Archives de catégorie : Romans et récits

Dans les marges houleuses d’un traité de paix

Charles SENARD, Le pres­soir du monde. L’avènement des bar­bares, tome 2, Le Passeur, 2020, 290 p., 20,50 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782368908150

senard le pressoir du mondeAprès Arles, théâtre de L’or, la paille, le feu, pre­mier vol­ume de L’avènement des bar­bares, la saga his­torique de Charles Senard, le tome 2, Le pres­soir du monde, nous emmène, en cette même année 475 de notre ère, à Paris, à cette époque mod­este ville de gar­ni­son.

C’est là que doit être con­clu, dans quelques jours (le livre les enchaîne en qua­tre chapitres, du ven­dre­di au lun­di, où la ten­sion monte), un traité de paix cru­cial entre deux rois enne­mis, Childéric le Franc et Sya­grius le Romain. À l’initiative de Geneviève, sainte femme qui dirige la curie et la cité de Paris, et veut ardem­ment préserv­er la paix. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tout le réel est poésie…

Marie GEVERS, La comtesse des digues, Post­face de Vin­cent Van­cop­penolle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 9–782875-6854–14

gevers la comtesse des diguesLà où tout le réel est poésie, écrivait Jacques Sojch­er dans sa pré­face à une précé­dente édi­tion de La comtesse des digues, pre­mier roman de Marie Gev­ers (1883–1975). En effet, l’œuvre de celle qui reçut une édu­ca­tion mi-fla­mande mi-fran­coph­o­ne et vécut de manière qua­si exclu­sive dans le domaine famil­ial de Mis­sem­bourg où une sco­lar­ité orig­i­nale lui fut dis­pen­sée notam­ment via la lec­ture du Télé­maque de Fénelon et une con­nais­sance appro­fondie de la Nature, repose sur un ensem­ble de dynamiques struc­turantes qui sont générale­ment celles du dis­cours poé­tique. La lit­téra­ture clas­sique et le grand livre du jardin doma­nial rem­placèrent donc avan­tageuse­ment l’école, faisant de la petite fille un être mi-rus­tique mi-intel­lectuel et un écrivain fran­coph­o­ne élevé au con­tact des patois fla­mands de son milieu natal. Con­tin­uer la lec­ture

Histoire d’une œuvre en deux époques et quatre actes

Chris­tiana MOREAU, La dame d’argile, Préludes, 2021, 315 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑253–04050‑7

moreau la dame d'argileAu décès de sa non­na Angela, Sab­ri­na hérite de « La belle dame », un buste en argile qui se trans­met aux femmes de la famille de généra­tion en généra­tion. Restau­ra­trice d’art, elle com­prend instan­ta­né­ment que la valeur de la sculp­ture n’est pas unique­ment sen­ti­men­tale. Datée de la Renais­sance, éton­nam­ment signée d’un nom de femme, elle représente Simon­et­ta Vespuc­ci dite « La Sans Pareille », muse de plusieurs artistes phares du Quat­tro­cen­to tels que Bot­ti­cel­li. Con­tin­uer la lec­ture

La farce dérisoire de tout pouvoir…

Simon LEYS, La mort de Napoléon : roman, Post­face de Françoise Châte­lain, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 160 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–556‑8

leys la mort de napoleonLa mort de Napoléon est le seul roman écrit par Simon Leys, pseu­do­nyme du grand sino­logue et essay­iste belge Pierre Ryck­mans (Brux­elles, 1935 – Syd­ney, 2014). Il offre de mul­ti­ples bon­heurs de lec­ture : un sens éblouis­sant de la langue française ; une grande maîtrise des ter­mes de marine –la mer étant une des pas­sions de l’écrivain, qui lui con­sacra une antholo­gie de référence ; une  poétic­ité inspirée dans ses descrip­tions de la Nature ; un humour ravageur ; un con­den­sé de procédés lit­téraires emprun­tés à la fable, au con­te philosophique, à la lit­téra­ture pop­u­laire, dans les deux branch­es de son développe­ment : le roman his­torique et le roman d’aventure ; la maîtrise du réc­it uchronique. Tou­jours en prenant le con­tre-pied du genre et en faisant d’Eugène Lenormand/Napoléon un exem­ple-type du anti-héros. Con­tin­uer la lec­ture

Apprivoiser son Dibbouk

Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, 2021, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2379510502
Mise à jour du 18/11/2024 : le livre a été repub­lié en livre de poche en 2024 : Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, coll. “Antilopoche”, 2024, 224 p., 9,95 €, ISBN : 9782379511479

kaufer dibboukskaufer dibbouks pocheLes édi­tions de l’Antilope, dont la ligne édi­to­ri­ale se con­cen­tre autour de « textes lit­téraires ren­dant compte de la richesse et des para­dox­es de l’existence juive sur les cinq con­ti­nents », accueil­lent dans leur cat­a­logue le nou­veau roman d’Irène Kaufer. Dib­bouks, un texte sin­guli­er autour des iden­tités. Con­tin­uer la lec­ture

Ombres et doubles-fonds

Un coup de cœur du Car­net

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’été sans retour, Gal­li­mard, 2021, 265 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑07–291575‑8

L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Giuseppe Santoliquido rend bien ce lien fort, quasi irrationnel, à la terre natale qui est pour plusieurs personnages le fondement de leur rapport au monde, leur raison de vivre, avant les relations sociales ou amoureuses. Ainsi, Pasquale Serrai a connu la misère de l’après-guerre et un bref exil pour raisons économiques en Belgique, mais il est revenu très vite chez lui préférant le travail de forçat d’arracher à la terre sa subsistance à la relative aisance d’un travail dans la sidérurgie. Sandro Lucano a vécu longtemps à Ravina, auquel il reste lui aussi viscéralement attaché. Des années plus tard, il raconte le drame qui a secoué le village et ses propres souffrances. Le roman offre de la vie villageoise un portrait complexe et nuancé. Bien sûr, il y a les rancœurs et les tensions entre personnes et familles, l’insatisfaction des jeunes qui pour la plupart n’aspirent qu’à partir, fascinés par la vie dans les villes que leur révèle la télévision. Et il y a ceux qui, victimes des anciennes fractures sociales les condamnant à la misère, ont lutté toute leur vie pour l’amélioration de leur sort et voient leurs efforts presque anéantis. Mais le village, c’est aussi une vie sociale riche et souvent heureuse, rythmée par les moments de fête. Et puis surtout il y a cette terre, difficile à cultiver, mais pas si ingrate puisqu’elle offre sa beauté particulière.  G. Santoliquido situe le roman en 2005, à une époque charnière. Celle où les rêves de mieux-être par un travail agricole acharné laissent place aux mirages que proposent la télévision et les moyens modernes de communication. Le drame que vit le village va d’ailleurs être profondément influencé par la couverture télévisuelle tout sauf anodine, les présentateurs de téléréalité dictant les attitudes et les propos des protagonistes décervelés par les mirages de réussite et de visibilité sociales. Fort de sa connaissance des médias italiens, l’auteur décrit à plusieurs reprises pour les dénoncer les procédés du « mécanisme du spectacle » qui n’illustre plus la réalité, mais s’est substitué à elle.  Les valeurs auxquelles s’accroche Pasquale peuvent ainsi paraître périmées. Dans le passé, elles ont été nécessaires à la survie des hommes et du village. Elles sont partagées par Sandro. Si le roman est construit autour de la disparition de l’adolescente, il s’agit d’abord de la mise en avant de l’importance des liens : les liens familiaux, ceux fondés sur la complicité et la proximité que donne la vie dans un même petit village, ceux qui fondent la solidarité lorsque frappe le deuil. Mais tous ne sont finalement que des variations de ce lien fondamental à la terre. Cette problématique apparaissait déjà dans les autres romans de l’auteur, mais elle est ici traitée dans toutes ses implications.  Entre autre, est abordée la difficulté pour la communauté villageoise de s’ouvrir à d’autres réalités. Comment est-il possible d’être vraiment soi-même là où tout le monde se fait une certaine image de l’autre ? Cela pousse Sandro dans une voie en miroir de celle de Serrai : tout le pousse à partir, mais il choisit de rester, jusqu’au jour où le départ devient inéluctable, suspendant ce lien vital. Et le paradoxe veut que ce soit la ville qui devienne la garante de sa liberté. Giuseppe Santoliquido revient souvent sur la notion de destin, surtout vers la fin du roman, quand Sandro, le narrateur, tire des enseignements de ce à quoi il a été confronté. Il a le sentiment que « le destin est une bête sournoise, il procède par touches légères, infinitésimales, vous laissant accumuler mauvais choix et petites erreurs… ». D’autant plus quand s’y mêle le sentiment d’une faute commise, faute peut-être non définie mais qui pollue le vécu d’un drame ; à l’image du garçon se reprochant la mort accidentelle de sa mère parce qu’il ne s’est pas levé assez tôt. Dans cette loterie du destin, Santoliquido montre sa sympathie pour deux de ses personnages, chez qui se marque le sentiment d’infériorité des laissés-pour-compte acceptant l’injustice « sans jamais se révolter ». Le roman est émaillé de l’adaptation de délicieuses expressions locales, comme « Vouloir discuter avec le gros Dino, cela revenait à creuser un puits avec un doigt ». Ou d’heureuses  formules, parfois graves : « Le danger avec les souvenirs, c’est qu’ils sont souvent l’antichambre des remords », parfois drôles : « Les confidences sont la propriété du vent, il vous suffit de tendre l’oreille où que vous soyez pour les entendre roucouler à la cantonade ». Perplexe devant la complexité des situations, Sandro a cette phrase qui peut résumer son récit : « Aucune pensée n’est jamais totalement juste. Totalement pure. Aucun sentiment ». C’est la conclusion que l’on peut tirer à la fin de L’été sans retour, qui laisse ouvertes les interprétations.  Joseph DuhamelL’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Ser­rai, de sa famille, de la rela­tion proche et riche de silence qu’il a avec San­dro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aus­si l’histoire d’un drame dans le beau vil­lage de Rav­ina qui se blot­tit dans les collines du sud de l’Italie, la dis­pari­tion d’une ado­les­cente. C’est encore et surtout l’histoire du rap­port des hommes avec leur terre, « les hommes sont indis­so­cia­bles de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le por­trait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Con­tin­uer la lec­ture

Le risque d’éclore

Gré­go­ry MATTHYS, Let­tres muettes pour fille non-affranchie, Aube, coll. « Regards croisés », 2021, 296 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8159–3851‑8

matthys lettres muettes pour fille non affranchieLise Bel­lacroix a 27 ans. Elle tra­vaille depuis 4 ans à l’ac­cueil de l’en­tre­prise d’outillage Toolex où ses journées sont ryth­mées par les frot­te­ments de la porte coulis­sante et les deman­des incon­grues (quand elles ne sont pas incom­préhen­si­bles ou insup­port­a­bles) des clients. Con­tin­uer la lec­ture

Rites d’envol

Véronique GALLO, L’entropie des sen­ti­ments, Héloïse d’Ormesson, 2021, 240 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑35087–773‑0

gallo l'entropie des sentimentsKate (ne l’appelez surtout pas Cather­ine, comme le fait sa mère), est en proie au doute. Étu­di­ante en pre­mière année d’université, elle passe son dernier exa­m­en oral et n’en mène pas large face à un pro­fesseur qui affiche son mépris et la malmène. À la mai­son, la sit­u­a­tion est dés­espérée : son père boit trop et dort sur le divan, sa mère s’assomme de som­nifères et son jeune frère Thibaut est insup­port­able. La musique, dont elle s’abreuve et qui rythme le roman, est son refuge le plus sûr, qui con­stru­it un rem­part sonore. Con­tin­uer la lec­ture

Nuit macabre au bivouac

Fran­cis GROFF, Water­loo, mortelle plaine, Weyrich, coll. “Noir cor­beau”, 2021, 264 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑87489–631‑6

groff waterloo mortelle plaineQua­trième par­tic­i­pa­tion à la col­lec­tion de polars «  Noir Cor­beau », c’est sur Water­loo, après plusieurs autres sites de chez nous, que Fran­cis Groff, jour­nal­iste, scé­nar­iste et romanci­er, a pointé sa plume dans Water­loo, mortelle plaine. On y retrou­ve Stanis­las Bar­ber­ian, bouquin­iste belge instal­lé à Paris, mais  fiancé à Mar­tine, une con­sœur brux­el­loise, com­plice des enquêtes poli­cières que le jeune homme mène à titre offi­cieux pour ren­dre ser­vice à ceux qui font appel à sa per­spi­cac­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Vivre, résolument

Un coup de cœur du Car­net

Aurélie William LEVAUX, Jus­tice (pas le groupe), Cam­bourakis, 2021, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36624–576‑9

levaux justice pas le groupeCe qui était par con­tre claire­ment sous con­trôle, c’était nous, et il allait fal­loir un cer­tain temps pour que nous sor­tions de la tor­peur et retrou­vions une cer­taine énergie et foi en l’existence. 

On ne s’ennuie claire­ment pas en lisant Aurélie William Lev­aux. Dans la con­ti­nu­ité de son dernier livre Bataille (pas l’auteur) paru en 2019 aux édi­tions Cam­bourakis, Aurélie William Lev­aux rem­pile avec Jus­tice (pas le groupe) aux mêmes édi­tions. Nous y retrou­vons le style très recon­naiss­able de l’autrice, par ailleurs dessi­na­trice et plas­ti­ci­enne : sou­vent de longues phras­es entre­coupées de dis­cours indi­rect libre, un pes­simisme et une cer­taine sauvagerie, des chutes cash et ouvertes. Con­tin­uer la lec­ture

Fils et entre-fils

François EMMANUEL et Marc DESGRANCHAMPS, Petit frère, Chemin de fer, 2021, 64 p., 14 €, ISBN : 9782490356256

emmanuel petit frereL’on sait François Emmanuel fin obser­va­teur des rela­tions humaines ; qu’il s’agisse d’un cou­ple ou d’une famille com­plète, il sonde les âmes et nous en rend compte avec une infinie sub­til­ité. Ses per­son­nages inter­agis­sent vive­ment avec le monde qui les entoure, en ressen­tent les con­tra­dic­tions, met­tent à l’épreuve les lim­ites des lois des hommes, de leur morale, et cette sen­si­bil­ité les rap­proche inex­orable­ment de leurs sem­blables en proie aux tour­ments. Con­tin­uer la lec­ture

De la fantasy qui questionne le présent

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie DEVRIESE, Biotanistes, ActuSF, 2021, 350 p., 19.90 / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑37686–349‑6

devriese biotanistesDis­crim­i­na­tions liées au genre, éco­cide, manip­u­la­tions du pou­voir et de l’information, impor­tance de la mémoire et de la trans­mis­sion : l’énumération des thèmes brassés dans ce pre­mier roman peut faire peur. Pour­tant, avec Biotanistes, Anne-Sophie Devriese évite l’écueil d’une lit­téra­ture don­neuse de leçons. Mieux : elle signe un roman-univers dont le lecteur met du temps à revenir même si, para­doxale­ment peut-être, il nous ramène sans cesse au présent. Con­tin­uer la lec­ture

Chercher une autre vision du réel

Marc PIRLET, Le pho­tographe suivi de Der­rière la porte, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685421

pirlet le photographe« J’ai réal­isé […] que mon père avait une con­science, une vie intel­lectuelle, et qu’il avait cher­ché à com­pren­dre le monde autour de lui, à l’appréhender, à le faire sien, avec une con­stance dans l’effort dont témoignent les mil­liers de pho­togra­phies qu’il m’a lais­sées et qui, avec la petite mai­son, con­sti­tuèrent l’essentiel de mon héritage. » Telle est la décou­verte, banale et décon­cer­tante, que le nar­ra­teur du Pho­tographe fait à la mort de celui qui est resté un mys­tère à ses yeux. Très tôt orphe­lin de mère, Chris­t­ian a côtoyé son père Franz dans un tête-à-tête silen­cieux pen­dant une dizaine d’années. Ces deux êtres, intriqués dans une his­toire famil­iale où les « peu-dits » mythi­fi­aient les absents et séparaient les présents, ont vécu sous le même toit dans un calme indif­férent, une mécon­nais­sance résignée. Leur quo­ti­di­en se déroulait avec peu de con­tacts (entre eux mais aus­si avec l’extérieur) sans qu’aucune souf­france cuisante ne jail­lisse pour autant : cha­cun vaquait à ses oblig­a­tions et à ses occu­pa­tions sans heurts ni spon­tanéité, et respec­tait cer­tains rit­uels (comme le céré­mo­ni­al de la lec­ture à haute voix, l’ivresse men­su­elle et les balades pho­tographiques dans le quarti­er pop­u­laire de Sainte-Mar­guerite). À sa majorité, le nar­ra­teur quitte le domi­cile partagé et l’éloignement physique se greffe à la dis­tance émo­tion­nelle, jusqu’à ce que la san­té vac­il­lante de Franz étab­lisse un autre équili­bre entre eux. Con­tin­uer la lec­ture

D’une exploration

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric ROUSSEL, Grand Nord, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2021, 184 p., 18 €, ISBN : 978–2‑940522–97‑2

roussel grand nordOn entame la tra­ver­sée du Grand Nord comme sur des raque­ttes, pré­cau­tion­neuse­ment, assez mal­adroite­ment, en quête de sta­bil­ité. On est quelque peu désori­en­té face à l’étendue poudreuse et l’absence de repères fam­i­liers, mais une chose scin­tille aus­si claire­ment que les cristaux de glace : il faut trac­er un chemin, un pas après l’autre, et pénétr­er l’immensité. « En haut à droite, un glac­i­er gigan­tesque, / qui couronne l’archipel. / La presqu’île, en haut à gauche, se pro­longe par le cap de la Mélan­col­ie. / Les îles lit­torales, dans le bas, / ce sont les îles de la Soli­tude. / Il y a des riv­ières et des lacs, / innom­brables, / le lac du Mal­heur, / le lac de l’Oubli, / le lac de l’Abandon, pour les prin­ci­paux. / Il y a des mon­tagnes, aus­si. / Comme le Pic des Calamités, / qui cul­mine à 2358 mètres, / dans la chaîne côtière ». Tel est le paysage aux réso­nances émo­tion­nelles dans lequel le lecteur-explo­rateur évoluera. Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du tant perdu

Didi­er ROBERT, L’empreinte du silence, F dev­ille, 2021, 150 p., 15 €, ISBN : 9782875990389

robert l empreinte du silenceLes secrets de famille, on le sait aujourd’hui, peu­vent empeser l’existence de ceux et celles qui en sup­por­t­ent la charge, par­fois sans le savoir. Ils ont la peau dure, peu­vent faire sen­tir leurs effets par-delà les généra­tions, jusqu’à ce que quelqu’un se décide à lever l’omerta et trou­ve les mots pour lever le ver­rou. C’est la démarche effec­tuée par Didi­er Robert qui est par­ti à la recherche d’un par­ent arrêté au petit matin par l’occupant alle­mand durant la Sec­onde guerre mon­di­ale et qui n’est jamais revenu : Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen : Hélène on the rocks

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Icône H. Hélène de Troie, ONLiT, 2021, 19 , ISBN : 978–2‑87560–135‑3

bergen icone h« Moi, Hélène, moi qui ne suis pas moi, je suis grat­i­fiée d’une illu­mi­na­tion. Je me tiens dans la lignée des sen­tinelles de l’infini, des veilleurs du néant. »

Por­trait d’Hélène ver­sion « destroy », Icône H. de Véronique Bergen se présente comme un réc­it poly­phonique qui remonte aux orig­ines du mythe d’Hélène de Troie en le téle­sco­pant au 21e siè­cle. Fille de Zeus et de Léda, Hélène a écopé d’une insouten­able beauté et d’une incon­cev­able lib­erté qui lui vaut humil­i­a­tions, vio­lences, insultes et crachats. Elle y serait pour quelque chose, à la guerre de Troie. Qu’incarne-t-elle, véri­ta­ble­ment ? Tour à tour, Hélène elle-même, Léda, Clytemnestre, les pré­ten­dants, Hermione, Pâris, Ménélas et Elec­tre se pressent à la barre du réc­it pour son­der et jeter en pâture Hélène dev­enue icône (sou­vent en l’apostrophant), elle qui « plaide l’irresponsabilité totale » : « je suis l’insondable, l’irrésistible par excel­lence ». Con­tin­uer la lec­ture