Un coup de cœur du Carnet
Jean-Marc TURINE, La Théo des fleuves, Esperluète, 2017, 224 p., 18 €, ISBN : 9782359840766
Tsiganes, roms, nègres blancs selon l’expression du poète bulgare Petria Vasli ou enfants du vent. Ce peuple paria, infréquentable, frappé d’une malédiction, dont on se méfie ; parasite dont les sociétés ont tellement souvent voulu se débarrasser, peuple méprisé dans l’Europe florissante, chassé, persécuté. Subissant la sauvagerie destructrice et ignoble, les actes scélérats et meurtriers ; victime des sévices de tous genres au 20ème siècle, ghettoïsé, raflé, déporté, gazé sous le nazisme, interné, maltraité sous le communisme. C’est à ce peuple fier et libre, par la voix de la vieille Théodora qui aura traversé tout le siècle dernier, que Jean-Marc Turine rend un hommage vibrant et puissant dans son magnifique roman La Théo des fleuves (Esperluète). Continuer la lecture
Patricia est : le titre du troisième roman de Geneviève Damas, après le justement primé Si tu passes la rivière (Luce Wilquin, 2011) et Histoire d’un bonheur (Arléa, 2014). Son premier aux éditions Gallimard.
Le texte de Dominique Loreau repose, dès son titre, Ne pas dire, sur un paradoxe puisqu’est mise en avant l’obligation de taire certaines choses, alors que le livre apparaît comme le dévoilement subtil d’une passion.
Il est difficile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier récit de Caroline Lamarche, Dans la maison un grand cerf. Dès le départ, le battement irrité du sang, le sifflement dans les oreilles vient oblitérer l’écoute. Pourtant elle a lieu l’écoute tout intime et si particulière du père qui, en contraste avec le bruit de la conversation à la table familiale, poursuit son marmonnement discret. Déjà cet environnement envahissant et le brouhaha général font comme une censure et évoquent la violence, que ce soit celle de la meute, des chasseurs, de l’amour même qui lui aussi peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éternel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un antidote aux complications de l’amour. Le charme est donc bien réel.
Savez-vous danser le tango?
Pierre Warrant ? Qui est Pierre Warrant ? Un lascar qui aime les fuites, je dirais. Les échappées belles hors des villes. Loin du tumulte. Du bruit de fond lancinant que sont, généralement, nos langues quotidiennes. Si racoleuses. Pétillantes. Séduisantes parfois. Si légères. Bondissant sans cesse d’un sujet à l’autre. Altitudes, son premier recueil, nous avait déjà mis la puce à l’oreille comme on dit : Pierre Warrant y tentait de saisir une expérience quasi indicible, celle qui, littéralement, nous prend aux tripes quand on se frotte aux neiges, aux vents, au froid, à 8000 mètres d’altitude, dans les montagnes de l’Himalaya.
Un jour, nous naissons. Sommes enfantés par nos mères. Sommes lancés dans ce monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Chacun, chacune, s’en sort ensuite comme il ou elle peut. Certains et certaines en écrivent des livres. Juan Gelman aura été un de ces poètes. Marc Dugardin en est un autre. Sa Lettre en abyme peut être lue, entre autres choses, comme un hommage à Lettre à ma mère de Gelman, ce frère d’écriture, pour ainsi dire.
Philippe Roberts-Jones, né le 8 novembre 1924, est décédé ce 9 août 2016. Historien de l’art, il a été conservateur en chef des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Il laisse aussi une oeuvre littéraire riche de nombreux recueils de poèmes et de nouvelles, publiés sous le nom de Philippe Jones. Il était membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique.
La question de la disponibilité des droits ayant trouvé une solution, les éditions Alma se lancent aujourd’hui dans un nécessaire et ambitieux programme de rééditions de Jean Ray. Comme le dit Arnaud Huftier, maître d’œuvre de ce travail, on a malheureusement perdu une génération de lecteurs. Il faut maintenant tenter de réimposer le nom de Jean Ray dans l’univers francophone dont il était presque totalement absent depuis la fin des années 80 et les publications chez NéO, si l’on excepte les trois titres disponibles dans
Lou est de retour à Bruxelles, ville de sa jeunesse, pour y retrouver sa mère et rendre visite à la dépouille mortelle de son père. Lou vient donc de perdre son père. Ou plutôt, le père de Lou vient de mourir. Car on comprend vite que ces deux-là se sont perdus depuis longtemps et que les liens entre Lou et ses parents sont loin d’être forts. Pourquoi ? Comment cette famille en est-elle arrivée à des rapports si mécaniques ? Le lecteur ne le saura pas. Tout au plus sera-t-il informé de l’existence d’une maîtresse et d’une fille illégitime mais aucun détail de l’histoire familiale ne lui sera confié.
Ils s’appellent Céline, Léopold, Josselin. Ils n’ont a priori rien en commun. Elle, sociologue un peu paumée ; eux, voisins dans un patelin tout aussi paumé, noyé dans une nature sombre et inhospitalière… Céline, en fuite après avoir poignardé son violeur ; Léopold, vieux veuf qui la ramassera sur le bord de la route, un soir glacial de décembre, et qui la ramènera chez lui, dans sa vieille ferme délabrée ; Josselin, demeuré obsédé – obsédé demeuré ? – dont les quelques rares neurones en état de marche ont dangereusement élu domicile dans l’entrejambe.
Dites 33 et vous rencontrerez autant de personnages dans Valets de nuit, le dernier livre en prose de Corinne Hoex, lesquels vous seront tout dévoués comme l’indique leur titre. Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas la nuit, quand vous rêvez. Est-on responsable de ses rêves ? Bien sûr que oui. Inconsciemment sans doute, à ceci près qu’ils correspondent probablement plus à un désir informulé ou informulable qu’au hasard de la position du dormeur ou à la qualité de son matelas. Ce sont ces rencontres furtives, totalement fantasmées ou secrètement souhaitées que nous racontent les trente-trois textes courts, économes, incisifs du volume.
À la recherche d’une forme qui lui redonnerait de l’inspiration, Griz trouvait la solution pour combiner les éléments. Le contextuel et le suivi. Le papier et le blog. Une histoire et des fragments. Des personnages et une ville. Un feuilleton, ça s’appelait. Un roman, c’était trop dix-neuvième. Une nouvelle, trop court et planifié. Pétri, étalé, composé, comme une pâte vite sortie du four qu’on découpe en parts inégales, avant d’y mettre les doigts, quatre fromages ou napolitaine. Ça nourrit et c’est un peu régressif. Il suffit ensuite d’avaler les épisodes. Que ça se digère vite, avec ou sans gluten. Un feuilleton. Voilà la pizza littéraire. […] Alors que les pizzas frisent souvent la perfection, il n’y a que la surgélation qui peut les desservir.
Son livre précédent chez ONLiT éditions nous apprenait que Patrick Delperdange est un sale type. Son dernier roman, Comme des chiens, paru chez le même éditeur, vient confirmer que Delperdange n’est pas un ange. Dans un registre différent : celui du pur polar.