Archives par étiquette : poésie

Dans la maison vide

Jan BAETENS, Après, depuis, Impres­sions nou­velles, 2021, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–879‑4

baetens apres depuisLes poètes ne man­quent pas, dans ce pays sans étoiles. Mais tous n’ont pas le même pou­voir d’évocation. Il ne suf­fit pas de met­tre en musique une expéri­ence ou un sou­venir. Il faut d’abord les réin­ven­ter, pour faire sur­gir leur car­ac­tère unique et irrem­plaçable. Cette règle est la con­di­tion même de la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Autour de B., avec des pho­togra­phies de France Dubois, Unic­ité, 2021, 13 €, ISBN : 978–2‑37355–580‑6

guinard autour de b« […] et rien ne pour­rait rivalis­er mal­gré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude sin­gulière à creuser insen­si­ble­ment le sil­lon du renou­veau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps tra­ver­sés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poé­tique, le mer­veilleux Sténopé (édi­tions Unic­ité), Chris­tine Guinard nous revient avec un autre tout aus­si mer­veilleux (et très dif­férent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes édi­tions. La qua­trième de cou­ver­ture développe le con­texte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquié­tant mais splen­dide dans Brux­elles au print­emps 2020, entre déam­bu­la­tion intérieure et avène­ment d’une flo­rai­son lux­u­ri­ante. » Si le recueil est donc pleine­ment con­tex­tu­al­isé, il acquiert pour­tant, comme tou­jours chez Chris­tine Guinard, une dimen­sion intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture

Contre la douleur, la couleur…

Philippe MATHY, Dans le vent pour­pre, Gouach­es André RUELLE, Herbe qui trem­ble, 2021, 116 p., 16 €, ISBN : 9–782491-462161

mathy dans le vent pourpreCon­sti­tué de sept sec­tions, chiffre sym­bol­ique s’il en est, présent dans de nom­breuses cul­tures, désig­nant l’absolu, la total­ité, l’émergence d’un monde nou­veau et l’union des con­traires, le présent recueil de Philippe Mathy, rehaussé de gouach­es sur papi­er du pein­tre André Ruelle (Charleroi, 1949), s’inscrit dans l’esthétique habituelle du poète, avec toute­fois une tonal­ité plus noire, plus dra­ma­tique pour les poèmes écrits pen­dant une rési­dence d’écrivain à Ver­dun ain­si que pour ceux de Jours de cen­dre. Dans le vent pour­pre ; Dehors, mains ouvertes ; Rive de Loire et Belle-Ile s’offrent comme des suites renouant avec une médi­ta­tion sur la beauté de la nature, médi­ta­tion non dénuée de grav­ité, sur la sen­si­bil­ité et l’ouverture à l’autre, sur la fragilité de la vie mais aus­si son incom­pa­ra­ble pou­voir d’émerveillement. Des poèmes de cir­con­stance clô­turent un recueil de belle fac­ture, avec d’incontestables réus­sites, comme dans ce poème dédié à la mémoire d’André Schmitz : « (…) tes poèmes brûleront encore/comme le feu bleu d’une ambulance/sans que nous sachions/si elle nous con­duit à te rejoindre/ou peut-être à nous guérir/de la blessure de vivre. » Con­tin­uer la lec­ture

Chimie poétique

Un coup de cœur du Car­net

LABORATOIRE NOVALIS, Le sys­tème poé­tique des élé­ments, Inven­it, 2019, 312 p., 35 €, ISBN : 978–2‑376800–33‑0

novalis le systeme poetique des elementsQuelle for­mi­da­ble idée d’associer le génial tableau péri­odique des élé­ments de Mendeleïev à la poésie, elle-même élé­men­taire et tran­scen­dante. Résul­tat : un très beau livre en quadrichromie, exposant plus de 300 pages d’inventions qui fondent nos con­nais­sances au même moment qu’elles dis­sol­vent la fron­tière entre sci­ence et art ; Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas d’issue au monde…

Karel LOGIST, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 77 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–707‑5

logist soixante-neuf selfies flous dans un miroir fêlé« Dis­crète et déli­cate, la poésie de Karel Logist ne vocif­ère jamais (…). Entre le chant et la con­fi­dence per­son­nelle, (…) elle mêle humour et grav­ité, nos­tal­gie et obser­va­tion. Les thèmes sont tour à tour l’amour, l’ami­tié, l’en­fance, le voy­age, l’ob­ser­va­tion des autres, le por­trait ; mais l’œil de Logist décèle aus­si l’in­so­lite, ou même le fan­tas­tique, dans la réal­ité ; son imag­i­naire est pro­pre à con­stru­ire de petites fables amusées et non moral­isatri­ces ; sa voix jette un voile sur son angoisse ou son scep­ti­cisme. C’est une poésie d’hu­mour noir qui ne se mon­tre pas comme telle ; une poésie de con­nivence avec soi-même et avec l’autre ; le moyen de com­mu­ni­ca­tion d’un homme secret  (…) qui ne cherche pas à en impos­er, mais qui s’im­pose au lecteur (…) » (Gérald Pur­nelle). Auteur d’une œuvre saluée depuis sa décou­verte par Lil­iane Wouters – qui fit pub­li­er son pre­mier livre[1] où il con­statait déjà qu’il n’y a pas d’issue au monde jusqu’à ce recueil, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, écrit durant la récente pandémie, le poète spadois fait preuve d’une sou­veraine cohérence thé­ma­tique et styl­is­tique. Il pos­sède un ton, une voix recon­naiss­able entre toutes. La dis­cré­tion et la pudeur car­ac­térisent « cet homme telle­ment oubli­able », qui n’a jamais été « un garçon expan­sif », ce vir­tu­ose sans affé­terie, qui n’a pas hésité pour­tant à s’engager dans l’action con­crète en faveur de la lec­ture et de l’édition. Con­tin­uer la lec­ture

Barocominimalisme

Pierre-Jean FOULON, Enclave de la con­fes­sion, Span­tole, 2020, 48 p., 8 €, Dépôt légal : 2020–0667‑4

foulon enclave de la confessionEnvelop­pés entre les deux plis d’un car­ton blanc de petit for­mat, trois cahiers de 16 pages volantes s’échappent des mains et glis­sent sur les genoux. Enclave de la con­fes­sion est un objet lit­téraire de la taille d’un livret léger comme l’air. Imprimé à cinquante exem­plaires, il compte 60 textes courts et pesam­ment numérotés. Ce n’est pas le seul con­traste fort dans cette pub­li­ca­tion. Le titre est en effet un sub­til oxy­more pen­dant que la forme min­i­mal­iste accueille un con­tenu franche­ment baroque. Con­tin­uer la lec­ture

Des gouttes de poésie dans le métro bruxellois

image de métro

Image par Shutterbug75 de Pix­abay

Le romanci­er Gré­goire Polet, en parte­nar­i­at avec la Stib et les AML, a imag­iné une inter­ven­tion poé­tique et bilingue, lancée ce ven­dre­di 16 juil­let dans les sta­tions du métro brux­el­lois. Con­tin­uer la lec­ture

Le silence de l’invisible…

Anne-Marielle WILWERTH, Les miroirs du désor­dre, Tail­lis Pré, 2021, 88 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–180‑7

wilwerth les miroirs du desordreL’hiver
est une vaste clair­ière
où la neige minu­tieuse­ment
déplie son inef­fa­ble

Anne-Marielle Wilw­erth con­tin­ue ici, avec ce dernier recueil, Les miroirs du désor­dre, d’explorer son archéolo­gie du silence. On y retrou­ve les thèmes chers à l’auteure qui n’a de cesse de creuser, de cir­con­scrire, d’ouvrage en ouvrage, cette zone impal­pa­ble que forme l’écho du silence en nous. À la dif­férence peut-être que ce nou­v­el opus, ce nou­veau champ de fouille décale quelque peu son ray­on d’action en se focal­isant sur une matière qui ferait appel à un autre sens, la vue. Sub­tile­ment, la poétesse laisse dériv­er le silence vers l’invisible. La pre­mière par­tie du recueil, inti­t­ulée un sim­ple frois­sé d’infini, en témoigne dès l’entame. Con­tin­uer la lec­ture

Hic et nunc !

Pierre SCHROVEN, Ici, Arbre à paroles, 2021, 63 p., 10 €, ISBN : 9782874067037

schroven iciAvec ce onz­ième recueil pub­lié aux édi­tions de L’Arbre à paroles, le poète Pierre Schroven pour­suit son archéolo­gie du vivant avec peut-être encore plus d’urgence que précédem­ment. Salué par le prix Jean Kobs et s’inscrivant dans la lignée du tra­vail à l’œuvre depuis la pub­li­ca­tion des pre­miers livres comme Toi, l’instant ou Matière d’énigme, Ici porte, dans son titre même, « l’instant » à son acmé, une sorte de réflex­ion spa­tio-tem­porelle sur ce qui advient quand on prend la peine d’interroger le bon­heur d’être là, main­tenant, ici ! Le lecteur est dès lors amené à pos­er armes et bagages le temps d’un silence, d’une res­pi­ra­tion pour mieux enten­dre peut-être le tin­te­ment de la lumière de l’aube. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la rue des solitudes…

Philippe LEUCKX, Pren­dre mot, Dan­cot-Pin­chart, 2021, 13 €, ISBN : 9–782960-279603

leuckx prendre motLe dernier recueil du poète hen­nuy­er Philippe Leuckx paraît chez Dan­cot-Pin­chart, une nou­velle enseigne, créée par Pierre Dan­cot et Nico­las Pin­chart. Leur mai­son est, nous dit la qua­trième de cou­ver­ture,  « née des ter­res noires du roman­tisme et de la lib­erté folle du sur­réal­isme ». Elle fait la part belle  « à l’écriture spon­tanée à l’épiderme chaude, révoltée et amoureuse. » Con­tin­uer la lec­ture

Scalp. Cuir chevelu et muscles sous-jacents

Chris­tine AVENTIN, Scalp, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 110 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–750‑1

aventin scalpEn avril dernier, Chris­tine Aventin sor­tait Fem­i­niS­punk chez Zones, une réflex­ion anti-con­formiste sur le poten­tiel révo­lu­tion­naire des filles. Ce livre a occupé l’autrice pen­dant trois ans. Trois années durant lesquelles il n’y a pour­tant pas eu que l’écriture. Non. Or pas de place dans l’essai pour dire « la déban­dade poli­tique sur la ZAD où [elle] vivait », l’otite qui tourne mal au point de vivre « le coma, la douleur, l’aphasie », le crâne tré­pané, mais aus­si « les deux rup­tures amoureuses simul­tanées ». Non. Pas de place dans Fémin­iS­punk, livre de force et de puis­sance. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2021 se prépare

rentrée litteraire 2021

L’été est là et l’actualité édi­to­ri­ale, par­ti­c­ulière­ment chargée ces derniers mois, va se met­tre elle aus­si au farniente. Pour une courte péri­ode seule­ment : dès la deux­ième quin­zaine d’août, ce sera la ren­trée lit­téraire. Ampleur et défer­lement au pro­gramme. Con­tin­uer la lec­ture

Presque rien sur presque tout…

Jérôme POLOCZEK, Presque poèmes, Tétras Lyre, 2021, non pag­iné, 16 €, ISBN : 978–2‑930685–59‑5

poloczek presque poemesLe min­i­mal­isme fausse­ment naïf de Poloczek nous avait ravis dans un précé­dent livre paru en 2018 aux édi­tions de L’arbre à paroles sous le titre étrange Autubi­ogra­phie. Une forme d’expérience biographique sous le signe du tutoiement avec lui-même et donc avec cha­cun, un work in progress biographique glob­al en somme pour cet auteur qui est aus­si plas­ti­cien et per­formeur. Con­tin­uer la lec­ture

La figure cachée

Marie-Claire d’OR­BAIX, Œuvre poé­tique com­plète 1948–1990, Renaud et Béa­trice Denu­it, 2020, 522 p., 15 €, ISBN : 978–2‑8052–0567‑5

d orbaix oeuvre poetique completeNotre lit­téra­ture après 1945 com­porte un volet anti­con­formiste con­nu sous l’ap­pel­la­tion « Bel­gique sauvage » et immor­tal­isé par un numéro de la revue Phan­tomas en 1971. On serait ten­té de dénom­mer « Bel­gique sage » l’autre volet, quelque­fois qual­i­fié de « néo­clas­sique ». C’est à lui qu’ap­par­tient sans con­teste une poétesse aujour­d’hui un peu oubliée, mais dont une réédi­tion méri­toire nous redonne, cent ans après sa nais­sance, les huit recueils devenus introu­vables : Marie-Claire Debouck, mieux con­nue sous le pseu­do­nyme Marie-Claire d’Or­baix. Con­tin­uer la lec­ture

D’une exploration

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric ROUSSEL, Grand Nord, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2021, 184 p., 18 €, ISBN : 978–2‑940522–97‑2

roussel grand nordOn entame la tra­ver­sée du Grand Nord comme sur des raque­ttes, pré­cau­tion­neuse­ment, assez mal­adroite­ment, en quête de sta­bil­ité. On est quelque peu désori­en­té face à l’étendue poudreuse et l’absence de repères fam­i­liers, mais une chose scin­tille aus­si claire­ment que les cristaux de glace : il faut trac­er un chemin, un pas après l’autre, et pénétr­er l’immensité. « En haut à droite, un glac­i­er gigan­tesque, / qui couronne l’archipel. / La presqu’île, en haut à gauche, se pro­longe par le cap de la Mélan­col­ie. / Les îles lit­torales, dans le bas, / ce sont les îles de la Soli­tude. / Il y a des riv­ières et des lacs, / innom­brables, / le lac du Mal­heur, / le lac de l’Oubli, / le lac de l’Abandon, pour les prin­ci­paux. / Il y a des mon­tagnes, aus­si. / Comme le Pic des Calamités, / qui cul­mine à 2358 mètres, / dans la chaîne côtière ». Tel est le paysage aux réso­nances émo­tion­nelles dans lequel le lecteur-explo­rateur évoluera. Con­tin­uer la lec­ture

« des siècles tremblants de tant de vie… »

Un coup de cœur du Car­net

Flo­rence NOËL, Assise dans la chute immo­bile des heures, Bleu d’encre, 2021, 117 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–39‑0

noel assise dans la chute immobile des heuresEn 2019, Solom­bre, le précé­dent recueil de Flo­rence Noël pour lequel elle a reçu le prix Dela­by-Mour­maux, s’ouvrait par une cita­tion d’exergue de l’écrivain mex­i­cain Octavio Paz. Pour Assise dans la chute immo­bile des heures qui paraît aux édi­tions Bleu d’encre, l’auteure con­vie le poète argentin, Rober­to Juar­roz, à ouvrir le bal. Pre­miers indices peut-être qui attes­tent de l’importance accordée au trem­blé de la lumière, de cette « lumière fendue d’exactitude », ver­ti­cale, qui arrose lit­térale­ment la poésie de Flo­rence Noël. Comme l’arpenteur du désert dont la vue est trou­blée par le brouil­lard à l’horizon, le lecteur perçoit d’emblée ici ce que nous iden­ti­fions dans les autres recueils à savoir, cette ten­sion con­stante entre la nuit intraitable, con­so­la­trice et l’ardeur vac­il­lante de la lumière. Véri­ta­ble « épopée lumineuse », livre solaire sur la table de chevet de la nuit, la langue poé­tique ne cesse de jouer sur ces con­trastes pour révéler l’angoisse pro­fonde d’un trop-plein d’émotions, une crainte ances­trale qui peut sur­gir à tout instant. « Peur incur­able » de ces lende­mains qui s’épuisent et au creux desquels même la rosée déchante. Con­tin­uer la lec­ture