blanc

COLLECTIF L‑SLAM (dir.), En let­tres noires, Midis de la poésie, 2024, 120 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931054–15‑4

collectif en lettres noiresDans cette antholo­gie com­posée par le col­lec­tif fémin­iste lié­geois L‑SLAM pour les édi­tions Midis Poésie, sept autri­ces issues de la scène slam don­nent à enten­dre leurs voix. Marie Darah, Huguette Izo­bim­pa, Gioia Kaya­ga, Julie Lombe, Joëlle Sam­bi, Lisette Lom­bé et Raïs­sa Yowali por­tent et parta­gent l’expérience de minorités de genre et de femmes noires dans un monde où le blanc est con­sid­éré comme une couleur neu­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Quand le lien familial est malmené

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line ALLAN, La petite annonce, Lilys, 2025, 168 p., 21 €, ISBN : 978–2‑39056–109‑5

allan la petite annonceHen­ri est un octogé­naire vivant près de la place Flagey à Brux­elles depuis plus de 40 ans. Il coule des jours pais­i­bles jusqu’à ce que son fils Jean lui annonce son désir de l’envoyer en mai­son de retraite pour son con­fort. Hen­ri est pro­prié­taire de sa mai­son, mais sa pen­sion mod­este oblige son fils à pay­er toutes les fac­tures. Il vit très mal sa dépen­dance vis-à-vis de Jean et l’idée peu réjouis­sante d’aller s’enterrer dans ce qu’il con­sid­ère comme un mouroir… Con­tin­uer la lec­ture

Louis Bosny, un acteur de l’architecture sociale dans l’après-guerre

Jean-Michel DEGRAEVE, Une sobriété créa­tive. Louis Bosny archi­tecte 1924–1983, Post­face de Georges-Éric Lan­tair, Fourre-Tout, 2024, 290 p., 35 €, ISBN : 978–2‑930525–26‑6
Carme­lo VIRONE, Louis Bosny (1924–1983) et le loge­ment social, un mod­èle pour aujourd’hui, Fourre-Tout, 2024, 48 p., 4 €, ISBN : 978–2‑930525–27‑3

degraeve une sobriete créativeDurant les années 1920–1930, la région lié­geoise ne con­nait pas ou peu le grand vent de moder­nité cul­turelle et artis­tique qui pénètre les cer­cles de Brux­elles, Anvers ou Gand, dans le sil­lage, à la même époque, des pays lim­itro­phes et de leurs cap­i­tales. On cite tou­jours la revue Antholo­gie (1920–1940) créée par le poète et écrivain Georges Linze (1900–1993), co-fon­da­teur du Groupe d’Art Mod­erne de Liège, fer­vent défenseur des tech­niques nou­velles, de la vitesse et d’une forme par­ti­c­ulière de futur­isme, qui séduisit quelques artistes lié­geois. Con­tin­uer la lec­ture

Au crépuscule de la vie

Anne DUVIVIER, Dernière folie, M.E.O., 2025, 191 p., 19 €, ISBN : 978–2‑8070–0492‑4

duvivier dernière folieDepuis le décès du pre­mier ami de la bande, Hervé réflé­chit active­ment et décide de créer un habi­tat com­mu­nau­taire dans sa mai­son de Villers-le-Bois, où il souhaite rassem­bler les amis avec qui il a vécu il y a 25 ans à l’Oasis avec leur gourou New Age, Swamji. Per­suadé qu’il va pour­voir récréer l’ambiance insou­ciante et com­plice de l’Oasis, il con­tacte un à un ses amis pour leur faire part de son pro­jet. Il leur pro­pose d’abord d’effectuer un test en vivant tous ensem­ble durant une semaine, puis de décider s’ils pour­suiv­ent l’aventure. Con­tin­uer la lec­ture

Nicolas Defrecheux, déclaré d’utilité publique

Un coup de cœur du Car­net

Bap­tiste FRANKINET, Nico­las Defrecheux, le bicen­te­naire d’un auteur wal­lon, Lamiroy, coll. « L’article », 2025, 5 €, ISBN : 978–2‑87595–965‑2

frankinet nicolas defrecheuxNous vivons de clichés. Un plom­bier, ça porte une salopette et une cas­quette de travi­o­le. Une infir­mière, ça traine des pieds et ça n’a jamais le temps. Un insti­tu­teur, ça finit sa journée à 15 h et sa semaine, le jeu­di. Et un ou une bib­lio­thé­caire, for­cé­ment, ça ne lit pas, tout occupé.e que ça est à ranger les livres en ray­on. Bap­tiste Frank­inet est bib­lio­thé­caire. Pas­sion­né et engagé, il nous a déjà con­va­in­cus de sa con­nais­sance fine de la langue wal­lonne avec les deux pans de son tra­vail Qué novèle ? Cette fois, c’est en éru­dit sur la cul­ture et en incol­lable sur l’histoire lit­téraire wal­lonnes qu’il nous rav­it, avec un hom­mage en 5000 mots au poète Nico­las Defrecheux (10 févri­er 1825–26 décem­bre 1874). Un opus­cule sur lequel vien­nent se fra­cass­er tous les stéréo­types asso­ciés à sa noble pro­fes­sion. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire de l’eau

Céline DE BO, Étang de Thau, miroir de vies, Lans­man, 2024, 64 p., 11€, ISBN : 9782807104259

de bo étang de thau miroir de viesCéline De Bo a répon­du à une com­mande d’écriture de l’adjoint à la cul­ture de Mèze, com­mune riveraine de l’étang de Thau. Elle rend compte par les mots de cette éten­due d’eau et inter­roge les habi­tants sur leur rela­tion à l’étang, qui, soit dit en pas­sant, est en réal­ité une lagune. Situé à plus de 1.000 kilo­mètres de Brux­elles, dans le départe­ment de l’Hérault, l’étang de Thau est un grand plan d’eau, un cen­tre vital, végé­tal et ani­mal autour duquel l’homme a fait société et cul­ture. Con­tin­uer la lec­ture