Archives par étiquette : Joseph Duhamel

Le secret d’une vie

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, La carte des regrets, Gras­set, 2020, 144 p., 16 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑246–82151‑9

Dans ses romans précé­dents, Nathalie Skowronek explo­rait l’histoire de sa famille, à la recherche de ce qui pour­rait expli­quer ces des­tins sin­guliers.


Lire aus­si : Nathalie Skowronek, une iden­tité à tra­vers les con­flits (C.I. 199)


La carte des regrets représente un tour­nant et une nou­velle voie. Ici, point d’histoire per­son­nelle mais la créa­tion d’une fic­tion où l’on retrou­ve cepen­dant  l’idée qui tra­ver­sait les autres livres et sin­gulière­ment Max, en apparence : quelle est la part de mys­tère de quelqu’un que l’on croit con­naître ?

Véronique Ver­bruggen est trou­vée morte sur un sen­tier des Cévennes. Mais qui est-elle vrai­ment ? Elle est éditrice, spé­cial­isée dans la pub­li­ca­tion de livres sur les petits maîtres de la pein­ture, et à la fin du roman l’on com­pren­dra les raisons de ce choix. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir ce qu’on est

Kenan GÖRGÜN, Le sec­ond dis­ci­ple, Arènes, coll. « Equinox », 2019, 396 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7112–0111‑2

L’on sait que Kenan Görgün est un obser­va­teur fin et par­ti­c­ulière­ment bien doc­u­men­té des phénomènes soci­aux, entre autres en Bel­gique. Une société dont les marges et le risque que celles-ci font peser sur le vivre ensem­ble le ques­tionne. 

Plusieurs de ses textes antérieurs ont ce que l’on pour­rait nom­mer une valeur prospec­tive. L’auteur extra­pole à par­tir des sit­u­a­tions sociales qu’il perçoit et il imag­ine une évo­lu­tion vers un futur pos­si­ble, non sans une inquiète lucid­ité. Le sec­ond dis­ci­ple, son nou­veau roman, est à nou­veau un bel exem­ple de sa volon­té de faire com­pren­dre, par le biais d’une fic­tion effi­cace­ment menée, des phénomènes mal perçus, si pas franche­ment car­i­caturés. Con­tin­uer la lec­ture

Migrer à travers les langues

Un coup de cœur du Car­net

Diane MEUR, Entre les rives. Traduire, écrire dans le pluriel des langues, Con­tre allée, 2019, 183 p., 18 €, ISBN : 978–2‑376650–546

Quand des col­lègues lui ont pro­posé de pren­dre place dans une col­lec­tion de « Paroles de tra­duc­teurs », Diane Meur a accep­té avec ent­hou­si­asme, tout en pré­cisant qu’elle ne pour­rait en dis­soci­er ses « paroles de roman­cière ». Et c’est ce qui fait l’intérêt de ce livre qui vaut tant par la finesse des con­sid­éra­tions sur la tra­duc­tion que par la réflex­ion sur l’influence réciproque de ses deux pas­sions : la migra­tion d’une langue à l’autre et l’écriture per­son­nelle. Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’un essai. Le livre est fait de textes s’étendant sur plus de quinze ans, mon­trant une réelle con­ti­nu­ité. On y sent la pro­gres­sion et l’approfondissement de la réflex­ion sur ces deux sujets. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas que la bataille des éperons d’or

Jan BAETENS, Karel VANHAESEBROUCK, Petites mytholo­gies fla­man­des, pho­togra­phies de Brecht Van Maele, pré­face de Claude Javeau, tra­duc­tion de Monique Nagielkopf assistée par Daniel Van­der Gucht, Let­tre volée, 2019, 174 p., 20 € ; ISBN : 978–2‑87317–533‑7

Une fois n’est pas cou­tume, le présent ouvrage a été écrit et pub­lié en néer­landais en 2014, avant d’être traduit. L’intérêt de la démarche à la base du livre jus­ti­fie une recen­sion, d’autant plus que les auteurs, fla­mands, con­nais­sent par­faite­ment la cul­ture tant du Nord que du Sud du pays. Jan Baetens a même obtenu le Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.

Ces Petites mytholo­gies fla­man­des s’inscrivent dans la lignée des Mytholo­gies de Roland Barthes. Les auteurs en repren­nent les principes. Le mythe n’est pas qu’un réc­it ancien : la société mod­erne en pro­duit elle aus­si en les renou­ve­lant sans cesse. Et le mythe ne réflé­chit pas une vision du monde ; c’est lui qui la pro­duit et l’incarne dans divers­es expres­sions très con­crètes. Il est ain­si l’expression actu­al­isée de valeurs éter­nelles et immuables. Il appa­raît donc comme la façon dont une société se voit et se pense. Ces sens cachés, il faut les faire advenir, les ren­dre con­scients ; c’est ce qui fonde et jus­ti­fie la démarche de ces analy­seurs, comme l’a été, du côté fran­coph­o­ne, Jean-Marie Klinken­berg dans ses Petites mytholo­gies belges. Con­tin­uer la lec­ture

Il y a 25 ans au Rwanda…

Mar­tin BUYSSE, Muzun­gu, Zel­lige, 2019, 333 p., 22 €, ISBN : 978–2‑914773–89‑8

En avril 1994, le Rwan­da bas­cu­lait dans l’horreur et l’Occident restait pris­on­nier de ses intérêts pour ne pas réa­gir, ou réa­gir bien trop tard.

Com­ment com­pren­dre l’enchaînement des événe­ments qui ont mené au géno­cide ? Mar­tin Buysse pro­pose des élé­ments de réponse par le biais d’une fic­tion, fondée sur une doc­u­men­ta­tion rigoureuse.

Le roman Muzun­gu est cen­tré sur le per­son­nage de François et pose la ques­tion de savoir pourquoi on s’engage, pour quelle cause et pour quel camp. Con­tin­uer la lec­ture

La Grande Guerre au pluriel

Un coup de cœur du Car­net

La guerre de nos écrivains. Une chronique lit­téraire de 14–18, Vol­ume com­posé par Lau­rence Boudart et Sask­ia Bursens, Avant-pro­pos de Marc Quaghe­beur, Pré­face de Lau­rence van Yper­se­le, Archives et Musée de la Lit­téra­ture, Hors col­lec­tion, 2018, 246 p., ISBN : 978–2‑87168–087‑1

Coup de cœur pour les dif­férentes facettes du pro­jet « Grande Guerre » des Archives et Musée de la Lit­téra­ture. Tout au long des qua­tre années du cen­te­naire de la Pre­mière guerre, les AML ont pub­lié chaque mois, sur un site spé­ciale­ment dédié, des archives d’auteurs con­cer­nant le con­flit. À par­tir des don­nées rassem­blées sur ce site, paraît aujourd’hui un livre reprenant une part de ces archives. Et une expo­si­tion reprend les doc­u­ments orig­in­aux.

Le but était de mon­tr­er com­ment la guerre avait été vécue par les écrivains. Le pro­jet n’était pas de faire une antholo­gie exhaus­tive. Mais de don­ner la parole aux écrivains en pro­posant des doc­u­ments qui mon­trent com­ment le con­flit a été vécu, doc­u­ments qui ne sont habituelle­ment acces­si­bles qu’aux chercheurs : les man­u­scrits de jour­naux per­son­nels ou de textes inédits, la cor­re­spon­dance, les pho­tos, les affich­es, etc. Et dans ce riche fond des AML, on décou­vre quelques per­les. Con­tin­uer la lec­ture

Mélusine et son double

Franz HELLENS, Mélu­sine ou la robe de saphir, Post­face de Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 368 p., 9 €, ISBN: 978–2‑87568–408‑0 ; Le dou­ble et autres con­tes fan­tas­tiques, Post­face de Michel Gilles, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 318 p., 9 €,  ISBN: 978–2‑87568–410‑3

Espace Nord pour­suit sa poli­tique de réédi­tion et de réim­pres­sion de textes des « fan­tas­tiqueurs » belges avec deux titres de Franz Hel­lens, l’un claire­ment fan­tas­tique, Le dou­ble, l’autre le pré­fig­u­rant, Mélu­sine.

Dans le vaste panora­ma du fan­tas­tique en Bel­gique, Franz Hel­lens occupe une place orig­i­nale, d’une manière qu’il a lui-même con­tribué à définir, par l’idée de « fan­tas­tique réel ». Le dou­ble et autres con­tes fan­tas­tiques est une antholo­gie reprenant des nou­velles pub­liées en fait sur près de cinquante ans, depuis Noc­tur­nal en 1919 jusqu’à Le dernier jour du monde en 1967. L’intérêt du choix est de pou­voir saisir l’évolution du fan­tas­tique d’Hellens ain­si que ses enjeux et manières qui ont var­ié. Con­tin­uer la lec­ture

Vivre selon les règles ?

Giuseppe SANTOLIQUIDO, Bel­giques – Rien ne vaut ce main­tenant, Ker, 2018, 135 p., 12 € / ePub : 5.99 €, ISBN : 978–287586-234–1

Dans ses romans précédem­ment parus, Giuseppe San­toliq­ui­do mon­tre des indi­vidus pro­fondé­ment mar­qués par leurs orig­ines sociales, sou­vent mod­estes. Dans leur pro­jet de con­stru­ire leur vie, ils doivent essay­er de dépass­er ces con­di­tions pour ten­ter de réalis­er leurs rêves ou leurs ambi­tions.


Lire aus­si : G. San­toliq­ui­do, le regard sur l’autre (C.I. n° 193)


C’est tou­jours cette prob­lé­ma­tique cen­trale qui se retrou­ve dans ce recueil de trois longues nou­velles, dont la pre­mière qual­ité est la cohérence. Les mêmes ques­tions fon­da­men­tales se posent aux per­son­nages, mais les répons­es vari­ent. Et donc chaque nou­velle doit être lue en fonc­tion des autres. Con­tin­uer la lec­ture

Gérard Prévot : « Emmène-moi… »

Un coup de cœur du Carnet

Gérard PRÉVOT, Con­tes de la mer du Nord, pré­face de Jean-Bap­tiste Baron­ian, post­face d’Élisabeth Cas­ta­dot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 271 p., 8,5 € , ISBN : 978–2‑87568–407‑3
Un car­net péd­a­gogique télécharge­able gra­tu­ite­ment accom­pa­gne le livre

Relire Gérard Prévot est tou­jours un moment riche. Et l’on se dit que c’est une réelle injus­tice qu’il n’ait jamais été appré­cié à sa juste valeur. Peut-être cela vient-il de sa rel­a­tive mar­gin­al­ité et du fait qu’il a écrit dans des gen­res très dif­férents : poésie, roman, nou­velles fan­tas­tiques, romans pop­u­laires ?

Au début des années 70, il envoie à Jean-Bap­tiste Baron­ian, alors directeur lit­téraire de Marabout, des nou­velles qui vont con­stituer qua­tre livres. En 1986, dix ans après la mort de Prévot, Baron­ian rassem­ble onze con­tes tirés des dif­férents vol­umes ; c’est ce choix qui est réédité aujourd’hui. Con­tin­uer la lec­ture

Il y a fable et fable

Roger KERVYN de MARCKE ten DRIESSCHE, Les Fables de Pit­je Schra­mouille, pré­face de Jacques De Deck­er, post­face de Reine Mey­laerts, Espace Nord, 2018, 158 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87568–402‑8

Encore une de ces « brux­el­lois­eries » dans la lignée du Mariage de Made­moi­selle Beule­mans ? Eh bien non. Les Fables de Pit­je Schra­mouille est un livre d’une autre nature, avec d’autres enjeux, témoignant d’une éton­nante richesse d’invention. Mais sans doute a‑t-il été mal com­pris. Sa relec­ture aujourd’hui est donc par­faite­ment jus­ti­fiée.

Roger Kervyn est un aris­to­crate gan­tois fran­coph­o­ne dont la famille est venue s’installer à Brux­elles. Pour se ren­dre au col­lège Saint Michel, il passe régulière­ment par le quarti­er des Marolles. Il se prend de sym­pa­thie pour ses habi­tants, leurs manières d’être, leur lan­gage si haut en couleurs. Il va dress­er le por­trait de ces per­son­nages à la fois ten­dres, drôles, roués et fin­auds, dont la vie n’est pas for­cé­ment agréable mais qui témoignent de grandes qual­ités humaines. Con­tin­uer la lec­ture

Littérature et Grande Guerre à Redu

redu.pngL’asbl Redu Vil­lage du Livre organ­ise une série d’activités à car­ac­tère lit­téraire pour com­mé­mor­er la fin de la Grande Guerre : expo­si­tions, prom­e­nade poé­tique, ren­con­tres d’écrivains, lec­tures… Coup d’en­voi le same­di 19 mai.  Con­tin­uer la lec­ture

À qui perd gagne (la boule)

Alain BERENBOOM, Expo 58, l’espion perd la bouleGenèse, 2018, 272 p., 22,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 979–1‑0946891–34

berenboom expo 58Dix ans après la paru­tion de Périls en ce Roy­aume (qui se déroule en 1947), le détec­tive privé Michel Van Loo con­tin­ue à être con­fron­té, bon gré mal gré, aux événe­ments majeurs que vit la Bel­gique. L’exposition inter­na­tionale de 1958 était une étape oblig­ée.

Un homme est décou­vert assas­s­iné sur le chantier de l’exposition. Van Loo est sol­lic­ité par un mys­térieux com­man­di­taire qui se révèle être un fonc­tion­naire du min­istère de l’intérieur ; le détec­tive est chargé de sur­veiller les travaux ain­si que les mem­bres d’une étrange com­mis­sion chargée de véri­fi­er la bonne exé­cu­tion des travaux hydrauliques. Rebondisse­ments nom­breux et force gueuzes grena­dine vont l’amener à lever par­tielle­ment le voile sur ces mys­tères accu­mulés. Con­tin­uer la lec­ture

Noir et blanc

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Pierre ORBAN, Toutes les îles et l’océan, Mer­cure de France, 2018, 294 p., 21 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7152–4729‑1

orban toutes les iles et l oceanAu début des années 1960, Adèle embar­que vers une ville non nom­mée qui appa­raî­tra finale­ment être Stan­leyville. Elle est à la recherche de Sain­to avec qui elle a vécu une brève mais très forte rela­tion et dont elle est enceinte. Dans la pre­mière par­tie de Toutes les îles et l’océan, Jean-Pierre Orban racon­te cette lente remon­tée sur un bateau, où Adèle est la seule Blanche, et l’arrivée dans une ville à feu et à sang. La deux­ième par­tie a pour cadre Brux­elles, la troisième Lon­dres et une brève qua­trième se déroule sur l’océan. Con­tin­uer la lec­ture

C’était au temps où Bruxelles ne rêvait pas vraiment

Nathalie STALMANS, Le vent du boulet, Genèse édi­tion, 2018, 248 p., 22,50 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 979–1‑0946891–27

stalmans le vent du boulet.jpgBrux­elles et la Bel­gique subis­sent le poids de l’occupation par la République française. Rue Neuve, la mai­son cadas­trée VIIe sec­tion n° 460–461 est occupée par deux familles : à gauche la famille Del­berghe, à droite les Durand. Cha­cun de leurs mem­bres est pris à sa façon dans les remous de cette époque trou­blée de l’instauration du nou­veau régime. Nathalie Stal­mans décrit ces dif­férents des­tins, le plus sou­vent très durs, si pas trag­iques. Les habi­tants des deux moitiés de la mai­son se croisent, sans plus. Pour­tant, l’arrivée d’un Français de Lille, qui utilise un ordre de réqui­si­tion pour s’installer dans la demeure, va créer des liens insoupçon­nés entre les habi­tants. Il n’est pas judi­cieux d’en dire plus ici pour préserv­er le plaisir de la décou­verte. Con­tin­uer la lec­ture

Laisse pas béton

Un coup de cœur du Carnet

Bernard QUIRINY, L’affaire May­er­ling, Rivages, 2018, 271 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7436–4228‑0

Quiriny_L'Affaire Mayerling_couv« Je rêve d’une sub­ver­sion général­isée, d’une révo­lu­tion uni­verselle con­tre le béton. » Cette affir­ma­tion de Braque, un des pro­tag­o­nistes du roman, « sen­si­ble à la laideur du monde, et à la beauté des destruc­tions », résume le pro­pos de Bernard Quiriny : le béton, com­pris comme l’archétype des moyens de con­struc­tions mod­ernes, défig­ure le paysage urbain à tel point qu’on peut, plus ou moins raisonnable­ment, lui prêter des inten­tions malveil­lantes. Le roman est une dénon­ci­a­tion de l’architecture et de l’urbanisme con­tem­po­rains ain­si qu’une réflex­ion sur le rap­port des humains à leur habi­tat. Con­tin­uer la lec­ture

Quinze ans plus tard

Anne DEFRAITEUR NICOLEAU, Palace Café, Tamyras, 2016, 250 p., 16 €, ISBN : 978–236086-080–7

defraiteur nicoleauAprès quinze ans passés en France, Antoine, la trentaine, revient au pays, le Liban qu’il a fui en pleine guerre et qui est main­tenant – rel­a­tive­ment – paci­fié. S’il ren­tre, c’est avant tout pour essay­er de voir clair dans un drame famil­ial qui l’a pro­fondé­ment mar­qué. Les années passées n’ont pas lézardé la chape de silence et de non-dits qui recou­vre l’épisode trag­ique. En fuyant, Antoine a égale­ment aban­don­né Sarine, son amour de jeunesse ; jamais il ne s’est enquis de ce qu’était dev­enue la jeune fille. Son absence de réac­tion est là aus­si un mys­tère qu’il doit résoudre avec lui-même. Con­tin­uer la lec­ture