Écoute le chant des oiseaux

Dominique ZACHARY, P’tite hiron­delle, Kiwi, 2022, 144 p., 16 €, ISBN : 9782492534249

zachary p'tite hirondellePao­la Ortiz, une quadragé­naire surnom­mée « la Mécanette », tra­vaille seule dans son garage appelé Toto-la-dépanne à Pradonas, au pied des Pyrénées. Bous­cu­lant les stéréo­types de genre, elle aime tra­vailler avec les mains dans le cam­bouis et a ouvert la porte de son ate­lier aux hiron­delles qui y ont con­stru­it leur nid et col­orent le sol de leurs déjec­tions. Voilà un brin de femme peu courant qui s’assume et n’a pas peur de remet­tre à leur place les hommes aux pro­pos machistes.

Hé, les fadas ! Vous avez encore picolé ou quoi ? C’est pas mar­qué « pute » sur mon front, met­tez-vous bien ça dans votre caboche ! C’est Toto-la-dépanne, ici, pas Toto-la-Par­touze. Mais vous me prenez pour qui ? Pour la mère Tere­sa du sexe ? Ça ne tourne pas tout rond dans votre tête, les deux las­cars ! Si vous voulez du sexe tar­ifé, allez dans une mai­son der­rière la gare de Per­pig­nan, ou plutôt, allez voir la femme de notre maire, tiens, elle se fera un plaisir de vous asti­quer la zigounette. Mais un bon con­seil, évitez de salir madame Moltrone avec vos gross­es paluches de poivrots. Con­tin­uer la lec­ture →

Prix Hors concours 2022 : la 1ère liste

Le prix Hors con­cours a com­mu­niqué sa pre­mière sélec­tion. Quar­ante livres sont en lice, dont Sauvage est celui qui se sauve de Veroni­ka Mabar­di.  Con­tin­uer la lec­ture →

Prétextes à la fugue

Philippe HERBET, Fils de pro­lé­taire, Arléa, 2022, 120 p., 15 €, ISBN : 9782363083043

herbet fils de proletaireSi la pho­togra­phie a le don de repro­duire à l’infini ce qui n’a lieu qu’une fois (Barthes), l’écriture a celui, tout aus­si boulever­sant, de met­tre en mou­ve­ment des instan­ta­nés. C’est ce que le réc­it auto­bi­ographique de Philippe Her­bet, pho­tographe mais aus­si – s’il était encore besoin de s’en assur­er[1] – écrivain, expose avec clarté. Pub­lié aux édi­tions Arléa dans la col­lec­tion « La ren­con­tre », Fils de pro­lé­taire tra­vaille le pas­sage du temps en par­courant de petits tableaux d’un quo­ti­di­en passé, déli­cats morceaux de sou­venirs effrités dans la soupe du temps, tou­jours racon­tés au présent – pour pal­li­er, peut-être, cette sen­tence lap­idaire et presque dés­in­téressée : “Je n’ai pas de pho­tos d’enfance.” Con­tin­uer la lec­ture →

Christian Dotremont, 100 ans et 2 expositions

Dotremont A bleu mentir qui vient de près

Chris­t­ian Dotremont, A bleu men­tir qui vient de près, Logogramme, Encre bleue sur papi­er, [1978] — © Fon­da­tion Roi Bau­douin / dépôt aux Archives & Musée de la Lit­téra­ture | pho­to : Olivi­er Guyaux – L’Ate­lier de l’Imagi­er

Chris­t­ian Dotremont aurait eu 100 ans le 12 décem­bre de cette année. Un anniver­saire qui appelait une célébra­tion à la hau­teur de cette fig­ure majeure tant de la lit­téra­ture que des arts plas­tiques. Alors que plusieurs réédi­tions sont annon­cées pour le deux­ième semes­tre, pas moins de deux expo­si­tions lui sont dédiées, l’une aux Musées roy­aux des Beaux-Arts, l’autre à la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana.  Con­tin­uer la lec­ture →

Un amour au long cours

Myette RONDAY, Un héritage d’amour, Com­plic­ités, 2022, 196 p., 18 €, ISBN : 9782351204412

ronday un heritage d amourUn héritage d’amour. C’est le beau titre du dernier roman de Myette Ron­day, bruis­sant de per­son­nages tour à tour inso­lites et attachants ; bras­sant les épo­ques des années 1940 à l’été 1996. Il vous réserve des sur­pris­es, des couleurs con­trastées. Mais vous promet aus­si des plages sen­si­bles, aux réso­nances sub­tiles.

Telle notre pre­mière ren­con­tre avec Mathilde, l’une des fig­ures mar­quantes. 

Mathilde se pressen­tait d’ici et d’ailleurs. De main­tenant et d’avant. D’ensuite, peut ‑être ? Sup­po­si­tion prudem­ment con­tournée.
La pen­sée l’effleurait qu’elle zigza­guait entre deux mon­des. Tout entière ou en par­tie. Sans plus d’ancrage ni savoir quand et com­ment cette sit­u­a­tion s’était établie. Aurait-elle pu, par inad­ver­tance, pass­er de l’autre côté de la fron­tière ?  Con­tin­uer la lec­ture →

La troisième sélection du prix Sade

Le jury du prix Sade a com­mu­niqué la troisième sélec­tion de l’édi­tion 2022. Quinze livres et 2 DVD sont tou­jours en lice.

Le prix Sade

Décerné depuis 2001, le prix Sade récom­pense un livre qui déjoue l’ordre moral et se veut hors des car­cans de la lit­téra­ture et de la société. Le lau­réat du prix reçoit une oeu­vre d’art inédite. Depuis cette année, la sélec­tion est aus­si ouverte aux DVD. Con­tin­uer la lec­ture →

Et si être soi-même, c’était aussi être plusieurs ?

David BERLINER, Devenir autre. Hétérogénéité et plas­tic­ité du soi, La décou­verte, 2022, 176 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782348069697

berliner devenir autreHabituelle­ment – en qua­trième de cou­ver­ture de ses livres notam­ment – David Berlin­er se présente comme anthro­po­logue et pro­fesseur à l’Université de Brux­elles, auteur de plusieurs livres dont Per­dre sa cul­ture, ici salué. Dans son dernier ouvrage, il se for­mule ain­si : « Européen, Belge, Brux­el­lois, fran­coph­o­ne, Juif d’origine ashké­naze, agnos­tique et héri­ti­er des trau­mas de la Shoa, un quar­an­te­naire de la classe moyenne, un anthro­po­logue qui a séjourné longue­ment en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est, un enseignant, un père, un con­joint », etc. Et aus­si, il révèle qu’il est : Derek Moss, un « juif névrosé, une sorte de dou­ble européen de Nathan Zuk­er­man (sic) » (alter ego fic­tif de Philip Roth), auteur notam­ment d’Un anthro­po­logue à la table. Tout cela pour dire qu’il a, que nous avons, tous et toutes, un moi à la fois uni, frag­men­té, mul­ti­ple, mal­léable et plas­tique. C’est de cela dont il est ques­tion dans Devenir autre. Hétérogénéité et plas­tic­ité du soi. Mais, en anthro­po­logue de l’expérience, s’il réfute les théories actuelles sur le désor­dre intrin­sèque de la vie, il ne va pas jusqu’à épouser les théories de la flu­id­ité (du genre, par exem­ple). Con­tin­uer la lec­ture →

Fermeture pour inventaire

Un coup de cœur du Car­net

Une poésie de vingt ans. Antholo­gie de la poésie en Bel­gique fran­coph­o­ne (2000–2020), choix de textes et intro­duc­tion par Gérald PURNELLE, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 440 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–557‑5

une poesie de vingt ansLa col­lec­tion Espace Nord pub­lie en juin 2022 une antholo­gie con­sacrée à la poésie belge fran­coph­o­ne parue entre 2000 et 2020. « Ni un bilan, ni un état des lieux en bonne et due forme », le vol­ume héberge les textes de 128 auteurs et autri­ces sous le pavil­lon d’une poésie jeune, à l’échelle d’un siè­cle jeune et d’un jeune mil­lé­naire. Con­tin­uer la lec­ture →

Le temps de l’amour

Stanis­las COTTON, Léa, l’été, Mur­mure des soirs, 2022, 286 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–83‑7

cotton léa l'étéLe dernier livre de Stanis­las Cot­ton, Léa, l’été, c’est comme avoir de l’eau jusqu’aux coudes, à chercher un galet « rond, pas trop grand, pas trop lourd » et le faire presque s’envoler tout tout juste au-dessus de l’Ambrée, la riv­ière qui fai­sait tourn­er l’aube du vieux moulin dans lequel vit Melvil Tour­nel, le nar­ra­teur de ce réc­it. Une his­toire en qua­tre mou­ve­ments, l’été.

Quand l’histoire com­mence, Melvil a 12 ans. Il racon­te son ennui de l’école et com­ment il déjoue les attaques du gros lourd de Gabriel Maussin qui passe son temps à le harcel­er. Les assauts de Maussin n’empêchent pour­tant pas Melvil d’investir la riv­ière, son domaine, pour y pêch­er des tru­ites arc-en-ciel, en explor­er l’autre rive, véri­ta­ble jun­gle aux tré­sors. Con­tin­uer la lec­ture →

À moins que

Bernard VISSCHER, Ren­dez-vous incer­tain, Mur­mure des soirs, 2022, 338 p., 22 €, ISBN : 9782930657868

visscher rendez-vous incertainPierre est un jeune homme. Il vient de pub­li­er son pre­mier roman et l’a adressé à son idole, Eduar­do Cal­don, le célèbre auteur argentin. Celui-ci lui répond, et l’invite à Venise où il réside pour con­vers­er. C’est le rêve de tout pri­mo-romanci­er. Pierre rassem­ble ses mai­gres économies, s’envole pour la cité des Doges, et fonce, fiévreux, tout droit vers l’hôtel de son men­tor. Mais dès les pre­miers mots échangés, Pierre com­prend que Cal­don ne l’a pas invité pour par­ler de son livre. Cal­don entend par­ler de lui, et racon­ter pas moins que sa vie qui, dit-il, est bien dif­férente de ce qu’on peut lire dans les biogra­phies autorisées. À moins que. Con­tin­uer la lec­ture →

Malgré les cicatrices et les lézardes…

Ludi­vine JOINNOT, Nous vivons encore, Arbre à paroles, coll. « If », 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 9782874067174

joinnot nous vivons encoreEn ouver­ture du recueil de Ludi­vine Join­not, Nous vivons encore, une phrase extraite de La cloche de détresse de l’écrivaine améri­caine Sylvia Plath sonne le glas. L’impact d’un gong comme pour mieux accom­pa­g­n­er les dis­parus aux­quels s’adresse l’autrice dans la pre­mière par­tie du livre inti­t­ulée Faire le deuil. Les proches, quelques poètes com­pagnons de route se croisent au détour de sou­venirs com­posés avec douceur et nos­tal­gie. Mais la dis­pari­tion des êtres chers serait-elle syn­onyme de la fin de l’écriture ? On pense aux car­nets de Nathalie Sar­raute s’interrompant brusque­ment à la date de la mort de son mari, au Jour­nal de deuil de Barthes inter­ro­geant en somme l’utilité d’écrire après la mort. Ce serait sans compter le pou­voir de la lit­téra­ture qui ne cesse jamais de tiss­er ce lien essen­tiel reliant mort, deuil et mélan­col­ie. Car pour faire revivre ceux dont la voix s’est tue, pour à nou­veau leur don­ner le mou­ve­ment de la danse, l’écriture reste seule capa­ble d’insuffler le rythme, la cadence… Con­tin­uer la lec­ture →

Pour vivre, la poésie

Luc DEL COR, Femme qu’on aime, Le Coudri­er, 2021, 214 p., 24 €, ISBN : 978–2‑39052–028‑3

del cor femme qu'on aimeD’un tem­péra­ment dis­cret, le poète Luc Del Cor n’est guère con­nu du grand pub­lic, mal­gré les qua­torze recueils qu’il a pub­liés depuis 1980 chez dif­férents édi­teurs dont le Pré aux Sources ou Éole. Né à Uccle en 1947, il com­mence à écrire jeune ado­les­cent, décou­vre ébloui la poésie de Baude­laire, puis Ver­laine et Rim­baud, avant d’en­tr­er au Ser­vice de la Lec­ture publique où il fera toute sa car­rière. Séjour­nant à Orpierre en 1980, il s’éprend de ce vieux vil­lage des Alpes provençales où il revien­dra chaque année et dont les réminis­cences émail­lent ses poèmes. Il a quar­ante ans quand se pro­duit un séisme : à deux repris­es, René Char le reçoit à l’Isle-sur-Sorgue pour des entre­tiens qui auront sur son art poé­tique une influ­ence déci­sive. En témoignent des recueils tels que Juil­let. Poèmes pour cour­tis­er la femme (2002), Juil­let. Matins ros­es et verts (2002), Le souli­er du désir (2017). Paru fin 2021, Femme qu’on aime pour­suit dans la même ligne exigeante, ten­due comme une corde de vio­lon, mais en un souf­fle inhab­ituel puisque le vol­ume dépasse les deux cents pages : 159 poèmes répar­tis en neuf par­ties de longueur iné­gale, cha­cune précédée de cita­tions lit­téraires et d’une pho­to en couleur. Con­tin­uer la lec­ture →

Les sélections de la Petite Fureur

petite fureur 2022

Les sélec­tions pour l’édi­tion 2022–2023 de la Petite Fureur sont con­nues. Quinze livres, répar­tis dans cinq caté­gories, sont soumis aux enfants par­tic­i­pants.  Con­tin­uer la lec­ture →

Face aux tremblements du monde

François EMMANUEL, Guérir par l’écriture ?, Tail­lis pré, 2022, 77 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87450–191‑3

emmanuel guerir par l ecritureGuérir par l’écriture ? est une ques­tion qui en cache d’autres, et c’est cer­taine­ment pour son ampli­tude et ses ombres que François Emmanuel l’a choisie pour titre de ce petit essai con­den­sé et éru­dit, qui explore les points de jonc­tion et de rup­ture entre la vie et l’œuvre, entre les chemins thérapeu­tique et artis­tique qui jalon­nent le par­cours des auteurs et des autri­ces. En deux par­ties dont la sec­onde s’attache à exem­pli­fi­er les réflex­ions dévelop­pées dans la pre­mière, l’auteur inter­roge le proces­sus de créa­tion et ses réper­cus­sions sur le corps des auteurs et autri­ces à par­tir du courant de l’art-thérapie. Mais plutôt que de se con­sacr­er aux ate­liers en tant que tels, François Emmanuel décale le con­cept et l’applique non plus à des écrivants (des per­son­nes qui ne font pas de l’écriture leur méti­er mais s’y glis­sent dans le but d’y trou­ver une voie vers la guéri­son), mais à des écrivains. Con­tin­uer la lec­ture →

La fièvre révolutionnaire

Philippe BRANDES,En ce qui con­cerne Alexan­dre, Accro, 2022, 361 p., 22 €, ISBN : 9782931137048

brandes en ce qui concerne alexandreAlexan­dre More­au est un jeune homme qui désire effectuer des études d’architecture à l’académie de l’Ouvroir. Mal­gré la dés­ap­pro­ba­tion de son père, inqui­et de la répu­ta­tion lib­er­taire de l’école, le héros se lance à cœur per­du dans son cur­sus, porté par des pro­fesseurs pas­sion­nants et les man­i­fes­ta­tions estu­di­antines de gauche qui ont ponc­tué les années 1970 à Brux­elles.

Alexan­dre est un pas­sion­né : il met en place des pro­jets avant-gardistes et provo­ca­teurs afin de lut­ter con­tre l’urbanisation inquié­tante de la cap­i­tale dic­tée par les intérêts poli­tiques et financiers. Il entre dans la vie active en devenant assis­tant à l’académie et en s’installant avec sa copine Véronique, mais il prend rapi­de­ment con­science de son malaise dans une vie rangée : l’amour libre mar­quera désor­mais sa vie affec­tive, au point que le compte de ses con­quêtes devient dif­fi­cile. Con­tin­uer la lec­ture →

La grenouille au grand bus

Pierre ALEXIS, Règlobus, La par­tie, 2022, 18 p., 15,90 €, ISBN : 9782492768248

alexis reglobusQuand Pierre Alex­is, ancien vétéri­naire, prend le pinceau et nous trans­porte à bord d’un bus à impéri­ale qui tient presque de l’Arche de Noé, cela donne le fan­tas­tique album Règlobus !

Rainette, reine du volant, comme la con­duc­trice aime à se présen­ter, égrène une à une les règles à bord du bus et les ani­maux, usagers, en font peu de cas. Con­tin­uer la lec­ture →