Archives par étiquette : document sonore

Le livre d’une négresse blanche

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc TURINE, La Théo des fleuves, Esper­luète, 2017, 224 p., 18 €, ISBN : 9782359840766

turineTsi­ganes, roms, nègres blancs selon l’expression du poète bul­gare Petria Vasli ou enfants du vent. Ce peu­ple paria, infréquentable, frap­pé d’une malé­dic­tion, dont on se méfie ; par­a­site dont les sociétés ont telle­ment sou­vent voulu se débar­rass­er, peu­ple méprisé dans l’Europe floris­sante, chas­sé, per­sé­cuté. Subis­sant la sauvagerie destruc­trice et igno­ble, les actes scélérats et meur­tri­ers ; vic­time des sévices de tous gen­res au 20ème siè­cle, ghet­toïsé, raflé, déporté, gazé sous le nazisme, interné, mal­traité sous le com­mu­nisme. C’est à ce peu­ple fier et libre, par la voix de la vieille Théodo­ra qui aura tra­ver­sé tout le siè­cle dernier, que Jean-Marc Turine rend un hom­mage vibrant et puis­sant dans son mag­nifique roman La Théo des fleuves (Esper­luète). Con­tin­uer la lec­ture

De qu(o)i Patricia est-elle le (pré)nom ?

Geneviève DAMAS, Patri­cia, Gal­li­mard, 2017, 136 p., 12 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072731792

damas patriciaPatri­cia est : le titre du troisième roman de Geneviève Damas, après le juste­ment primé Si tu pass­es la riv­ière (Luce Wilquin, 2011) et His­toire d’un bon­heur (Arléa, 2014). Son pre­mier aux édi­tions Gal­li­mard.

Patri­cia est : un roman poly­phonique, choral, avec en son cen­tre, une femme :

Madame Cou­turi­er, parisi­enne, bib­lio­thé­caire, amante d’un homme mar­ié, vivant seule. Ou plutôt : ayant vécu seule jusqu’à. La ren­con­tre, dans un drôle d’endroit, romanesque au pos­si­ble :

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Elvis est re-revenu

Coup de coeur du Carnet

Nadine MONFILS, Ice cream & châ­ti­ments, Fleuve édi­tions, 2017, 221 p., 17,90€/ePub : 12.99 €, ISBN : 9782265116375

monfils ice cream

Elvis Cadil­lac, tu con­nais ? Hé ben tu devrais ! On t’en a par­lé il y a à peine plus d’un an, quand Nadine Mon­fils a pub­lié Elvis Cadil­lac, King from Charleroi (Fleuve édi­tions, 2016). La bonne nou­velle si tu as raté le train, c’est que ça vient de sor­tir au for­mat poche (Pock­et). L’autre super nou­velle, c’est que le meilleur sosie du King est de retour dans un nou­veau roman et que ça décoiffe !

À lire : notre critique d'Elvis Cadillac, King from Charleroi

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Les mots d’une passion tue

Dominique LOREAU, Ne pas dire, Esper­luète, 2017, 40 p., 16 €, ISBN : 9782359840742

loreauLe texte de Dominique Lore­au repose, dès son titre, Ne pas dire, sur un para­doxe puisqu’est mise en avant l’oblig­a­tion de taire cer­taines choses, alors que le livre appa­raît comme le dévoile­ment sub­til d’une pas­sion.

Mais dire n’est jamais inno­cent. Les con­séquences d’une parole lâchée, par­fois d’un seul mot énon­cé, vous amè­nent au-delà de ce que l’on avait imag­iné. Le monde n’est plus aux engage­ments, cha­cun a ten­dance à rester sur son quant-à-soi, par peur de rompre un enchante­ment ou, pire, de s’enfermer dans un quo­ti­di­en alié­nant. Con­tin­uer la lec­ture

La chasse et l’amour

Car­o­line LAMARCHE, Dans la mai­son un grand cerf, Gal­li­mard, 2017, 131 p., 12,50 €/ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑07–270024‑8

lamarcheIl est dif­fi­cile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier réc­it de Car­o­line Lamarche, Dans la mai­son un grand cerf. Dès le départ, le bat­te­ment irrité du sang, le sif­fle­ment dans les oreilles vient oblitér­er l’écoute. Pour­tant elle a lieu l’écoute tout intime et si par­ti­c­ulière du père qui, en con­traste avec le bruit de la con­ver­sa­tion à la table famil­iale, pour­suit son mar­mon­nement dis­cret. Déjà cet envi­ron­nement envahissant et le brouha­ha général font comme une cen­sure et évo­quent la vio­lence, que ce soit celle de la meute, des chas­seurs, de l’amour même qui lui aus­si peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éter­nel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un anti­dote aux com­pli­ca­tions de l’amour. Le charme est donc bien réel. Con­tin­uer la lec­ture

Invitation à la danse

Corinne HOEX, Tan­go, gravures de Mar­tine Souren, Esper­luète, 2016, 20 p., 8 €   ISBN : 9782359840711

hoex-tangoSavez-vous danser le tan­go?

Corinne Hoex vous y invite, dans un poème trou­blant, cerné des som­bres, intri­g­antes gravures de Mar­tine Souren, inti­t­ulé tout sim­ple­ment Tan­go.

Il faut danser, nous rap­pelle-t-elle, mais il lui manque une robe qui tienne au corps, alors que la sienne se dérobe en soieries glis­santes, en rubans sat­inés, en franges mou­vantes.

Une étrange pla­que­tte, qui nous laisse au bord d’un secret. L’art de danser le tan­go, de tout son cœur, de tout son corps, peut-être.

Francine Ghy­sen

Où l’on balbutie comme on peut la langue des nuages

Pierre WARRANT, Con­fi­dences de l’eau, L’Arbre à paroles, 2016, 70 p., 12 €   ISBN : 978–2‑87406–642‑9

warrantPierre War­rant ? Qui est Pierre War­rant ? Un las­car qui aime les fuites, je dirais. Les échap­pées belles hors des villes. Loin du tumulte. Du bruit de fond lanci­nant que sont, générale­ment, nos langues quo­ti­di­ennes. Si racoleuses. Pétil­lantes. Séduisantes par­fois. Si légères. Bondis­sant sans cesse d’un sujet à l’autre. Alti­tudes, son pre­mier recueil, nous avait déjà mis la puce à l’or­eille comme on dit : Pierre War­rant y ten­tait de saisir une expéri­ence qua­si indi­ci­ble, celle qui, lit­térale­ment, nous prend aux tripes quand on se frotte aux neiges, aux vents, au froid, à 8000 mètres d’alti­tude, dans les mon­tagnes de l’Hi­malaya. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on assiste en direct à l’invention de l’amour

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Let­tre en abyme, Rougerie, 2016, 70 p., 13 €   ISBN : 978–2‑85668–390‑3

dugardinUn jour, nous nais­sons. Sommes enfan­tés par nos mères. Sommes lancés dans ce monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Cha­cun, cha­cune, s’en sort ensuite comme il ou elle peut. Cer­tains et cer­taines en écrivent des livres. Juan Gel­man aura été un de ces poètes. Marc Dugardin en est un autre. Sa Let­tre en abyme peut être lue, entre autres choses, comme un hom­mage à Let­tre à ma mère de Gel­man, ce frère d’écri­t­ure, pour ain­si dire.

C’est que tous deux ont un « œuf à pel­er ». Une his­toire à vider avec leurs mères mortes. Ces boules de peur et de haine. Ces êtres qui, à leurs corps défen­dant, auront, en même temps que la vie, « fait cadeau » à leurs fils de leurs vieilles casseroles. Vieilles peines. Vieilles marottes qui vous bouf­fent l’ex­is­tence. Taris­sent aisé­ment les élans. Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Philippe Roberts-Jones

JonesPhilippe Roberts-Jones, né le 8 novem­bre 1924, est décédé ce 9 août 2016. His­to­rien de l’art, il a été con­ser­va­teur en chef des Musées roy­aux des Beaux-Arts de Bel­gique. Il laisse aus­si une oeu­vre lit­téraire riche de nom­breux recueils de poèmes et de nou­velles, pub­liés sous le nom de Philippe Jones. Il était mem­bre de l’A­cadémie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique.  Con­tin­uer la lec­ture

Lire ou relire Jean Ray ? Oui et oui

Un coup de coeur du Carnet

Jean RAY, Les con­tes du whisky, Paris, Alma, 2016, 283 p., 18 €
Jean RAY, La cité de l’indicible peur, Paris, Alma, 2016, 253 p., 18 €

ray whiskyLa ques­tion de la disponi­bil­ité des droits ayant trou­vé une solu­tion, les édi­tions Alma se lan­cent aujourd’hui dans un néces­saire et ambitieux pro­gramme de réédi­tions de Jean Ray. Comme le dit Arnaud Hufti­er, maître d’œuvre de ce tra­vail, on a mal­heureuse­ment per­du une généra­tion de lecteurs. Il faut main­tenant ten­ter de réim­pos­er le nom de Jean Ray dans l’univers fran­coph­o­ne dont il était presque totale­ment absent depuis la fin des années 80 et les pub­li­ca­tions chez NéO, si l’on excepte les trois titres disponibles dans la col­lec­tion Espace Nord. Par con­tre, il n’a jamais cessé d’être édité dans d’autres langues et est encore con­sid­éré aujourd’hui, en dehors du domaine fran­coph­o­ne, comme un auteur majeur de la lit­téra­ture et pas seule­ment de la lit­téra­ture de l’étrange. Con­tin­uer la lec­ture

Un deuil hors norme

Pas­cale de TRAZEGNIES, Le Mort, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2016, 97 p.

trazegnies_pirauxLou est de retour à Brux­elles, ville de sa jeunesse, pour y retrou­ver sa mère et ren­dre vis­ite à la dépouille mortelle de son père. Lou vient donc de per­dre son père. Ou plutôt, le père de Lou vient de mourir. Car on com­prend vite que ces deux-là se sont per­dus depuis longtemps et que les liens entre Lou et ses par­ents sont loin d’être forts. Pourquoi ? Com­ment cette famille en est-elle arrivée à des rap­ports si mécaniques ? Le lecteur ne le saura pas. Tout au plus sera-t-il infor­mé de l’existence d’une maîtresse et d’une fille illégitime mais aucun détail de l’histoire famil­iale ne lui sera con­fié. Con­tin­uer la lec­ture

Quand « je » est un autre…

Un coup de coeur du Carnet

Patrick DELPERDANGE, Si tous les dieux nous aban­don­nent, Paris, Gal­li­mard, 2016, 229 p., 17 €/ePub : 11.99 €

delperdangeIls s’appellent Céline, Léopold, Jos­selin. Ils n’ont a pri­ori rien en com­mun. Elle, soci­o­logue un peu paumée ; eux, voisins dans un patelin tout aus­si paumé, noyé dans une nature som­bre et inhos­pi­tal­ière… Céline, en fuite après avoir poignardé son vio­leur ; Léopold, vieux veuf qui la ramassera sur le bord de la route, un soir glacial de décem­bre, et qui la ramèn­era chez lui, dans sa vieille ferme délabrée ; Jos­selin, demeuré obsédé – obsédé demeuré ? – dont les quelques rares neu­rones en état de marche ont dan­gereuse­ment élu domi­cile dans l’entrejambe. Con­tin­uer la lec­ture

Les ravissements d’une rêveuse

Un coup de coeur du Carnet

Corinne HOEX, Valets de nuit, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, 2015, 160 p., 14 €:ePub : 9.99 € ; Corinne HOEX et Véronique GOOSSENS, Les Mots arrachés, Liège, Tétras Lyre, 2015, s.p., 15 €

hoex-valetsDites 33 et vous ren­con­tr­erez autant de per­son­nages dans Valets de nuit, le dernier livre en prose de Corinne Hoex, lesquels vous seront tout dévoués comme l’indique leur titre. Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas la nuit, quand vous rêvez. Est-on respon­s­able de ses rêves ? Bien sûr que oui. Incon­sciem­ment sans doute, à ceci près qu’ils cor­re­spon­dent prob­a­ble­ment plus à un désir infor­mulé ou infor­mu­la­ble qu’au hasard de la posi­tion du dormeur ou à la qual­ité de son mate­las. Ce sont ces ren­con­tres furtives, totale­ment fan­tas­mées ou secrète­ment souhaitées que nous racon­tent les trente-trois textes courts, économes, incisifs du vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

« Une Belgique sentimentale et buissonnière »

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Dic­tio­n­naire amoureux de la Bel­gique, Paris, Plon, 2015, 780 p., 25 €/ePub : 15.99€

Le principe de la col­lec­tion « Dic­tio­n­naire amoureux » chez Plon est bien con­nu : il est demandé à un spé­cial­iste, un pas­sion­né, un con­nais­seur paten­té de con­stituer, à pro­pos de son sujet de prédilec­tion, un abécé­daire où la sen­si­bil­ité le dis­put­erait à l’érudition et où, au souci de l’exhaustivité sci­en­tifique, se ver­rait préférée la car­togra­phie per­son­nelle. Con­tin­uer la lec­ture

Auteur en quête de personnages

Aliette GRIZ, Les Fan­tômes sont des pié­tons comme les autres, ONLiT, 2015, 224 p., 14€/ ePub : 6.99 €

À la recherche d’une forme qui lui redonnerait de l’inspiration, Griz trou­vait la solu­tion pour com­bin­er les élé­ments. Le con­textuel et le suivi. Le papi­er et le blog. Une his­toire et des frag­ments. Des per­son­nages et une ville. Un feuil­leton, ça s’appelait. Un roman, c’était trop dix-neu­vième. Une nou­velle, trop court et plan­i­fié. Pétri, étalé, com­posé, comme une pâte vite sor­tie du four qu’on découpe en parts iné­gales, avant d’y met­tre les doigts, qua­tre fro­mages ou napoli­taine. Ça nour­rit et c’est un peu régres­sif. Il suf­fit ensuite d’avaler les épisodes. Que ça se digère vite, avec ou sans gluten. Un feuil­leton. Voilà la piz­za lit­téraire. […] Alors que les piz­zas frisent sou­vent la per­fec­tion, il n’y a que la surgéla­tion qui peut les desservir.

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Entre ‘Kanun’ et ballets roses

Patrick DELPERDANGE, Comme des chiens, Brux­elles, ONLiT, 2015,275 p., 18 € / ePub : 8.99 €

Comme des chiensSon livre précé­dent chez ONLiT édi­tions nous appre­nait que Patrick Delper­dan­ge est un sale type. Son dernier roman, Comme des chiens, paru chez le même édi­teur, vient con­firmer que Delper­dan­ge n’est pas un ange. Dans un reg­istre dif­férent : celui du pur polar. Con­tin­uer la lec­ture