Archives par étiquette : camps de concentration

Quand deux mémoires s’enroulent…

Geneviève MAIRESSE, Les mémoires enroulées, Weyrich, 2019, 184 p., 15 €, ISBN : 9782874895302

Il y a des titres qui en dis­ent long. Celui du pre­mier roman que Geneviève Mairesse pub­lie dans la col­lec­tion « Les plumes du coq » des édi­tions Weyrich, Les mémoires enroulées, appar­tient à cette caté­gorie. Le réc­it se déroule sur qua­tre épo­ques : les années ’30, ’70, ’90 ain­si qu’en 2016, le temps que l’on imag­ine être celui de l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

Un drôle de petit grain de sable

Armel JOB, Une drôle de fille, Robert Laf­font, 2019, 288 p., 19,50€ / ePub : 12,99€, ISBN : 978–2221239872

Armel Job emmène le lecteur dans le monde de son nou­veau roman. Cette his­toire de famille, ter­ri­ble, dans une ten­sion qui aug­mente jusqu’à la toute fin du livre avec la chique­naude finale, vous tien­dra assuré­ment en haleine.

L’auteur con­tin­ue d’ausculter l’âme humaine – avec une préférence pour les zones d’ombre et les nuances de gris, d’explorer les eaux pro­fondes sous la sur­face des con­ve­nances et des bons sen­ti­ments, de son­der le micro­cosme des familles et des petites villes. Con­tin­uer la lec­ture

« Une éclatante victoire sur ma lâcheté »

Fer­nand LISSE, Léon Leloir. Un Père Blanc au des­tin con­trar­ié par l’ombre de Degrelle, De Schorre, 2018, 285 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930876–13‑9

Qui, après avoir lu le livre de Fer­nand Lisse sur le Père Léon Leloir, pour­ra encore soutenir que les ecclési­as­tiques sont des hommes sans biogra­phie ? Bien sûr, les vœux qu’ils pronon­cent les enga­gent sur la voie d’un total sac­ri­fice de soi, dans la mesure où, épou­sant le Christ, ils se don­nent, corps, biens et âme, à Dieu et à l’Église. Mais, pour eux, le renon­ce­ment et l’abnégation ne représen­tent pas la « perte de soi » ; ils per­me­t­tent au con­traire la con­struc­tion d’une des­tinée spir­ituelle qui demeure inscrite dans une tem­po­ral­ité séculière, donc inscrite dans ce temps des hommes qu’on appelle l’Histoire. En cela, leur exis­tence indi­vidu­elle n’est pas moins intéres­sante à retrac­er que celle d’un écrivain, d’un mil­i­taire, d’un ingénieur, d’un arti­san ou de n’importe quel incon­nu qui ne mérite jamais de le rester. Con­tin­uer la lec­ture

La caserne Dossin, antichambre d’Auschwitz

Lau­rence SCHRAM, L’antichambre d’Auschwitz. Dossin, Éd. Racine/Fondation Auschwitz de Brux­elles, 2018, 352 p., 24,95€, ISBN : 9782390250067

couverture_155x240_DOSSIN_couverture_lÈopold_155x240Le remar­quable ouvrage de Lau­rence Schram comble un vide dans les travaux d’historiens et dans la mémoire col­lec­tive en livrant une étude appro­fondie sur le camp de rassem­ble­ment, le SS-Sam­mel­lager für Juden, la caserne Dossin à Malines. Dans l’abondante lit­téra­ture autour de la Shoah, con­sacrée à l’entreprise d’extermination totale des Juifs d’Europe mise en œuvre par les nazis dans le cadre de la « Solu­tion finale de la Ques­tion juive », rares sont les his­to­riens à s’être penchés sur les camps de rassem­ble­ment (Dossin en Bel­gique, Dran­cy en France, West­er­bork aux Pays-Bas, Fos­soli à Carpi en Ital­ie…) dans lesquels les Juifs tran­si­taient avant d’être déportés vers Auschwitz-Birke­nau ou d’autres cen­tres d’extermination. Le pre­mier à avoir évo­qué la caserne Dossin est Maxime Stein­berg dont Lau­rence Schram fut la col­lab­o­ra­trice. Dans ce lieu des­tiné aux déportés raci­aux venus de Bel­gique et du Nord de la France, 25.628 pris­on­niers furent enfer­més, « 25.274 Juifs et 354 Tsi­ganes, âgés de 39 jours à 93 ans » et « envoyés de ce lieu à Auschwitz-Birke­nau ». La caserne Dossin s’inscrit dans la plan­i­fi­ca­tion de la Solu­tion finale : elle con­stitue l’antichambre d’Auschwitz, la zone tran­si­toire avant l’anéantissement. En 1945, des 25.628 déportés, on comptera 1.251 sur­vivants, soit moins de 5 %. Con­tin­uer la lec­ture

Se battre, toujours se battre

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 238 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0143‑5

bielecki les tulipes du japon.jpgAprès un pre­mier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remar­qué par le prix des Amis des Bib­lio­thèques de la Ville de Brux­elles, plusieurs recueils de poésie ain­si que des pièces de théâtre et des nou­velles, Isabelle Bielec­ki pro­pose un deux­ième roman, Les tulipes du Japon, aux édi­tions M.E.O. Le roman d’une femme au par­cours éton­nant à tra­vers lequel le lecteur est en droit de lire des accents auto­bi­ographiques, à par­tir des élé­ments que lui four­nit la qua­trième de cou­ver­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Une vie en éclats

Un coup de cœur du Carnet

Annick WALACHNIEWICZ, Il ne por­tait pas de chandail, L’Arbre à paroles, coll. « If », 2018, 184 p., 18 €, ISBN : 9–782874-066665

walachniewicz il ne portait pas de chandailJe vous le con­cède, le nom de l’auteure n’est pas facile à retenir et pour­tant, ce n’est en aucun cas une rai­son de rater le pre­mier roman d’Annick Walach­niewicz, Il ne por­tait pas de chandail, qui sor­ti­ra dans quelques jours aux édi­tions de l’Arbre à Paroles, dans la col­lec­tion nar­ra­tive « iF ».

Tout com­mence à l’Ouest, en 2012, avec Dora et Hans qui vien­nent « lui » annon­cer que son père, dont on appren­dra bien­tôt qu’il est décédé en 2001, « était pris­on­nier dans un camp d’extermination.  Il tra­vail­lait dans les cham­bres à gaz, dans les fours. » Con­tin­uer la lec­ture

Le passage du témoin

Un coup de cœur du Carnet

André GOLDBERG (pho­togra­phies), Dominique ROZENBERG (témoignages recueil­lis), Le Pas­sage du Témoin, Por­traits et témoignages de rescapés des camps de con­cen­tra­tion et d’extermination nazis, Let­tre volée, co-édi­tion Mémoire d’Auschwitz/Fondation Auschwitz, 2017, 248 p., 25 €, ISBN : 978–2873175016
Une expo­si­tion se tient au Muse­um Kaz­erne Dossin jusqu’au 30 jan­vi­er 2018.

passage du témoinLes livres qui s’élèvent au per­for­matif, qui réalisent ce que leur titre annonce appar­ti­en­nent à la classe rare des inter­cesseurs. Dotée de nou­velles pré­faces, d’un his­torique actu­al­isé, cette nou­velle édi­tion du Pas­sage du Témoin est un événe­ment comme il le fut en 1995. Com­posé de sou­veraines pho­togra­phies d’André Gold­berg et de trente-sept témoignages de rescapés des camps nazis recueil­lis par Dominique Rozen­berg, il lègue aux généra­tions présentes et futures des con­cré­tions de vie, les expéri­ences sin­gulières de ceux et celles qui ont survécu à l’enfer des camps. Ce livre est un bâton témoin qui passera de généra­tion en généra­tion afin que ces vies qui furent plongées dans l’inhumain ne som­brent pas dans l’oubli. Con­tin­uer la lec­ture

Un dialogue posthume : Bruna et moi

Marc PIRLET, Un jour comme un oiseau, Esneux, Mur­mure des soirs, 2016, 139 p., 10€   ISBN : 978–2‑930657–33‑2

pirletPar l’intermédiaire d’un ami, Marc Pir­let ren­con­tre pour la pre­mière fois en avril 2013 Bruna, une vieille dame qui habite sur les hau­teurs de Seraing. Celle-ci vient sou­vent l’après-midi en ville, à Liège, pren­dre un choco­lat chaud dans un endroit accueil­lant sa soli­tude. Pourquoi va-t-il la ren­con­tr­er, bien­tôt régulière­ment ? Parce que cette dame menue, char­mante d’ailleurs, a une his­toire qu’elle a longtemps tenue sous silence mais qui main­tenant, alors qu’elle a atteint qua­tre-vingt-six ans, doit se con­fi­er. C’est avec con­stance et fer­veur que Marc Pir­let va l’écouter et recueil­lir des pro­pos qu’il faut com­mu­ni­quer à tous. C’est en effet une con­fi­dence de l’enfer vécu que Bruna tient à faire avant de dis­paraître, pour que rien ne s’oublie, ne se perde de la mémoire. L’enfer, ce sont ces années passées dans les camps de con­cen­tra­tion nazis, les camps de la mort. C’est en 1941 que Bruna, qui a 16 ans, et son frère sont arrêtés dans la mai­son famil­iale de Seraing par les agents de la Gestapo qui recherchent le père, com­mu­niste polon­ais, dis­paru depuis l’exode de mai 1940. Rapi­de­ment déportée en Alle­magne et à tra­vers plusieurs lieux de déten­tion, elle arrive au sin­istre camp de Ravens­brück où elle passera plusieurs années ter­ri­bles avant de ter­min­er dans cet autre enfer qu’était Bergen-Belsen, d’où elle sera libérée puis rap­a­triée vers la Bel­gique en état d’extrême faib­lesse. Con­tin­uer la lec­ture

Banaliser la Shoah?

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, La Shoah de Mon­sieur Durand, Paris, Gal­li­mard, 2015, 59 p., 7,50 €

 

skowronekParu en 2013, Max en apparence représen­tait pour Nathalie Skowronek l’aboutissement d’une longue inter­ro­ga­tion sur sa sit­u­a­tion de petite-fille de déporté, une réponse à ses ques­tions lanci­nantes, dont cer­taines restaient pour­tant sans réponse. Dès le début de son essai, La Shoah de Mon­sieur Durand, elle mar­que cepen­dant sa décep­tion : Max en apparence n’arrivait-il pas trop tard ? Le dis­cours sur la Shoah n’est-il pas en train de chang­er com­plète­ment de nature ? Con­tin­uer la lec­ture

Un Van Loo nouveau

Un coup de coeur du Carnet

Alain BERENBOOM, La for­tune Gut­mey­er. Une nou­velle enquête de Michel Van Loo, Brux­elles, Genèse édi­tions, 2015, 272 p., 22,50 €/ePub : 12.99 €

berenboom_duhamelEn 2008, avec Périls en ce roy­aume, Alain Beren­boom crée le per­son­nage de Michel Van Loo, privé quelque peu « loos­er » qui doit la réus­site de ses enquêtes à l’aide de sa fiancée Anne, sham­pouineuse de son état. Dans les trois titres déjà parus de la série, Beren­boom dresse un por­trait fidèle de la Bel­gique de l’immédiat après-guerre, de ses  prob­lé­ma­tiques poli­tiques et sociales, et décrit en ter­mes justes l’ambiance par­ti­c­ulière de ces années-là. Mais il pub­lie par­al­lèle­ment des livres qui se démar­quent à la fois des Van Loo et des romans qu’il a pub­liés avant ceux-ci. On songe à Messie mal­gré tout, nou­velles sur l’éventualité du retour du Messie ; et bien sûr à Mon­sieur Opti­miste, où il dresse le por­trait de son père, Juif polon­ais réfugié en Bel­gique où il tient une phar­ma­cie, à Schaer­beek. (Sous le nom d’Hubert, il appa­raît dans les Van Loo.) Le sort de la famille Beren­boom est évo­qué large­ment dans Mon­sieur Opti­miste, mais la cru­auté de l’extermination dans les camps n’est sug­gérée qu’à demi-mots. Con­tin­uer la lec­ture

La question finale

Un coup de coeur du Carnet

Nicole MALINCONI, Un grand amour, Esper­luète, 2015, 52 p., 14 €

malinconi_zumkirNicole Mal­in­coni n’est pas une auteure d’imagination, d’invention. Sa fic­tion, c’est l’écriture. Une écri­t­ure qui la mène à une forme de com­préhen­sion, de con­nais­sance de la psy­ché humaine. Son matéri­au nourrici­er, elle l’a trou­vé, le trou­ve encore dans la rela­tion à ses par­ents, son expéri­ence d’assistante sociale à l’hôpital, des œuvres d’artistes, des faits divers, des tragédies con­tem­po­raines ou his­toriques ; dans les mots eux-mêmes ; dans d’autres choses encore, qui peu­vent n’être rien, ou presque. Con­tin­uer la lec­ture

Descente aux enfers

Marc PIRLETHis­toire de Bruna, Mur­mure des soirs, 2014, 188 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930657–23‑3

pirletAlerté par un ami, l’écrivain lié­geois Marc Pir­let ren­con­tre une rescapée des camps de la mort. Elle est d’origine polon­aise, s’appelle Bruna, approche des nonante ans, et habite Seraing. Elle va lui con­fi­er pour la pre­mière fois le réc­it détail­lé de l’enfer qu’elle a vécu. Con­tin­uer la lec­ture