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Portraits d’Éléonore

Emmanuèle SANDRON, Je ne te mangerai pas tout de suite, Avin, Luce Wilquin, coll. « Euphémie », 2015, 128 p., 12 €

sandronLa meilleure école d’écriture est la lec­ture, entend-on par­fois. Peut-être traduire mène-t-il encore plus sûre­ment vers l’écrit ? La preuve par Emmanuèle San­dron qui pub­lie un recueil de nou­velles, Je ne te mangerai tout de suite, où l’art de la nar­ra­tion se dou­ble d’une écri­t­ure ciselée. Con­tin­uer la lec­ture

Le juste dosage de la parole

Un coup de coeur du Carnet

Daniel DE BRUYCKER, Neu­vaines 1 à 3. Brux­elles, mael­strÖm, 2015, 230 p.

de bruycker neuvaines 1 à 3Sous le titre Neu­vaines 1 à 3, Daniel De Bruy­ck­er signe non pas un sim­ple « recueil » de poèmes, mais le pre­mier vol­ume d’une trilo­gie à l’ar­chi­tec­ture très élaborée. Cha­cune de ces trois pre­mières « neu­vaines », en effet, com­porte neuf groupes, chaque groupe neuf poèmes, chaque poème neuf vers. Ici s’ar­rête la con­trainte numérique, car la répar­ti­tion en ver­sets ou en stro­phes, quant à elle, est extrême­ment vari­able : 4–1‑4, 5–3‑1, 4–4‑1, 3–3‑3, 1–7‑1, 3–2‑2–2, etc. : toutes les com­bi­naisons pos­si­bles, sem­ble-t-il, ont été util­isées. De plus, les vers de chaque poème présen­tent une longueur vari­able, tan­dis que rimes et asso­nances fonc­tion­nent de manière aléa­toire…  Bref, une dis­ci­pline de fer règne du som­met de l’éd­i­fice jusqu’à un niveau struc­turel pré­cis – mais, en-deçà, s’ou­vre un espace de créa­tiv­ité ver­bale para­doxale­ment infi­ni. À l’in­star des jeux règle­men­tés, tout le livre s’arc-boute sur cette ten­sion entre Norme et Lib­erté, qui lui donne à la fois sa char­p­ente et son unité, tout en pré­fig­u­rant les pro­pos qui vont s’y tenir.
Con­tin­uer la lec­ture

Une joie pour la vie

Éric-Emmanuel SCHMITT, La nuit de feu, Paris, Albin Michel, 2015, 188 p., 16 € / epub : 10.99 €

La Nuit de Feu par SchmittAlors âgé de vingt-huit ans, Éric-Emmanuel Schmitt vit, dans le sud algérien, ce que l’on appelle com­muné­ment « l’expérience du désert ». Une expéri­ence réputée chang­er, par­fois durable­ment, le regard sur le monde et sur la vie. C’est peu dire dans le cas de Schmitt qui, par­ti fon­cière­ment athée dans le Hog­gar, en est revenu croy­ant con­va­in­cu. (Sans toute­fois – Dieu mer­ci ? – chercher à affubler d’une iden­tité par­ti­c­ulière la force divine qu’il dit l’avoir emporté et mar­qué à jamais de son empreinte). C’est cette « nuit de feu » qui lui a inspiré le titre de son livre, en référence à l’illumination vécue par Pas­cal et à ces mots brûlants inscrits dans la dou­blure de veste du « Mon­sieur de Port-Roy­al ». Mais pourquoi Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de quan­tité d’ouvrages, a‑t-il atten­du vingt-cinq ans avant de se décider à ren­dre publique cette expéri­ence d’une nature par ailleurs pro­fondé­ment intime et, comme il le sug­gère, proche de l’indicible ? Il s’en explique en évo­quant sa ren­con­tre avec une jour­nal­iste protes­tante très éton­née que l’auteur d’une œuvre sou­vent mar­quée par la tragédie humaine puisse man­i­fester au quo­ti­di­en une telle équa­nim­ité et un tel amour de la vie. D’où la réponse dans ce livre où le vécu sin­guli­er de l’homme éclaire aus­si l’œuvre de l’écrivain. Mais que s’était-il passé il y a un quart de siè­cle ?

Con­tin­uer la lec­ture

Le vol du chaman

Olivi­er DOMBRET, Notre mère la mon­tagne, L’Arbre à paroles, coll. « IF », 2015, 81 p.

Le nou­veau livre de l’excellent jeune auteur Olivi­er Dom­bret emprunte son titre à un album du musi­cien améri­cain de coun­try et folk Townes Van Zandt sor­ti en 1969, Notre mère la mon­tagne. Tout com­mence par la descrip­tion de son état, trem­blant et fiévreux, dans l’attente d’un signe en prove­nance de la Mon­tagne. Pris­on­nier, encer­clé, oppressé dans la ville creuse tel « un ani­mal vide, dans les pro­fondeurs d’une planète vide » il appelle cette force naturelle, bien décidé à laiss­er der­rière lui le monde mod­erne : Con­tin­uer la lec­ture

Les sept mélancoliques

Pierre KUTZNER, La femme qui ne voulait plus faire l’amour, Marcinelle, Édi­tions du CEP, 2015, 93 p., 12 €

kutznerPierre Kutzn­er n’est pas vrai­ment incon­nu dans le petit monde des Let­tres et des arts belges : on lui doit des nou­velles, des arti­cles et une récente mono­gra­phie con­sacrée à l’artiste Fabi­enne Havaux[1]. Le sex­agé­naire signe, en cet été 2015, son tout pre­mier ouvrage de fic­tion – un recueil de nou­velles : La femme qui ne voulait plus faire l’amour. Con­tin­uer la lec­ture

Par saint Georges!

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Pol HECQ, Georges et les drag­ons, Luce Wilquin, 2015, 173 p., 17€, ISBN : 978–2‑88253–504‑7

hecqEn 1927, Max s’installe pour quelques temps dans une auberge située au cen­tre de la ville de Mons. Jour­nal­iste hol­landais maitrisant par­faite­ment la langue de Ver­haeren, il pré­tend faire un reportage sur la recon­struc­tion de l’après-guerre pour en fait enquêter dis­crète­ment sur un cer­tain Georges, un cousin éloigné. Aidé dans ses recherch­es par un Borain de souche, Max pro­gressera lente­ment : dif­fi­cile en effet de trou­ver un Mon­tois incon­nu dis­paru en 1914 et por­tant ce prénom si répan­du. Con­tin­uer la lec­ture

Avec la langue…

Un coup de coeur du Carnet
Ghislain COTTON

horguelinVivant au XVIe siè­cle dans la région lié­geoise, le révérend Domini­cain Johannes Leo Pla­cen­tius (dit Léon le Plaisant), à force sans doute de répéter qu’au com­mence­ment était le verbe, fut un des pre­miers prati­ciens con­nus du tau­to­gramme, avec son Pugna por­co­rum (le « com­bat des cochons »). Cinq siè­cles plus tard,  avec Alphabé­tiques, le plaisant Thier­ry Horguelin, ludique mil­i­tant et fin let­tré, vivant lui aus­si à Liège, quoique né à Mon­tréal, inscrit aujourd’hui son nom dans cette tra­di­tion ances­trale comme dans le droit fil de l’Oulipo, cet Ouvroir de Lit­téra­ture Poten­tielle, né en 1960 des œuvres de Ray­mond Que­neau et François Le Lion­nais. Con­tin­uer la lec­ture

Du danger de se faire traiter de “mandarin”

Jacques DE DECKER, Le ven­tre de la baleine, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2015, 192 p.

 

dedeckerLa col­lec­tion Plumes du Coq, aux édi­tions Weyrich, pro­pose au lecteur des ouvrages, inédits ou en réédi­tion, d’écrivains belges fran­coph­o­nes, prin­ci­pale­ment wal­lons.  Forte de plus d’une ving­taine de titres à l’heure actuelle, elle présente des titres d’Armel Job, Alain Bertrand, Chris­t­ian Libens, André-Mar­cel Adamek et André-Joseph Dubois, entre autres.  Tous ces romans sont rat­tachés à la Wal­lonie, que ce soit par l’auteur, le ter­rain du réc­it, le lan­gage, l’histoire ou les per­son­nages.  À cet égard, le  roman de Jacques De Deck­er Le ven­tre de la baleine, paru ini­tiale­ment en 1996 aux édi­tions Labor, trou­ve assuré­ment sa place dans cette col­lec­tion. Les lecteurs belges se sou­vi­en­nent sûre­ment de ce  roman « à clés », inspiré par l’affaire André Cools, du nom du Min­istre d’État et ancien prési­dent du Par­ti social­iste, assas­s­iné en juil­let 1991, le procès des assas­sins ayant eu lieu en 1998. Le pre­mier procès du moins car, du côté judi­ci­aire de l’affaire,  un scé­nar­iste pour­rait trou­ver la matière d’un feuil­leton. Con­tin­uer la lec­ture

Reprendre chair

Un coup de coeur du Carnet
Vincent THOLOMÉ

piette

L’im­pos­si­ble nudité est un livre fort. Très fort. Très sobre aus­si. Très som­bre. Sans con­ces­sion. Cent et sept poèmes le com­posent. Aucun ne cherche à séduire. N’en­file les « belles images ». Les métaphores. Aucun n’est un feu d’ar­ti­fices. Ne péta­rade. Con­tin­uer la lec­ture

En lettres capitales

Thierry DETIENNE

Madrid ne dort pas

En 2005, parais­sait le pre­mier roman de Gré­goire Polet, qui entre à présent dans la col­lec­tion Espace Nord. Cette réédi­tion est l’occasion de mesur­er le chemin par­cou­ru d’un auteur dont l’oeuvre romanesque, forte à présent de six ouvrages, s’est imposée par sa per­son­nal­ité bien au-delà de nos fron­tières. Con­tin­uer la lec­ture

Au bout de la route il y a l’océan

Un coup de coeur du Carnet
Mélanie GODIN

babaLuc Baba a com­posé un long poème se présen­tant sous forme de con­te poé­tique. C’est l’histoire d’une femme, une grande sœur, qui tra­verse les étapes de la vie, écorchée par de pro­fondes blessures. Tout com­mence par la petite enfance, meur­trie, vio­lente, soli­taire. Seul le silence est un atout, un refuge, une bulle de pro­tec­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le printemps en automne

Samia HAMMAMI

wilwerthRegardez autour de vous. Le vert ten­dre et intense, le blanc écla­tant et déli­cat ; le jaune inso­lent et irra­di­ant, le rose pas­tel et élé­gant : le print­emps est de retour ! La sève, flu­ide bien qu’épaisse, gorge les plantes, per­le des troncs, revig­ore les tiges. Les bour­geons, petits bou­tons de vie en désor­dre, s’épanouissent en fleurs. La lumière reprend ses droits : elle se déverse, impéri­ale, par flots de rayons ; elle se dif­fuse, tamisée, à tra­vers les nuages et les bran­chages. Les pépiements, gazouille­ments et autres piaille­ments joyeux ravis­sent les oreilles. Les peaux endormies se dégour­dis­sent sous la caresse du soleil ou le frémisse­ment d’une brise fraîche et piquante. Les corps se dévoilent, s’offrent, pal­pi­tent. Envol des sens. Tout comme ce same­di 20 sep­tem­bre, une journée étrange­ment print­anière dans ses effluves et ses effets. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOut­re une déli­cate pièce pour piano de Mau­rice Rav­el, dédiée à Léon-Paul Far­gue, il existe une myr­i­ade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la sur­face de la terre, sem­ble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papil­lons de nuit. Les che­nilles de noctuelles sont la ter­reur des agricul­teurs et des pas­sion­nés des jardins, car, polyphages, elles se nour­ris­sent de tout ce qui leur passe sous le nez, et unique­ment la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur fes­tin et se reposent avec non­cha­lance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait par­tie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la ter­reur de per­son­ne ayant les doigts verts. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire-refuge face au monde en déroute

Michel JOIRET, Le Car­ré d’Or, M.E.O., 2015, 160 p., 16 €

joiret_ghysenPour col­or­er, réchauf­fer « le silence de la vie », une vie qui lui glisse entre les doigts, vide de joie, d’émotions, de sens, depuis la mort d’Hélène, son épouse chérie, l’avocat Maxime Dubreuil s’enveloppe du sou­venir des jours enfuis. Con­tin­uer la lec­ture

Un Van Loo nouveau

Un coup de coeur du Carnet

Alain BERENBOOM, La for­tune Gut­mey­er. Une nou­velle enquête de Michel Van Loo, Brux­elles, Genèse édi­tions, 2015, 272 p., 22,50 €/ePub : 12.99 €

berenboom_duhamelEn 2008, avec Périls en ce roy­aume, Alain Beren­boom crée le per­son­nage de Michel Van Loo, privé quelque peu « loos­er » qui doit la réus­site de ses enquêtes à l’aide de sa fiancée Anne, sham­pouineuse de son état. Dans les trois titres déjà parus de la série, Beren­boom dresse un por­trait fidèle de la Bel­gique de l’immédiat après-guerre, de ses  prob­lé­ma­tiques poli­tiques et sociales, et décrit en ter­mes justes l’ambiance par­ti­c­ulière de ces années-là. Mais il pub­lie par­al­lèle­ment des livres qui se démar­quent à la fois des Van Loo et des romans qu’il a pub­liés avant ceux-ci. On songe à Messie mal­gré tout, nou­velles sur l’éventualité du retour du Messie ; et bien sûr à Mon­sieur Opti­miste, où il dresse le por­trait de son père, Juif polon­ais réfugié en Bel­gique où il tient une phar­ma­cie, à Schaer­beek. (Sous le nom d’Hubert, il appa­raît dans les Van Loo.) Le sort de la famille Beren­boom est évo­qué large­ment dans Mon­sieur Opti­miste, mais la cru­auté de l’extermination dans les camps n’est sug­gérée qu’à demi-mots. Con­tin­uer la lec­ture

Marie-Arsule sur la route

Luc DELFOSSE, Impasse du 30 févri­er, ONLIT, 2015, 202 p., 14 €/ePub : 6,99€, ISBN : 978–2‑87560–060‑8

delfosse_begonNée dans la touf­feur d’une colonie en déliques­cence, affublée d’un prénom bizarre, Marie-Arsule est la fille d’une pas­sion­née de Giono et d’un père à peu près insignifi­ant. Venue au monde un 30 mars et déclarée à un ser­vice de l’état civ­il des plus approx­i­mat­ifs, la petite se retrou­ve, dans la dis­trac­tion générale, inscrite un 30 févri­er. Ain­si débute le roman Impasse du 30 févri­er que Luc Delfos­se pub­lie aux édi­tions ONLIT. Con­tin­uer la lec­ture