Archives par étiquette : enquête

Ciney rouge

Ludovic PIERARD, Abso­lu­tion, Acad­e­mia, coll. “Noirs des­seins”, 2022, 194 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782806106735

pierard absolutionMichel ne sait plus que faire. Son épouse, Léa, s’éloigne à grands pas de lui sans se retourn­er. Elle ne jure plus que par ses cours de yoga dont elle dit qu’ils lui font le plus grand bien, quit­tant la mai­son de plus en plus sou­vent. Depuis une fausse couche, elle ne cesse de se cul­pa­bilis­er, et ne trou­ve aucun répit. Il est loin les temps de l’amour fou, et Michel se retrou­ve seul face à lui-même, sou­vent un verre à la main. Reste son méti­er de polici­er, qui l’occupe tout entier, sans doute trop, mais c’est sa pas­sion pre­mière. Aus­si se sent-t-il revivre quand il est appelé sur la scène d’un crime, chose rare à Ciney, sa petite ville de province. Le cadavre retrou­vé est mis en scène devant une croix, il affiche des signes trou­blants. La vic­time est un mag­is­trat siégeant au tri­bunal d’application des peines et qui habitait la ville. Il ne se remet­tait pas d’avoir con­tribué à libér­er un mal­frat qui s’en était pris à une femme enceinte, celle dont la tombe a servi pour la mise en scène macabre. Con­tin­uer la lec­ture

Une enquête ?

Un coup de cœur du Car­net

Jacques-Gérard LINZE, La fab­u­la­tion, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 158 p., 18 €, ISBN : 9782803200634

linze la fabulationAprès L’ornement des mois de Mau­rice des Ombi­aux et L’herbe qui trem­ble de Paul Willems l’an dernier, c’est à un roman majeur de Jacques-Gérard Linze que l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es offre une sec­onde vie. Pré­facé par Ludovic Jan­vi­er, La fab­u­la­tion, paru ini­tiale­ment en 1968 chez Gal­li­mard, retrou­ve ici les mains, les yeux, le trou­ble du lecteur.

Que s’est-il vrai­ment passé lorsque Mar­i­an a quit­té le bruit de la fête pour la paix du jardin ? Il avait emporté une cara­bine pour l’essayer sur le pas de tir situé en con­tre­bas de la pro­priété. Il était seul. Était-il trou­blé par quelque révéla­tion de la soirée ? Avait-il trop bu ? Qui pour­ra expli­quer sa mort ? Son corps fut retrou­vé en tra­vers du sen­tier, l’arme à la main, le crâne per­foré par une balle, dans une posi­tion qui per­me­t­tait de con­clure à un acci­dent. Mais n’y a‑t-il pas matière à croire à un sui­cide ? ou à un meurtre ? C’est ce que le nar­ra­teur va ten­ter de décou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture

Une vérité qui s’apprivoise

Daniel SOIL, Agdez, dernière page, M.E.O., 2022, 124 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0323‑1

soil agdez derniere pageLorsque l’on retrou­ve le corps lacéré de Johannes V, expert des Nations Unies au Maroc, ses instances déci­dent de charg­er Jean, un attaché cul­turel belge, de recueil­lir des infor­ma­tions sur les cir­con­stances de son meurtre. Des hypothès­es cir­cu­lent qui met­tent en évi­dence les posi­tions pro­gres­sistes de la vic­time, fer­vent défenseur des droits humains et de la diver­sité cul­turelle, pos­ture pas­sant pour auda­cieuse à l’heure où d’autres resser­rent les mailles de la pen­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Devoir de mémoire

Éve­lyne GUZY, La malé­dic­tion des mots, M.E.O., 2021, 236 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782807002616

guzy la malediction des motsPour Éve­lyne Guzy, bap­tis­er « roman » une enquête sur sa pro­pre famille juive, c’est aus­si un devoir d’honnêteté et la façon de don­ner à la jour­nal­iste et chroniqueuse la lib­erté de fon­dre, à 60 ans, la réal­ité d’Évelyne dans ses pro­pres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche mar­quée par la rigueur et par un acharne­ment courant sur de nom­breuses années. Au départ : il y aurait une let­tre posthume du grand-père Icek, imprégnée formelle­ment de cul­ture yid­dish et qui pré­cise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la pre­mière relec­ture, tu revis­it­eras mes mots pour les rem­plac­er par les tiens ; c’est ta manie, ton méti­er. Je vais m’en accom­mod­er ». Con­tin­uer la lec­ture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibis­cus sont tou­jours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0236‑4

Le géno­cide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siè­cle. L’ampleur du nom­bre de vic­times en regard de la pop­u­la­tion, la rapid­ité méthodique des mas­sacres et l’absence d’intervention de la com­mu­nauté inter­na­tionale ont don­né à ce drame une dimen­sion trag­ique qui ne cesse d’interpeller. De nom­breux écrivains ont puisé leur inspi­ra­tion dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une con­tri­bu­tion orig­i­nale, d’autant que Monique Bernier a déjà abor­dé cette thé­ma­tique dans La honte (Les Éper­on­niers, 1999), Le silence des collines (Les Éper­on­niers, 2001), ou encore La magie du frangi­panier, roman paru en 2016 aux édi­tions Acad­e­mia.


Lire aus­si : le géno­cide des Tut­si au Rwan­da dans la lit­téra­ture belge 


Con­tin­uer la lec­ture

On n’a que le plaisir qu’on se donne

Éric DEJAEGER et John F. ELLYTON, Un Orval des ors vaut, Cac­tus inébran­lable, 2019, 126 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930659–91‑6

À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à par­tir à des­ti­na­tion de la France, sont dérobées lors d’un braquage expédi­tif. Deux moines restent sur le car­reau. Un groupe ter­ror­iste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la pré­cieuse trap­piste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur pro­duc­tion, leur sem­blent un motif suff­isant pour empêch­er que la moin­dre goutte de leur breuvage favori quitte le ter­ri­toire. Con­tin­uer la lec­ture

Noir d’Espagne

François FILLEUL, Pois­sons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–248‑8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rap­ports avec le « divin par­adis que l’on dit friv­o­le » chan­té par Luis Mar­i­ano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditer­ranéen reliant la province de Cadix au ter­ri­toire bri­tan­nique de Gibral­tar, séparé par une fron­tière dev­enue poreuse  (jusqu’à nou­v­el ordre, l’ombre du Brex­it planant for­cé­ment sur le Rocher…). La ville a pour nom La Lin­ea. On y vit assez pau­vre­ment entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion per­ma­nente de rats, si cat­a­strophique qu’elle con­traint même les hôpi­taux publics à fer­mer bou­tique. Autre inva­sion plus saison­nière et mieux accep­tée, celle des exo­cets qui four­nissent une nour­ri­t­ure abon­dante mais de piètre qual­ité, après séchage de ces « pois­sons volants » accrochés comme des chaus­settes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce con­texte andalou bien con­nu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et pro­fesseur de français à Brux­elles, situe le polar qui lui a valu le deux­ième Prix Fin­tro voué aux « Écri­t­ures noires ». Un cahi­er des charges qu’il n’a pas boudé en mas­sacrant d’emblée au fusil d’assaut sept per­son­nes : des cou­ples d’amis apparem­ment sans his­toire réu­nis dans une mai­son de week-end pour leur tra­di­tion­nel ren­dez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à pri­ori inex­plic­a­ble : un Belge, époux d’une fonc­tion­naire européenne et sa petite fille ain­si qu’une som­melière qui, retenue par son tra­vail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Con­tin­uer la lec­ture

Orange givrée au Jeu de Balle !

Nadine MONFILS, Crimes dans les Marolles (Nou­velles enquêtes de Nestor Bur­ma), French Pulp, 2019, 176 p., 15€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–1‑0251–0465‑1

Le nou­veau roman de Nadine Mon­fils, né d’une com­mande, s’inscrit dans une col­lec­tion visant à redonner vie et lus­tre au célèbre Nestor Bur­ma, né sous la plume de Léo Malet (auteur d’un mag­nifique Le soleil n’est pas pour nous) dans les années 1940. Ce dernier avait creusé le sil­lon d’un polar à la langue très directe, dopée par l’humour et la verve sar­cas­tique, par­cou­rue aus­si de frémisse­ments poé­tiques. Il va sans dire que beau­coup d’entre nous ont croisé la route du détec­tive à la française dans ses adap­ta­tions en série télé (avec Guy Marc­hand dans le rôle-titre) et en BD (par Tar­di). Con­tin­uer la lec­ture

Le malin plaisir d’Asmodée

Stanis­las-André STEEMAN, La Mai­son des veilles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018,  320 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–426‑4

La réédi­tion d’une œuvre de Stanis­las-André Stee­man est tou­jours bien­v­enue. Elle rend aus­si jus­tice à un pio­nnier du roman polici­er mod­erne et à un écrivain que la cri­tique française, rap­pelons-le, avait comique­ment qual­i­fié de « Simenon belge ». Une bourde por­teuse toute­fois d’une référence qui ne manque pas de per­ti­nence. Con­tin­uer la lec­ture

Au fil du labyrinthe

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’inconnu du parvis, Paris-Brux­elles, Genèse Édi­tions, 2016, 130 p., 19€, ISBN : 978–2‑930585–83‑3

santoliquidoComme l’auteur, le per­son­nage cen­tral de L’Inconnu du parvis, dernier roman du Lié­geois de Brux­elles Giuseppe San­toliq­ui­do, est un enfant de l’immigration ital­i­enne. Antoine Com­mi­no est  garag­iste. C’est un céli­bataire bien tran­quille, sans his­toires et sans pro­jet, vivant dans une ville indéter­minée, mais que l’on pour­rait, dans sa diver­sité et avec les cica­tri­ces de son passé indus­triel, com­par­er à Charleroi. Amant de Sil­via sans se décider toute­fois à men­er vrai­ment une vie de cou­ple avec elle, il cul­tive des petites manies (comme de cro­quer par écrit les vis­ages des per­son­nes qu’il a ren­con­trées dans la journée) et nour­rit une pas­sion pour la Lan­cia de col­lec­tion qu’il bichonne avec con­stance. Le soir, la rou­tine le con­duit sou­vent à dîn­er avec Sil­via dans le restau­rant ital­ien de Mon­sieur Fer­nan­do. Bref, il s’est instal­lé dans une vie terne et aus­si réglée que les décors détail­lés par l’auteur comme dans un script ou une scéno­gra­phie. Et le voilà soudain con­fron­té à un fait-divers qui le con­cerne de façon très col­latérale. Con­tin­uer la lec­ture

Par saint Georges!

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Pol HECQ, Georges et les drag­ons, Luce Wilquin, 2015, 173 p., 17€, ISBN : 978–2‑88253–504‑7

hecqEn 1927, Max s’installe pour quelques temps dans une auberge située au cen­tre de la ville de Mons. Jour­nal­iste hol­landais maitrisant par­faite­ment la langue de Ver­haeren, il pré­tend faire un reportage sur la recon­struc­tion de l’après-guerre pour en fait enquêter dis­crète­ment sur un cer­tain Georges, un cousin éloigné. Aidé dans ses recherch­es par un Borain de souche, Max pro­gressera lente­ment : dif­fi­cile en effet de trou­ver un Mon­tois incon­nu dis­paru en 1914 et por­tant ce prénom si répan­du. Con­tin­uer la lec­ture