Guy VAES, Sigur, ou presque, Postface d’Adolpho Barbera del Rosal et Bart Vonck, Académie royale de langue et de littérature françaises, 2023, 165 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8032–0078‑8
Quelques mois avant sa mort en février 2012, Guy Vaes confia à deux proches, Adolfo Barbera del Rosal et Bart Vonck, le manuscrit de la première partie d’un diptyque dont le deuxième volet n’était pas encore écrit. « Je ne trouve pas la fin et je ne veux pas inventer », leur confia-t-il. Le roman est même deux fois inachevé, la première partie se concluant, volontairement, sur une phrase incomplète. En outre, le texte n’avait pas de titre ; les deux dépositaires du manuscrit lui en ont donné un, Sigur, ou presque, titre particulièrement judicieux tant le récit repose sur ce mot presque. Continuer la lecture
Ultime passion est une nouvelle assez courte, récente vu les références à des techniques d’aujourd’hui. Elle étonne cependant, car Paul Emond condense et résume dans ce bref texte toute une part de sa production romanesque antérieure.
La personnalité d’Elvis Presley est paradoxale. L’idole adulée par des fans souvent hystériques, le personnage hyper médiatisé, inaugure une voie originale dans le paysage culturel américain. Mais sa vie privée est un désastre. La notoriété et la richesses venues si vite ne peuvent lui faire oublier le pauvre qu’il était. Il reste dans une relation fusionnelle avec sa mère et dans le souvenir de son jumeau mort à la naissance. Le personnage est donc complexe. Dans Bye Bye Elvis, Caroline De Mulder tire parti des nombreuses zones d’ombre de la vie et de la carrière du chanteur et acteur, pour comprendre ce qui peut expliquer le devenir des idoles. 
À chaque roman, Thomas Gunzig décrit, de manière précise et documentée, certaines pratiques sociétales bien contemporaines, par exemple les techniques de vente (dans
L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ».
Après avoir détruit Jérusalem et son temple, les Romains assiègent, en l’an 74, la forteresse de Massada où se sont réfugiés les Hébreux refusant la domination étrangère. Après plusieurs mois de siège, la forteresse est prise ; la tradition raconte que les occupants se sont suicidés. Cet événement est, encore aujourd’hui, important pour l’État d’Israël.
Pour son cinquantième anniversaire, la collection “Points” propose la réédition de titres qui ont ponctué son histoire. Le roman de Pierre Mertens, Les éblouissements, y trouve sa place. Il s’est vu attribuer le prix Médicis en 1987.
Comme des millions de combattants de 14–18, Robert Vivier a été durablement marqué par les horreurs du conflit. De cette expérience il a tiré des écrits d’une haute qualité littéraire et aussi d’une singulière valeur morale. Les écrits sur la Grande Guerre de Robert Vivier les reprend aujourd’hui. 
Agrapha interpelle d’abord par sa forme. Si le texte présente certes une trame narrative savamment construite, il ne s’agit cependant pas d’un roman ; mais d’un ensemble composite, éclaté, avec des parties de natures variées, au travers desquelles se dessine l’évolution de ce qui n’est pas vraiment une intrigue, plutôt une lente immersion.
Dans leur collection « Belgiques », les éditions Ker offrent aux auteurs la possibilité de composer « un portrait en mosaïque » de la Belgique. Celle de Michel Torrekens se compose de quinze nouvelles qui révèlent peut-être avant tout sa prédilection pour des lieux qu’il aime et qu’il décrit avec plaisir, racontant son attachement à un territoire. Mais Belgiques témoigne aussi de beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes, avec de rares fois une pointe de désabusement.
De livre en livre, Diane Meur innove et surprend. C’est encore le cas avec ce roman, Sous le ciel des hommes, à la fois grave et malicieux. Le premier protagoniste en est un lieu, le grand-duché d’Éponne, centre financier et d’affaires. L’atmosphère y est pesante, mentalement étriquée. Pourtant sous « les eaux étales de l’ennui » de cet État aux fêtes dynastiques désuètes vivent des femmes et des hommes que Diane Meur décrit dans leur quotidien, parfois joyeux, souvent difficile.
En 1925, le Gantois Raymond De Kremer, 38 ans, a déjà publié divers textes dans des périodiques, la plupart en néerlandais, sous le pseudonyme “Jean Ray”. C’est alors que La Renaissance du Livre édite en français – désormais sa langue d’écrivain – son premier volume, Les contes du whisky, recueil de vingt-sept nouvelles étranges parues en revue auparavant, sauf une.
Quand la rédaction du Carnet vous propose de chroniquer la sortie, dans la collection Espace Nord, d’un recueil de Jean Ray, vous êtes partagé entre délice et terreur. Délice parce que perspective d’une lecture délicieuse, plaisir multiplié par les échos de lectures anciennes, nostalgie d’une époque révolue où, étudiant, je tournais, halluciné, les pages de Malpertuis, déjà chez Espace Nord, ou celles des Cercles de l’épouvante et du Grand nocturne, pages qui ne m’ont pas quitté, dont j’ai fréquenté régulièrement les mystères, en témoigne l’état de mes bouquins. Délice aussi parce que quand on est belge francophone et qu’on aime la littérature, on a l’âme caressée du côté de la bibliothèque de savoir qu’une collection patrimoniale fait du si bon travail. Mais terreur, bien entendu, parce qu’on se sent bien petit devant l’ampleur de la tâche.
Pour les férus de fantastique, le nom Malpertuis est, tout comme celui de Ctulhu, synonyme d’épouvante. Chez les amateurs de « Nos Lettres » en général, le titre Malpertuis résonne comme un moment capital de l’histoire littéraire belge et se hisse au rang d’un classique. La définition, attribuée à Mark Twain, de cette catégorie d’ouvrages est connue : « un livre dont tout le monde parle et que personne n’a lu ». Et c’est sans doute le sort réservé depuis sa publication, au mitan de la Seconde Guerre mondiale, à ce roman-monstre, ardu, complexe, unique.